‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 76 sur 89 · A MADEMOISELLE ZÉNAÏDE FLEURIOT · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE ZÉNAÏDE FLEURIOT

Souvenir de mon passage à Locmariaker. H Août 1880.

C'était une humble église au cintre surbaissé,

L'église où nous entrâmes * Afin d'y retrouver les traces du passé,

Et rafraîchir nos âmes.

Le soleil radieux y versait ses splendeurs;

Et des flots de lumière Inondaient, de leurs feux, toutes les profondeurs

De ce lieu de prière.

Le temple était désert. Seul, le bruit de nos pas

Interrompt le silence; Et la lampe d'argent, flambeau qui ne meurt pas,

Lentement se balance.

Tandis que devant Dieu, comme un parfum de nard,

Ma prière s'épanche, Un mot, un simple mot, attire mon regard.

Étonné, je me penche.

Près d'un siège de bois que les ans ont bruni.

Est gravé sur le cuivre Un nom souvent inscrit, comme un gage béni,'

A la tête d'un livre.

Gage de pureté, d'innocente candeul*

Et de grâce touchante; Ce doux nom qui jamais n'efi'raya la pudeur

Me ravit et m'enchante.

C'est qu'il réveille en moi des souveilirs charmants.

C'est un essaim d'abeilles Qui, plein d'activité, par ses bourdorinéments,

Caresse mes oreilles.

COHIIESPONUANCES DIVERSES. 49;

UuLinantsur les fleurs, tout cet essaim joyeux

Y puise leurs arômes, Et (le son vol léger, évoque sous mes yeux

Les plus riants fantômes.

Je revois Guy, Francis, l'aïeule aux nobles traits,

Edith, Blanche et Camille; .

Rien ne peut elTacer tous ces vivants portraits

De La vie en fajnille\

Ainsi le rêve heureux où le cœur se complaît

M'eftleure de son aile; Soudain la porte s'ouvre, une femme parait;

Je l'entrevois : c'est Elle.

Calme, les yeux baissés, elle gagne à pas lents

Sa place accoutumée; Par des livres pieux, de grâce étincelants,

Déjà tout embaumée.

Et moi, je contemplais celle qui priait Dieu

Dans l'enceinte sacrée, La trouvant grave et douce, et digne du Saint Lieu *

Qui l'avait inspirée.

Oui; c'est ici la source où vous avez puisé.

Source du vrai génie ; Jamais des dons du Ciel vous n'avez abusé.

Vierge, soyez bénie !

Oh oui! soyez bénie! Et pendant qu'a genoux

Vous priez solitaire, Voyageur inconnu, j'ose implorer pour vous

Le céleste salaire.

Seigneur, d'un zèle ardent pour le vrai, pour le bien,

Vous l'avez embrasée; Aujourd'hui ré|>andez dans ce cœur si chrétien

La divine rosée.

Dans ce hameau stérile, environnez de fleurs

Sa douce rêverie; Faites-lui reconnaître, à leurs fraîches couleurs,

La terre d«' Mnrii'.

UniiH's. 19 aoiH 18S0; L (V. IL)

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A LA MÊME « Kermôareb, 8 septembre 1880.

u Mère vénérée, je viens, en vous écrivant, prendre des forces, car la Mission s'annonce; notre recteur, en confession, m'a recommandé sa Mission qui dure quinze jours et commence dimanche. Hélas ! quand il me disait : « Vous voudrez bien donner l'exemple à « la paroisse )>,j'ai eu besoin de penser à vous. J'ai déjà entendu un bon missionnaire qui va revenir cette année; sa voix seule était si tonnante que je me promettais de lui échapper. Enfin, là-dessus, votre avis, s'il vous plaît?

u Jeudi, nous avons eu le mariage de Brigitte avec un douanier. La noce est venue me chercher en grande pompe, et nous avons assisté à la messe, au dîner, à la danse et même aux prières, car à l'issue du dîner, montée sur des planches, une vieille femme s'est levée, et a dit à haute voix l'Angelus et des invocations, qui étaient très touchantes. Mon attitude a retenu ta verve de certains douaniers beaux esprits, gâtés pax" le mauvais journal de Nantes, et chacun s'est signé cians le plus grand sérieux. »

« 12 septembre. .

(( Nous voici au 12, ma chère Mère. Je deviens d'une humeur très douce; mais pourquoi ne m'écrivez-vous pas? La Mission est commencée, et j'ai besoin de soutien! Le père à la voix tonnante reprêche longuement. O divine patience !

« Tantôt , toutle presbytère, y compris le prédicateur, est venu me rendre visite. Je les ai accueillis avec un iii'nnd respect; vous m'avez appris la majesté de la foi. Je vais faire de mon mieux pour édifier mon prochain et activer le zèle religieux des enfants. La Mission est, du reste, pleine de grandeur et de mortification. Nos apôtres sont d'anciens marins; ils ont des voix à faire crouler les murailles, et leurs sermons, en bas-breton, ne finissent pas. Mais, ce matin, la communion générale pour la première semaine était bien émouvante. C'était la foule qui venait à Notre- Seigneur. J'entendais mes vieilles pêcheuses chanter, à pleine voix, le cantique de l'Eucharistie. Je pleurais d'émotion, et je pensais à vous, qu'un tel spectacle eût bien remuée. »

« 3 heures.

(( Je reviens d'une instruction précédée et suivie de cantiques. Maintenant, c'est en français; et il n'y a plus moyen d'y échapper. Je suis soutenue par votre désir et par la véritable admiration que j'éprouve pour la foi de nos gens. Groiriez-vous que le cordonnier vient de refuser de faire des chaussures à mes neveux, une bonne aubaine, parce que lui et son ouvrier voulaient assister à tous les exercices de la Mission? Celui-là n'est pas près de perdre ma pratique. Les enfants eux-mêmes, les adolescents, refusent les meilleurs gains pour aller à l'église. Pour moi, il y a du dur à avaler; mais je me réjouis dans mes croyances, et crie avec allégresse : u Vive Jésus-Christ, que ma « Mère m'a appris à aimer plus que moi-mêmel »

u Tante Marie a été heureuse de votre lettre, elle

en goûte les suaves enseignements; c'est un changement complet. C'est un nouveau monde d'idées. Elle accepte mes recommandations; je ne la reconnais plus. Du reste, chacun est bien disposé. Charles, à peine arrivé , va faire à pied- son pèlerinage de Sainte-Anne, et il a dit à tante Marie que, pour la religion, il continuerait ce qu'il avait l'habitude de faire. Il ne commencera que le dessin, etc., pour Saint-Cyr; il veut l'autre moitié de son baccalauréat; en ceci, il a une volonté de fer; inutile de le conseiller. Il vient de recevoir une lettre bien émouvante du R. P. Bouvier qui part pour Jersey; j'ai immédiatement promis le voyage. »

« 27 septembre 1880.

(( Ah î quelle journée ! Une communion d'hommes et de femmes immense, moi et mes jeunes neveux en tête.

« Mère, rappelez-vous! votre fille allait être saisie entre les griffes du démon du Midi, son intelligence se développait à l'effrayer, son cœur mourait d'inanition, ou plutôt se révoltait contre l'inanition, se sentant grand à aimer un monde. Vous l'avez mise sous la garde de Notre-Seigneur, elle ne lui a plus obéi par routine, mais avec élan, avec profondeur; et d'elle à toute cette famille, que de grâces!

u Je suis un peu fatiguée; j'ai suivi les cérémonies de clôture de la Mission, et les enfants aussi. Deux messes, vêpres, quatre sermons, bénédiction, procession. Te Deum.

« L'aîné, dans ses plus élégants habits, marchait en avant de ses frères. Ils étaient charmants à voir, tous

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les cinq, au pied de la Croix, où se prononçait le dernier sermon.

H Telle est la moisson, une moisson d'âmes.

« Je quitterai Kermôareb après-demain, bien qu'il soit enchanteur. L'été semble revenir pour augmenter mes regrets mêlés de tant de joie. Je chante mon adieu au ciel éclatant et nuageux, à la mer moirée, à mes rustiques voisins, dont la mission m'a de nouveau rapprochée. Je distribue force chapelets; et, cet hiver, plus d'un Ave Maria sera murmuré au foyer.

« A tout à l'heure, Mère, car une fois en route, je me sens arrivée. Je n'emporte pas de caisses, je prépare seulement mon petit paquet , une vraie pèlerine en voyage. »

« Zénaïde, de plus en plus bergère. »

A MÈRE MARIE DE***

- 31 décembre 1880.

« Mère toujours plus vénérée, j'ai demandé pardon à mon Dieu, Créateur et Sauveur, de mes défaillances de l'année, en me confessant. Je n'ai pas à me confesser à vous, qui me voyez trop clairement dans ma débilité et ma laideur; mais je veux vous demander pardon de mes manquements, non pas envers vous, que mon cœur n'offense jamais, mais relativement aux vertus que vous m'inspirez de pratiquer, et à la fidélité à mes exercices. »

« Je regrette mes grandes lâchetés, et je m'humilie en y pensant.

« Je veux être plus régulière et embaumer ma langue, afin qu'elle ne blesse jamais la charité. »

500 Z EN AIDE FLEUniOT.

« Bénissez-moi, Mère bien-aimée, et que Dieu, Noire-Seigneur, vous paie mes dettes. »

« 1" janvier 1881.

« Bonjour, bonne année à ma Mère ; qu'elle sauve beaucoup d'âmes, et qu'elle continue à parler en esprit et en vérité, pour la plus grande gloire de Notre-Seigneur. Et que je le glorifie bien petitement, à ma manière aussi. »

A LA PRINCESSE WITTGENSTEIN

« Paris, 6 mars 1881.

« Chère Princesse,

(( Je sors d'une longue retraite, allongée d'une indisposition qui m'a claquemurée; et, au sortir de ces deux solitudes, je me suis demandé ce que vous deveniez, et si le printemps affermissait votre santé ébranlée par l'hiver.

« C'est que votre souvenir m'avait été très présent durant ces heures de soHtude, d'autant plus présent que j'avais sous les yeux un objet qui vous rappelait vivement à ma pensée. Voici le mot de l'énigme : Un jour, avec cette bonne grâce qui ne s'est pas effacée de ma mémoire, vous m'offrîtes un bijou exquis : une broche représentant un tout petit (er à cheval en turquoises bleu céleste, entourées de brillants. Je ne puis vous dire combien j'aimais à m'en parer. Or il arriva que l'architecte de notre belle chapelle byzantine annonça qu'il allait faire exécuter pour le Tabernacle une porte de bronze doré, et qu'il avait besoin de quelques pierres précieuses. Ce fut à qui en offrirait.

Les grandes dames briguaient cet honneur. Et moi, regardant par hasard mon fer h cheval en turquoises, je me dis qu'il formerait le plus joli encadrement de serrure à cette porte ouvrant sur le Ciel.

u II m'en coûta beaucoup de le donner. Sans savoir à qui il appartenait, d'où il venait, l'orfèvre le choisit et le plaça sur l'entrée de la clef. Il est donc enchâssé dans cette porte d'or, aux colonnes d'émail bleu, que j'ai si souvent contemplée pendant ma retraite. Il y a de cela sept ans; et c'est seulement aujourd'hui que je vous le raconte, en vous écrivant avec quelle ferveur j'ai prié pour vous, durant ces jours bénis.

<( N'ayant rien de mieux à vous dire, chère et illustre amie, je me permets de vous embrasser de tout mon cœur. »

A LA MÊME

« Paris, 20 mars 1881.

<( .Je reçois votre lettre, chère Princesse, vous êtes mille fois bonne. Ah ! « Miss Idéal » vous devra un fameux cierge! D'après une mauvaise petite revue, j'avais nommé le Pape Sixte, S* Dominique, dans le beau tableau de la Vierge de Dresde; vous me foudroyûtes, et avec raison, m'écrivant : Mais regardez donc la tiare qui est devant lui. J'ai pris note et corrigé. Je tremble pour ma pauvre Alberte. Je vous vois d'ici, lisant les premières épreuves si défectueuses, grûce à ma vilaine écriture. Malgré moi, quand je recevrai votre lettre, je porterai la main âmes oreilles ; ne tirez pas trop fort, s'il vous plaît!

*' Pour vous faire plaisir, et uniquement pour avoir le plaisir de vous en parler, j'ai écrit hier à la prin-

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