‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 35 sur 89 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

Si la mort a flétri son fier et beau visage, Éteint son œil brillant, courbé son front si beau, Du moins l'âme immortelle échappe à cet outrage, Et je la crois vivante... au seuil de son tombeau.

Dieu dit à la mort : Frappe! Elle a frappé,... son aile Toucha son front aimé qui se pencha soudain. Un jour suffit, un jourî Alix, mon cœur fidèle Eût voulu que ce jour n'eût pas de lendemain.

' Morte dans ta beauté! Morte dans ta jeunesse! Morte aimée! Ah! le Ciel a de grandes rigueurs.... Rien n'a pu te sauver, ni larmes m tendresse.... Dieu te réservait donc d'ineffables bonheurs!

Bien souvent tes yeux purs se détournaient du monde, Tu voulais le bonheur, le repos, la vertu : Ton rêve est accompli; dors dans ta paix profonde. Mais nos cris de douleur, dis-moi, les entends-tu?

Mon cri, ma sœur, ce cri qui déchire mon âme, Traverse-t-il des Cieux les sombres profondeurs? Vois-tu du sacrifice en moi monter la flamme? Et vois-tu ton cercueil qui pèse sur mon cœur?

Je crois à ton bonheur, ô mon beau lis sans tache!

Oui, tu refleuriras près du Verbe Éternel ;

La mort déchirera le voile qui te cache;

Et mon cœur donne au tien rendez- vous dans le Ciel!

A LA MEME

« Rome, 28 juin 1867.

u Madame,

« Je passe une partie de Faprès-midi chez mes amies irlandaises, qui doivent me conduire à Saint- Louis; donc, mille remerciements et mille regrets.

« Selon votre désir, j'ai vu la marquise douairière de ***, vénérable à plus d'un titre. Je lui ai consacré deux heures avec plaisir. Ces âmes-là ne vieillissent

pas : nous nous éteignons beaucoup plus vite en province.

« J'ai encore deux désirs, madame : 1° et tout d'abord, voir le Saint Père avant mon départ, en audience particulière; 2'' déposer mes hommages aux pieds des souverains dépossédés du royaume de Naples.

u Je repartirai, non pas sans regrets, mais sans trop de chagrin, si je puis être reçue par Pie IX. Il est au fond de mon voyage de Rome.

« Vous êtes très indulgente pour mes vers, madame, et je vous remercie de parler ainsi d'une douleur qui ne finira qu'avec moi. Je ne sais pas aimer autrement, et aucun bonheur à venir ne remplacera le vide creusé par cette mort.

(( A vous de cœur, bien respectueusement, etc. »

A LA MÊME

« Rome, 30 juin 186^.

« Que vous êtes donc gracieusement bonne, chère madame. Je vous assure que je n'avais pas besoin de vos pieux souvenirs pour ne pas vous oublier.

« Sortie le matin, je ne suis rentrée qu'à huit heures, et je me suis immédiatement rendue chez vous pour vous exprimer mes regrets de n'avoir pu profiter de votre aimable bonne volonté; mais j'ai sonné en vain à votre porte.

« Hier, je suis allée admirer le « sublime Bataclan » de la Sixtine. Je vous aurais voulu là, en étrangère. Le hasard m'avait fait rencontrer plusieurs prêtres bretons. Une fois entrés» ils ont tous pris l'air désap-

pointé, et, autour de moi, prêtres, femmes et hommes du monde, répétaient : « Comment ce n'est que « cela !» Il y avait cependant beaucoup de figures intelligentes.

« J'ai ouvert votre brochure et j'en ai commencé la lecture à voix basse, pour mes compatriotes : peu à peu tout le monde s'est groupé autour de moi. J'aurais voulu vous faire jouir du changement de ces physionomies ennuyées ; votre style a été une sorte de baguette magique, et chacun est sorti plein d'admiration pour Michel Ange et pour vous. L'utilité pratique de votre travail m'a été, hier, bien éloquemment démontrée, je vous assure.

« J'espère beaucoup pour les audiences que je désire si ardemment, madame; vous savez que j'ai encore quinze jours, et qu'il m'est permis d'attendre que cette semaine fatigante soit passée. Je m'en rapporte à vous pour saisir le premier moment favorable.

« Au revoir, madame, et mille fois merci. »

A SA SŒUR

« Rome, 3 juillet 1867.

t( Ma chère Marie,

(( Je n'ai pas une minute à moi depuis que je suis ici; mais je veux vous dire que je vais bien et que, grâce à mes connaissances, je vois tout et j'arrive partout.

« Je vous porterai à chacun des souvenirs; mais je veux de suite t'envoyer une médaille couverte des indulgences les plus précieuses» Elle a touché la

crèche de Xotre-Seigneiir, la chaise de bois sur laquelle saint Pierre s'asseyait chv z le sénateur Prudens, la Sancta Scala, etc., etc. Elle a été bénite spécialement par le Pape, qui a l'air d'un vrai saint : car j'ai enfin vu Pie IX de près, ma chère Marie, grâce à ma bonne fée, la chère princesse. Avec quelle émotion on gravit ces escaliers grandioses! comme cette foule est silenci(Mise, impressionnée! Au moment où nous entrions dans la salle djcs audiences, une voix a dit : « Voici le « Pape ». Tout le monde est tombé à genoux. Pie IX, dans son simple costume blanc, passait en bénissant. Je l'avais vu entouré de toute la pompe religieuse, j'avais entendu les vivats formidables dont retentissait le vestibule de Saint-Pierre, et je ne m'étais pas sentie aussi profondément, aussi religieusement émue, qu'en voyant ce saint vieillard apparaître au milieu de nous, comme un père au milieu de ses enfants. L'image sacrée du Sauveur passait en ce moment devant mes yeux; je l'adorai, prosternée devant son vicaire.

« Pour assister à l'audience du Saint Père, une certaine mise est de rigueur; la princesse avait voulu présider à l'arrangement de la mienne; et, grâce à elle, cette toilette obligatoire (robe longue et mantille noire sur la tête) était d'une orthodoxie tout italienne. Ce n'est pas la première fois, du reste, qu'elle me donne une preuve aussi exquise de son obligeance et de sa bonté; à plusieurs reprises, elle est venue me chercher dans sa voiture lorsqu'elle réunissait quelques amis chez elle. Pour paraître à ces soirées intimes, elle avait poussé la délicate attention jusqu'à me faire acheter quelques fines violettes de Parme qui s'harmonisaient bien avec ma robe de deuil, et

qu'elle fixait elle-même dans mes cheveux; cela m'a touchée jusqu'aux larme^, j'ai toujours le cœur si triste et SI désolé !

« Adieu, etc. »

A SON NEVEU

« Rome, lo juillet i867.

« Mon cher Francis,

u Ta lettre m'a fait plaisir, mais je l'ai trouvée bien courte. Rappelle-toi le petit bavard de la rue Notre- Dame. Ce petit garçon-là ne bavarde pas beaucoup sur le papier. Tu aurais dû me parler de la visite de ton frère Charles, de tes tantes, des personnes que tu rencontres et que tu as vues chez moi.

« Tu aurais pu aussi me raconter ce que tu fais au collège; j'avais pourtant acheté une grande image représentant 'les beaux uniformes de l'armée et de la maison du Pape. Je te l'enverrai aussitôt que j'aurai reçu de bonnes nouvelles de ton travail.

« J'aurai de bien belles choses à te raconter plus tard. Demain, j'irai vénérer la chambre de saint Ignace, celle de saint Louis de Gonzague.

« J'ai été plusieurs fois rendre visite à la princesse de Sayn Wittgenstein, pour laquelle la marquise de Blocqueville m'avait donné une lettre, comme tu sais. Quelle femme intelligente et séduisante! Elle est pour moi d'une obligeance, d'une bonté, que je n'oublierai jamais; elle vient me chercher souvent en voiture et me fait visiter Rome, en m'initiant à ses beautés; j'ai là un incomparable cicérone.

« Grâce à elle, j'ai pu assister à la splendide cérémonie du Centenaire de saint Pierre; elle m'a donné

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un billot (lue je traduis et l'envoie, pensant te faire plaisir.

Canonisation solennelle dans la Patriarcale Basilique Vaticane.

«' Billet pour la tribune sous la niche des saints « Processe et Martinien, n^^ 1, Division A.

(< A la disposition de la Présidence des Postulations M pour la cérémonie solennelle du 29 juin 1867.

c( Pour Mlle Zénaïde Fleubiot. »

u Le billet doit être nominal.

u Ne pourront être admises que les femmes décem- « ment habillées et avec voile, ou bonnets sur la tête.

u Les hommes seront admis seulement en uniforme, u avec habit, culottes noires et cravate blanche.

« Les ecclésiastiques devront être revêtus de la «* soutane longue. »

« La place était excellente; je voyais et j'entendais parfaitement.

« Comme tu le comprends, il m'est impossible d'entretenir une véritable correspondance si je veux tout visiter; mais j'écris chaque soir quelques-unes de mes impressions sous forme de notes, elles me serviront plus tard; donne-les à tante Marie pour quelle me les conserve précieusement '.

(' La princesse, à laquelle j'avais dit mon désîr de saluer les souverains dépossédés de Naples, m'a

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