‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 72 sur 89 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Ck>rrespondances. diverses.

Voyage en Belgique. 1875-1876-1877.

« Paris, 9 janvier 1875.

« Chère Princesse,

« Votre silence me causait une tristesse intime, et cependant je me disais : elle ne peut pas m'oublier, elle ne saurait me méconnaître, et je me promettais, quand même, de vous garder toute ma reconnaissance, toute mon affection. Mais je vous retrouve, et votre parole me va droit au cœur. Vous exaltez trop la pureté de ma vie, que je dois" à mes bons anges et à de hautes luttes de prudence. Si vous me croyez pétrie de loyauté, vous jugez vrai ; je n'ai aucun mérite à l'être, je le suis.

« Chère Princesse, je vous remercie de me savoir; car je n'ai pas toujours le don de me bien expliquer par lettre, et Rome est loin de Paris!

« Je continue mon métier de semeuse daiis les sil-

CORRRSPONDAiNCES DIVERSES. 4:17

Ions ouverts devant moi; mon succès dépasse de beaucoup mon talent. Dieu, qui dispense tout, me j^randira peul-èlro. Je ne me sens pas épuisée, au contraire.

« J'avais donné l'ordre de vous adresser l'humble Bigarretle^ mais les 8 000 exemplaires de la première édition ont été enlevés en quinze jours, et je crois (pi'il n'y en a plus un. Par ce genre jeune, je pénètre chez un nouveau public. Ma petite poule Bigarrette n'est pas si bêle qu'elle en a l'air, et sait donner des leçons aux gens.

« Adieu, chère Princesse; ma sainte Mère ne vous a pas oubliée pendant votre maladie. Vous n'êtes ni une inconnue, ni une indifférente pour elle. »

A LA MÊME

- Lorient, 29 mars 1873.

« Je suis en pleine Bretagne, en pleine mer, et bien qu'ayant résolu de laisser dormir ma plume, je la reprends pour vous.

« A Paris, je traîne mon boulet d'occupations régulières, quotidiennes; j'ai toujours un canevas tendu devant moi, et le temps s'écoule avec une étonnante rapidité; mais quand j'ai repris le chemin de mes landes, je deviens flâneuse, comme tout Breton pur sang, et je n'écris plus que ce qui me plaît.

« Je n'ai pas reçu le mot que vous m'annonciez par la plus jeune fdle de la comtesse ***; il m'arrivera, peut-être, comme arrivaient les billets lancés par ballon lors du Siège, six mois après. Du reste, il me

438 ZENAIDE FLEIJRIOT.

suffit d'avoir reçu celui que vous m'avez écrit au commencement de cette année.

« Je ne demanderai plus votre attention que pour le roman que je dois donner à la Revue Didot, dont les cent mille abonnés forment un grand public. Pour le reste, je vous vois hocher la tête, et penser de façon à me corriger de l'amour-propre de la vogue, si j'en avais. Le mépris de la gloire est le plus beau des mépris; mais arriver à la gloire, même pour la mépriser, n'est pas facile. M. le vicomte Henri de Bornier y arrivera-t-il? Que j'aimerais à causer avec vous de ces œuvres nouvelles et de ces hommes nouveaux! En lisant La fille de Roland^ il me semblait que la France se regrandissait.

u Cet hiver, j'ai vu jouer Athalie^ et j'en étais enthousiasmée; j'ai entendu Le Messie, et tout mon être tressaillait d'espérance.

« C'est du beau qu'on doit vivre; et le peuple parisien en vivrait si tant d'esprits faux ne l'égaraient pas. Je crois que vous aimez la France, chère Princesse, et ce que certains journaux ont dû vous dire, je vous le redis. Il y a comme un Sursum corda universel, n

A LA MÊME

«< Paris. 7 juin 1875.

« Chère Princesse,

« Vous le savez peut-être par la marquise, nous pleurons notre chère et charmante comtesse de Suarez, qui s'est envolée pour le ciel, hier à deux heures de l'après-midi. Vous Pavez vue; et, comme la voir,

rôlnit la connaître, vous comprenez nos regrets. On ne trouve pas tous les jours de ces êtres délicats, intelligents, aimables et nobles. Elle a fait avec moi sa dernit'^re promenade. Je Pavais rencontrée à une réunion pour les cercles catholiques d'ouvriers ; et après, elle m'entraîna en voiture au Bois de Boulogne. Nous parlAmes de Borne, de vous, de la marquise, de la mère Marie de *** qu'elle vénérait. Elle était pAle, mais très souriante, par bonté pour moi, sans doute, qui paraissais très vivante. Il y a un mois de cela, et elle n'est plus. Sa maladie et sa mort l'ont montrée grande chrétienne. Ses conversations avec mère Marie de *** étaient empreintes de foi et d'espérance; elle a vraiment plané pendant ces jours amers, et a reçu des grâces de choix, des grAces suprêmes. Elle est encore parfaitement sereine sur son lit de mort, habillée à l'espagnole, de satin noir et de blonde; mais comme je la regrette!

u C'est assez sur ce sujet. Je suis sûre que vous vous intéresserez à ses trois petites filles; et plus tard, je vous en écrirai!

u Dans votre dernière lettre, vous me parlez des fièvres de la vie parisienne, chère Princesse ; mais vous savez, je crois, que rien n'est moins enfiévré que ma vie à moi? Les douleurs d'autrui, les angoisses pour ma patrie, de temps à autre quelque déchirure de cœur, comme celle d'aujourd'hui, traversent mon travail littéraire, sans l'arrêter. Je voudrais que vous vissiez mon grand et calme salon, tout azur et tout fleuri, qui ouvre sur un bouquet d'arbres; j'y passe mes journées bien paisiblement, et trouvant plus chaque jour que ce n'est pas la peine de tant s'agiter.

4i0 ZÉNAÏOE FLEl RIOT.

Nostradamus et Ce pauvre vieux sont tous deux des vieillards; mais là s'arrête la ressemblance. Quant au vilain personnage dont la vulgarité vous déplaît, il est là comme repoussoir. Les repoussoirs ne sont-ils pas dans la nature? Dans tous les milieux, je vois de vilains caractères; et quand je fais « vulgaire », ce n'est point mon entourage qui m'inspire. Je vous assure que ma région est choisie, et même dans les œuvres de la charité. Si vous hsiez les noms qui s'inscrivent autour de la table de nos lundis de travail pour les pauvres, vous reconnaîtriez que je suis en fort aristocratique compagnie. Tout est vain, tout est néant; mais néant pour néant, j'aime le néant distingué.

(( Il vous arrivera sous peu, en volume, Le jeune chef de famille. Je me dispose à recevoir de vous ma volée de bois vert.

« Adieu, et que Dieu vous garde longtemps à ceux qui vous aiment. »

A LA MEME

« Paris, 6 juillet 1875.

« Chère Princesse,

(( Vous ai-je donc donné à penser que la mort de Mme de Suarez était pour moi une douleur capitale? Non; je regrette cet être bon, aimable, distingué, qui m'aimait; je lui conserverai un souvenir qui prendra parfois la forme d'une prière, mais je n'ai point exagéré cette perte. Du reste, je pleurerai toujours les personnes que j'ai aimées; et l'idée de leur béatitude ne saurait m'en empêcher. Je vous pleurerai, si

CORRESPONDANCES HIVER SKS. 441

jamais vous mourez avant moi, alors que je vous croirai dans la gloire; et je pense que vous-même n'aimez pas assez superficiellement pour commencer par philosopher si un être cher vous était enlevé!

u Vous avez reçu certainement Monsieur Nostradamus. J'ai préféré vous l'envoyer illustré. La maison Hachette dépense 6 000 francs pour cela. Mon Jeune chef dr famille précédera Le vieux bonhomme^ et j'espère que vous le feuilleterez dans vos moments perdus. Vous savez que j'aime vos coups d'ongles; c'est donné de main de maître, et je sens, en dessous, voire bon désir de me voir monter. Avouez que je ne suis pas si sensible que cela, et (fue mon épiderme littéraire est, comme l'autre, bien fort et bien sain.

« Je suis en train de me préparer un pied-à-terre sur une plage sauvage, où j'écrirai de nouveaux volumes, s'il plaît à Dieu. Je me figure toujours que je n'ai pas fait mon livre, mon vrai livre. Je l'ai commencé durant le Siège de Paris; mais je veux le finir.

« Adieu, mon illustre amie; votre génie a beau faire, il no dévore pas votre cœur. »

A LA MEME « Locmariaker, 18 aoTil 1875.

<« Chère Princesse,

«' Je pose un instant sur le bord de ma grève solitaire, et je profite de cette halte pour vous écrire. J'ai beaucoup voyagé depuis mon départ de Paris. La comtesse Choiseul de Robersart m'a entraînée «•n Normandie, à son domaine de Blanche-Lande,

442 ZKiNAÏDE FLEURIOT.

ancienne abbaye de Prémontrés, des plus curieuses à tous les points de vue. Le pays est enchanteur. Nous l'avons quitté pour le mont Saint-Michel, bien nommé la merveille de rOccidenl; et enfin, je me repose avant de repartir pour Nantes, où Francis va subir l'épreuve du baccalauréat. Puis, avec mon frère et son fils, je visiterai Saint-Nazaire et autres lieux intéressants.

u En arrivant ici, je comptais travailler; mais la mer m'enveloppe d'une sorte de charme paresseux, auquel je me laisse aller. C'est ma seule phase de far-niente, et je m'en donne à cœur-joie. Il faut le dire, je me sens tout à fait impuissante à rendre la grâce et la beauté des paysages que j'ai sous les yeux, et je n'ai non plus nulle envie de m'embarrasser dans une histoire où devront se retrouver les passions et les agitations des hommes. De ceci je conclus que, si je n'habitais pas Paris et mes quatre murs, je laisserais ma plume se rouiller, et qu'il me faut le cadre de vie que j'ai choisi, pour continuer ma petite œuvre littéraire.

« Je suis très franche, chère Princesse, en vous réclamant la vérité, dût-elle me réduire en poudre; je me la suis dite à moi-même bien souvent, et aussi durement que vous. Plus j'avance dans la vie, plus le goût du vrai beau se développe en moi, et l'infériorité de ce que je fais me saisit dans la même proportion. ^)

COURES PONDANCES DIVERSES. 443

A LA MEME

.. Paris, 2t juin ISIfi.

<( Chère Princesse,

- ^'ot^e dernière lettre était rayonnante du soleil de Rome et, naturellement, elle m'a charmée.

<« Vous avez lu mon vieux lyostradaïuits d'un bout à l'autre, et l'avez jugé favorablement. Je ne vous le cache pas, j'en suis enchantée. La critique sur la photographie de la lune me servira pour la seconde édition. Mais, le croiriez-vous, je suis allée exprès à l'Observatoire, et je me suis fait expliquer cela ex profrsso'! .l'avais affaire, il paraît, à un savant de troisième ordre, et désormais je m'adresserai mieux; car je vous assure que je possède la conscience intellectuelle, et que j'ai souvent refusé de tenter des travaux qui m'étaient indiqués, par la crainte de ne pouvoir m'instruirc suffisamment sur les sujets imposés. Pour ce qui entre forcément dans mes histoires, je serai désormais plus prudente, et j'irai aux vraies sources.

« Votre encouragement me manquait; maintenant que vous avez parlé, me voici toute disposée à croire les autres témoignages.

« Je vous dirai que le public me gâte beaucoup, par lettres anonymes. Les témoignages féminins me laissent quelque peu indifférente; mais voici quatre lettres d'hommes fort intelligents, adressées à l'éditeur, où, avec des formules dilTérentes, on m'appelle — j'en crois à peine mes yeux — un écrivain profond. Oh! ce « profond «-là. Princesse, m'a fait un bien et un plaisir!!!

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« Vous savez que je vous disais quelquefois, non sans découragement : « Je crains de n'être jamais (( profonde ». Et le devenir était justement ma petite ambition, car je pensais que tout écrivain superficiel n'a jamais de véritable action sur son public. Ces braves messieurs ne sauront jamais le plaisir qu'ils m'ont fait avec leur profondeur.

(( Une pauvre femme souffrante, isolée et fort intelligente m'écrivait tout récemment six pages d'expansion, et allait jusqu'à remercier le Ciel de m'avoir fait naître. Cette belle et touchante lettre a été enfoncée par celle des magistrats et officiers, me qualifiant de profonde. Et voilà comment on aime à voir flatter ses petites manies î Je sens très bien que je ne serai jamais un puits de profondeur, mais, si mon petit ruisseau d'eau claire ne se dessèche pas absolument, j'en rendrai grâces à Dieu.

« Qu'avez-vous pensé de la manière dont est morte George Sand?J'ai lu et relu tous les détails de ses derniers moments, et cela m'a laissée triste. Le talent ne vaut pas la foi, aux heures solennelles. La plus humble créature qui meurt dans la grâce a des paroles et des accents qui vibrent. Cette mort terne, et j'oserais dire bourgeoise, est une singulière finale pour un être de cette trempe. J'avais toujours espéré qu'elle aurait un regard en haut, et que publiquement elle aurait donné un regret à ses doubles erreurs. En ceci, je ne parle que du bienfait de l'édification; car Dieu me garde de juger autrement le rrpJ de sa fin.

a Plus tard, je vous décrirai ma cabane de pierres à Locmariaker. Elle est dans la plus jolie situation

COKIŒSPONDANCES DIVERSES. 44 ii

(lu monde. J'ai semé clans Miss Idral, Les pieds d\irgHe et En congé les paysages de ce coin, où se retrouvent la paix, la loi et les mœurs d'un autre âge.

« La gravité, la piété, la pureté de ces bonnes gens me plaiseiil lout naturellement; et rien de bourgeois \\\ apparaît encore. C'est une merveille. Je ne crains qu'une chose, c'est d'y avoir trop attiré l'attention, et qu'on ne s'imagine que ce qiii me plaît peut plaire à d'autres.

'< Kn attendant, je m'enivre de cette solitude, et je la garde des importuns.

" Chère Princesse, c'est bien longtemps vous occuper de moi: adieu, et merci toujours. »

A MÈRE MARIE DE

" Konnoareb, samedi i août 18*0.

»< Ma chère Mère,

<- C'est mercredi 6 que je compte quitter Loc Maria ; les autres aussi, afin de profiter de ma voiture.

Je couche à Vannes ou à Redon, et je repars jeudi pour « ma Mère ».

« J'ai donné un regret sincère à votre petite chal)elle de la Fondation; et, quoique la grande soit une merveille, je ne l'oublierai jamais. Je vois d'ici lout ce qui s'y est passé, tout^ je le raconterais. J'y ni bien prié, bien pleuré, bien souffert; mais aussi c'est là que mon Dieu m'a vraiment parlé, c'est là • [u'Il a daigné se révéler à mon infirmité; et c'est là jiussi que je l'ai adoré de toutes les forces de mon Ame. Si vous n'étiez pas si sainte, je vous raconterais mes souvenirs ; mais vous y êtes tellement mêlée

440 ZKNAIDE l"Li:i4U0T.

({iril ne sérail parlé que de vous el de voire célesle influence sur moi. C'est encore, c'est toujours par vous, ma Mère, que m'arrivenl ces élans vers le bien qui neutralisent les élans contraires de ma pauvre nature, si i)eu mortifiée.

u J'ai fini Un fruit sec, quel débarras! jen suis soulagée. J'ai tout à revoir; mais j'ai écrit le mot de la fin : La vérité délivre f

u Que je suis heureuse de vous dire : à bientôt! »

A LA PRINCESSE WITTG EN STEIN

« Locmariaker, 3 septeml)rc 1870.

M Chère Princesse,

« Je vous écris de mon chalet; il n'a point la forme élégante de celui qui figure en tête de votre lettre. Sur les côtes du Morbihan, il faut du solide; et celle maisonnette est des plus rustiques. Tel qu'il est, avec ses larges fenêtres et son fronton rouge, il me plaît; el ce n'est pas sans regret que je le quitterai. Plus tard, je le ferai flanquer d'un pavillon, et alors je pourrai y recevoir ma nombreuse famille. Actuellement, je vois tout le Morbihan; je le suis dans la courbe superbe qu'il décrit jusqu'à l'Océan, éloigné de deux kilomètres. De mon petit salon, je plonge dans une anse que^ le Ilot festonne d'argent deux fois par jour. Cette vie à l'air libre est tout à fait de mon goût, et je suis aussi solitaire ici que vous, à Rome, dans la belle saison, que vous me décrivez si bien.

« Je suis très aimée, très respectée, dans mon hameau de pêcheurs, et il me repose complètement

COHUESPONUANCES UIVEHSES. 4 * /

de l'aris, où mon cœur ol mes alVaircs me rappcllcnl, mais où je ne saurais demeurer toujours. — C'est ici que j'ai fini Un fruit sec, en sacrifiant un dénouement heureux , mais bourgeois , à un dénouement plus noble. Cette pauvre Odile I Vous pourrez bien vous attribuer sa mort I Votre lettre m'est arrivée au moment décisif. Et trouvant que vous disiez vrai, j'ai changé les couleurs de ma palette; j'y ai broyé du noir. .le pensais aussi qu'une semblable destinée ne pouvait avoir une fin banale.

<« Votre objection poui' mon titre Un fruit sec m'avait rendue perplexe, et j'ai dû consulter. Cette expression, je vous l'affirme, n'est pas vulgaire en France; je la trouve dans le Dictionnaire de Littré. Littré dit (pi'elle s'ai)pli(|ue aux jeunes gens de Saint-Cyr et de l'Ecole polytechnique, qui en sortent échoués; et ces deux écoles sont les premières de l'rance. Je pensais faire une heureuse découverte en écrivant l'histoire d'un Fruit sec social, c'est-àdire de l'homme qui, reçu dans les bonnes positions de la vie, manque tout, ébauche tout et perd tout, par un orgueil insensé et une légèreté incroyable. Fruit sec! c'est si bien cela! Non pas fruit gâté, pourri, mal noué; fruit sec! Donc, je garde mon tilre; mais votre objection m'amène à penser qu'à l'étranger, il pourrait ètn^ de l'hébreu. .le l'expli- (juerai dans une petite note.

« Je vous dirai simplement et sincèrement mon opinion sur votre dernier livre, telle que vous la désirez : ce que vous avez imprimé m'a toujours paru saisissant, vous avez des pages superbes et originales; mais le sivle est heurté et incorrect. Il me semble

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quuii ])()ii écrivain aurait bien vilo l'ail dispaiailro CCS défauts qui n'existeraient sans doute pas, si vous écriviez dans votre langue malernelle \

« J'ai assisté, dimanche, à une belle séance en Thonneur de Lamartine, (|ui reste un poète de très grande taille. Puis je me suis trouvée ici en })leine arène politique à cause de Télection du comte de Mun, et j'ai fait de mon mieux près de ({uelques grands propriétaires de ce canton. .Te regrette de n'être point allée sur le lieu même de l'élection. Il y a eu bataille et de bien curieuses scènes, dont j'aurais fait mon profit. Je suis paresseusement restée attachée à mon calme rivage. C'est de là que je vous adresse mon fidèle souvenir. »

A LA MKME

<« Paris, 6 novembre 1810.

« Chère Princesse,

« Quelle heureuse idée vous avez eue de me faire la surprise de cette superbe photographie! A'ous ne vivez plus seulement dans mon souvenir; je vous vois, dans ce coin de salon si charmant, orné des merveilles de l'art antique et moderne. Tandis que je vieillis, il me -semble que vous rajeunissez. Dans tous les cas, je vous trouve un air de vigueur qui me charme. Autrefois, la lame faisait mine d'user le fourreau; et aujourd'hui, lame et gaine ont leur brillant, en cette parfaite photographie, que je suis très heureuse de posséder.

f. Ce Vœu a eu son accomplissement par le travail de M. Lasserre. Voir chap. vu, p. 180.

« Quand la petite caisse m'est arrivée, je lisais votre beau chapitre sur l'abnégation. Il m'a semblé piquant d achalander votre livre dans un cabinet de lecture; quelques jours après, je lui ai rendu visite, il venait de rentrer, après plusieurs sorties, et était déjà très froissé. Il porte l'estampille, et le voilà quelque peu lancé dans Paris. Je l'ai lu et relu avec attention, chère Princesse ; je le trouve un vrai manuel du grand monde, et s'il n'a pas encore la réputation qu'il mérite, cela tient à l'éditeur qui ne l'a pas lancé dans la bibliographie. Je vous dirai aussi, simplement, puisque vous l'exigez, que si les idées sont de toutes les nations, quelques expressions suffiraient pour empêcher qu'un critique qui se pique de purisme le recommandât sans restriction. Souriez-vous en m'écoutant parler, chère Princesse? un peu, n'est-ce pas, mais en me pardonnant ma liberté.

« Je vous envoie mon nouvel ouvrage, La jjetite Duchesse, grand volume illustré, Hachette. Dites-m'en, je vous prie, votre avis. Que tout cela serve la cause éiernelle de Dieu!

u Par la sévérité de ma vie, j'ai mis une digue aux empiétements de Tamour-propre. Le témoignage de ma conscience, celui de deux ou trois bons juges, me suffisent. Donc, encore une fois, merci! »

A MÈRE MARIE DE

-- Paris, 31 décembre 1876.

a J'écris à ma Mère vénérée sur un bureau sans poussière, bien rangé, presque digne d'elle; et je la remercie devant Dieu de toutes ses bontés, de toutes

ses préservations, de tous ses conseils, pendant cette longue année remplie de ses bienfaits, et que Dieu a bénie.

« J'ai demandé humblement pardon à mon Seigneur et Maître de mes défaillances, de mes présomptions, lui promettant de ne plus me départir de l'esprit de simplicité et de circonspection; simple comme la colombe envers Lui et ma Mère; prudente comme le serpent avec le monde; fuyant et craignant l'ennemi de mon salut sous toutes ses formes et ses ruses. Que nos bons anges me soient en aide! »

« 1" janvier 1877.

«. Bon jour, bonne année, ma chère, vénérée, et éternellement chère Mère! Que le bon Dieu vous garde, vous inspire, et qu'il garde et qu'il inspire votre petite et toujours reconnaissante fille, enN.-S.

Jésus. »

A LA PRINCESSE WITTGENSTEIN

« Paris, 14 janvier 1877.

« Chère Princesse,

a Vous me donnez les plus agréables étrennes du monde, en me parlant aussi élogieusement de ma Petite Duchesse. Comme toujours, j'ai cru à vos compliments et j'ai admiré la justesse de vos critiques.

« Le pubhc a pensé comme vous, car jamais volume n'a été enlevé avec cet entrain. Trois semaines avant le jour de l'an, il était introuvable.

« Je puis dire que cette année j'ai été plus encouragée que jamais. Mes critiques choisis ont été

contents, mon public inconnu a opéré une razzia chez les libraires; et, pendant la vente de charité que je viens de faire, au Ministère de la justice, j'ai été couverte de compliments sympathiques. Françaises, Américaines, Polonaises, Anglaises, me prouvaient par leurs paroles que mes petits livres font le tour du monde, et que certains types sont devenus familiers partout. Une grande Américaine m'a raconté ce qu'elle appelait Le vieux bonhomme, et m'a fidèlement retracé tous les traits de Ce pauvre vieux.

a J'ai enfin retrouvé, parmi mes papiers de voyage, la lettre de Mme la princesse ***, si louangeuse sur i\Ja petite Duchesse, et que vous réclamez; je vous la retourne sous ce pli.

« Vous êtes bien aimable de me redire l'enthousiasme de cette intéressante enfant, dont l'histoire est fort touchante. Mais comment lui écrire vaporeusement, ainsi que vous le demandez? N'est-ce pas en dehors de mes aptitudes? Vous savez le vers de La Fontaine :

Ne forçons point notre talent, Nous ne ferions rien avec grâce.

« Je suis de moins en moins vaporeuse, Dieu merci, et j'ai un culte pour la précision. J'aime à redire avec Louis Veuillot : « 0 prose, mâle outil!.... » de sorte que je crains beaucoup que ma lettre ne soit un pavé, et non point un nuage.

« Enfin, j'écris comme je pense; et si la jeune fille est intelligente, elle aimera cet accent vrai que rien ne remplace.

« Je trouve charmant, dans la bouche et sous la

plume de certaines gens, le marivaudage de salon, qui est parfois une distraction; mais je suis trop de mon pays :

La terre de granit recouverte de chênes,

pour l'employer avec succès. Parlez-moi de vous écrire, à vous, et surtout, parlez-moi de votre manière d'écrire; vous donnez un coup d'aile, et mon esprit vous suit. Voilà ce qui s'appelle correspondre. Que n'êtes-vous à Paris! Quel plaisir j'aurais à vous écouter et à vous parler! Vous êtes un être très rare, chère Princesse, et, dans le monde, je me contenterais bien de votre doublure; mais je ne l'ai pas encore rencontrée. Dans le cloître, c'est différent; j'y ai trouvé des altitudes.

(( Adieu, etc. »

A LA MÊME

« Paris, 30 juin 1877.

<( Chère Prmcesse, voulez-vous faire parvenir ce mot à votre intelligente amie, l'admiratrice de La petite Duchesse'! Vous me direz si je suis entrée dans vos intentions en lui écrivant comme je le fais.

« J'apprécie fort le talent vocal dont vous me parlez. J'ai chanté toute ma vie, mais à la manière des oiseaux; je reconnais maintenant qu'un brin de talent est absolument nécessaire à la voix ; et la princesse *** fait bien de cultiver la sienne. Quel charme pour l'intimité que ces accents sympathiques, dont l'écho retentit jusqu'au fond du cœur! C'est une grande puissance qu'une belle voix qui sait chanter, et dans ma

chapelle du Purgatoire, il en est plus d'une au timbre céleste, conduite par un talent acquis de premier ordre.

« J'ai l'intention d'envoyer Aigle et colombe à la jeune Dame d'honneur de l'Impératrice de Russie; mais il est en réédition, et j'attends qu'il soit sorti des presses.

« Ma maison d'été est un cottage solide, aux toits gris; je l'ai baptisée « Kermôareb », Villa de la Tante. Dernièrement, un raz de marée a ravagé cette partie du Morbihan. L'écume du flot est venue mouiller mes volets fermés.

« Les anciens du pays n'avaient pas vu semblable audace de la mer. Pour moi, elle a été bénigne, et n'a fait que creuser plus largement ma petite grève. »

« Kermôareb, 6 août 1877.

« Je vous écris devant notre joli golfe; la maison se termine à l'intérieur et ce n'est pas sans peine; car les ouvriers sont de bien braves gens, vous les trouveriez parfaits; mais se dépécher, oh! non point!

« En arrivant à Auray, j'avais soupe à Kerleano, chez les Cadoudal, qui sont vraiment la crème des amis. Mme de Cadoudal a eu la bonté de me chercher une servante, et a trouvé une jeune fdle de dix-sept ans, pas trop laide, modeste, ne sachant que coudre et repasser, mais prête à obéir; l'air que vous préférez, sous une coifl'e de mousseline. La famille arrive mardi. Francis et Charles iront à pied à Sainte-Anne mercredi, et reviendront le lendemain.

« J'apprends des choses un peu ennuyeuses; ma

maison fait tapage dans notre île de Robinson; on ne parle plus que de bâtisses, de chemins, d'hôtels; on vient la voir, c'est comique. J'enrichis le pays, diton; le terrain se vend plus cher. Ah! si j'avais supposé cela, comme je me serais hâtée d'acheter! Le capitaine Ker me demande 10000 francs de sa parcelle et prairie ; je ne sais si nous conclurons.

« Mme Ker m'apporte du beurre, du lait, du lard, en cadeau. J'ai trois arbres en feuilles, et une vigne très forte.

« Je regarde avec complaisance le cottage qui est vraiment charmant. La cuisine, toute blanche avec ses meubles de sapin, sa batterie brillante, l'horloge suisse qui fait accourir les enfants du bourg et qui reste un joujou permanent. A table, quand le coucou chante, Charles se lève et le salue.

« Ma chambre a sa grande table de travail, son large lit de châtaignier , et forme un délicieux réduit.

« Mes patates, dont j'apporterai une provision, sont exquises. Les enfants s'amusent à cœur joie. On me parle de quelques pauvres malades à visiter; les reconnaissantes paroles de Louis, le petit bossu, mort l'an dernier, quinze jours avant mon départ, ont excité l'espoir que j'exercerais ici cette charité. Je le ferai dans l'esprit de mon Association : je sais que vous m'approuverez.

« Une fois à Paris, Mère, je vous demanderai à lire des extraits de saint Thomas, car j'ai bien besoin dé nourriture spirituelle fortifiante. Les grands Docteurs plaisent à ma faible petite âme, je ne sais vraiment comment cela se fait.

COHUESPONDANCES DIVEKSES. 41)5

« Ma nouvelle bonne s'appelle Horlense, et gardera certainement sa coille. 11 me semble que l'égalité de toilette établit beaucoup, pour les femmes qui sont vaines comme d'instinct, toute autre égalité. Politi- (luement, on compte beaucoup sur cela pour révolutionner, et Ton n'a point tort. Je vous l'avouerai : à l'École professionnelle, j'ai éprouvé une grosse déception en reconnaissant que, dans une œuvre ouvrière même, il est presque inutile de prêcher la simplicité; pas plus que l'humilité, elle n'est comprise.

« J'ai appris avec peine la mort de Mme Dufaure, et je prierai pour elle, en union avec vous. Elle a jeté une précieuse semence que ma chère Mère a fait lever, et qui devient moisson dans le champ de Jésus- Christ. Elle ne se présentera pas les mains vides. Votre pensée de faire prier pour elle, durant neuf jours, nos élèves de l'École me paraît bien juste, car elles lui doivent de la reconnaissance, et il est bon de combattre l'ingratitude , sous toutes les formes.

« Adieu, ma chère Mère, je pense au retour, et ne vous écrirai plus qu'une fois avant mon départ. »

A LA MÊME

« Locmariaker, 20 août 1817, «< C'est sur cette grève, gagnée à la sueur de mon front, que je vous écris, chère Mère. Devant cette i adieuse image de l'infini, que j'ai sous les yeux, j'aime tant à penser à vous; il me semble que vous n'êtes plus loin, et que vous entendez le son de ma voix.

Hier, j'ai voulu revoir TOcéan avant de partir, et j'ai pris cette petite fatigue. Je tiens à profiter des derniers jours, et je flâne les après-midi, quelque temps qu'il fasse. Et aussi chaque matin. Que cette sortie matinale est ravissante, de Kermôareb à l'église I

« A bientôt, ma Mère, à bientôt. Ce mot-là me met dans le cœur plus d'azur que je n'en ai devant les yeux, ce qui n'est pas peu dire.

u Au moment de terminer ces lignes, j'apprends qu'il y a une barque en perdition; elle s'agitait sous ma fenêtre, les lames y entraient! quel spectacle 1 Enfin la pauvre famille a abordé ; mais cela a retardé mon courrier.

« Je puis vous assurer que mon gouvernement sur ces cinq garçons n'est pas chose facile. Ils ont des moments de loups. Vous n'avez pas idée de ces résistances celtes; ces petits hommes ont l'air de vieux tyrans. Il ne faut rien moins que ma vigueur pour arrêter court les disputes. J'ai été contente aussi de mon influence au dehors. Je ne suis qu'une âme obtuse pour le bon Dieu; mais ma Mère m'a donné des clartés sur certains sujets, et quand il s'agit du Maître^ je deviens d'une éloquence ferme et intrépide, qui porte des fruits. J'aime tant, malgré mon indignité, à rappeler sa doctrine, sa divinité, son amour. // n'est pas connu, Il est méconnu ; et je suis comme un humble soldat qui, ayant pris les ordres de son chef, se bat et triomphe.

« Ces voyages, ce séjour, sont assez lourds; je me suis ruinée; mais j'ai fait le bien que vous estimez au-dessus de tout : j'ai sauvegardé des âmes.

« Cette nuit, tempête superbe. Le flot montait jus-

CORRESPONDANCES DIVERSES. 4o7

qu'à mon sentier; cela me faisait frémir d'enthousiasme. »

A LA PRINCESSE WITTGENSTEIN

« Kermôareb, 4 septembre 1877.

« Chère Princesse,

« Vous le dites avec raison : je comprends que les sollicitudes de votre jeune Russe soient concentrées sur cette terrible guerre, dont elle ne saurait se désintéresser. Ce n'est pas à son âge que Ton plane au-dessus de semblables événements.

« Je m'y intéresse aussi, du fond de mon anse agreste. Depuis que j'ai vu la guerre de près, je la hais, d'une de ces haines vigoureuses qui ne peuvent s'affaibhr. Les hommes se battent toujours, à coups de plume ou à coups de langue; mais quand le canon s'en môle, cela devient si injuste, si inhumain, si sanglant, que l'on souffre, même quand il s'agit d'un peuple étranger.

« J'ai beaucoup pensé à vous, pendant ma phase rustique si aimée. Ma famille entière est ici. Le son du clairon et du tambour résonne souvent à mes oreilles, sous le souffle ou sous la main de ces garçons intrépides, qui seront de vrais hommes, prêts à armer un fusil ou à se saisir d'une épée. Cependant j'ai mes délicieux moments de repos. Le matin, tout dort lorsque je me dirige vers l'église, dont le chœur remonte à des âges inconnus, et qui est entaillé d'images druidiques. Une foule de femmes la remplit, et du confessionnal sortent de jeunes gars, dont le poing écraserait un bœuf. C'est une belle race que

ce peuple des côtes, une race vigoureuse et intelligente.

« Je viens d'agrandir mon domaine. Le brave capitaine au long cours a enfin consenti à me vendre les terrains qui environnent mon cottage ; et me voici bien indépendante, et hors d'un voisinage qui pouvait devenir déplaisant. Une partie du rivage m'appartient ; et si jamais Paris recommence ses révoltes insensées, je viens me blottir parmi mes pêcheurs, qui seront hommes à me défendre.

« J'ai peu travaillé pendant mes vacances, mais j'ai le sang vivifié et je vais reprendre mon petit outil. Puis j'irai en Angleterre, et enfin en Belgique. J'ai là deux aimables comtesses de Robersart dont les châteaux se touchent, et chez lesquelles je présenterai mon neveu Francis, qui va continuer son droit, bien droit, à Paris.

« Adieu, chère Princesse; je vous quitte au bruit du flot, qui monte en mugissant.

« Votre Bruyère de Bretagne. »

A MÈRE MARIE DE

« Château de Nouvelles, près Mons (Belgique), 2 novembre 1877.

« Ma chère Mère,

« Je vous écris deux mots seulement, pour vous donner de mes nouvelles. J'ai été reçue hier par M. le comte de Robersart et la chère Berthe, avec toute l'affabilité que vous leur connaissez.

« Hier soir , Mme la comtesse de Bousies et sa famille dînaient au château. Ce matin après déjeu-

ner, M. de Robersart m'emmène chez sa sœur, la baronne Pyke de Peleghem, famille aimable et distinguée; puis on me fait visiter Gand, etc., etc. Il faut bien circuler pour voir, et ce pays intéressant me donne de nouveaux cadres. Cette grande hospitalité, cette vraie largeur de vie, plaisent beaucoup à votre fille; et ici le Divin est on ne peut mieux disposé. Dans le mur du parc s'ouvre une porte, qui donne entrée dans la petite église. C'est un voisinage des plus doux, qui rend le séjour de Nouvelles véritablement unique.

« Francis s'amuse en gentleman ; il chasse de tout son cœur, et prend ses ébats à pied et à cheval. M. et Mme de Robersart sont fort aimables pour lui. Aujourd'hui nous devons faire en voiture les plus agréables excursions. Je n'ai donc pas le temps de beaucoup écrire; nos incomparables hôtes ne peuvent allonger les jours ni diminuer les distances, si bien que la fatigue du soir fait invinciblement désirer le repos.

« L'atmosphère est saine ici, et le bon Dieu tout près, si près, que je suis tentée de dire sans cesse : Il fait bon d'habiter dans votre Maison, Seigneur!

« Avant-hier le Saint Sacrement a été exposé; j'étais au bas des degrés de l'autel.

« Nous partons demain chez la comtesse Juliette, qui nous attend dans son immense château de W ambrechies, où logeraient dix familles.

« On m'avertit que le déjeuner va sonner; et je termine par le mot qui m'est le plus agréable à écrire : A bientôt I »

« Londres, 27 octobre 1877.

« Chère Princesse,

« Je suis arrivée à la fin de mes pérégrinalioîîs en Belgique et en Angleterre, et je veux répondre à la lettre que j'ai reçue de vous, à la veille de les commencer. Pendant un mois environ, j'ai vécu d'une vie nomade et véritablement agréable. J'avais le plaisir de faire connaissance avec l'aristocratie belge, qui a de véritables palais, dans ses grandes prairies flamandes, et chez qui on mène la vie de château unie à la vie de famille.

« Dans ce pays hospitalier, je me suis rencontrée avec des personnes pétillantes d'esprit et parfumées de bonté. Les hommes me plaisaient par un genre de politesse à moitié française, de la bonne moitié. Il y a la chanoinesse de Robersart, qui habite le château de Wambrechies, près Lille, qui est la femme la plus spirituelle et la plus gaie que je connaisse. Un seul esprit de cette trempe suffît pour charmer tout un cercle, et je puis vous assurer que l'animation, celle que vous devez aimer, ne manquait pas. Elle a beaucoup voyagé et publié ses voyages en Terre Sainte et en Espagne : on y retrouve sa verve inépuisable.

« Maintenant je fais visiter Londres à Francis, puis je repartirai pour me plonger dans mon encrier.

« On m'imprime, hélas! toute vive en ce moment.

« Votre jugement sur M. Thiers est bien ce que j'attendais d'un esprit comme le vôtre. Un homme peut-il être vraiment grand sans grandeur? Sa mort

elle-même a été d'une vulgarité offensante. Et voilà cependant celui qu'il faut entendre porter aux nues. SeigneurI où étaient ses ailes? Quand aurons-nous de ces hommes de France que chacun acclamait et admirait, sans esprit de parti?

« Chère Princesse, adieu. A Londres, je n'ai pas trouvé le guide savant et enthousiaste qui m'a fait admirer Rome.

« Je me débrouille de mon mieux dans ces grandes brumes, et je repartirai la semaine prochaine. »

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