‹ Zénaide FleuriotChapitre 74 sur 79 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Dernières lettres. — Sa maladie. — Sa mort

Discours prononcés.

Funérailles à Locmariaker (1889-1890).

Nous arrivons à la fin de cette belle vie, que l'on a vue, si pleine de sève, s'épanouir comme une fleur au brillant coloris, au parfum pénétrant, et donner des fruits d'une saveur bienfaisante.

Dieu voulut que Zénaïde Fleuriot ignorât les tristesses et les infirmités de la vieillesse: mais elle ne fut pas privée de l'épreuve sanctifiante de la maladie, qui vint la disposer à quitter cette terre de l'exil.

En 1887, une aftection au cœur s'était déclarée par une crise aiguë assez alarmante, et l'avait atteinte dans ses forces vives; désormais, un choc subit et imprévu pouvait suffire, comme il suffit en effet trois ans plus tard, pour la terrasser.

Zénaïde, si vigoureuse et énergique, se retrouva encore debout; mais elle resta quelque peu alanguie, et dut prendre le soin, nouveau pour elle, de compter avec ses forces. Un bruit inattendu, un son de voix

trop élevé, la faisaient tressaillir: la musique religieuse, qu'elle avait tant aimée, ébranlait son système nerveux. Absolument soumise à la volonté de Dieu, elle souffrait néanmoins beaucoup de se sentir arrêtée dans lélan de sa nature ardente et primesautière.

D'autre part, bien des vides douloureux s'étaient creusés autour d'elle : sa sœur Marie venait de lui être enlevée, et, plus récemment encore, sa noble amie, la princesse Wittgenstein, avait aussi disparu. Ses neveux suivaient leur carrière, grâce à l'inépuisable générosité de la bonne tante; ils ne l'entouraient donc plus.

Seuls, les succès littéraires de Zénaïde Fleuriot ne devaient pas connaître de déclin. Mais, comme elle l'avait écrit elle-même à la princesse : « Je ne reçois que des louanges pour mes livres; je les jette bien vite dans ma cheminée, en pensant que le bon Dieu me donne ce dont je me soucie le moins ».

Elle écrivait encore beaucoup, et Ton peut dire qu'elle est morte la plume à la main. Chargée de la chronique hebdomadaire de la Semaine des familles^ qu'elle signait Zig Zag, le dernier article, daté 'du 27 décembre 1890, n'arriva pas jusqu'au journal; elle y exaltait les grandeurs et les charmes de la touchante fête de Xoël.

Les lettres de Zénaïde, dans ses dernières années, se font rares comme les amis qui lui étaient restés; on n'y retrouve plus cette verve, cet entrain juvéniles, qu'elle avait gardés longtemps après la jeunesse. Son âme, calmée dans la souffrance, semblait se recueiUir aux approches de l'Eternité.

DKUMKHES LETTUKS. obo

A MALiAME l* E RRIG A ULT DE KERÉVER « Kernioareb. 10 juin 1889.

> Je regrette de n'avoir pu técrire plus tôt. ma chère Claire, mais le médecin ma ordonné de passer le temps de ma convalescence en plein air et sans travail.

u Tu sais quà la fin de mon séjour à Paris j'ai éprouvé une violente secousse de mon pauvre cœur malade, et il ne m'a fallu rien moins que le traitement énergique du célèbre docteur Villemin, et dincomparables soins, pour en triompher.

« Me voici donc sur pieds, grâce à Dieu; mais je puis dire que ma première maladie me laissera de solides souvenirs.

« Tu dois comprendre combien ma correspondance est en retard, et cela t'amène à ne pas m'en vouloir de mon silence.

« Je suis désolée d'apprendre que tes enfants te donnent certaines inquiétudes; ces maux sont passagers sans doute, et je fais des vœux pour qu'il en soit ainsi.

i« Oui, j'ai été heureuse du mariage de mon second neveu Georges avec Adrienne Le Franc. Trop souffrante, je n'ai pu y assister. Ma nouvelle nièce est une gentille femme, travailleuse et aimable. Elle est parente par sa mère, née des Montils, de la famille du Leslay, que vous connaissez. Son frère écrit dans plusieurs revues catholiques: il a une bonne et vaillante plume. Ils vivront à Paris, en famille.

<> Mille souvenirs à tous les tiens, ma chère

o66 ZENAIDE FLELRIOT.

Claire. Fais prier tes enfants pour moi : je redoute les j infirmités plus que la mort. ^> - .

Effrayée des longs mois d'isolement qui l'attendaient à Locmariaker, mais ne respirant plus qu'avec peine à Paris, Zénaïde avait fait le rêve d'un pied-àterre dans les environs, où elle pourrait sans fatigue profiter des beaux jours du printemps et, de Fautomne. et jouir encore de la campagne qu'elle aimait tant. Elle la voulait modeste comme le demandaient ses goûts, son peu de fortune et les charges qu'elle s'était imposées. « J'ai dépensé si largement pour les miens, écrivait-elle à une amie, que je n'ai plus assez pour vivre sans travailler. J'ai eu les dettes de mon père à payer, ma mère et ma sœur à soutenir, mes neveux à faire élever.... c'était beaucoup, c'était trop. Mais la partie est engagée. Dieu veuille que je puisse aller jusqu'au bout: mon pauvre argent y aura passé; si mes neveux demeurent bons chrétiens, je ne le regretterai pas. On n'emporte de cette vie que ce que l'on a donné. >>

La Providence aida à la réalisation de son désir, et fil découvrir, près des bois de Clamart. dans un coin paisible et un entourage tel qu'elle pouvait le souhaiter, une agréable habitation, au milieu d'un riant jardin.

Les lettres suivantes nous diront la joie qu'elle en éprouva.

A MÈRK MARIE DE***

" Kermoareb. 22 août 1889.

« Combien je suis heureuse, ma chère Mère, d'avoir trouvé ce petit pied-à-terre de Clamart. Je le crois

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