Z EN AÏ DE FLELUIOT
quand ceux qu'on attaque sont les meilleurs enfants de rÉglise; mais les langues des femmes font un mal affreux.
« Adieu, ma chère Mère, etc. »
A LA MÊME
« Rome, 27 mars i870.
« Je ne me lasse pas de penser à ce qui court de providentiel dans notre correspondance. Mais quand je dirai à ma Mère que sa lettre s'adapte toujours juste au bien nécessaire à mon âme, au moment où je la reçois, ne sera-t-elle pas encore plus encouragée à m'écrire?
« Mère vénérée, j'aime à vous le redire : votre souvenir m'est une sauvegarde; il change soudain ma physionomie, il me sauve des prestiges, il arrête mes regards et mes paroles. Il y a ce qui offense Dieu et ce qui vous déplaît; or ce qui vous déplaît ne serait pas toujours une offense grave; mais les pentes sont si dangereuses!
« Le récit de mon voyage, dans la Semaine, est quelque peu amalgamé; mais, pour être lue par ceux qui ne lisent pas les gros livres, il faut plaire. Je n'écris pas seulement pour quelques-uns, il faut parler un peu de tout, au risque d'ennuyer. Les gens qui acceptent les auteurs ennuyeux et les discours ennuyeux, sont tout convertis; mais les autres! Personnellement, mon voyage est plus sérieux, beaucoup plus sérieux qu'il y a trois ans.
« Le grand nombre ici est chrétien; et c'est un idéal qu'il m'était bon d'approcher : les riches, les
intelliij;ents, les distingués, les heureux, les beaux. Gel ensemble olTre le plus grand des prestiges humains. La sainteté seule les dépasse. Eh bien! quand, sortant de ces salons si brillants, si séduisants, je rêve de m'asseoir avec vous, sur un tas de copeaux, dans l'atelier de saint Joseph, je me figure m'ôtre plutôt fortifiée qu'aflaiblie ; mes coquins d'yeux voient si avant, et mes propres passions me révèlent si bien celles des autres I Mais, je remonte, avec ma Mère, bien au-dessus de tout ce fond attirant, et j'ai des élans vers la vérité et la justice.
u Je suis obligée de vous quitter, pour aller à Sainte- Croix de Jérusalem vénérer Tinsigne Relique. »
A LA MÊME
« Rome, 28 mars 1870.
u J'attends la lettre de ma chère Mère. C'est, après le divin, la vie de ma pauvre âme. Les aspects éternels de Rome ne me parlent pas d'éternité comme elle.
« Mgr Mermillod nous a recommandé plusieurs fois d'avoir le cœur plein! « On n'agit jamais complè- « tement sans cela, dit-il; on est là, cherchant et « ramassant, les uns ceci, les autres cela ».
« J'envie ceux qui l'ont vraiment plein de Dieu seul, la paix les inonde; mais je ne me plains pas du remplissage du mien.
u Ce nue vous dites des humbles est si vrai, ma Mère; quel bonheur en ce monde et quelle sécurité pour l'autre! Mais, mon Dieu! mon Dieu! c'est si rare. Je n'ai un grain d'humilité que devant vous; et
pourtant, intérieurement, je me méprise beaucoup. Je me propose, depuis quelque temps, de subir aimablement la vanité et Timportance des autres; hélas! je n'ai guère encore remporté de victoires.
« J'assiste souvent à de beaux sermons bien pratiques.
u Mgr Forcade, évêque de Nevers, disait spirituellement ce matin, dans une réunion de dames qui lui avaient demandé de bénir leur ouvrage pour les pauvres, qu'elles aidaient l'Eglise pratiquement avec leur travail, leur charité, leur piété, l'amendement sérieux de leur vie; tandis que ces discoureuses qui se mêlent de théologie et veulent en remontrer aux évêques ne sont propres qu'à tout brouiller. « Hier, « ajoutait Monseigneur, une aimable marquise me « prêcha contre rinfailhbilité pour me ranger de son « parti.... Quel ridicule! à chacun sa science, à cha- « cun son métier. Demandez des adresses de modistes « et de parfumeurs à nos élégantes, et laissez les doc- « teurs s'occuper du Concile. Hélas! quoi de plus « rare que le bon sens; « Ecce ancilla Domini », dit « Marie; et c'est pourquoi l'Ange répond : « Dominus « tecum. Le Seigneur est avec toi. » Il s'approche « d'une servante, il s'en sert et lui confie ses dons. « Mais les orgueilleuses pleines d'elles-mêmes, il les « regarde de loin. Aussi comme leur âme est froide « et leur foi languissante ; qu'il n'en soit pas ainsi de u vous, mesdames! »
(( J'ai voulu redire ces paroles à ma chère Mère, pour lui montrer qu'elle est bien secondée dans les conseils qu'elle me donne. »
A LA MÊME
tt Home, 30 mars 1870.
« Ma chère Mère, c< Je voudrais bien vous conter ma journée, heure par heure; c'est impossible, la moindre visite aux églises et aux antiquités m'enlève d'un coup la demijournée. Je me sens bien paresseuse le matin; mais, à moins de fatigues prolongées la veille, je me lève à six heures. Dans le cas où Paule aurait un cher projet que je ne voudrais pas retarder, je fais ma méditation avant de m'habiller. Les jours de communion, je vais à la messe tout de suite; autrement, j'écris et j'ai la messe en visitant un nouveau sanctuaire. Le va-etvient continue dans la journée. J'ai d'habitude la bénédiction du Saint-Sacrement vers cinq heures, et je dis mon office. Je rentre de bonne heure, j'écris un peu, je lis ma méditation, je fais une prière courte et je me couche. Mon oraison du matin devient plus distraite, mais je l'aime toujours; un peu partout, je me recueille, et môme bien au fond. Chaque fois que j'effleure les tristesses et les égoïsmcs, je cherche mon Dieu en moi. Je le sens, la grâce me conserve dans ces dispositions de recueillement, car cette vie d'impression, de liberté, convient si bien ê\ ma nature que je pourrais m'y oublier.
<t Ce soir, je fais ma dernière visite à Mme de Guébriant, où se rencontrent tous les évoques infaillibilistes; j'y apparaîtrai avec Mlle de Trémaudan qui a promis pour moi, et ce sera ma dernière soirée. J'y avais parfaitement renoncé ; mais on m'a prouvé que
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ce sérail une incivilité, puisque j'ai accepté ailleurs, et j'irai une demi-heure.
« La semaine prochaine, je verrai ce que je n'ai pas vu encore. Je passerai la Semaine sainte à Saint- Pierre ; et les jours qui suivront Pâques, je commencerai ma malle.
u Je trouve, en ce moment, l'occasion de faire reproduire mes ouvrages par des journaux catholiques américains. C'est un évêque américain qui s'en chargera. 11 m'a dit que le Concile s'occuperait de l'influence de la littérature sur les masses, et que cette question serait une des plus importantes.
u Je vais entendre assez souvent un jésuite, le père Fessard, au Noviciat du Sacré-Cœur; le jour où je recevais votre lettre de l'Annonciation, il paraphrasa VEcce ancilla Domini. Il parle comme un vieux saint. »