‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 68 sur 89 · ZÉNAÏDE A LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

ZÉNAÏDE A LA PRINCESSE

« Paris, 26 décembre 1873.

(' Chère Princesse, Mme de Suarez est arrivée, charmée d'avoir fait votre connaissance; elle a trouvé une de ses petites filles malade, ce qui a retardé quelque peu sa visite.

« Quant à moi, je sors d'une vente pour l'Œuvre générale des Écoles professionnelles, et je n'en peux plus. Cependant j'ai fait de très bonnes affaires; mais commerçante, même pour rire, ne suisi

u J'ai grand'peine d'apprendre que vous êtes encore (* rhumatique », et suis aussi fort occupée de votre mal d'yeux, que je rencontre chez plusieurs personnes de ma connaissance. En vérité, je tiens beaucoup à ces yeux-là, et désire ardemment leur guérison.

u Vous avez raison de m'encourager à écrire pour les «'niants, c'est tout à fait mon attrait : 1** parce

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que je les aime; 2*^ parce qu'ils m'inlroduisent chez le roi des libraires; 3° parce qu'ils me préparent un public. Oui, Fenfance est jjvo fanée; et je reprends les bonnes traditions qui sont de la laisser à sa pure ignorance. J'ai débattu cette question avec l'éditeur. Il est convenu que mes enfants seront des enfants; et, si je les fais parler trop sérieusement, ce sera sur des sujets à leur portée. Je suis contente des succès du Petit chef de famille. La première édition a été de 6 000 exemplaires ; et le prochain tirage sera de 10 000. On désire me^voir remplacer la comtesse de Ségur, qui a passionné toute une génération, avec ses ouvrages pleins de verve. Je crains de paraître fade auprès d'elle. Son style aux libres allures ne s'embarrassait de rien.

(( Chère Princesse, je vous remercie de vos souhaits de bonne année, et vous les retourne avec ceux de ma sainte Mère, à laquelle je recommande souvent votre précieuse santé.

(( Puisque l'Italie vous joue des tours pendables en hiver, que ne venez-vous à Paris? Il m'arrive souvent de dire à Mme de Blocqueville : u Si nous « voyions entrer la Princesse? » Je ne puis vous exprimer la joie que me donnerait la réalisation de ce rêve.

« En ce moment, je publie Miss Idéal, suite de Mes héritages, dans la Mode illustrée; Armelle Trahec, suite desPieofs d'argile, dans la Semaine; et En congé, dans le journal de Hachette, la Jeunesse. Jugez si je puis flâner.

« Adieu, chère Princesse ! A l'an prochain!

u Pour l'affection que je vous porte, les années se suivent et se ressemblent. »

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DE LA I' H INC ESSE WITTGENSÏEIN

« Rome, 16 janvier I8"i.

« Ma chère Bruyère de Bretagne,

*< Oui, j'aime à vous le redire, je suis heureuse que vous écriviez pour les enfants. Vous les aimez, vous les connaissez, et vous ne laites pas comme certains auteurs, assez mal inspirés pour leur parler mariage et autre chose de cette nature insolite. Le petit chef de famille me semble être le chef-d'œuvre du genre. Ouant à \oivG Armelle Trahec,]C; finis sa lecture, et vous félicite bien sincèrement de ce fruit nouveau, après un été si riche de fleurs.

- Voici une véritable œuvre d'artiste! la môme lonalité y est gardée en tout. Pas de heurts, de soubresauts, de transitions oubliées, d'accords sautés à pieds joints; c'est un coloris doux, égal, partout profond, sans être creux. Ce qu'il y a de plus remarquable dans votre Armelle, c'est son contraste avec les Piedi d'argile. Ce qui est vraiment attractif dans le second roman, c'est qu'il est l'envers du premier. La fille, devenue mère, voulant être aimée de son fils comme elle aimait son père, et n'y réussissant pas.

«< La fatalité de cette transposition, funeste à la nature, a quelque chose de tragique qui saisit et émeut le lecteur. C'est un coup d'œil philosophiquement jeté dans l'âme humaine. Mais vous comprenez que si vous séparez Armelle des Pieds d'argile^ ce contraste ne frappant pas le lecteur, il ne reste plus qu'une mère égoïste qui n'intéresse que médiocrement. Aussi ne manquez pas à mettre sur la cou-

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vertu re : Armelle Trahec^ suite des Pieds d'argile.

« Je n'ai absolument aucune remarque à faire, cette fois, sur la marche des incidents. Le style y est excellent. Vous voyez que je loue sans restriction quand je peux le faire sincèrement. Autrefois, quand je ne connaissais pas votre valeur, je ne songeais qu'à vous louer sans aucune critique, qu'à trouver tout bien, tout charmant. Maintenant je môle le tonique et l'absinthe à mes gelées d'ananas; mais la gelée ne nourrit pas, et l'absinthe, médicalement prise, ravigote. Et ce qu'il faut, c'est d'être ravigotée. En somme, soyez contente de ce dernier ouvrage. Continuez, ma chère Bruyère, continuez; et remuez bien l'encrier, afin que votre plume y trouve une substance assez forte pour ne pas s'effacer devant le soleil du lendemain et ne pas s'éteindre dans l'oubli du surlendemain.

« Je vous embrasse bien cordialement, et vous prie de prendre tout ce que je dis comme je le dis; non en vue de votre talent, mais du bien que vous pouvez faire. Il ne s'agit vraiment pas de Zénaïde Fleuriot, mais de ceux qui la lisent.

« Que les chers bons Anges fassent le tour de votre encrier et le remuent tout à l'aise ! »

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