‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 45 sur 89 · V)« ZÉNAÏDE FLEURIOT · texte numérisé non relu

V)« ZÉNAÏDE FLEURIOT

(( C'est pour cette correction importante que je me vois obligée de vous écrire aujourd'hui en hûte, vous suppliant d'envoyer de suite, rue Bonaparte, le papier inclus. Je craindrais que la correction ne s'égarât au bureau du journal, et qu'il n'y eût du retard. Pardon de ce dérangement et merci ! »

A LA MÊME

« Rome, 26 mars 1870.

« Croyez-moi, Mère, les salons de Rome ne m'ont pas rendue femme du monde. Ne savez-vous pas qu'avec le triste talent que Dieu m'a donné, il m'est bon d'approcher les choses enviées et les gens enviables?

« J'idéalise vite, mais un seul coup d'œil suffit pour me montrer la réalité des choses. C'est de loin que les personnages me paraissent grands; de près, ils se rapetissent toujours. Pour modérer toutes mes fougues, il me suffit d'entendre votre voix dire avec conviction : « Tout cela est du temps ». Vous m'inspirez le goût de l'Eternité.

« La princesse m'a fait porter l'autre jour un carton de fleurs artificielles, un col et des manchettes de guipure; j'ai refusé les fleurs de couleur.

« A Rome, les petites lampes qui brûlent devant le Saint-Sacrement n'ont ni ruban ni anneau ; c'est un cœur qui y est appendu. La lampe, pensai-je, c'est-àdire ce qui est le parfum, la lumière, ce qui brûle et ce qui éclaire, c'est ma Mère, et ce cœur, sur lequel elle jette son reflet, et qui est là comme un poids inutile, c'est moi. Mais ils se tiennent, ils sont étroite-

nionl unis; et ce vilain cœur, reflétant la petite clarté, apparaît aussi dans les ténèbres comme une lumière bien faible, mais enfin comme une lumière. Maintenant j'aime à regarder brûler toutes ces lampes avec ]«Mir cœur pendant.

« Je suis enchantée que Mme de Montalembert soit venue demander des prières au Purgatoire. J'admire beaucoup son mari, et je le regarde comme un des plus vaillants champions de TÉglise; la douleur de sa veuve m'est très sympathique. Je pense que vous aurez aussi la visite de Mme Craven. Il faut bien que je parle un peu de vous, pour m'expliquer moi-même; et je vous indique à certaines âmes qui soufl'rent, comme lorsqu'on connaît un bon médecin.

(( Je n'irai plus dans le monde inutilement; je n'avais accepté que des soirées parlantes, où je rencontre le haut clergé romain et étranger. Le monde m'ennuie; néanmoins j'y prends des tableaux. Les comédies qui s'y jouent, les importances qui s'y déploient, m'en dégoûtent de plus en plus, puisque je n'aime que le vrai. Je n'en peux plus de la bruyante musique qu'il m'est donné d'entendre, et je me mords souvent les lèvres pour ne pas dire qu'elle me semble insupportable, car il faut tout admirer à Rome, devant certaines gens, à tort et à travers. Quel repos sera de revenir parler avec vous de ce qui est vraiment admirable! D'ici là je me tairai, ma chère Mère; je voudrais, à votre exemple, envelopper tout le monde de charité, mais les excitations ne manquent pas.

« Pour moi, grûce à vous, j'ai été prudente et je le serai davantage encore; cela coûte bien parfois,

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