‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 30 sur 89 · PREMIERS RAPPORTS AVEC LES AUXILIATRICES · texte numérisé non relu

PREMIERS RAPPORTS AVEC LES AUXILIATRICES

pour mon passeport m'a empêchée de profiter de Toccasion de Monseigneur rArchevôque et de Mme de Ladoucette, ce qui m'a bien un peu contrariée. Ce soir, je me dirige vers l'Italie sous la protection de M. l'abbé Sire, directeur du séminaire Saint-Sulpice, un homme très savant, qui va porter au Pape la Bulle sur l'Immaculée Conception, traduite par lui dans toutes les langues.

« Vous vous étonnerez peut-être de me voir faire un voyage si coûteux qu'il m'a fallu vendre la propriété de quatre de mes ouvrages pour pouvoir l'effectuer.

« Que voulez-vous? il faut bien que j'essaie de reprendre quelque force et un peu d'intérêt à la vie.

« En définitive, tout me manque ! Votre famille était devenue la mienne; donc, c'est chez vous que j'aurais voulu goûter le repos de l'affection ; et voilà que d'affreux vides se sont produits, et que chez vous, chez vous c'est-à-dire chez moi, je n'ai qu'une pensée : Alix ! Donc il faut que je voyage, puisque je ne puis m<' faire à sa disparition.

Je vous aime tous personnellement de tout mon cœur. Si quelqu'un de vous souffrait plus que moi, j'essaierais de m'oublier pour le consoler. Actuellement, je suis submergée parle chagrin; et, jusqu'à ce que le temps ait endormi cette cuisante douleur, il faut que je m'éloigne de ce pauvre pays qui m'est si cher.

« Mais il est bien entendu que je vous reste attachée et fidèle. Que l'un de vous souffre d'une façon ou d'une autre, je veux qu'on me l'écrive. J'accourrai, je vous appartiens à tous; alors vous me retrouverez ce que j'étais, car je pourrai vous être utile. Je regrette,

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mon bon et vieil ami, de renouveler votre peine qui est celle qui m'accable; mais j'ai voulu vous dire franchement, sincèrement, ce qu'il en est. Entre nous, il ne peut y avoir l'ombre d'un malentendu, nous avons trop aimé et trop soulïert ensemble.

(( Adieu, je penserai beaucoup à vous tous à Rome, ai-je besoin de vous le dire? Je veux m'imprégner de la seule espérance qui ne trompe pas.

« Embrassez vos chers enfants pour moi, en plus Francis, pour lequel vous continuerez d'être affectueux et bon. Il m'en coûte beaucoup de le laisser ainsi; mais je suis seule à en souffrir, car à cet âge, on ne sait rien regretter longtemps.

« Croyez à ma sincère et profonde affection. »

P. -S. — « A propos de mon voyage à Rome, je vois toutes sortes de grands personnages qui me témoignent une sympathie très vive. J'ai rendu visite à la marquise de Blocqueville, fdle du maréchal Davout, prince d'Eckmiihl \ dont le salon est un des plus littéraires et des plus artistiques de Paris. Le R. Père Félix, de la Compagnie de Jésus, avait bien voulu me donner une carte d'introduction près d'elle, sachant que j'allais à Rome, et qu'elle y avait beaucoup de relations.

1. En mémoire de son père, Mme la marquise de Blocqueville fit un legs de 300 000 francs pour élever un phare de l""" classe à l'endroit le plus dangereux des côtes françaises. La noble dame, dans son testament, donnait ainsi raison de ce don généreux : « Les larmes versées par la fatalité des guerres, que je redoute et déteste plus que jamais, seront ainsi rachetées par les vies sauvées de la tempête. » Le phare d'Eckmùhl s'élève aujourd'hui sur la pointe de Penmarc'h dans le Finistère.

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t( Cette grande dame s'est montrée charmante, et ma remis une lettre pour une de ses amies qui habite la Ville éternelle. C'est la savante princesse de Sayn Witlgenstein Berlebourg, une femme que Ton dit être vraiment supérieure.

« Il y a six mois, j'aurais bien joui do tout cela; mais hélas! maintenant, combien tout est changé! »

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