‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 43 sur 89 · Z EN AIDE FLEURIOT · texte numérisé non relu

Z EN AIDE FLEURIOT

de cela, mais je ne doute pas que vous n'en soyez 1res préoccupée vous-même.

« En Bretagne, je suis forcément intéressée à ce qui se passe. Je ne puis, comme à Paris, vivre isolée. J'assiste au va-et-vient; on lit devant moi les journaux, et cela me fait une très curieuse impression d'être de nouveau mêlée à la vie politique et sociale.

(( J'ai vu dernièrement Mgr David qui se fait une fête de vous retrouver à Rome. Il a éprouvé un grand malheur, et il se relève à peine de la secousse que lui a fait ressentir la mort de son frère, encore jeune, homme fort distingué, qui vivait depuis quelque temps chez lui.

« Je vous quitte un peu à la hâte, chère Princesse; je reprends, ce matin, avec Francis, le chemin de Quimperlé, mais craignant d'être absorbée d'une manière ou d'une autre, j'ai voulu vous envoyer d'ici mon souvenir.

c( Adieu, etc. »

A M'-'-^ CLAIRE DE KERÉVER

« Paris, 10 octobre 1869.

« Voilà un brin de dentelle dont tu feras quelque chose, ma Claire, et qui m'arrive tout droit de Venise. J'attendais avec impatience de tes nouvelles; les maux de dents ne sont pas dangereux, mais bien douloureux.

« Non, je ne connais pas encore i/. Picktvick, mais je m'en rapporte à Dickens pour t'avoir amusée. C'est un auteur précieux pour la jeunesse et les

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momenls do Iransition. Je Taimc, parce qu'il fait rire (l'un 1)011 rire, bien franc. Nous sommes-nous amus''s, l'en souviens-tu? J'entends, j'entendrai toujours les phrases qui passaient dans notre conversation habituelle, pour la nourrir de gaieté.

« DicUiMis est excellent, et ce qu'il y a de meilleur jns(|u"au moment où, après une longue soufl'rance, on met au dedans de soi l'Ami divin qui ne meurt ni ne disparaît jamais, et vers lequel on va, et pour lequel on sourt're avec joie. A part cette vie intérieure dans laquelle nous nous rencontrerons un jour, je l'espère, ma Claire, pour notre mutuelle consolation, il n'y a rien de plus charmant qu'une lecture de Dickens; et quand j'aurai un moment, je verrai un peu ce Pickwick-là. Mais j'ai tant à faire. Ceci, cela ; et dans cette saison, tous les pauvres qu'on visite sont malades, et prennent beaucoup plus de temps.

« Je suis mille fois heureuse de vous savoir, à ChAleau-Billy, ce petit neveu Georges à aimer. Vous allez en jouir pendant plusieurs années; cette pre mière enfance est ce qu'il y a de plus doux.

u Après Les deux clercs^ paraîtra un roman intitulé Ce pauvre vieux, mais il me faudrait trois têtes et six mains.

« Chacune de tes lettres est pour moi un bonheur, ma Claire; je commence à me faire à la navrante nécessité de certains silences, et je suis d'autant plus heureuse de recevoir des nouvelles de mes chères vivantes.

« Je l'embrasse comme je l'aime, bien tendrement. »

2()8 ZKNAÏDL: l'LEURlOT.

A SA SŒUR

«• Paris, -21 novembre 1860.

« Bravo, ma chère Marie, ta lettre est fort lisible. Je suis enchantée que tu aies pu en arriver là, avec ton pauvre doigt malade, car ainsi nous continuerons de correspondre, et tu pourras personnellement me donner des nouvelles.

(( Mais comme l'adresse pourrait t'embarrasser, voici une enveloppe toute préparée.

<( Ton billet m'a causé une vraie joie, ma bonne sœur. Te voilà dans le vrai! Dieu t'envoie une épreuve : tu ne t'en préoccupes pas et tu le laisses faire tranquillement. C'est une victoire; et un mal ainsi supporté vaut mieux qu'une santé impatiente et tourmentée. Oui, reste bien paisible; donne congé à ce qui voudra te quitter dans ton doigt malade, et fais-toi un trésor de patience.

« La patience, quelle vertu! avec elle, on se met au-dessus de la douleur. Un peu d'humilité est bon aussi, ne croyant pas qu'il faille nous occuper de nous avant les autres; un peu de douceur nous fait retenir les paroles vives. Dieu nous frappe pour notre bien; mais il a des grâces pour tous les états; il ne s'agit que de le laisser faire sans nous agiter. Notre religion, c'est Jésus-Christ, Dieu et homme. Qu'a été sa vie de Bethléem au Calvaire? Nous le savons, et nous ne voulons rien supporter.

« Monte doucement vers cet idéal, et, peu à peu, tu seras presque heureuse de souffrir. Le bonheur de ce monde n'est pas un bonheur, et il passe vite

dans tous les cas. Enfin, nous voici sur le même terrain, de la patience, du support. On souffre quand même; mais une fois qu'on sait souffrir en paix, on a con([uis un trésor.

(( Il neige à flots et voici la grande misère qui commence. C'est à Paris qu'il y a des gens à plaindre! Cela porte à se trouver encore bien heureuse.

u Allons! bon courage, ma bonne Marie, etc. »

A SA MÈRE

« Paris, 29 décembre 1869.

« Ma chère maman,

« Comme le tremblement de vos mains vous empêcherait de me répondre, c'est Marie qui nous servira d'intermédiaire; mais je veux vous souhaiter moimême une heureuse année, la continuation de votre bonne santé et la joie autour de vous par celle de vos petits-enfants.

« Le grave mal du doigt de Marie a été une épreuve, mais vous lui avez rendu tant de services que cette épreuve doit vous être une consolation.

« C'est une vraie grâce que sa guérison. Les panaris tournent très mal souvent et durent fort longtemps.

« Je me recommande à vos prières. Je serais bien aise que dans « l'allée du chapelet », vous disiez une dizaine pour moi.

« Je ne sais trop si je ne retournerai pas à Rome. Beaucoup de circonstances m'y poussent; mais je vous préviendrai quand il en sera sérieusement question.

270 ZÉxNAÏDE FLEURIOT.

« M. Lecofîre me proposant de publier le voyage que je pourrai faire en Italie, j'irai peut-ôtre, si Paule de Servigny consent à m'accompagner.

«Adieu, ma chère maman, Dieu vous garde en santé, c'est le souhait que forme votre fdle bien affectucuse et bien respectueuse. »

A M'-'-^ CLAIRE DE KERÉVER

« Paris, 3 janvier 1810.

« J'ai formulé mes désirs pour toi devant Dieu, ma chère Claire, le l^"" janvier. C'est de Lui seul qu'on peut dire : « Il sait tout, il peut tout, et il m'aime )>. Quelle parole profonde! Nous haletons trop souvent après le bonheur humain qui ne peut pas nous satisfaire. Notre réel bonheur est en espérance. La vie n'est qu'un passage, bien court parfois et parfois bien douloureux. Mais nous avons tant d'illusions, sous le regard et sous la main, qu'elles nous aveuglent. Se rapprocher de Dieu par la charité, la résignation, le recueillement de notre être, est ce qui donne la paix. La paix dans le sacrifice ! La vie nous apprend peu à peu cela, mais il fait bon se réfugier dans ces régions paisibles de l'âme.

(( Aime à prier, mon enfant; que ton cœur monte souvent vers Dieu; abandonne-toi entre ses mains; rien n'est vain et inutile comme l'agitation, c'est une souffrance perdue.

« Je désire à peine mon voyage de Rome, un rien peut le faire manquer.

« Soigne ta santé, ma Claire; prends bien régulièrement tes remèdes ; pom^ le corps comme pour

i.nsiallaho.n a i'ai{|>. 27 1

làmc, la régularité est la première chose nécessnire.

(( Tu as maintenant fait connaissance avec Ce pauvre vieux, écris-moi tes impressions. Dis- moi aussi quelle est la pièce de vers qui t'a le plus intéressée.

« A revoir, mon enfant, prie pour moi le Père qui osl aux Cieux, et crois à ma tendre affection.

'( A ton père, à Chûteau-Billy, à tous nos amis, mille affectueux souvenirs. »

A LA PRINCESSE WITTGEXSTEIN

« Paris, 18 janvier 1870.

«< J'ai été touchée jusqu'au fond du cœur, chère et illustre amie, de la part que vous avez prise à la perte (pio j'ai faite. Je puis vous dire que j'ai regretté M. Nettement comme une fdle, sans penser une fois (jue c'était un conseil, un appui (jui allaient me manquer.

« Il admirait beaucoup votre génie, et, bien souvent, j'ai vu sa belle figure s'animer quand, saisissant un de vos ouvrages, je lui en lisais des passages avec l'enthousiasme qui me caractérise.

u Quelle maladie ({ue l'enthousiasme, chère Princesse! On n'en guérit pas, c'est en vain qu'on vieillit. Pour moi, je m'abreuve de raison, je tAchede devenir correcte, noblement indifférente. Mais qu'une fibre de mon intelligence ou de mon cœur soit vraiment touchée, je pars comme une fusée, comme un flacon de Champagne et... je reste confuse de tout ce (pie j'ai dit. PZn dedans, hélas! je suis toujours la même.

212 ZEx\A[i3E FLEURIOT.

(' Vous savez que nous sommes de plus en plus près de la bouche du volcan politique; c'est à désirer de sauter pour que cela finisse.

« Je vois souvent la marquise, car elle est plus souffrante. Nos conversations ont de la liberté, de la vérité, que dire de mieux?

« Je commence à trouver qu'il y a un siècle que je ne vous ai vue, chère Princesse. J'ai grande envie de retourner à Rome; j'en ai si peu profité à mon premier voyage !

« Ce serait un moment bien choisi que celui du Concile pour vous aller retrouver; qu'en pensezvous?»

A SA SŒUR

« Paris, 10 février 1870.

« Ce mot te dira seulement que je pars demain pour Rome avec Paule de Servigny.

« Je vous écrirai de mes nouvelles. Priez tous pour moi. »

A MERE MARIE DE « A bord (lu Pausiiippe, 20 février 18*0.

« Ma chère Mère,

« J'arrive à Rome ou plutôt à Civita-Vecchia, et je m'empresse de vous donner des nouvelles. La pauvre Paule a été bien malade; elle ne s'est pour ainsi dire pas levée; moi, je lai été horriblement de quatre à six heures du matin. Alors je suis vaillamment montée sur le pont où j'ai combattu longtemps. Il a fallu se soumettre et me coucher dans cette cabine où j'entre tout juste. Ma poitrine, qui veut respirer largement, étouffait. J'ai eu quelques heures de purgatoire. Je me suis remise et pas mal comportée depuis. Remontée sur le pont pendant les assoupissements de Paule, j'ai renouvelé connaissance avec Mgr Solier, évoque de Cochinchine, et parlé avec des sœurs de Saint- Mcrri cpii vonl à l\ome. J'ai beaucoup prié, et vous

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écris sur une table qui danse, avec une plume délestable et une main qui tremble.

u La première fois, j'espère envoyer pour la Semaine des familles la continuation de mon voyage. Cela est encore bien incolore; mais j'arrive seulement. Adieu, etc. »

A LA MÊME

« Rome, 16 février 1870.

« En arrivant, j'ai couru à la poste. Il m'a fallu revenir tristement. J'avais compté sur un mot de ma chère Mère. Voilà des siècles que je n'ai pas eu de ses nouvelles. Ne soyez pas avare, je suis trop loin et trop votre fille pour que vous me rationniez. La Révérende Mère générale ne le voudra pas, j'en suis sûre.

« Ma communion de tous les dimanches sera en union avec vous; je serai bien fidèle, je taillerai la part de Dieu, et rien ne me fera la raccourcir; c'est ma volonté; j'espère recevoir la force de l'accomplir. Je n'oublierai pas la prière que le R. P. Olivaint m'a demandée au tombeau de son saint patron.

« Je vais remettre des épingles à ma petite pelote noire de poche, qui est bien la chose la plus pré^ cieuse de mes bagages. Et ma chère croix! elle est toute une consolation pour moi. Cette petite croix-là m'en dit long. J'ai une vive reconnaissance envers la Révérende Mère générale pour me l'avoir donnée.

« Je vous envoie de drôles d'impressions romaines I

Quelles nouveautés je vous raconte! Tout cela est vrai, tandis qu'il faut que je grossisse le reste. Ce n'est pas en Italie que l'on peut chercher la sainte sincérité. Je suis très rude avec ces politiques, ou l)ien je regarde Paule essayer de lutter avec eux. Cela m'amuse de les voir aux prises. Tant de paroles pour enlorliller ce qui est! quand cela ne m'attriste pas, j'en ris (pas trop haut) pendant des heures. Soyez tranquille, je ne vais pas montrer mes amygdales à Rome; du reste, j'ai peu envie de rire.

« Neuf heures du soir! J'arrive de la poste, j'ai le petit billet, un vieux petit billet, vieux de date. Ma chère Mère, je vous remercie de ne m'avoir pas oubliée, je vous remercie de n'avoir pas oublié Alix, le 12.

« La Princesse m'a accueillie le cœur et les bras ouverts. Elle m'a écrit, à Paris, sur mon dernier ouvrage; malheureusement, cette lettre était partie quand je suis arrivée, ainsi que la broche de turquoises et diamants qu'elle me donne; je tiens plus à la lettre qu'à la broche.

« J'ai vu la comtesse de Caraman, j'en ai été charmée : une femme simple, distinguée, sainte, intelligente. Voilà le type qui fait mon envie. Avoir tout et être aussi modeste : la grûce divine reluit dans ces Ames. Elle m'a demandé de la revoir; ce sera pour moi un plaisir vrai.

« Mon adresse est : Via délia Vite, 71. J'ai fait visite au R. P. Laurençot; remerciez pour moi le P. Olivaint de sa carte d'introduction* »

A LA MEME

« 26 février 1870.

« Ma chère Mère,

« Je me suis Jaissé enrhumer; mais c'est fini, je vais voir autre chose que mes quatre murs. Les soins ne m'ont pas manqué. Ma charitable chanoinessc de Trémaudan a été tout à fait amicale. C'est une femme délicate, aimable, d'une piété douce, qui est délicieuse auprès des malades.

« La Princesse vient encore de m'envoyer une superbe boîte de bonbons pour la toux. J'ai été très sévère dans mon régime, et de moi-même je me suis condamnée au repos. Aussi le malaise a-t-il rapidement disparu.

« Mon voyage à Rome a eu déjà ses petites gouttes d'amertume : l'état d'Henri de Gathelineau, attaqué d'une fluxion de poitrine, pour commencer; puis ce gros rhume, qui me prive de beaucoup de choses intéressantes. C'est une quasi-retraite que le bon Dieu a voulu me faire faire, comme préservatif peut-être. Je trouve que j'ai été admirable] je n'ai pas eu de tristesse, d'abattement, malgré la pensée de ne pas être en pleine santé, loin de mon couvent. Mes amis de Saint-Maclou, à certaines physionomies, ont déclaré que j'avais le mal du pays.

« Pendant ce temps de repos, je chargeais mon bon ange de toutes sortes de commissions. Qu'il a dû aller de fois à Paris ! Cette consolante croyance m'a fait un grand bien! Dans mes moments de solitude, après la prière, j'aime à m'entretenir avec mon charitable gardien. J'y ai maintenant une foi profonde.

cost comme si je l'avais vu. Il ressemble un peu à ma Mère.

t< Maintenant je reprends votre lettre. J'aurais voulu entendre le discours du bon père du Fougerais sur la correction des défauts. Je ne sais pas me prendre en détail, et, comme j'ai bien des défauts, j'aurais besoin qu'on me montrAt k dirige?', à suj)primei\ à supporter. Vous voudriez les supprimer tous; mais il faudrait m'écorcher vive.

« Et malgré cela, j'aime tant ma Mère. Chaque l'ois que mon ûme s'élève vers Dieu, je m'unis à elle le plus étroitement possible. »

A SON NEVEU

• Rome, 27 février 1870.

« Mon cher Francis,

« J'ai traversé la France, vu Marseille, passé la Méditerranée sur un bateau à vapeur; et me voici à Rome.

« Quelle ville, mon enfant! les édifices superbes des vieux Romains, les souvenirs des martyrs chrétiens, Saint-Pierre, le Saint Père!

H La Princesse m'a beaucoup demandé de tes nouvelles, si tu sais travailler, prier, si tu te prépares à devenir un homme?

« Quand tu seras grand, mon cher enfant, j'espère (jue tu pourras faire un voyage d'Italie. Je t'y ménage de charmantes relations.

« Le carnaval ici est bien animé. Figure-toi qu'on se bat, pour rire, dans la rue, avec des dragées de

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plâtre, appelées confetti, et des bouquets. Cela vous tombe comme grêle sur le dos ; et chacun rit.

« Les sujets du Saint Père sont bien gais.

(( J'ai acheté pour toi de petites vues de Rome; je te ferai bénir un objet à ma première audience du Pape, et si tu m'envoies de bonnes notes, je te garderai de jolis souvenirs.

« J'ai été voir, avec une dame de mes amies, son fds qui est interne au collège des Jésuites. Il est né à l'île de Malte, il a ton âge, est toujours le premier, et a toutes les décorations.

(( J'ai beaucoup pensé à toi ce jour-là, mon enfant chéri. Il faut que tu m'écrives une longue lettre ici. L'affranchissement te coûtera cinquante centimes, deux timbres bleus et un jaune.

« J'espère t'écrire pour Pâques; mais, à l'avance, je veux te rappeler mes recommandations. Pas trop de visites à la ferme, bon exemple à tes frères, prières dites, messe du dimanche bien entendue.

« J'ai assisté à la messe dans la prison Mamer tine, où saint Pierre a été détenu. C'est un trou creusé dans le roc. Les anciens Romains y faisaient précipiter les rois qui ornaient leur char de triomphe.

« L'histoire de ce grand peuple t'intéressera, et tu verras comme il est divin que la religion annoncée par de pauvres pêcheurs ait renversé l'empire romain, ce colosse!

« Nous causerons de l'Italie quand nous aurons le bonheur de nous retrouver, mon cher enfant, je te raconterai des choses merveilleuses.

« J'ai rencontré ici Mme Graven de la Ferronays,

qui a écrit le Récit d'une sœur^ et j'ai causé dans son salon avec plusieurs personnages remarquables.

« Au revoir, cher fils.

« Dis une petite prière le dimanche, pour que je fasse un bon voyage. Je prie pour toi dans les belles églises de marbre.

.- .[<» t'(Mnl)msse et jo l'aime de toi mon cœur. »

A MÈRE MARIE DE

« Rome, 29 février 1870.

u Ma chère Mère,

« Ne vous inquiétez pas, je vous en prie. Ici je suis entourée de clairvoyants-, et puisque votre fille, qui n'apporte rien à cette fine fleur du monde chrétien, est recherchée, c'est qu'elle vous fait un peu d'honneur, je pense.

u Rien ne me soumet, ne me subjugue; je suis prudente, je prie beaucoup, je me défie de moi, et vous devez reconnaître que je pratique en cela vos conseils.

u Mon indisposition, qui est finie, a mis le trouble, il est vrai, dans mes exercices de piété; mais je vais tout reprendre, et rien ne sera admis qui puisse me faire manquer la communion du matin.

u Mes conversations sont naturellement de la plus haute volée comme couleur religieuse; je me sens d'une inébranlable fermeté dans ma foi, et cela me donne beaucoup d'action.

- Hier, chez des baronnes suédoises, libres penseuses, j'ai servi des pensées de ma Mère, je n'ai pas pu m'enorgueillir. (^)uaiid jo mnnie ;n'nsi vos ensei-

gnemenls, je sens comme je ne sais quel feu apostolique qui court dans mes veines. J'aime à voir un certain ébranlement dans les âmes qui m'écoutent. Je ne fais pas la prêcheuse ; mais on me pousse en avant, comme un personnage. Je dis librement ma pensée; et quand je puis y rattacher la vôtre, je la développe dans la conversation. Je sors de là comme quelqu'un qui a chanté par le gosier d'un autre.

« Me voici invitée chez la comtesse Benoît d'Azy. Ce sont des soirées sérieuses, où se retrouve le haut clergé romain et français. Je m'y présenterai avec ma robe toute simple; si je m'aperçois qu'elle est trop disparate, j'y renoncerai. Mes cheveux bouffissent beaucoup à Rome, cela me servira de coiffure, et il n'y aura rien de trop mondain. »

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