‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 80 sur 89 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Mort de sa sœur. — Mort de la princesse W^ittgenstein. Correspondance (1884-1888).

A LA PRINCESSE WITTG EN STEIN

« Paris, 1" janvier 1883.

« Chère Princesse,

« Votre lettre m'arrive, avec sa jolie bruyère en vignette, au moment où j'allais tracer, sur ce papier, mes vœux d'heureuse année. Quoi que vous en pensiez, votre santé nous est si chère que, pour ma part, je ne demande que cela pour vous. Dieu a son ciel plein dintelligcnces. Qu'il nous garde celles qui éclairent <e pauvre globe.

(( Comme toujours, votre dernière lettre contenait une corbeille de vérités littéraires. Uien de plus juste que votre critique.

« Mais savez-vous que lorsque j'écris, je m'identifie tellement avec mes personnages, que plonger plus avant dans leurs soutîrances, fouiller pius profondément leur cœur, me ferait souffrir moi-même. Merci

je n'y tiens pas. Dites, je vous prie, l'art en vaut-il la peine?

(( Je vous adresse, en tremblant. Sous le joug. Je vous vois souriant et disant : Je ne puis donc pas Félectriser? Que voulez-vous? je suis un mauvais chirurgien. Quand le sang arrive, je fourre vite le bandage d'un chapitre émollient, et je me remets de la douleur qui venait. C'est très bête d'être sensible et égoïste à ce point. Je le suis.

i< Hier, charmante soirée chez Mme de Blocqueville. J'ai endossé mon satin lilas, et suis allée achever l'année dans ses salons brillamment remplis.

(( Comme Cendrillon , je me suis sauvée avant minuit, mais je peux vous dire que la marquise est debout, toujours belle et gracieuse.

(( Chère Princesse, au revoir, à Rome; c'est le souhait que je me fais à moi-même pour 1884! »

DE LA PRINCESSE WITTGE.VSTEIN

« Rome, 8 janvier 1884.

u Gomment! Zénaïde craint la souffrance! Ah! je ne m'attendais pas à celle-là, comme disent les bonnes femmes, car enfin, on a beau être rieuse et gaie, il faut se souvenir de la charpente de la vie^ et cette charpente fut déterminée le jour où Dieu dit à iVdam : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ». Croyezvous donc que cela ne s'adresse qu'aux laboureurs et aux moissonneurs, et que le reste des humains y échappe? No, da vero! ni l'art, ni aucune création de l'homme, n^est exempte de cette loi siiprême. La

plume, lo pincoau, le ciseau, le compas, n'en sont pas exempts, car ils aspirent au beau ; ils veulent ravir la flamme céleste, et incarner une pensée dans une œuvre vivante.

u Quand ma chère Bruyère s'écrie : l'art lui-même vaut-il la peine de tant soufl'rir? elle prononce tout simplement un petit blasphème. L'art est une prédication, chacun comprend cela ; alors, comment pouvez-vous trouver que d'avoir l'honneur de parler de Dieu, du vrai, sous les formes du beau, ne vaut pas la peine de souffrir?

« Quoi de plus noble pour l'homme, de plus grand, après la vocation des autels, que celle de l'artiste? Mais c'est un sujet que vous avez traité maintes lois admirablement, en écrivant. Ne parlons plus de cette petite boutade humoristique.

« Merci des nouvelles de la marquise, qui m'ont fait plaisir; je vous ai vue de loin, en satin lilas, avec vos yeux bleus si brillants et votre fin sourire.

« Là-dessus! Zénaïde discontinuera-t-elle de m'aimer? Moi, je continuerai toujours à être sa très affectionnée

(( Princesse Wittgenstein. »

A MADAME LA CUANOINESSE DE ROBERSART

« Paris, 10 janvier 1884.

« La métaphore flatteuse est donc devenue une réalité, grûce à vous, chère Comtesse Juliette, et j'écris, en ce moment, avec une belle plume d'oie, en vrai or, et sortie de son écrin. C'est très joli. Que ne

puis-je l'aire passer sur le papier ce lumineux rayon qui se joue entre mes doigts!

(( J'ai été très déçue samedi. Aussi pourquoi ne pas me jeter un mot d'avertissement?

« Sortir, à Paris, c'est toujours des demi-journées dévorées par la distance. J'ai télégraphié chez Mlle de Gramont. Votre réponse m'arrive. C'est lundi, mon fameux lundi. Je me précipite en tram, avenue Montaigne. Envolée! Quel sujet à sainte patience ! Je reviens à mon lundi, et je vous écris ceci à l'issue du salut, au moment où vous débarquez à la gare du Nord, sans doute. Et je ne vous aurai pas vue, ni remerciée de ma plume d'or. Vous savez que la première fois que vous viendrez à Paris, il me faudra une heure pleine. Moi aussi, j'avais mille choses à vous dire.

« Ma Princesse romaine vit toujours un peu claquemurée, et j'ai quasi le projet d'aller la voir en avril. Cela tient sur une pointe d'équilibre et j'ose à peine en parler. Que voulez- vous ? Je ne suis pas comme saint Paul, enchaînée et pourtant libre. On dirait que je n'ai pas de chaînes. Et mon cœur donc !

« Adieu, la plume qui est de fer vous remercie encore de ce bijou de plume d'or, et vous embrasse. »

A LA MEME

« Paris, 18 janvier 1884.

« Mon aimable Chanoinesse,

« Vous me pardonnerez mon silence quand vous saurez que j'ai été inquiète d'une santé très précieuse, et que je n'ai pas rencontré une pensée qui méritât

CORRESPOiNDANCES* 535

dotro envoyée on autograplie à votre cher savant. Je vous Tadresserai, soyez-en sûre, s'il a l'aniabilité d'y tenir. I^our l'instant, je me plonge dans mes bagages.

« Le voyage d'Italie est remis; mais samedi 23 je pars pour Nice, avec mon neveu Francis. Nous passons vingt jours en ces pays enchanteurs, et le gros de notre séjour se fera à Cannes. Le « Rapide » nous prend 170 fr. pour aller el retour, en première, et on s'arrête où Ion veut. Je saisis cette occasion. J'en ai par-dessus la tête de cet hiver qui n'en est pas un, et de cette humidité ; je vais me rafraîchir parmi les roses. Si vous apparaissiez, samedi matin, à la gare de P.-L.-M., ce serait idéal.

« Ma plume d'or va se reposer, mais je taille mon crayon le plus fin possible; si la paresse ne l'emporte pas, je conterai ce que j'aurai vu à l'Exposition de Nice. Et voilà!

« J'envie votre façon allègre de voyager. Je pense avec admiration aux lointaines excursions que vous avez faites et si bien décrites. Je ne suis qu'une petite songeuse qui resterait éternellement auprès d'un filet d'eau. Et ce voyage de Nice, qui n'est rien pour vous, me donne des émotions transatlantiques. La « Cliché » des champs, si délicieuse pour certains, me pèse à prendre. Je comprends pleinement l'Éternité : ne plus changer, je ne dirai pas d'amour, je ne connais pas cela, mais de lieu ! être heureux à la même place! (Quelle béatitude! Adieu, etc. >

A LA MEME

« Paris, 25 janvier 188i.

Merci de la lettre que je vous renvoie, merci de la vôtre qui m'a fait passer un bon moment. Ne jurez pas de ne pas voir l'Italie en ma compagnie; car la chose s'affirme. Mais je suis un peu souche en voyage, j'irai lentement, par Cannes peut-être, où je resterai huit jours. Économiquement, je prendrai un billet circulaire, ne voulant rien prolonger. La princesse habite près de la Fontaine Trévi, la splendide Fontaine Trévi, à Rome! S'il plaît à Dieu, tout s'arrangera pour que vous et moi écrivions le souvenir de ce voyage sur le plus beau vélin de notre rnémoire.

« Pensez-y, chère Comtesse Juliette, pensez-y bien. Je fais ma retraite de huit jours, je vais secouer la poussière des ailes de mon âme, qui a soif d'infini.

« Priez pour moi ; la retraite se fait sérieusement, divinement. Parler à Dieu, quelle douceur!

« Vous écrire n'est pas un ennui non plus; vous aimer, c'est tout simple, je le dis simplement. »

« Paris, 29 mars 1884.

« J'ai très bien ouï que vous m'aviez joué un tour pendable. Comment, ce papier griffonné à la diable, sur le quai du' Midi, est entre les mains de votre savant? Ce pauvre petit épanchement barbouillé, qui n'avait pas été relu, qui s'enveloppait d'intimité

pour so faire accepter par vous, va faire son entrée à (iontaud, sous le titre crautographe?

« Enfin, vous êtes une femme terrible, et il en sera ce que vous avez voulu. Que je vous ai regrettée en ce pays d'orangers et d'étrangers! Ce dont j'ai joui h Nice, c'est de la mer. Ce flot bleu qui rejaillit sur des galets bleus, et qui est d'une pureté parfaite, me prenait les yeux. Ni sable, ni poussière, rien; du cristal, et encore du cristal. Mais vous connaissez tout cela.

<( Est-ce de Monte Carlo que vous me parlez? C'est un lieu admirable et hideux. J'ai défendu à mes doigts de toucher à ce tapis vert; et devant ce roulis d'or et d'argent, ils en avaient la tentation, la fascination. J'ai vu des jeunes femmes qui jouaient, quasi malgré elles, et avec quelles figures!

« La joie du retour est grande ! Je n'aime pas particulièrement mes chenets, mais beaucoup mon grand bureau à écrire, ma chapelle, sans compter ce qui est vraiment cher à jamais. Quant aux importuns, je n'en ai guère.

« En revanche, je retrouve votre belle-sœur, la comtesse Berthe, assez bien, quoique toujours un peu ouatée; c'est un vrai bonheur d'arrivée.

(( Et maintenant, revenons au divin, à ce divin de la Passion qui prépare à l'Alleluia triomphant. L'un et l'autre sont sublimes. Là-dessus, nous n'avons qu'un cœur et qu'une àme, chère Comtesse Juliette.

i« Adieu, etc. »

DE LA PRINCESSE \VI TTGE NSTEIN

« Rome, ce 18 juillet 1884.

« Zénaïde n'est certainement plus à Paris ; mais les albums de mes jeunes amies se disputant la jolie barrière de sa maisonnette du bord de la mer, j'ai craint de ne pas bien écrire son nom, et j'adresse à Paris.

« Mes lignes vous parviendront sûrement en ce site qui vous inspira deux marines ravissantes, comme à Joseph Vernet et à Backhuysen.

« Grand cœur est du peintre français; et Cadok une petite toile du vieux maître hollandais, l'incomparable pour le gros temps.

« Votre Sous le joug ^ Zénaïde, est un bijou, un vrai bijou; et si les pensions que je dessers à plus pauvres que moi ne me prenaient, pour le courant, une grande part de mon revenu, je me serais donné le plaisir de vous composer et de vous envoyer une épingle de Sous le joug. Il y aurait eu, au milieu, une belle perle, en l'honneur de Marie-Thérèse, un saphir, de Gildas, deux rubis flambants, comme les jeunes cœurs de Roland et de Josèphe. Deux petits diamants seraient les deux pierres votives offertes au recteur et à sa noble mère.

« Zénaïde, vous êtes, ma chère, d'une perfectibilité ravissante. Ce dernier ouvrage est si suave et si parfait que, comme le dirait une jeune mariée pédante et orgueilleuse de son collier d'émeraudes : Il est sans défaut dans aucune pierre; ce qui veut dire, pour moi, dans aucun chapitre. C'est joli, joli au possible.

« Faites toujours comme Sous le joug ^ faites beau-

coup ainsi, ot je vous en féliciterai, et bien sincèrement. Pas une vulgarité dans ce délicieux livre; pas une critique à i'airo. N'allez pas vous reposer sur vos lauriers; mais continuez cette bonne veine, et ne craignez pas de fouiller le cœur et d'y faire résonner les cordes de la douleur.

u Ma chère Zénaïde, il me semble que je vous ferais tort si je n'ajoutais encore un grand éloge à ce que je vous ai dit sur votre Joug^ qui est pour vous un vrai collier d'honneur. Votre conversation avec le marquis enivré de spéculations et le recteur qui en voit les revers est absolument parfaite. L'entretien n'est pas du tout trop long, il pénètre bien les racines des choses. Voilà que Zénaïde commence à écrire pour des femmes sérieuses, et ces œuvres-là ne laisseront pas d'instruire et d'élever les jeunes filles. Sans doute, elles avaient déjà vos délicieux paysages; mais je suis si contente que vous entriez enfin dans une nouvelle voie, que je veux encore vous embrasser.

« Princesse Wittgenstein. »

A LA PRINCESSE WITTGENSTEIN

« Locmariaker, 23 juillet l<S8o.

« Il n'est pas de jour que je ne pense à vous, chère, si chère Princesse, et j'ai là deux enveloppes qui portent votre nom. Que vous écrire de ce rustique ermitage, où je flâne depuis le mois de mai? Vous avez assez de mes livres, pourquoi multiplier les lettres!

« Mais, je vous le répète, votre souvenir est un de

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mes plus vivants souvenirs, et je suis toujours heureuse quand la poste m'apporte votre écriture.

« Aujourd'hui, votre appréciation du Joug et de ses frères m'a été très douce. Je sens, en effet, quelque progrès dans mes derniers ouvrages. Mais ce que je veux absolument, c'est dire mon dernier moi dans une œuvre travaillée pouvant faire du bien à tous, que j'appellerai : Mon dernier livre. Je l'ai commencé durant le Siège et j'y travaille lentement. Pourtant, il sera bientôt fini. La douleur y a sa corde, qui résonne fortement, je ne recule pas devant la souffrance intime que je ressens, pour la peindre au naturel ^

« Merci du bijou décrit à propos de Sous le joug; le recevant de votre cœur, il m'a semblé que je le recevais de votre main. Je porte souvent le charmant emblème que vous m'avez donné. Ce chiffre d'or mat est souvent admiré ; et, dans ma dernière pose photographique, enfin réussie, dit-on, j'ai tenu à ce qu'il parût. Malheureusement il est peu visible, mais je sais qu'il est là. Je vous enverrai ce type, chère Princesse ; j'aime à me remettre sous vos yeux, malgré mes enlaidissements, qui ne sont pas encore atroces cependant.

« A ce propos, auriez-vous, par hasard, conservé une photographie de moi, debout, de profil, en robe de soie, une grosse boucle sur l'épaule? On veut la faire reproduire, et le cliché ne se retrouve plus ; il serait assez piquant qu'il me revînt de Rome. Ce portrait m'a valu, en 1867, une de vos belles pages que je sais par cœur.

\. Mon dernier livre. Oiidin, éd.

« Si ma chère chanoinesse de Robersart retourne à Rome, elle se propose d'aller vous olï'rir l'expression de son admiration. Nous avions quasi arrangé le voyage ensemble, puis est arrivé un empêchement.

« On vient de m'ehvoyer des vers de la ministresse d'Autriche ;\ Berne, sœur de la duchesse Colonna (Marcello). Si jamais je vais à Berne, je serai aimablement accueillie par cette charmante femme.

« Vous ai-je dit que mon œuvre de tante réussit bien? Les enfants deviennent des hommes. Tout cela marche noblement.

« Adieu, etc. >^

A LA MÊME

« Locmariaker, 17 août 1884.

« Chère Princesse,

« Que vous avez été bonne de m écrire comme vous lavez fait, à propos de la santé de ma chère mère Marie de ***. Cet accent-là m'a donné la mesure de votre cœur, et votre sympathie m'a profondément touchée.

« Cette religieuse est au fond de ma vie, Sa grande et réelle sainteté a éclairé ma foi ; et sa bonté exquise, son intelligence vraiment supérieure, ont achevé l'œuvre. Aussi, quand elle souffre, je ne puis m'empécher de souffrir.

« Tout est pour moi volonté de Dieu, m écrit-elle : pénitence, souffrance d'apostolat, douleur physique, ingratitudes, mauvais procédés, tout s'appelle de ce nom, et m'est une préparation au détachement suprême. J'éprouve une joie indicible en ce permanent sacrifici

« Merci donc, chère Princesse, de comprendre et mes inquiétudes et ma tristesse, quand cette santé si délicate reçoit quelque forte atteinte. A cette heure, le danger est conjuré ; mais la voilà clouée sur un fauteuil .

« Je comptais travailler beaucoup ici, et vous allez me gronder. Hélas ! la mer, la grève, mon bateau « l'Hermine », mon cheval « Méaban » me tentent, et je vis dehors.

« J'ai les mains hâlées comme celles des pêcheuses ; je me porte aussi comme elles, et n'alarme jamais mes amies pour cause de santé. Mais si mon corps n'a pas tremblé la fièvre, ni souffert de douleur, mon cœur en est coutumier, grâce aux fièvres et aux souffrances de ceux qu'il aime.

u Pendant les jours de pluie qui m'ont claquemurée, j'ai lu, avec une admiration croissante, Adam Bède de George Elliot. J'aurais voulu la connaître. N'aurezvous pas la bonté de me parler d'elle, de me la décrire un peu? Je conserve ces jeunes curiosités. Je donnerais mes soixante volumes pour son Adam et son Moulin .sur la Floss.

« Et, avec tout ce babil, je ne vous ai pas demandé de vos nouvelles, de vos chères nouvelles? Vous commencerez par là, s'il vous plaît, dans la réponse attendue. »

DE LA PRINCESSE WITTGENSTEIN

« Rome, 4 septembre 1884.

« Ma chère Zénaïde,

w Merci du portrait; vous êtes jolie, jolie comme un cœur d'or que vous êtes. Soyez-en sûre, quand je

voudrai faire photographior quolqirun de cher, j'irai à Paris, si voire artiste y vit encore.

u Comme c'est bien posé et comme c'est bien saisi, quelle grâce et quel naturel! Je vous remercie; mais, tout de UK^me, je veux ravoir ma tète de 1867, je ne vous l'ai que prêtée. Elle me rappelle réellement le vous d'alors, triste, découragée et pourtant vaillante; ce sont les mêmes yeux bleu pâle, mais ici ils sont pétillants d'espril , là ils sont profonds. Je vous laisse la pose de la boucle; vous pouvez la donner à quelque femme de pécheur qui en sera heureuse; mais rendez-moi uin iMe.

« Merci, ma chère Zénaïde, de laimable surprise.

<« Je vous redis encore combien je trouve charmant, charmant, le cadeau que vous m'avez fait.

Je vous embrasse comme votre afl'ectionnée

u Princesse Wittgenstein. »

A LA F'HINCESSE WITTG EXSTEIN

■< Korinoarelt. IH seplombro 1884.

« Je vous retourne donc la tête que vous aimez, chère Princesse; je la trouve triste à pleurer, mais, puisqu'elle vous convient, je vous la renvoie. Nadar, il est vrai, m'a parfaitement réussie; et enfin mes amies m'écrivent : C'est bien vous! J'attribue celte physionomie naturelle à la présence d'une jeune artiste, qui veut me peindre en miniature. Elle est très originale, et me regardait avec une si étrange figure, me tenait des propos si étranges aussi, que je n'ai pu m'empècher de sourire franchement. Ne voulait-elle pas m'affubler dune mousseline en turban!

« Je l'avoue, j'aime mieux sourire à ceux qui me sont chers, que de les contempler d'un air morne. Le portrait de vous qui orne mon salon est souriant, et cela me met du baume au cœur de le regarder.

« Votre jugement sur Sous le joug fait toujours ma joie. Puisse Désertion, que je vous enverrai sous peu, mériter aussi vos louanges.

« Je suis désolée des nouvelles que je reçois de la marquise de Blocqueville. Un anthrax à la tempe, ce doit être affreux et laisser des traces. Gomme elle a souffert! Comme elle souffre! Quand j'entends le récit de ces martyres, je suis tentée de me mettre à genoux pour remercier Dieu de mon inaltérable santé. On peut bien user de la maladie, elle est parfois grande comme la douleur; mais quel tourment de vivre ainsi, une souffrance aiguë succédant à l'autre!

« Adieu, chère Princesse; vous savez que je vous aime tendrement et fidèlement, en Bretonne pur sang, n

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