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cesse ***. Je publie dans ma Revue un travail littéraire sur Mme Geoffrin, qui était en correspondance avec rimpératrice de toutes les Russies, et je serais bien aise de voir une vraie Russe. En attendant, j'ai vu hier un roi, un véritable souverain, Victor Hugo. En voici un orgueil d'une autre trempe ! Que fût devenu ce génie avec un grain de l'humilité qui fait les saints? Il est bel et bien enfoncé dans un orgueil colossal, dont son discours nous a vite donné des preuves. Mais quel aigle, mon Dieu! A peine ouvre-t-il la bouche, que les autres discoureurs sont effacés. Il a revêtu de splendides expressions un nombre considérable d'insanités ; la magnificence y était. Il est vieux, il est triste, mais son regard a conservé des éclairs de génie. C'est une tête de souverain par Tintelligence, et je trouvais son entourage tout à fait pitoyable. Il m'a beaucoup intéressée, et fortifiée en la pensée que toute grandeur purement humaine n'est que mesquine vanité!
« Je dois encore vous remercier pour cette magnifique photographie de Léon XIII que vous m'avez envoyée; je suis heureuse de la posséder. »
(( Adieu, ma chère Princesse, qu'il fait bon vivre selon la foi 1 >>
A MÈRE MARIE DE
« Kermôareb, 1" août 1881.
« Ma chère Mère,
« Je reviens de la grève du Gléguen, où nous avons déjeuné en plein air. Les enfants sont ravis de ces parties ; et maintenant que V Hermine nous transporte
«loucemonl, j'accepte d'autant plus volontiers de les l'aire. En revenant, je dis mes vôpres et j'écris mon courrier.
« De grands cris de joie m'arrivent du dehors. Plusieurs voix crient : Francis! M. Francis! C'est lui qui arrive avec une permission de vingt-quatre heures. Rien de plus charmant que ces quatre garçons entourant avec admiration le bel uniforme de hussard que porte leur frère aîné.
« Demain, grand'messe; et puis, départ à quatre heures de l'après-midi; enfin ce sera un bon petit moment de pris sur l'ennemi. En les regardant ainsi, je reprends tout à fait courage, et j'oublie mon pauvre être pour voir ma mission.
« Votre lettre de la distribution des prix de l'École m'a vivement intéressée. Le mot de regret de Mère générale, de ne pas m'y voir, m'est allé au cœur, parce que c'est bien cela que j'y figurais : une voix dans les chœurs, avec une ombrelle pour archet et bâton de commandement.
« Dans ces cérémonies, ce qui me touche, moi, c'est de voir mes chères religieuses créant de telles œuvres, sus(ûtant de tels dévouements, étant là vraiment comme le sel de la terre, et la vision des apôtres envoyés par Notre-Seigneurj Rien que le reflet de ces abnégations superbes suffit pour me faire jouer ma partie tout eflacée dans ce concert de charité.
« Le temps marche, et je me laisse entraîner par lui avec plaisir, avec le plus grand plaisir. Il me ramènera bientôt.
« Brigitte m'apporte son fils, mon filleul, qui est superbe et dort comme un loir. Elle me disait hier :
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<( Mon mari aime tant ce petit eniant, que je lui ai dit « Prenez garde de l'aimer plus que le bon Dieu I — Oh! « non, qu'il m'a répondu, mais dame, je l'aime bien I » Que la foi est sublime dans les simples! »
« Kermôareb, 12 août 1881.
« Chère Princesse,
u Vous avez été heureusement inspirée de ne pas me dire vos souffrances avant leur guérison. Vous avez un courage que je ne connais pas, n'ayant jamais vu, même de loin, la souffrance physique. Il me semble qu'elle m'accablerait, et je ne pourrais avoir, comme vous, l'énergie du travail.
« Merci pour la Rustaude. J'attendais de vous ce jugement, croyant avoir écrit un bon livre. Vous trouvez le type de Sénégal un peu vulgaire, que voulezvous? Il existe: je l'ai copié. Parmi nos gentillâtres campagnards, il ne se rencontre que trop ; je Faisans cesse sous les yeux. Dernièrement je lisais : Le Moulin sur la Floss, de George Elliot. Je me disais : jamais je ne ferai un tel livre ! Et cependant c'est une histoire dont les personnages sont d'une vulgarité écrasante. Connaissez-vous cette « George » anglaise? Je l'aime mieux que Georges Sand, je la trouve d'une force! Enfin, chère Princesse, je me demande si je pourrai prendre le temps et si j'aurai le talent d'écrire un livre complet, un livre qui aura une véritable valeur. Je l'ai commencé durant l'année du Siège, mais quand sera-t-il fini ? C'est celui-là que j'aimerais à
VOUS soumettre; car si vous n'étiez Princesse, vous seriez un fameux critique.
« J'ai ici mes collégiens qui grandissent et se développent au mieux. Francis est venu nous voir dans son élégant unilbrme de brigadier de hussards. Son volontariat avance, et j'espère que, malgré son goût pour la vie militaire, il ne réengagera pas. Il est pétri de patriotisme, et ce lui sera un crève-cœur de dépouiller son dolman ; mais je serai avare de ce sang-là.
« J'ai si bien serré une image que mère Marie de *** vous adressait, en réponse à votre aimable souvenir, (jue je ne puis la retrouver ; elle accompagnera ma première lettre. Pardon du retard.
« Adieu, chère Princesse; soignez-vous pour ceux qui vous aiment; et dame, j'en suis. »
A MÈKE MARIE DE ***
« Kermôareb, Assomption, lo août 1881.
« Chère Mère,
« Je reviens de la messe de six heures, avec ma maisonnée. Maîtres et domestiques se sont agenouillés à la même Table, assaillie par une foule pieuse. Les pêcheuses et les fermières arrivent comme un torrent; elles poussent droit devant elles, renversant les obstacles. Il faut garder les chaises, les chapeaux de ces Messieurs. Là, elles sont chez elles, et elles agissent en conséquence. Ma pauvre cuisinière est bien prétentieuse parmi ses pareilles. Où le besoin de la pose, de l'elTet, va-t-il se nicher!
« Oh ! Mère, gardez-moi dans la simplicité des simples et des grands; c'est là mon atmosphère Ce
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matin, j'ai prié avec une ferveur ardente parmi ce bon peuple, qui aime Jésus-Christ, et qui s'en nourrit.
« J'ai eu môme la consolation de faire communier X..., la forte fille de trente ans qui aide ma servante, toujours malade. Elle a servi à Angers, et s'était inconsciemment éloignée des sacrements. Mais quand j'ai dit que je ne souffrirais pas que chez moi, pour une pareille fête, il y eût une personne qui n'approchât pas de la Sainte Table, elle a dit, tout haut, avec sa brusquerie un peu grossière : « Ma foi ! je vais c( aller aussi me confesser, car je ne veux pas perdre u ma religion. »
« La vieille Jeanne, bien paresseuse, et qui aime à prendre son café au saut du lit, a communié. En cet heureux terrain, il y a peu de mal à se donner pour obtenir une récolte.
« Ce soir, nous irons tous à la procession. »
« 6 heures.
« Ma chère Mère, me voici fourbue. Je rentre et je trouve des touristes américains catholiques, dont j'ai dû recevoir les compliments les plus étranges et les plus passionnés. Ces lecteurs de V Equateur sont des enthousiastes incroyables. Mais, au fond, je me disais ; le nom de Jésus-Christ est dans ces pages qui les enchantent, et je suis touchée d'être un petit apôtre vis-à-vis de ces convertis; j'en renvoyais la gloire à qui Dieu sait. »
A LA PRINCESSE WITTGENSTEIN
« Kermôareb, 28 septembre 1881.
u Chère Princesse,
« Un mot, un mot do remerciement sur votre lettre qui m'arrive; je vous suis reconnaissante de ces belles pages; et moi, qui oubliais Cadok ! Je me reprends à m'y intéresser. Oui, Cadok est le vrai nom d'un vieux saint breton qui a maintes chapelles dans le pays bretonnant. Il m'arriva d'aller chercher, par obligeance, l'extrait de naissance du fils d'une de mes amies : un Cadoudal, descendant du terrible Georges; j'y lus, à la fin d'une série de prénoms, celui de Cadok, et je le tirai de l'obscurité. Ah! vous me donnez là un fameux coup d'éperon. Vos critiques vont être utiUsées pour la seconde édition, qui est sous presse.
« Je vous abandonne le compagnon de saint Antoine. Non; plus de cochon, s'appelât-il Grognic. Si je parlais couleur locale, je vous dirais que hure s'emploie toujours pour la tête d'un animal moins noble que le sanglier; que la scène, très commune en Bretagne, amuse beaucoup certains lecteurs; mais je veux m'en tenir à la réalité de la critique. Ah! si vous étiez plus près, si je pouvais vous crayonner mes esquisses, et promener votre clair flambeau sur ces pages que l'imprimeur m'arrache une à une! Mais, je tiens bonne note de vos observations; et quand sonnera l'heure de la revision que j'ai en projet, ces taches disparaîtront.
« J'ai achevé, par Raoul Daubry, tous mes chefs de famille. J'écris, ou plutôt je publie Tombée du nid, suite de Mandarine. Marga, suite de « votre » Pauvre
vieux, en est à sa septième édition; enfin, enfin, Princesse, Miss Idéal, la suite de Mes héritages, en est également à sa sixième édition. Ce dernier volume va vous arriver; j'ai dû l'envoyer lors de son apparition. Quant à Alberte, le premier chapitre part pour Timpression, et vous sera adressé.
« Je vous écris de mon cottage, où je reçois maintes visites en ce moment. Je ne me lasse point de la mer, je vivrais sur ses bords; mais il y a dans ma vie un élément nouveau de dévouement. Francis a des demi-frères qui grandissent. L'un se prépare à l'Ecole militaire de Saint-Cyr, l'autre a le goût maritime et travaille pour le Borda. Je les emmène à Paris, au collège Stanislas, qui est religieux et universitaire tout à la fois. Ce sera une lourde charge pour mon petit budget; mais il vaut mieux dépenser pour faire de ces garçons des hommes chrétiens et utiles, que de leur laisser, après ma mort, quelques billets de mille francs.
« Je vous remercie de vos belles pages sur Tombée du nid, et suis heureuse de me rencontrer presque toujours avec vous sur certains jugements. Ainsi je trouvais George Sand surfaite, sans trop oser le dire. Son style est superbe, mais ses conceptions sonnent faux.
(( Cadok est un livre d'écolier et je crains qu'il ne convienne pas à votre petite fille. En ce moment, je travaille pour le journal l'Ouvrier. Cette revue à bon marché est, malgré son titre, le plus grand succès du moment. Les directeurs m'affirment qu'ils tirent à 80000 toutes les semaines, et je ne puis abandonner une revue catholique qui a un tel succès.
« Je vais donc être cantonnée dans un travail à courte échéance, qui me sera une vraie fatigue. Il serait néanmoins peu généreux de reculer. Je trouvais mon repos très doux, et le regrette fort. Mais, comme vous le dites justement, il ne s'agit pas de Zénaïde Fleuriot, il s'agit de son public et de son apostolat.
« J'ai reçu, il y a quelques jours, quatre magnifiques volumes, à tranches rouges, reliure du plus haut goût, venant de notre chère marquise; c'est la vie de son père , le maréchal Davout , avec cette dédicace :
u A Mlle Zénaïde Fleuriot, en mémoire du Siège de Paris.
u Amical souvenir de V Auteur,
« Adélaïde-Louise d'Eckmubl. »
c« Je pense que si vous n'avez déjà reçu ces beaux livres, ils ne tarderont pas à vous arriver. Les gravures, reproductions de tableaux de maîtres, ont beaucoup de cachet; on reconnaît la grande dame, artiste, généreuse, délicate dans les plus petits détails.
« Je vous remercie de l'article du Figaro sur votre portrait par Hébert. C'est un grand peintre, et il a choisi cette fois un modèle qui lui aura donné l'occasion de reproduire la flamme intelligente du regard, dont les maîtres seuls ont le secret. Dans mes intimes désirs, confinant à l'amour-propre, il y avait celui-là: voir un peu mes « vrais yeux » sur une toile.
« Après cet aveu dépouillé d'artifice, chère Princesse, je demande à Dieu de vous conserver et de me donner la joie de vous revoir. »