MORT HKROÏQUE DE SON FRÈRE
c'est la fin héroï([U(' de ce cher garçon ; il ne pouvait mieux mourir.
u II nous reste à prier pour lui, pour lui mort au service de son pays : Dieu est miséricordieux, et je suis pleine d'espérance; mais, ma chère maman, nous n'en avons pas moins la douleur de l'avoir perdu sans l'avoir revu.
« Que François réponde sans retard au capitaine Oudan, qu'il abandonne ce qu'il faudra pour payer ses dettes et élever le monument dont il est parlé. Mais qu'on nous renvoie ce qui restera de lui, qu'on l'adresse à Saint-Brieuc ou à Lannion; qu'au moins nous ayons ces souvenirs.
u J'irai vous voir sans tarder, et vous ferai ainsi ma visite plus tôt que je n'en avais l'intention.
« Je suis vraiment accablée et ne puis vous en dire davantage. Je n'ai pas non plus le courage d'écrire à Marie; quand nous serons ensemble, nous parlerons longuement de ce bien-aimé frère mort si glorieusement. »
A la lettre de François Fleuriot, écrite selon les instructions de sa sœur Zénaïde, le capitaine Oudan fit la réponse suivante :
« Aïn-Ghettar, 20 juillet 1862. a Monsieur,
« J'ai rempli toutes vos instructions concernant votre pauvre frère. Tout compte fait, il lui reste de sa masse une somme de 300 francs, qui a été versée à la Caisse des dépôts et consignations.
« Comme vous me l'avez recommandé, j'ai soldé les dettes, d'ailleurs sans importance réelle, qui m'ont été réclamées ; 200 francs ont suffi pour cela.
« Il a été dépensé pour ses funérailles une somme de 77 fr. 80 que j'ai prise sur un total de 140 francs que je lui avais attribué pour ses parts de prises, dans la journée où il a succombé. Il me reste donc une somme de 62 fr. 20 qui seront à valoir sur la dépense de 400 francs, montant de l'estimation d'un modeste monument destiné à rappeler sa mort glorieuse, et que nous lui ferons élever dans le cimetière de Souk-Aras. Je pense pouvoir couvrir le reste avec le montant d'une souscription faite dans l'escadron ; dans le cas où je n'y arriverais pas, je vous le ferai savoir afin que vous puissiez faire ce que vous jugerez convenable.
« J'ai remercié de votre part les deux spahis Ali ben Adj et Sakhdar ben Mohamed pour leur dévouement envers votre brave frère. Ils ont compris, et y ont été sensibles.
« Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
(c G. OUDAN, « Capitaine au 3** spahis. »
C'est donc dans le petit cimetière de Souk-Aras, l'ancienne Tagaste, patrie de sainte Monique et de saint Augustin, sur la route de Carthage à Hippone, non loin du champ de bataille de Zama, que repose ce frère tant aimé de Zénaïde Fleuriot.