SA MOUT
état de santé, elle rentra bien malade et se coucha de bonne heure. Néanmoins elle renvoya sa domestique, et resta seule.
Le lendemain, celle-ci, entrant dans la chambre de sa maîtresse comme d'habitude, ne Tenlendit pas lui répondre; elle respirait encore, mais ne paraissait plus avoir conscience de rien. Cette servante courut chercher du secours à la Communauté. La mère Supérieure et mère Marie de *** la suivirent aussitôt. M. Tabbé Graffm, de l'Institut catholique, qui venait de dire la messe au Couvent, ainsi que le médecin, ne tardèrent pas à les rejoindre.
Bien des moyens furent tentés pour déterminer quelque réaction et retour à la vie; mais le docteur déclara que tout était inutile, la congestion ayant dû se produire au milieu de la nuit, et attaquer en même temps le cœur, la tête et les poumons. Selon l'usage romain, M. l'abbé Graffm continua durant plus d'une heure à réciter les prières, jusqu'au dernier soupir de la mourante.
Mère Marie de ***, aidée de l'une de ses sœurs, rendit alors les derniers devoirs à sa chère Zénaïde, dont le visage était redevenu jeune et de la plus aimable expression. Elle tenait, entre ses mains, la Croix que lui avait donnée la vénérée mère Marie de la Providence, et son chapelet de Lourdes. A côté d'elle, sur une crédence, on plaça aux pieds du crucifix la coupe envoyée par la princesse de Hohenlohe en souvenir de sa mère, l'illustre amie de Zénaïde; on y lisait en gros caractères : « Rome ».
Cette coupe renfermait l'eau et le rameau bénits. Ce nom de Rome résumait bien la vie de l'héroïque
chrétienne qui aurait pu prononcer avec vérité, en mourant, la parole de sainte Thérèse : « Je meurs fille de l'Église ».
Les obsèques furent ce que Zénaïde Fleuriot les eût désirées : simples, silencieuses, respectueuses. Le curé de la paroisse Saint-François-Xavier fit la levée du corps, et M. l'abbé Fonssagrives, aumônier du Cercle catholique du Luxembourg, donna l'absoute.
Dans l'assistance choisie qui s'était rendue à la funèbre cérémonie, on remarquait nombre de notabilités des lettres et des arts et beaucoup d'ecclésiastiques.
En quittant l'église, le cortège se dirigea vers la gare Montparnasse. Il suivait, sympathique et grave, le blanc corbillard, à l'arrière duquel s'étalait, superbe, la couronne offerte par M. René Fouret, directeur du Journal de la jeunesse. Elle était formée de roses thé et de violettes; son large ruban de satin lilas clair cachait ces mots : « Le Journal » et laissait seulement apparaître cette inscription : u La jeunesse à Mlle Zénaïde Fleuriot I » Le long du boulevard, les pétales de roses, se détachant, semblaient couvrir de fleurs le dernier chemin suivi sur la terre par l'auteur disparu, au nom de cette jeunesse qu'elle avait tant aimée et si bien servie.
En arrivant à la gare, le cercueil recouvert de blanches draperies ayant été placé sur un wagon, deux discours furent alors prononcés, l'un par M. le comte de Larmandie, délégué de l'Association des gens de lettres; l'autre par M. Terrât, professeur de droit à l'université catholique, et président du Cercle du Luxembourg.