Z EN AÏ DE FLEURIOT
u rent pas, d'ailleurs, que c'est pour ce public-là « qu'il est difficile d'écrire; ils savent que l'art s'arrête <( dès qu'on se croit le droit de tout dire, et qu'il n'est (( point si aisé qu'on l'imagine de rendre intéressante u une œuvre qui peut être mise dans toutes les mains, « et franchir les seuils les plus sévères. »
« N'est-ce point pour les écrivains catholiques auxquels le public fait bon accueil, un article parfait? Pour moi, j'applaudis des deux mains aux vérités qu'il contient.
« Je le répète avec l'écrivain de la Liberté^ il est charmant de se créer une clientèle de jeunes filles et d'honnêtes femmes, à laquelle beaucoup d'hommes sérieux ne dédaignent pas de se joindre; et il est difficile d'être intéressant sans flatter le mauvais goût ou les mauvais penchants de la foule. Néanmoins il faut le tenter. A part cette suprême récompense, que Dieu décerne, même en ce monde, par la voix de la conscience en face du devoir accompli, il est de très douces compensations qu'il n'est pas défendu à l'écrivain moral de goûter.
« De ce nombre sont les témoignages d'estime, de respect et de sympathie, tels que ceux que je reçois journellement, et dont je me plais à remercier une dernière fois le public de la Semaine des familles.
Revenons à la correspondance de Zénaïde avec ses amies.
I»l{l.\ I)K L'ACADEMIE. 420
DE LA PRINCESSE WITTG E i\ ST El N
« Rome, 14 avril 187'».
« Nos lettres se sont croisées et je n'ai pas eu le temps de répondre immédiatement à la vôtre, ma chère Bruyère. Un mot m'y a frappée. Vous me dites : encouragez-moi ; mais c'est ce que je n'ai cessé de faire depuis le premier jour de notre connaissance. Je crains toujours que vos succès, sans cesse croissants, vous empêchent de travailler et de monter. J'ai pris à tâche de me montrer plus exigeante que vos lecteurs.
(( Quand on voit une personne inexpérimentée tracer des lignes incorrectes, on loue le bien qui s'y trouve pour l'encourager, et on ne lui fait pas le chagrin inutile de lui découvrir tout ce qui manque à son œuvre. Mais quand celte personne est proclamée maître, la question change. On la traite avec exigence, quelque peu durement.
« Croyez que, si je vous parlais doucement, non seulement le bruit de vos succès ne vous permettrait pas de m'entendre, vous n'y feriez pas attention pour vous-même, et tout ce que je vous écris serait considéré comme un jeu de ma plume. Maintenant que vous avez vos deux butons de maréchal, l'admirable bref du Saint Père et le prix de l'Académie, avez-vous encore besoin d'encouragement? Le mien se traduit bien moins dans ce que j'approuve que dans ce que je demande. Approuver et ne rien demander de plus, se donne à tout le monde et pour toute chose, pour une jolie toilette, pour un morceau bien exécuté, une
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aquarelle bien copiée ; c'est le pain bénit de la banalité.
« Je vous ai traitée mieux, en vérité. Si ma chère Bruyère trouve que cela rappelle trop le parfum de sa lande de Bretagne et pas assez les parfums de Paris et de ses serres chaudes, nous pouvons rentrer aussitôt dans cette atmosphère artificielle; j'en connais toutes les teintes et les demi-teintes.
a Mais, en Bretagne ou à Paris, je ne cesserai jamais de vous porter une très sincère affection pour votre caractère, votre talent, l'élévation de votre esprit et de votre cœur.
« Je finis en vous embrassant tendrement pour vous remercier de m'aimer solidement. Vous n'aurez pas à vous en repentir, car je ne vous ferai jamais faux bond. »
Le 25 mai 1874, Zénaïde obtint d'accompagner quelques Auxiliatrices se rendant à leur maison de Londres. L'Angleterre lui était inconnue et excitait vivement sa curiosité... Mais, comme toujours, laissons-la parler elle-même.
A MÈRE MARIE DE *** « iSwr le paquebot de Boulogne à Folkestone,
« 25 mai 1874.
c( Chère Mère, voyage charmant. A Amiens, j'entre au buffet et me commande un potage : j'avais une vague idée de boire chaud pour me réconforter, et, voyant des Anglaises attaquer de belles côtelettes, j'aurais fini par me faire servir un confortable déjeuner. Mère ***, avec l'air fin que vous savez, me glisse
PRIX DK L'ACADKMIK. ^'^\
dans roreillo : « Vous vous décidez donc à faire gras? »> Le Vendredi s'esl alors dressé devant moi, et j'ai modestement dîné de tartines et d'œufs. Le soleil est splendide. Je n'ai senti qu'un léger soulèvement de cœur, et espère bien n'avoir rien k ajouter sur ce sujet humiliant.
»^ Voici les blanches côtes d'Angleterre; nous avons dit VAve Mans Stella, pour saluer l'Étoile de la mer.
<• J'ai acheté des timbres sur le paquebot; vous aurez de suite de nos nouvelles.
« A bientôt, el A toujours, temps et éternité compris, »
A LA MÊME
« Londres, 28 mai 1874.
« Me voici donc chez les << You »,ma Mère. Tout me paraît nouveau, intéressant ; et j'espère récolter (|uelque chose pour mes écrits.
« J'ai vu les Auxiliatrices de Queen Ann Street ; elles m'ont accueillie à bras ouverts; les premiers chrétiens ne mettaient pas plus de charité entre eux. J'irai souvent à la CorBjuunauté. Tout me paraît fort bien commencé, et le noyau de l'École professionnelle de Londres a enlevé mes sympathies. Grâce au pittoresque de leur toilette, ces petites filles paraîtront certainement dans quelque article.
« Le grand libraire catholique de Londres m'a fait un excellent accueil; et je vais, je crois, me préparer de jolies gravures pour la Semaine.
« J'arrange mes journées afin de les bien employer.
432 ZKXAÏDE FLEl IlIOï.
La chapelle est un bijou et je ferai exactement mes exercices, vous pouvez en être sûre.
« Comment vont toutes nos filles de l'école?
(( Ces braves Anglais sont fanatiques de leur « Home » et je les comprends.
« Je commence à penser à mon retour, et à choisir un chemin. En attendant, j'arpente Hyde-Park qui me ravit. »
A LA MÊME
<■■ Londres, l^juin 1874,
« J'ai été toute déconcertée de ce que le dimanche me remettait à demain pour avoir de vos nouvelles, ma chère Mère, car, vous le savez, par respect pour le repos du dimanche, les lettres ne se distribuent pas en ce jour consacré au Seigneur.
« Je trouve la ville superbe; je ne comprends pas qu'on quitte Londres sans nécessité, quand on est voisin de Hyde-Park. Ces jours-ci, j'irai m'y rafraîchir la vue. C'est la campagne au milieu d'une ville, ce qui est à la fois pratique et grandiose. Bien des édiles français paraissent dépourvus de sens commun, à ce propos, de vouloir toujours disputer le terrain aux arbres du bon Dieu.
<( Mes premières visites ont été pour les Tabernacles. J'ai été consolée. Les églises sont soignées. Il y a du monde. Notre-Seigneur n'a pas trop l'air d'être en exil. Je pensais ce matin, dans ma méditation faite à la chapelle, que c'est une bien grande œuvre de placer un tabernacle de plus dans cette île des Saints devenue terre de l'hérésie; et je trouvais admi-
IMUX l)i: l/ACADK.MIK. 433
rables ces jeunes religieuses (jui y vienncnl porler la charité de J.-('.
« J'ai acliolé une noix de coco pour émerveiller nos cnfanls de llvolc.
Lundi.
« Je mliahillc en beau ce malin, et vous })ro:nels de ciiercher à donner une opinion favorable de votre fille. Je serai humble et paisible; c'est ce que je trouve de mieux. »
A LA MKMK
u KoïKlres, avanl-veilic de mon déparl.
« Ma Mci'c, je repartirai vendredi; huit jours, voyage compris, est tout ce que je peux me donner.
« Je voudrais partir jeudi; mais Lady Fullerton, (pie je nai pas encore vue, est venue me demander pendant une de mes absences, et a témoigné un si bienveillant désir de me piloter jeudi, que je ne crois pas devoir refuser. Elle molfre : visite à la Chambre des Lords (accepté); déjeuner (refusé); promenade dans sa voiture à Hyde-Park pour voir défiler « The « Season > accepté).
<( Je suis étonnée de me trouver visitant Hyde-Park et avec Tauteiir de L'oiseau du bon Dieu. Quel rêve c'eût été pour ma jeunesse 1 Maintenant, j'ai mieux.
« t.a réunion de lundi était édifiante et brillante. (Vest plutôt un meeting, où se donne rendez-vous Tarislocralie catholique. J'y ai vu la marquise de Lolhian, Lady Londonderry, Lady CHlford ('hischestcr. the honorable Mrs Fraser, Mrs Manning, etc., etc., et plusieurs femmes distinguées de tous les pays. Le
4 cl 4 ZENAIDK FJ.El KlUT.
chapek'l se dit en anglais: une leclure se l'ail dans la même langue, el une autre, en IVanrais. Ouelques protestantes y assistent. C'est bien là qu'on peut se dire avec consolation : « Toute la terre est au Sei- « gneur ».
(( J'ai visité la Tour, la Cité, Westminster abbey. Je comprends les affiches, ce qui m'enorgueillit beaucoup.
(( A bientôt, Mère, presque à demain; je- vais prendre mes renseignements, et bien ajuster tout pour mon arrivée. »
(Iryslal Palace.
u Je suis dans cette merveille, ma Mère, Miss Philippa me traduit l'important, et mes yeux font le reste.
<^ Cette serre gigantesque est vraiment charmante; il fallait la voir, je l'ai vue.
« Je partirai de Londres à sept heui'cs (puu'anle, vendredi, et serai à Paris a six heures el demie au plus tard. »