CHAPITRE VII
Voyage à Rome. — Retour à Paris.
Première retraite (1867).
A Tépoque où nous sommes arrivés, tout semble avoir disparu du passé de Zénaïde Fleuriot; elle se retrouve seule, le cœur broyé, l'esprit obscurci, cherchant à monter vers les régions de la foi pour s'y retrouver avec sa chère Alix. Son imagination tantôt la console, tantôt l'inquiète et l'effraie. Que va-t-elle faire? Que va-t-elle devenir?
Elle ne peut trouver de soulagement même dans le souvenir des joies de son enfance et de son adolescence. Tout lui est un sujet de douleur et de regrets cuisants. Le Palacret a passé en des mains étrangères. Son père bien-aimé est mort, sans qu'elle ait pu le revoir, après leur première et si cruelle séparation. Comme elle l'écrit à M. de Keréver, il ne lui est plus possible d'habiter son cher Saint-Brieuc, n'y pouvant supporter le souvenir constant d'Alix qu'elle y retrouve partout et toujours. Elle n'a plus la force d'écrire, et ne peut reprendre goût à chose quelconque. Sa vie lui paraît sans issue.
Mais Dieu veille sur cette noble et belle âme qui s'est toujours confiée en sa bonté paternelle; il veille aussi sur ce talent qu'il ne lui a départi que pour procurer le bien d'autres âmes, en leur apprenant à aimer le vrai, le grand, le beau, les leur rendant ni trayants sous le voile des plus agréables fictions.
La Providence la conduit à Paris, vers la religieuse qui sera, pendant plus de vingt ans, son soutien et sa plus confiante alï'ection. Elle écrira plus tard, sur la photographie de sa pieuse amie, ces paroles qui résument la nature de leurs rapports surnaturels :
« Oh! ma mère! ma chère mère! qui m'avez appris à prier, à écrire, à aimer, à me sacrifier, qui m'avez mis Jésus-Christ dans l'intelligence et dans le cœur, je veux vivre et mourir reconnaissante et humblement unie à vous. »
Pour développer son talent d'écrivain, la critiquer avec bienveillance et l'encourager avec affection, Zénaïde rencontrera bientôt à Rome la princesse de Sayn Wittgenstein, femme de foi et du plus haut mérite, qui, charmée de son intelligence et des délicatesses de son cœur naïf et tendre, lui témoignera la plus bienveillante sympathie. Elle cherchera à l'initier aux merveilles du grand art, et essaiera de faire du romancier un littérateur, l'obligeant à soigner la forme de ses écrits et à en travailler consciencieusement le fond, ne la laissant pas se contenter de ces succès faciles qui sont trop souvent éphémères.
C'est en s'appuyant sur ces deux soutiens providentiels que Zénaïde Fleuriot marchera désormais, et (|ue nous la verrons retrouver l'équilibre de sa vie.
Les lettres qu'elle écrivit à la religieuse Auxiliatrice
du Purgatoire ont été heureusement conservées. Nous en reproduirons quelques-unes.
Il nous semblait opportun de faire connaître à nos lecteurs la princesse Wittgenstein que Zénaïde allait rencontrer à Rome, et nous désirions trouver quelques détails sur cette femme illustre, lorsqu'il nous tomba dernièrement sous les yeux un livre publié chez Dentu en mai 1895. La couverture attira tout d'abord notre attention ; on y lisait :
Princesse Caroline de Sayn Wittgenstein, née IwANOwsKA.