‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 86 sur 89 · DISCOURS PRONONCÉS. S · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉS. S

M. de Larmandic parla le premier, et dit :

« Délégué par rAssociation des gens de lettres, je viens apporter sur ce cercueil un témoignage officiel d'hommages et de regrets. Zénaïde Fleuriot fut une infatigable ouvrière de la plume, et je vous étonnerai peut-être en vous disant que plus de soixante-dix volumes sont éclos de son long et méritoire labeur. La distinction et rhonnôté de son talent la vouaient à un ordre de travaux aussi difficiles que modestes.

u Elle ne tenait point aux faveurs de la multitude dévergondée; elle voulait que ses écrits fussent à la portée des jeunes âmes, pour les instruire sans les dévoyer, pour les émouvoir sans les flétrir.

a Et, en cette tâche ardue, elle a noblement réussi. Mais Zénaïde Fleuriot n'était pas seulement un écrivain consciencieux et délicat; ce fut une ardente chrétienne.

« La Société des gens de lettres admet toutes les convictions. Sur le vaste champ où l'on moissonne la pensée, nous ne repoussons aucun symbole, aucune croyance. Toutefois il m'est précieux, à moi, croyant et militant, d'honorer ma foi dans la morte que vous pleurez. Que sur d'autres monuments funèbres on se borne à chanter les vaines louanges de la vie éteinte ; j'ai l'équitable orgueil de m'élever plus haut, et après avoir rendu justice aux œuvres terrestres, ce que je salue dans la mort, c'est l'immortalité! »

Voici quelques extraits du discours de M. Terrât, président du Cercle catholique des Étudiants :

(( Je ne viens pas vous parler de l'écrivain qui, pendant de si longues années, a fait, non seulement une

œuvre littéraire de haute valeur, mais, ce qui vaut mieux encore, une œuvre chrétienne et sociale.

« Qu'il me soit permis, cependant, d'évoquer un souvenir tout récent, qui met vivement en relief le but élevé qu'a toujours poursuivi Mlle Zénaïde Fleuriot. Elle nous disait, il y a huit jours à peine, quand nul ne soupçonnait qu'elle dût sitôt nous être enlevée : « Oui; c'est une terrible responsabilité que d'écrire « pour la jeunesse! Qui sait si, par un seul mot, on u n'a pas froissé, on n'a pas abaissé pour la vie ces « âmes en formation? Du moins, quand je m'examine « froidement, sincèrement, je puis me rendre cette (( justice de n'avoir pas écrit une phrase qui ne fût « pour l'amélioration des âmes. »

« Je ne connais pas de plus magnifique éloge pour l'écrivain.

« C'est endore la même idée qui la guidait dans ses amitiés. Et ses amis étaient nombreux, "Câr^îie savait se faire toute à tous. Elle ne séduisait pas qoe les esprits élevés, mais elle avait conquis la confiance et Taffectiôn reconnaissante de ces pauvres pêcheurs de Locmariaker, de cette vieille race bretonne, honnête, fîère et indépendante, qui ne se donne qu'à celui qui sait la comprendre, la respecter et l'aimer.

« Ne plaignons pas celle qui est partie après une vie si bien remplie. Prions pour elle, car si parfait que l'on soit, on a toujours besoin de prières. Prions surtout pour ceux qui l'ont perdue, et plus encore, demandons d'avoir toujours, sinon son grand talent, du moins sa droite volonté, d'être comme elle utiles à la jeunesse, et de servir ainsi notre pays dans la mesure de nos forces. »

FrXKUAILLES A LOCMAHIAKK». 577

Peu d'heures après, le train s'ébranlait, emportant, sous la garde de ses neveux, la fidèle Bretonne au lieu de son repos. A Locmariaker, chacun la reçut avec de l'aflection et des larmes; la mer elle-même lui fit fête. Lorsque le convoi arriva, elle battait le plein, se soulevant avec majesté, comme la chère morte se plaisait tant à l'admirer. Huit marins des plus solides demandèrent à porter le cercueil. Elle avait depuis longtemps choisi sa place au sommet du pittoresque cimetière. En creusant le terrain, on trouva le roc, sans doute un peu friable, mais le roc. On parla de la mine; c'était périlleux, le mur pouvait tomber. Un forgeron du bourg dit alors : « Pour <' Mlle Fleuriot, j'irai creuser moi-même ». Il fit un instrument qu'il trempa d'une façon spéciale, afin de le rendre résistant, et s'en vint travailler. D'autres habitants de la commune se proposèrent pour le seconder; et chacun y apportant le tribut de son adresse ou de sa force, la fosse put enfin recevoir le cercueil.

Le service funèbre eut lieu le lendemain. Tous eurent peine à trouver place dans cette humble église où, tant de fois, Zénaïde était venue puiser la paix et la consolation.

Un an après, l'aîné de ses neveux, après avoir fait placer près de son cercueil celui de sa mère et de sa sœur, ainsi qu'elle en avait exprimé le désir, y éleva un monument symbolique d'un effet sobre et élégant *. Il se compose de trois sarcophages crucifères recouvrant les trois tombes et taillés dans le granit du

\. M. Hernol, l'habile sculpteur breton, l'avait exécuté d'après les dessins de M. Rapine, architecte diocésain de- Quimper et des Monuments historiques de France.

pays, entourés de bornes non taillées, également en granit, et reliées par des chaînes de fer.

Le sarcophage du milieu se termine par un menhir brut, assez élevé et creusé de façon à abriter un crucifix. Au-dessous de l'un des bras du Christ, on a sculpté dans la pierre le nom de « Zénaïde »^ et audessous de l'autre, celui de « Fleuriot », dont les lettres sont disposées verticalement. Au pied du Crucifix on voit un petit banc de granit, et sur ce banc, un livre ouvert et une plume abandonnés.

Sur le Mémento de la chère défunte, au-dessous de sa photographie parfaitement ressemblante, comme expression et comme traits, on lit : « Zénaïde Fleuriot décédée pieusement à Paris, le 19 décembre 1890. » — Au-dessus du cadre dessiné, une croix, une plume, une banderole avec ces paroles : Credidi propter quod locutus sum. « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé. » Au verso de l'image sont inscrites ces sentences :

« Celui qui écrit de bons livres fait plus de bien que s'il rendait la vue aux aveugles et la vie aux morts. »

« Grégoire VU. »

« Le juste ne meurt jamais à l'improviste, car c'est bien avoir prévu la mort que d'avoir persévéré dans la justice chrétienne, jusqu'à la fin. »

« Oh ! vive Jésus ! il n'y a rien en ce monde pour faire souhaiter que les amis y demeurent beaucoup! »

« Il semble que j'entends notre chère défunte disant avec une grâce céleste : « Je vois ce que j'ai cru, je « tiens ce que j'ai espéré ; et la charité m'accom- « pagne. »

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