‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 36 sur 89 · Cet intéressant journal se relroiive en partie dans Alix · texte numérisé non relu

Cet intéressant journal se relroiive en partie dans Alix

i94 ZÉNAÏDE FLEURIOT.

procuré Taustère plaisir d'offrir le témoignage de mon respect au roi François II. Je t'assure que je ne songeais guère à admirer les œuvres artistiques du palais de ce jeune souverain, si sympathique dans son héroïque patience, et dont la fortune a si cruellement trahi le courage et méconnu les droits.

« Chaque jour, je vois une église nouvelle : quand tu apprendras l'histoire romaine, nous causerons de ces merveilles.

u Au revoir, mon enfant.

« Travaille de mieux en mieux, soigne tes compositions pour l'amour de moi, n'oublie pas ton Ave Maria pour ma chère Alix. Souviens-toi que je veux que tu méprises le mensonge, même pour rire. Ne crains pas de me dire toujours la vérité.

(( Embrasse pour moi Mme de Kérigant, qui ira te voir avec Mignonnette. »

A M^'" LA PRINCESSE WIT TG E N ST E IN

« Rome, le 23 juillet 1867.

t< Madame,

u Une très vive contrariété vient stupidement empoisonner ce que Mme de Blocqueville appelle : les saintes joies romaines. Ce matin, j'ai été introduite chez le savant de l'autre monde, dont vous avez eu l'amabilité de me faire faire connaissance.

u On m'accueille avec un plaisir évident à cause de vous; je me sens très intéressée, je tire bien vite mon portefeuille pour faire apprécier la médaille que vous m'avez confiée. La pièce a disparu; la chaleur a dégommé sans doute la toile de mon portefeuille, et l'a

VOYAGE A llOMi:. 195

laissée glisser! J'ai couru à Saint-Pioiic, me rappelant que j'avais entendu tomber quelque chose dans la tribune. On n'a rien trouvé. Je vais chercher partout, et je retournerai chez Mgr Ferraris, où j'ai tiré aussi ce malheureux portefeuille que je croyais sûr. J'ai encore une espèce d'espoir; et dans tous les cas, ne pourrai-je vous envoyer de Paris ((uelque curiosité numismatique que vous ofTririez en compensation?

« Vos paroles d'hier me rendent cette aventure d'autant plus pénible. Voilà comment a fini, dans le trouble et le désagrément, une journée commencée par une visite à la marquise douairière de *** que j'ai trouvée au Ht, soutirant d'une bronchite qui m'a tout l'air d'un asthme. Le désir de vous être agréable, en essayant de vous remplacer auprès d'elle, m'avait fait prolonger ma visite et assister à l'exhibition d'un grand tiroir plein de manuscrits. J'ai écouté, en luttant vaillamment contre le sommeil, des scènes d'amour très passionnées, écrites en si vieux style qu'elles étaient presque bien placées sur les lèvres qui les lisaient. J'étais donc fort contente de moi, quand j'ai découvert la perte de cette malheureuse pièce.

« Si je connaissais la personne de qui vous la teniez, j'irais de suite m'accuser. Enfin, madame, je cherche un moyen de réparation, et ne trouve que celui-ci : vous envoyer de Paris ou de Bretagne une pièce quelconque d'une valeur certaine.

« Je ne puis vous exprimer assez la vivacité de mes regrets. »

A LA MEME

« Paris, 30 juillet 1867.

« Chère madame,

« Si mon esprit, et surtout mon cœur, avaient pu seuls vous écrire,* vous auriez déjà reçu de mes nouvelles; mais il fallait que ma main s'y prêtât, et ma main n'en a pas eu la liberté.

« Vincent, m'ayant quittée avant le départ, n'a pas pu voir arriver Mmes de Gathelineau. Elles m'ont rejointe à temps, et nous avons supporté ensemble les fatigues et les ennuis du voyage. Leur société m'a été extraordinairement précieuse; j'avais le cœur si noir, si serré. Seule, j'aurais fait un bien pénible voyage, je vous assure. Nous nous sommes séparées à la frontière de France.

« A mon arrivée à Paris, j'ai craint pour ma malle, qui ne m'avait pas suivie, et contenait des valeurs; or, jugez de mon anxiété. Comme j'avais perdu la clef, j'avais eu l'imprudence de ne l'assujettir qu'au moyen de simples cordes; mais, heureusement, je l'ai retrouvée avec son contenu intact.

« J'ai remis, hier au soir, vos lettres à Mme de Blocqueville, toujours aussi gracieuse, aussi sympathique que possible; mais comme je vous regrette! Vous ne m'oublierez pas, chère madame, vous ne serez point perfide pour moi, comme on l'est trop souvent dans le grand monde?

« Quant à moi, je n'oublierai jamais votre bienveillante amitié, ni le soir où vous m'avez coiffée et parée de vos propres mains, pour que je pusse assister

Page 1