DEUXIEME PARTIE
LE MONTONERO
EljRincbii del Bosquecillo.
On était à là, moitié environ de l'été austral, la chaleur, pendant toute la journée avait été étouffante ; la poussière, réduite en atomes
resque impalpable^ avait recouvert les feuilles «les aTbres d'une épaisse couché d'une teinte grisâtre, qui donnait au paysage* cependant pittoresque et accidenté dé la partie; dû llaw de Manm y où recommence notee récit, une apparence triste, et désolée, qui heureusement devait disparaître bientôt, grâce a l'abondante rosée dé la nuit, dont les eaux, en lavant les arbres et; les feuilles,, devaient leur
rendre leur couleur primitive^
Le llano n'ofTrait, jusqu'au point extrême
où la Vue pouvait s'étendre dans toutes lés
directions, qu'une suite non interrompue de
mamelons peu élevés, recouverts; Wiim herbe
unâtre et calcinée par les rayons riheandes-
nts dii soleiU et sous laquelle dès myriades
cigales rouges lançaient à qui mieux
eux les notes stridentes'flé leur chant. ■.,
A une distance assez éloignée, sur la droite,
risàï
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■i,V.£?J , ? -f^ftS' J^ îZIji ~VUr£--*
ZENG ; CÀBRAL.
on apercevait un mince filet d'eau, à demi' tari, qui se déroulait comme un ruban d'argent forment des détours infinis, bordé par un étroit rideau de tentisques, de goyaviers et de cactus ciergesvSeulement sur une accore élevée de cette rivière, nommé le rio Yermeï'o^et qui est un/affluent du Parana, se trouvait un bois:; ■ touffu, espèce d'oasis, semée : par la main toute puissante de Dieu, dans ce. désert abrupte et dont les frais et verdoyants' ombrages tranchaient en vigueur sur ia teinte jaune qui formait le fond du paysage.
i -Des cygnes noirs se laissaient nonchalamment déri/er an courant; tandis que, sur la plagede la rivière, de hideux iguanes se vautraient dans la fange, des volées de perdrix et de tourterelles regagnaient à tire d'aile "abri des- buissons; çà et là bondissaient en se buant des vigognes et des viscachas, et au plus haut des airs, de grands vautours chauves tournoyaient en larges cercles.
?> A voir le câline profond qui régnait dans e désert et sa sauvage, apparence, il semblaitêtre demeuré tel qu'il était sorii des mains du Créateur et n'avoir jamais été foulé par un pied humain.
Cependant, il n'en était pas ainsi, le Llano de Manso, dont les dernières plaines atteignent la lisière du Grand Ghaco., le refuge presque inexpugnable des indiens bravos, ou
vers l'accore dont nous avons: parlé, sur le sommet de laquelle se trouvait le bois touffu nomme el Blncon del Bosquecillo.
Ces cavaliers étaient des Indiens guaycurus, reconnaissables à leur élégant costume, au bandeau qui ceignait leur tête et surtout à la grâce sans pareille avec laquelle ils maniaient leurs chevaux, nobles fils du désert, aussi ardents et aussi indomptables que leurs maîtres.
Us formaient une troupe d'une cinquantaine d'hommes environ , tous armés en guerre et n'ayant aucunes touffes de plumes d'autruche ni banderolles à la pointe de leurs lances; ce qui démontrait qu'ils étaient en expédition sérieuse et non réunis pour une chasse.
Un peu en avant de la troupe s'avançaient deux nommes, des chefs, ainsi que l'indiqUait la plume de vautour plantée dans leur bandeau de couleur rouge, et dont l'extérieur formait un complet contraste avec celui de leurs compagnons.
Ils portaient le poncho bariolé, les caleçons de toile écrue, et les bottes fabriquées avec le cuir qui recouvre la jambe du cheval ; leurs armes, lasso, bolas, lance et couteaux, étaient les mêmes que celies de'leurs compagnons, mais la s'arrêtait la ressemblance.
^ t . . w } .. Le premier était un jeune homme devingt-
cle ceux que fa cruauté des Espagnols a, après 1 deux ans au plus; sa taille était haute,élégàn-
WtrlïcTMiT'iîïj-YT» Ane- tniccinne f n n/1nfti>nn»1n(. ÎA IfV COHTiIa At VllATi TiTlCO CAG Tïl SJ n 1 hmc tlftKInp
lai dispersion des missions fondées par les jésuites, rejeté dans la barbarie, est, en quelque sorte, un territoire neutre, où toutes les peuplades se sont tacitement donné rendez-Yous pour chasser; il est incessamment parcouru dans toutes les directions par des guerriers appartenant aux nations les plus ostiles les unes aux autres, mais qui, lorsqu'elles se rencontrent sur ce territoire privilégié, oublient momentanément leur rivalité ou leur haine héréditaire pour ne se souvenir que de l'hospitalité du llano, c'est-àdire de la franchise que chacun doit y trouver pour chasser ou voyager à sa guise.
Les blancs n'ont que rarement, à de très longs intervales, pénétré dans celle contrée, et toujours avec une certaine appréhension; d'autant plus que les Indiens, sans cesse re bulés par la civilisation, sentant l'importance pour eux de-la conservation de ce territoire, en défendent les approches avec un acharnement indicible, torturant et massacrant sans pitié les blancs que la curiosité ou un hasard malheureux conduit dans cette région.
Pourtant, malgré ces difficultés en apparence insurmontables, de hardis explorateurs n'ont pas craint de visiter le llano et de le parcourir à leurs risques et périls dans le but d'enrichir le domaine de la science par des découvertes intéressantes.
C'est à eux que le bois dont nous avons parlé; et qui semble une oasis dans cette mer de sable, doit son nom charmant de Rincon del Bosquecillo, par reconnaissance sans doute de la fraîcheur qu'ils y avaient trouvée et de l'abri qu'il leur avait offert après leurs courses fatigantes à travers le désert.
Le soleil déclinait rapidement à l'horizon en allongeant démesurément l'ombre des focs, des buissons et des quelques arbres épars ça et la à .de longues distances jâansle lïano. Les panthères commençaient ;déjà à jeter .dans l'espace les notés stridentes et saccadées de leurs sinistres rauquemerits en se rendant à l'abreuvoir; les jaguars bondissaient hors de leurs tanières avec de sourds appels de colère, en fouettant de leur queue puissante leurs flancs haletants; lès manadas de taureaux et de chevaux sauvages fuyaient effarés devant ces sombres rois de la nuit, que les premières: heures du soir rendaient tes maîtres du désert.: -------
1A&. moment ou ïé soleil, arrivé jusqu'au niveau 5 de l'horizon, se' noyait pour ainsi dire' ■ dans' dés flots de pourpre '-et d'or, une troupe> de cavaliers apparut sur la rivé; droite du Rio yermejb;, se dirigeant, selon toute probabilité,:
te, souple et bien prise, ses manières nobles, ses moindres gestes gracieux. Aucune peinture, aucun tatouage ne défigurait ses traits accentués, d'une beauté presque féminine, mais auxquels, chose extraordinaire chez un Indien, unebarbenoire, courte et frisée, donnait une expression mâle et décidée ; cette barbe, jointe à la blancheur mate de la peau du jeune homme, l'aurait facilement fait passer pour un blanc, s'il avait porté un costume européen. Cependant, hâtons r nous de constater que parmi les Indiens on rencontre souvent des hommes dont la peau est complètement blanche et qui semblent appartenir à la race caucasique; aussi cette singularité n'attire-t-elle en aucune façon l'attention de leurs compatriotes, qui n'y attachent pas d'autre importance que de leur témoigner un plus grand respect, les croyant issus de la race privilégiée des hommes divins qui, les premiers, les réunirent en tribu et leur enseignèrent les premiers éléments de la civilisation.
Le jeune homme dont nous avons en quelques mots esquissé le portrait, était le chef principal des guerriers dont il était en ce moment, suivi; il se nommait Gueyma, et, malgré sa jeunesse, il jouissait d'une grande réputation de sagesse et de bravoure dans sa tribu.
Son compagnon, autant qu'il était possible, malgré sa taille droite, ses cheveux noirs comme Faite du.corbeau et son visage exempt de rides, de fixer son âge avec quelque certitude , devait avoiT atteint soixante-dix ans; cependant, ainsi que nous l'avons dît, aucun signe de décrépitude ne se faisait voir en lui : son regard brillait de tout le feu de la jeunesse; ses membres étaient souples et vigoureux; ses dents, dont pas une ne manquait,: étaient d'une éblouissante blancheur, rendue. plus sensible par la teinte foncée de son teint, bien que, de même que l'autre chef, il n'eût ni tatouage nipeinture; mais à défaut de ces marques physiques de vieillesse, l'expression de sévérité répandue sur sa physionomie fine et intelligente, ses gestes emphatiques et la lenteur calculée avec laquelle il laissait tomber de sa : bouche les moindres paroles, auraient fait connaître à tout homme habitué à la fré-l quéntation des Indiens, que ce chef était fort âgé et qu'il jouissait parmi les siens d'un grand renom de sagesse et de prudence, tenant plutôt sa: place au. feu du conseil de lai nation qu'à ? te: tête d'une expédition d# jguerre. :;,., .:;...,- : , ',:■.:'
Au centre de la troupe venaient deux hommes qu à leur couleur :et à leurs- vêtements il:
était facile de reconnaître pour Européens.
Ces hommes, bien qu'ils fussent sans armes, paraissaient être considérés, sinon comme complètement libres, du moins: avec certains égards qui prouvaient qu'on ne les regardait pas comme prisonniers.
Quant à eux, c'étaient deux jeunes gens de vingt-cinq à vingt huit ans, recouverts du costume d'officiers brésiliens, aux traits fins et hardis, à la physionomie insouciante et railleuse, qui galopaient au milieu des guerriers indiens -sans paraître s'inquiéter aucunement du lieu où on les. conduisait, et qui causaient gaiement en échangeant de temps en temps quelques mots d'un ton de bonne humeur avec les guerriers les plus rapprochés d'eux.
Le soleil disparaissait complètement audessous de l'horizon, et une entière obscurité remplaçait presque instantanément la clarté du jour, ainsi qu'il arrive dans tous les pays interlropicaux et qui n'ont pas de crépuscule, au moment où les Indiens gravissaient au galop le sentier à peine tracé qui conduisait au sommet de l'accore et donnait accès dans le bois.
Arrivé au centre d'une clairière du milieu de laquelle sortait une source d'une eau claire et limpide qui, après s'être frayé un chemin tortueux à travers les roches, tombait en éblouissante cascade dans le Rio Ver^mejo, d'une hauteur de quarante à cinquante pieds, le jeune chef Gueyma arrêta son che val, sauta fie selle et ordonna à ses guerriers d'installer un campement de nuit; son intention étant de ne pas aller plus loin ce jour-là.
Ceux-ci obéirent; ils mirent aussitôt pied à terre et s'occupèrent activement à entraver les chevaux, à leur donner la provende, à allumer les feux de veille et à préparer le repas du soir.
Quelques guerriers, au nombre de cinq ou
six, avaient seuls conservé leurs armes et s'étaient placés aux abords de la clairière, afin de veiller au salut de leurs compagnons.
Les. deux officiers brésiliens, fatigués, sans doute, d'une longue course faite pendant la grande chaleur du jour, avaient, avec un soupir de satisfaction, entendu l'ordre du chef et y avaient obéi avec un empressement qui témoignait du désir qu'ils éprouvaient de. prendre un repos dont ils ressen taient l'impérieux besoin.
Vingt minutes plus tard, les feux étaient allumés, un ajoupa construit pour garantir les blancs contre les atteintes de l'abondante rosée du matin, et les guerriers réunis par petits groupes de quatre ou -cinq mangeaient de bon appétit les provisions simples placées devant eux et composées, en général,, d'ignames cuites sous la cendre, de farine de manioc, de viande sechée au soleil et rôtie sur les charbons, le tout accompagné de l'eau limpide do la source, breuvage sain et fortifiant, mais nullement susceptible de monter à la tôle des convives et. de leuT échauffer le cerveau.
Les chefs avaient fait prier, par un guerrrier, les officiers brésiliens de prendre part à leur' repas, courtoise invitation que ceuxTCÏ avaient acceptée avec d'autant plus de plaisir que, à part les gourdes pleines d'eau-deTVie de canne qu'ils portaient à l'arçon de : leurs selles, ils manquaient complètement de vivres et s'étaient un moment crus condamnés à un jeûne forcé; perspective d'autant plus désagréable pour eux qu'ils mouraient littéralement de faim, n'ayant pas eu l'occasion,
depuis la vèillè au soir, de prendre d'autre
pour des estomacs; de vingt ans, mais au ils s'étaient résolument astreints,, plutôt . délaisser voir leur, détresse aux Indiens. au .milieu desquelsïïis se trouvaient, accideiitel- Lëmerif. Heureusement pour eux, les chefs guaycurus s'étaient aperçus de cette absti-
Parli; — imp. Schiller, 10, Fâub.-Mpntmartre,;
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ZENO GABRAL.
nencc forcée et y avaient -gracieusement mis un terme en engageant les jeunes gens à souper avec eux; procédé qui avait le. doubla avantage de sauvegarder l'orgueil des offiV ciers et de rompre la glace entre eux et les indiens.
Cependant, ainsi que cela arrive toujours entre personnes qui ne se con naissent point ou du m<<ins se connaissent peu, les premiers instants furent assez froids entre ces quatre convives si différents d'allures et de caractère.
Les officiers > après un cérémonieux salut auquel les chefs avaient . répon m d'une fa çoa tout aussi guindée, s. étaient assis sur l'herbe et avaient attaqué les vivres placer devant eux, d'abord av c une certaine retenue strictement commandée par 1rs convenances, niais bientôt ils s'étaient laissé aller aux exigences impérieuses de leur appétit et s'étaient mis résolument eh devoir de le satisfaire.
— Lpoï, dit le vieux chef avec un sourire de bonne humeur, je suis heureux, seiiores, de vous voir fêter si bien un aussi maigre repas.
— Ma foi! répondit en riant un des officiers, maigre ou non, chef, il arrive trop a point pour que nous le dédaignions.
— Hum, rit le seconi, voila juste vinglqUalre heures que nous n'avons mangé, ce qui commence à être assez long.
— Pourquoi ne pas nous l'avoir dit tout d'abord? reprit le chef, nous aurions immédiatement donné di j s ordres pour qu'on voufournît les vivres nécessaires.
-— Mille fois merci de votre obligeance, chef, mais il ne convenait ni à notre dignité ni à noire caractère de vous adresser une pareille demande.
— Les blancs ont' de singulières ' délien i esses, murmurS Gueyma, se parlant plutôt à lui-même qu'adressant la parole aux otficiers.
Cependant ils entendirent cette observa^ tion, à laquelle l'un d'eux se chargea de répondre.
— Gela n'est pas une question de délica tesse, chef, mais un sentiment inné dé cou venaucoohez des hommes, qui non-seule ment se respectent eux mômes, mais respect tenl encore en eux les personnes qu'ils soûl chargés de représenter.
— Vous nous excuserez, senoMoeril Gnpy ma; nous autres Indiens, presque sauvages, ainsi que vous nous, nommez, nous ne connaissons rien a ces subtiles distinctions qu'il
vous plaît d établir; la vie du désert n'enseigne pas de telles ehoses.
r-7 Et nous: n'en sommes peut- être que plus heureux pour cela, ajouta le vieux chef. -
.rrr C'est possible, répondit l'officier; 1 je ne discuterai pas avec vous sur un point ausM futile:; laissons donc ce sujet et permellézmoi de vous. offrir une gorgée à'affuardiente.
: Et après avoir débouché sa gourde, il la présenta au chef. . . .
Celui-ci, tout en repoussant la gourde delà main,, jeta un regard d'étonnement sur l'officier.
— Vous me refusez, demanda celui ci; pour quel motif, chef ? n'ai-je pas accepté moi.vce que. vous m'avez ofrert.
L'Indien secoua la tête à plusieurs reprises. --Mon fils n'a pas" l'habitude de fréquenter les Guaycurus, dit-il. -
— Pourquoi cette question, chef? irZlHF? q ^ e ' ï-épon : Ht-il, s'il en était autremen.tyie jeune chef pâle saurait que les guerriers guaycurus ne boivent jamais cette boisson que les blancs nomment eau ardente etqm les rendons; l'eau des sources que e grand Esprit Macunhan a semée A nrnfUmr.
le jeune homme; j'aurais été fîeiné qu'une action inconsidéré^ de ma paît eût troublé la bonne intelligence qui doit régner entre nous, d'autant plus que je désire vous adresser différentes questions, si toutefois vous n'y iroii.v'ez pas d'inconvénient. . ' ':' .
Le repas était terminé. Les deux chefs avaient roule du tabac dan* des feuilles de palmier et. fumaient; les officiers, eux, avaieni tout simplement allumé des cigares. \.
— Quelles sont les questions que lé visage pAlédésîte rn'adresser'? répondit l'Indien* -
— D'abord, permettez moi de vous faire observer que, depuis «lue le hasard m'a conduit pîirinî vous, je suis en proie à. un continuel étonnern« j nt.
— Epoïl fit en souriant le chef. En vérité? ;
— Ma foi, oui. Jamais je n'avais vu d'Indien.. Là-bas, à »Mo Janeiro, quand oh me parlait rie-- IVaux Ronges, on me les représentait comme des hommes entièrement sau-
vages, féroces, perfMes, crournVaht dans la ;■■ plus horrible barbarie. Je niétais donc fait ries Indiens une idée .qui, d'après ce que je vois a présent, était dès plus erronées.
— Eh -.h ! éhah 1 et que voit donc Je visage paie? ■■.."..
— Dame, je vois des hommes, braves, intelligents, jou-seant d'une civilisation différente de la nôtre, il est vrai, mais qui, en fait, n'en est pas moins une; des chefs comme vous et votre compagnon, par exemple,, parlant aussi bien que moi ta langue portugaise, et qui, en toute circonstance, agissent avec une prudence, une sagesse et une circonspeciion que. souvent j'ai regretté d>* ne pas rencontrer chez mes compatriotes. Voilà ce que, j'ai vu chez vous, jusqu'à présent, chef, sans Compter la blancheur du teint de votre Comp.-'gn'-n, qui, vous en conviendrez, jointe à l'arrangement de ses traits et à l'expression de sa physionomie, lui donne plutôt l'apparence d'un Européen que d'un guerrier indien.
Les deux chefs sourirent en échangeant un regard à la dérobée, et le plus âgé reprit, avec une expression de fierté dans la voix.
— Les Guaycurus sont les descendants des grands Tepiuambas, les anciens possesseurs du Brésil, avant que les blancs les aient
tépouillés de leurs terres; ils sont . nommés pirles visages pâles, eux-mêmes Gavalfuù'os] les Guaycurus sont le*. maîtres du désert, qui oserait leur résister ? Lorsque beaucoup d'hivers auront blanchi le- eheveux de mon fils et qu'il aura vu d'autres nations indiennes, il reconnaîtra la différence immenso qui existe eulre les nobles Guaycurus et les misérables sauvages épars ça et là dans les lianes. ....-.' Le jeune officier s'inclina affirmativement.
— Ainsi, ^répondit-il, les Guajcurus sont les pius civilisés d'enire les Indiens?
— Les seuls, répondit le chef avec hauteur; le grand Esprit les aime et les protège.
— Je l'admets, chef ; cependant cela ne mè dit pas d'où provient la perfection avec laquelle vous parlez notre langue, perfection que vos guerriers sont loin d'atteindre, car c'e*'t à peine, s'ils me comprennent lorsque
plus heureux de la syrnjïathie que tous, vous éprouvez pour mes , compatriotes^ que dans les circonstances où/ nous /nous' trouvons, celte sympathie ne. peut qùeYnôus> iêtre fort Utile poiir terminer à la satisfaction: générale l'affaire que nous avons Mtàilèr :,.".'
— Je désire qu'il en soit ainsi. . ' : '■'*'"'
— Et moi aussi, de. tout mon cœur; som-r mes- n ou s encore bien éloignés de l'endroit; où l'entrevue doit avoir lieu? Je vous avoue; ique j'ai hâte que l'alliance proposée soit coniclueeiitre nous. . *
: — Alors, que mon fils seréjouisse,,car nous ■-ommes arrivés à l'endroit assigné par les capilaos guaycurus aux .chefs des visages, M- .. les, etlentrevue dont il parleaura lieu, selon i toutes probabilités, demain môme, deux ou ; . trois heures au.plus après le lever du soleil. , — Quoi, nous avoiis déjà atteint le lieu, nommé par lés Espagnols, el Rtn con del Bosquecillo.
i —C'est ici.
! — J)ieu soit loué!, car le général ne tarr Idera pas à s'y rendre dé son côté comme, nous y sommes venus du nôtre; et mainte-, nani, chef, agréez encore une fois mes remerciements. Je vais, avec votre permission, prendre quelques heures d'un repos dont j'é-^ prouve uni besoin réel' après les fatigues de la journée qui vient de finir.
— Que' mes fils dorment : le sommeil est. bon pour les jeunes gins, répondit le chef avec un bienveillant sourire.
Les officiers se retirèrent aussitôt dans Vajoupa préparé ptur eux, et ne tardèrent pas à s'endormir.
Les deux clu s restèrent seuls en face l'un de l'autre.
Les guerriers guaycurus, étendus devant les feux, dormaient enveloppés dans leurs ponchos.
Seules, les sentinelles étaient éveillées et demeuraient immobiles comme des statues de bronze florentin, les yeux fixés dans l'espace et les oreilles ouvertes au moindre bruit. •-■■■.
Un calme complet régnait dans le désert, la nuit était tiède, claire et éloilée. .
Le Cougouar coasiderauninstantson.com- .
pagùon d'un air pensif,; puis, prenant lapa- . rôle a voix basse, après avoir jeté un regard investigateur autour de lui ; : /:■■-,
—A quoi songe Gueymaencei moment, ditil d'une voix douce, avec un accent de len- \ dro affection, cause-t-il intérieurement ayee son cœur? sa pensée êyôque-t^elle le souvenir charmant d'OEil-dè-Coloinbe, la vierge aux yeux d'azuT, ou bien son esprit estril préoccupé par la réunion qui deinairi doit avoir lieu. . ...
Le jeune homme tressaillit, .releva la tête,
lequel ' rer^
Iq
je leur adresse la parole.
— Le Gouguar' a vécu de longues années, répondit-il, la neige.de bien des hivers a plu sur sa, tête depuis que tout; petit enfant il'- a vu le jour pour la première fois; le Cougouar était un guerrier déjà, que Te visage pâle' n'avait pas encore échappé faible et nu au sein de sa mère; A cette époque, le chef a visité les grands villages des blancs, pendant plusieurs lunes môme il a vécu parmi eux comme s-il eût fait partie de leur famille ; aussi, il les aime, bien qu'il les ail
sana langue.au questions à que m'adresser.
vieux ■ ch^ a ffn^eV^an?in T- ? ouriai ^ k ~ Non. chef, et je vous TemadL^tâAci^
'^^m^^^mS^r^^^ ment de la façon franche et loyale dont il
«ien parie, mon maître, rep^t gaiement I vous a plu de me répondre; je suis d'autant
et, fixant un regard 'incertain^ dans passa un éclair, sur le' vieux chef qui gardait avec tristesse : ' " '
— Noiij répondit-il d'une voix h.assé et entrecoupée par une énmtiori, intérieure, mon, père n'a pas vu clair dans, le. coeur -de.' son;fils ; le' souvenir d'OEil-dé-Gdlombe est* tou-:/ jours présent à la pensée de Gueyma :, il n'a pas besoin d'être évoqué pour appàrâîitè radieux ; peu importe au jeune chef le résultat; du conseil de. demain,. son esprit est ailleurs,, il erré à l'aventure sur le sommet des nuages chassés par le vent à la recherche de son përe. . . :
: Le Visage du vieux chef , s'assombrit soudainement à, ces paroles; ses sourcils se froncèrent, et cefut avec une cerlaine émotion dans' l'a voix 1 qu'il répondit, au bout d'ùn. inslant : ' " ;'..■■*■: L
—-Cette pensée tourmente toujours; imon fils? -..-. " ■-.;■ ;'.;:,..-■.
— Toujours 1 fit le jeune homme avec une; certaine animation ; jusqu'à ce que le Cougouar ait rempli sa promesse.
— : Quelle est cette promesse que me rappelle mon fils ?
— Celle de me dire le nom de mon père ; comment, enfant, je ne Vai jamais vu auprès de moi, et pourquoi les guerriers de ma na-
^ij
ZMO CÀBUAL.
ut
tion détourneutle tête, avec tristesse, lorsque je leur demande 1 pourquoi, depuis si longr temps, il est parti du milieu de nous.
— Oui, c'est vrai, Têpondit le Cougouar, j'ai fait cette promesse à mon. fils; maïs, lui,; en retour, il; m'en a fait une autre, ne se la Tapp'eile-t il pas 1 .\
— Si ;-. que mon père me ; pardonne, je me là rappèUê; mais mou père est, bon, il sera indulgent pour un jeune nomme et excusera une' impatience qui ne provient que dé son amour filial.
r~ Mon fils est non-seulement un des guerriers les plus redoutables, de sa nation, mais il en est encore un dès chefs les. plus renom-: mes ; il doit à tous l'exemple, de la patience. Une lune ne s'écoulera pas sans que je lui révèle le secret qu'il a si grande hâte d'apprendre; jusque-là, qu'il continue à se laisser guider par l'homme qui s'est dévoué à lui. et dont la seule pensée est de le yoir heureux unjour.
Après avoir prononcé ces paroles d'une voix sévère mélangée d'affection, le vieux chef s'enveloppa dans son poncho, s'étendit sur le sol et ferma les yeux.
Gueyma le considéra un instant avec une impression indéfinissable mêlée décolère, de respect et d'abattement^ puis il poussa-, un prof ond soupir, laissa retomber sa tête sur la poitrine et se plongea dans d'amères réflexions; enfin, vaincu par le sommeil, il s'étendit auprès de son compagnon, et bientôt dans le camp indien il n'y eut plus d'éveillé que les sentinelles.
choir emprunté aux officiers. , "Vers onze heures du matint les .sentinelles signalèrent l'apparition de deux troupes venant de deux côtés opposés, mais se dirigeant vers le camp.
Les chefs guaycurus lancèrent deux guerrier s vers, ces troup es . .
Ceux-ci revinrent au bout de dix minutes ;àpèine. . . . ; . . ,.,.'■:/ - \-.
Ils avaient reconnu les étrangers - r Lès -, premiers étaient dés MacébiSy, les seconds des Frentones.
Mais, presque aussitôt apparut une troisième troupe, puis une quatrième, une cinquième et enfin une sixième.. ;
Des éciaireurs furent immédiatement lan<-
terie.dans l'arrangement . de leurs -pittoresques vêtements. . ',.'.';-. ; A la voix du G6ugôuâr,ils se réunirent en
derdi-cerclé les yeux tournés Y^rs le soleil
levant, s'agenouillèrent pieusement sur le
sol et adressèrent une fervente prière à l'as-;
tre radieux ; du jour,, non. pas qu'ils le consi-
dèrerit positivement comme tin dieu , mais
parce qu'il est dans leur croyance le représentant visible! dé l'invisible divinité et le
grand dispensateur de ses bierifaitSj.V Nous avonsremàrquéavecétonnëment cette,
lespècè de' culte rendu au soleil dans toutes
Iles contrées de l'Amérique, tant du sud que
îdix nord, et quUbien Que variée par la forme, est partout, quant au fond, la même,
'dans toutes les nations indigènes ; d'ailleurs,
'cette religion naturelle doit être admise plus
[facilement par des races primitives, qui rendent ainsi hommage à ce qui frappe plus for- ; tement leurs yeux et leurs sens. " ; '
Ce pieux dévoir, accompli, les guerriers se relevèrent et se partagèrent immédiatement les travaux du,;eamp.
Les uns conduisirent les chevaux à l'abreuvoir, d'autres les bouchonnèrent avec soin, quelques-uns allèrent couper du bois, afin de raviver les feux à demi éteints, tandis que cinq ou six guerriers d'élite, sautant à poil sur leurs chevaux, s'élancèrent dans la savane, afin de se procurer en chassant les vivres nécessaires à leur déjeuner et à celui de leurs compagnons, , Enfin, au bout de quelques instants, le
camp offrit le tableau le plus animé, car
autant les Indiens sont inous et insou- points qui leur avaient -été désignés ciants lorsque leurs femmes ,. auxquelles ils ' - AS p> "* fa ri " - nae ^^^ûmoi.k -«
ces à leur rencontre, et ils ne lardèrent pas A revenir, en annonçant que c'étaient des détachements ue Chiriguanosj d© tangoas, d'A-.
bipones, et enfin de Payâgoas,
— Epoï, repondait le Cougouar à chaque annonce qui lui était faite, les guerriers cam peront au pied de la colline, les chefs monteront près de nous.
Les éclaireurs repartaient alors ventre terre et allaient communiquer aux capitaos des différents détachements les ordres de leur chef.
Arrivés à une certaine distance de l'accore au sommet de laquelle le camp des Guaycurus était établi, les détachements indiens s'arrêtèrent, poussèrent leur cri de guerre d'une voix retentissante, et, après avoir exécuté certaines évolutions en faisant caracoler, leurs chevaux, ils- allèrent s'établir aux.;
J.& Traité.
La nuit fut tranquille, rien n'en troubla la sérénité calme et majestueuse.
Les sentinelles veillèrent avec une attention scrupuleuse, peu habituelle parmi les Indiens, sur le repos de leurs compagnons.
Vers quatre heures et demie du matin , les ténèbres commencèrent peu à peu à pâlir devant les lueurs^ fugitives encore , des premiers rayons du jour ; le ciel se nuança de larges bandes de couleurs changeantes qui se fondirent enfin dans des tons d'un rouge vif et enflammé, et le soleil parut enfin , s'élevant au-dessus de l'horizon comme s'il fût sorti du sein d'une fdum aise, illuminant subitement le ciel de ses resplendissants rayons qur ressemblaient à des flèches de feu.
Les ; premières heures matinales sont les plus douces et les plus magnifiques de la journée au désert.
La nature en s'êveillant calme fraîche etTéposéè', semble/pëndaritles ténèbres, avoir repris toutes ses forces ; les feuilles plus vertes sont perlées dé rosée, un léger et transparent brouillard s ? ëlève déterre en vapeur incessamment pompée par le soleil, une fraîche brise ride la surface argentée des fleuves et dès lacs, agité ! les branches des arbres et imprime un frémissement mystérieux aux hautes herbes du milieu desquelles s'élèvent à chaque instant les têtes effarées des taureaux, des chevaux sausages, des daims ou dés gazelles, tandis queles oiseaux, battant joyeusement des ailes, font leur toilette matinale ou s'énvolënt de ça et de là avec des Cris et des gazouillements de plaisir.
Lés Indiens' nesoht pas dormeurs, en gén ?ral, aussi à peine Je soleil apparut-il au mveau. de l'horizon, que tous s'éveillèrent et procédèrent aux v soins de. leurs toilettes et à leurs ablutions de chaque jour; car les' Guaycurus, contrairement aux autres peuplades américaines, parmi leurs nombreuses qualités, comptentvceUe d'être d'une Propreté TigouTeuse et' même d'une certaine coquet- 1
abandonnent tous les travaux domestiques sont avec eux, autant ils sont vifs et alertes dans leurs expéditions de guerre, pendant lesquelles ils ne peuvent réclamer leur assistance et sont ainsi contraints de se satisfaire a. eux-mêmes.
Les officiers brésiliens, réveillés par le bruit et le mouvement qui se faisait autour d'eux, sortirent de l'ajoupa sous lequel ils avaient passé la nuit,, et allèrent gaiement se mêler aux groupés dés Indiens, ayant, eux aussi, à panser leurs chevaux et à s'assurer qu'il ne leur était rien arrivé pendant leur sommeil.
Les Guaycurus les reçurent de là façon la plus cordiale, riant et causant avec eux, pous sant même l'affabilité jusqu'à s'informer s'ils avaient bien dormi sur leur lit de. feuilles et s'ils se sentaient complètement remis de leurs fatigues, du jour précédent. ; i Bientôt tout fut en ordTe dans le camp, lès chevaux rame nés de l'abreuvoir furent attachés de nouveau, aux piquets devant une bonne provision d'herbe fraîche, les chasseurs revinren t chargés de gibier et le repas du matin préparé en toute hâte fut au bout de quelques instants servi aux convives sur de grandes ' feuilles de bananier et de palmier en guise d'assiettes et de plats.
Aussitôt après le déjeuner, le Cougouar après avoir pendant quelques minutes conversé avec Giïéyma, qyi r bien que lé principal chef du détachement semblait n'agir que d'après ses conseil s, expédia plusieurs batteurs d'estrade dans, des directions différentes, i ■
— Yos amis tardent à arriver, . . dit-il aux officiers brésiliens, peut-être leur est-il survenu certains empêchements, ces hommes sont chargés de s'assurer de Têtat des .choses et de nous annoncer leur approche..
Les officiers s'inclinèrent en signé d'assentiment, ils n'avaient rien à répondre à cette observation, d'autant plus qu'ils commençaient eiix-mêmes à s'inquiéter du retard Aes personnes attendues. : ' !' '
Plusieurs heures; s'écoulèrent ainsi ; les guerriers guaycurus 'causaient entre eux, fumaient ou péchaient sur lebord du Yerrhejo, mais aucun Indien ne s'était . .éloigne du camp au milieu, duquel s'élevait comme une bannière la longue lance de Gueyma, "plantée dans le sol et faisant flotter à. son extrémité nhe banderole blanche faite avec un mdu-
Les ; chefs de ces détachements suivis chacun de deux guerriers plus particulièrement aftécté.s au serfice de leur personne, gravirent au galop la colline et pénétrèrent dans ie camp où ils- furent reçus de la façon la plus cordiale par les chefs guaycurus qui étaient montés à cheval et avaient fait quelques pas au-devant d'eux.
: Après un échange assez long de politesses où furent strictement remplies toutes les mi-, nutieuses exigences de 1 étiquette indienne, les chefs se dirigèrent ensemble vers le feu du conseil où tous ils s'assirent sans distinction de places ou de rang.
11 se lit alors un grand silence dans l'assemblée. Les esclaves donnèrent à chacun du tauac enroulé dans des feuilles de palmier et firent circuler le maté que les chefs humèrent lentement et religieusement selon la coutume.
Lorsque le , maté eut passé de main en main,. , que la dernière bouffée de fumée fut exhalé©'' des rouleaux de tabac, Gueyma fit un geste-, de la main pour réclamer l'attention des assistants et prit la parole :
■ t- Capitaos alliés de la puissante et invincible nation, des Guaycurus, dit-il,- je suis heureux de vous -voir ici et de l'empressement que vous avez mis à vous rendre à Tin- vitation des membres du conseil suprême de notre nation. Le molif de cette convocation^ extraordinaire estextrêmement sérieux; bientôt vous l'apprendrez; il ne m- appartiehtpasi et je manquerais à tous mes .devoirs de fidèle? allié, si j'essayais* en cette circonstance, d'influencer vos déterminations ultérieures* que^ vos intérêts bien entendus doivent seuls motiver. Qu'il vous suffise, quant à présent; de savoir que vos amis les Guaycurus ont cru ne devoir agir en cette affaire qu'avec Votre as-' sentiment et l'appui de vos lumières/ - - - Un chef payagoa, guerrier âgé déjà, et d'un aspect respectable:, s'inclinael répondit-: — Çapitao des Guaycurus, bien que : fôrt V: jeune encore, vous 'réunissez en vous la prudente circonspection de l'agouti, jointe au bouillant, courage du jaguar ; les paroles que souffle votre poitrine sont inspirées parle-' ; grand Esprit. G ? est lui qui parle par vos' lèvres. Au nom. des ■- capitaos ici présents, je : vous remercie de la latitude que vous nous donnez, en nous laissant la liberté entière dé nos déterminations, Nous-saurons, soyez-èn convaincu, distinguer le vrai du faux dans-
ZEN0' CABRAI;.
cette affaire, que' nous* ignorons encore, ët : nous inspirant dé ; votre sagesse, la/ terminer selon les lois de la plus entière justice 1 ; tout en nous conformant aux intérêts des nations; dont nous sommes les représentants.
Les autres chefs s'inclinèrent alors, et' chacun à son tour, la main posée sur lé cœur, prononça ces paroles :
^ Emàvidi-Ghaïmè, le: grand capitao dê'si Payagoas, a parlé comme un homme pru> deht, la sagesse est en lui.
Êh ce moment, une des sentinelles signala l'approche d'une troupe nombreuse, révélée par un épais nuage de ; poussière qui s'élevait a l'horizon.
—Voilà ceux avec lesquels nous conférerons bientôt, dit Gueym a ;à cheval, frères , étalions au-devant d'eux, afin de leur faire honneur, car ils viennent en amis, ce qui leur aperinis de franchir sains et saufs nos frontières.
Les capitaos se levèrent aussitôt et montèrent sur les chevaux que leurs esclaves tenaient en main derrière eux.
Guayma et le Cougouar ""se mirent à leur tête, et la troupe, composée d'une quinzaine de chefs, tous cavaliers d'élite et guerriers renommés dans leurs tribus, roula comme un ouragan du haut en bas de la colline et s'élança à toute bride dans îa plaine, en soulevant sur son passage des flots épais d'une poussièregrisâtre, réduite en atomes presque impalpables, au milieu de laquelle elle ne tarda pas à disparaître complètement aux regards.
Cependant, les, nouveaux venus s'approchaient rapidement bien qu'avec une certaine circonspection, commandée du reste par les lois de la plus stricte prudence. . -, ;
Cette troupe fort peu ' nombreuse ne se composait que de, dix cavaliers dont : deux étaient Indiens et semblaient servir de guide à ceux qui marchaient à leur suite.
Ceux-ci étaient des blancs, des Brésiliens, ainsi qu'il était facile de le reconnaître à leur costume.
Celui qui marchait en tôle de la petite troupe était un homme d'une cinquantaine d'années environ,, aux traits-fiers ethautains, aux manières nobles et élégantes, il portait le riche uniforme tout brodé d'or de général. Bien qu'il se tînt droit et ferme sur son cubt val et que son œil noir bien, ouvert semblait briller de tout le feu de la jeunesse, cependant ses cheveux grisonnants et les rides profondément creusées dé son front, ajoutés à l'expression soucieuse et pensive de sa physionomie, témoignaient d'une existence for-r tement éprouvée, soit par les, passions, soit par les hasards d'une, vie passée tout entière a faire la guerre.
Le cavalier qui se tenait à ses côtés portait le costume de capitaine et les insignes d'aide de camp; c'était un jeune homme de vingttrois à. vingt-quatre ans, à 'l'œil fier et aux traits nobles et. réguliers ; son visage respirrait la bravoure; une expression d'insouciance railleuse répandue sur sa physiono-
rapports. .V"". 1 .' "' ;
! -^ Nous voici donc arrivés enfin au Bosquecillo, dit le càpfitàine en promenant un regard cùrieux j autbur de. lui, et.cétte rivière est' le Rio Vèrmëjo qu'ii noua a faliu deux fois clélàLtraverser. Ma foi 1; sauf le respect' que je vous dois, mon général, je suis heureux d'avoir vu enfin ce territoire: ^mystérieux gûe ces brutes' 1 d'indiens suiveillën't avec une si jalouse méfiance.
— Chut! don Pàulo, répondit le général eu posant lin doigt sur ses . lèvres, ne parlez pias; aussi haut, nos guides pourraient vous en-' tendre. -." . ( : : 7
— Bah! le croyez-vous, général, à cette distancé.
— Je connais l'acuité . d'ouïe de ces drôles^ mon cher don Paulb, croyez-moi, soyez prudent.
— Je suivrai vos avis, général, d'autant plus que, d'après ce que vous m'avez dit déjà, vous avezétè en rapport avec les indiens.
— Oui, répondit lé général avec un soupir étouffé, j'ai eu affaire à eux dans une circonstance terrible,, et, bien que de longues années se soient écoulées depuis cette époque, le souvenir en est toujours présent à ma pensée. Mais laissons cela, et parions du motif qui aujourd'hui nous, amène dans Ces parages; je né vous caché pas, mon ami, que si honorable que soit la mission, qui m'a été confiée par le gouvernement, je la. considère comme extrêmement difficile et ne présentant que fort peu de chances de succès,
— Est-ce réellement votre avis^ général 1
— Certes, je ne voudrais pas faire de diplomatie avec vous. ' . ,
— Red ou feriez -vous une trahison dé la part des Indiens?
— Qui sait? Cependant, d'après ce que je connais des mœurs, dé la nation avec laquelle nous avons spécialement affaire,, je crois être assuré que tout se passera loyalement.
. — Huml Savez-vous,. général, que nos -amis seraient-dans une, position terrible, si la \ fantaisie prenait aux Indiens de violer le droit des gens?" Car, pardonnez -moi, général, de vous dire ceci, mais il me semble que s'il prenait fantaisie à .nos deux guides de nous planter là, rien né lêiir serait plus facile, et alors quels otages, eux partis, nous répondraient de la vie de nos compagnons?
, — Ce que vous dites est. fort juste;, maiiheureusènieht, il ne m'a pas été ipossible de prendre d'autres mesurés; j'ai dû, dans l'intérêt même de nos compagnons, laisser .ces Indien s. libres et les traiter honorablement;
— Nous sommés donc effectivement bién> itôt-arrivés? . : . ' ;.;, '
'' —Regardez, reprit, le chef eût étendant le bras vers, la colline éloignée tout, -au plus d'un mille de rèndrôit où il se trouvait;: ;V
— Ah! aliï ainsi je né m'étais pas. trompé, celte colline estiuen ieRmcon delBosqùecitib,
— C'est le noinqUès lui donnent lès. visage
ileiir caractère est fort ombrageux, ils ne î>ardônneht pas ce qu'ils croient être une. inculte; d'ailleurs, une chose me rassure; t'est que s'ils' avaient eu l'intention de nous trahir, ils n'auraient pas attendûijusqu'à, ce moment pour. de faire, et, depuis' longtemps déjà, ils nous auraient abandonnés. =,
— C'est vrai , d'autant plus que, si je ne me trompé, nous voici au fendez-vous.
mie lui donnait un. cachet d'étrangeté et'. de' confiance naTquoiseindïcible.
Les six autres cavaliers étaient des soldats revêtus du costume de soidaos da Conquîsla ; l'un d'eux portait les. insignes de sôûs^o'ffl-
Quant aux Indiens qui,, selon toute probabilité,, servaient .de guides, à la troupe, ils ne portaient aucune arme apparente,,; mais à leurs, vêtements et à; la plumeplantée dans le bandeau d'un rouge -vif qui ceignait leur front il était facile de lès reeonr naître pour des chefs guaycuf us.
Tous deux guerriers d'un certain âgè„à l'apparence sombre et réservée,, ils galopaient silencieusement, côte à côte, les yeux, opiniâtrement fixes en avant; et ne paraissant nullement s'occuper des Brésiliens qui venaient à quelques pas derrière eux.
Tout en marchant, les deux officiers causaient avec une liberté qui, vu la différence aes-grades, témoignait d'une certaine intimité entre eux; ou du moins d'assez longs
r —- Ou du moins, nous: y arriverons ayant
une demi-heure.
, •*- Nos guides ont. sans doute aperçu
que chose de nouveau, général; car les voici
qui s'arrêtent en se , tournant de notre Côté,
comme : s'ils avaient une. communication à
vous, faire. • .:.'.-.., '■....' '.'".....' .
— Réjoignons T les.donc au '.plus '.tôt, répond dit, le général en faisant sentir l'éperon a son cheval, qui partit au galop,
.. Les . deux Indiens s'étaient, effectivement arrêtés poui attendre les Brésiliens; lorsque le général, les eut atteints^ il. rangea soncheval auprès des leùxs v et, leur, adressant aussitôt la parole ■:.,. . ; , ■',.'■'.
. .■*- Eh, bien, = capitaos, leur dit-il .d'une voix, enjouée,, que se passe-t-il donc, que vous vous arrêtez ainsi court au milieu du sentier?
— Mon frère et moi nous nous sommés arrêtés, répondit sentencieusement le plus:
âgé. des deux chefs, parce que les. capitaos viennent au-devant des visages paies, afin d leur reudre les honneurs qui leur sont dus à cause de leur qualité d'ambassadeur.
— Fort bien ; je suis charmé, de le savoir avec certitude. Vous dites donc, chef , : que les capitaos viennent au T devant de nous? .,. .
— Voyez cette poussière, reprit l'Indien, elle. . est soulevée par les pieds pressés des chevaux des capitaos. ,
— S'il en est ainsi, je vous serai obligé, car pitao, de m'informer de ce que je dois faire?
— Rien; attendre et répondre à .l'accueil amicîd des capitaos quand ils arriveront. ,
-^ C'est ce que je ferai avec plaisir. Je profite même dé l'occasion qui se présente de vous remercier personnellement, capitao, de la loyauté avec laquelle votre compagnon, et vous, vous nous avez guidés jusqu'ici.
— Nous avons accompli notre, devoir; le chef pâle ne nous doit aucun remerciement.
— Cependant, capitao, l'honneur me fait une loi de: constater la loyauté avec laquelle vous vous êtes acquittés de ce devoir.
— Îarou-Niom et son frère I~me-oh-eh sont des capitaos guaycurus; la trahison leur est inconnue.
Au premier nom prononcé par le chef indien, le général avait imperceptiblement tressailli et ses noirssourcils s'étaient froncés pendant une seconde. \ '■...' \
—Le nom do mon père est TaTou-Niom? démanda-til, comme s'il eût voulu acquérir une certitude.
— Oui, répondit laconiquement l'Indien, et il ajouta ail bout d'un instant, voilà les. capitaos. •■-..."
En effet, presque aussitôt les hautes herbes s'ouvrirent refoulées sous l'effort puissant de plusieurs, chevaux, et les Indiens; parurent. - t —Les visages pâles sont les bienvenus sur les territoires de chasse des Guaycurus,, dit Gueyma, après s'être gracieusement- incliné devant le général; les guerriers de ma nation et, des .nations . alliées, sont: heureux de les voir parmi eux. ...-.-.
;— Je remercie lecaçitao de ces, bonnes* paroles, répondit le général , et surtout de, la distinction dont m'honorent les confédérés en venant ainsi au-devant de. moi; je ; suis prêta suivre les .capitaos dans le lieu où, il leur plaira de me conduire.
Après quelques autres lieux, communsi de poliesse, les deux troupes, confondues en une seule, reprirent là, direction delà colline. Quelques, minutes plus tard, tes officiers brésiliens, escortés par lesi chef s ; indiens, . atteignirent le sommet. de la colline, où; ils furent, reçus- avec, les marques de la. joie ï& [plus vive par leurs deux compatriotes,, , < Aussitôt arrivés au camp i: Gueyma arrêta; |son cheval,; et, posant La mai nV droite sur, ;un 'des deux officiers qui s'étaient ay'aneésauidë vaut, des arrivants, il se tourna: vers lé gé^ inéral. - , . - : > :. - : :
--Voici les deux otages confiés par tes vir sages/pâles, aux .capitaos guaycurus ; ceshommeS; ont été par nous traités, comme des frères. '..',■ -.-. ■■■-■■ ■. ■,-.■■■-•■.-
, , — En effets répondit: immédiatement un des deux officiers, nous .n'avons qu'à nous louer des procédés dont on a usé envers nous et des attentions donsùnouS: avons été l'objet, nqus nous hâtons de, lé cùnstateri ; -
— Je crois, dit le général, , que les deux, ca^pitaos guaycurus confiés à noire garde-, pour répohdrede la sûreté de; nos otages,yn'ont pas' eu à se plaindre de la façon dont ils ont été traités par nous. ; ^ -
— Les visages pâles ont aglloyalement envers lès guerriers guaycurus, répondit Tarouv Niom en s'incïinant- devant le général . = \ > >.:< > ; Après ces guelques: : paroles, les Brésiliens furent conduits cérémonieusement ■■ devant le feu du conseil, oii un arbre renversé avait
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ZENO CiUïML.
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été préparé pour leur servir de siège, 'te général prit place, ayant ses officiers h ses côtés, tandis que les soldats se rangeaient ^silencieusement eh arrière.
: Lés ' chefs : gûàycurus et lès capiiàôs clés autres nations confédérées s'accroupirent sur les- talons^ là mode indienne, en face des:
blancs, ; dont ils ri'élaieht séparés que par léfëuv LVhïbae roulé cl les cigares furent allumés; puis le maté fut présenté anx Brésiliens, et le conseil commença . '
-^-Nôus prions, di t G ûey ma, le grand capilao des Yisàgé's pâles deTépéter ainsi,' que cela a été convenu devant les.capitaos des nations confédérées, les propositions qu'il nous i?
adressées, le troisième soleil de la luné de la fojle-avdirie, au Salur-Grànde où nous nous .étions rendus sur sa prière; ces propositions communiquées par npus aux capiiaos confédérés ont, : je dois le constater, été bien reçues par eux; cependant, ayant de s'engager déftifuivemeul et de eonlrae.ier une alliance offensive avec les visages paies ici présents contred'autres hommes de la môme couleur, les capiiaos veulent être assurés que ces conditions seront strictement et loyalement exécutées par les blancs et que les guerriers rouges n'auront pas a se repentir plus tard d'avoir ouvert une oreille complaisante a des avis.peifMe?. Que mon père parle donc, les chefs l'écouient avec la plus sérieuse attention.
Le général s'inclina, et, après avoir jeté un regard profond sur la foule attentive et pour ainsi dire suspendue à ses lèvres, il se leva, s'appuyà nonchalamment sur la poignée de son sabre et prit la parole en portugais, langue que la 'plu pan 'des cliefs parlaient facile ment, et que tous comprenaient.
— Copiiaos des grandes nations confédérées,' dït'-ii, votre grand-père blanc, le puissant monarque que j'ai l'honneur de représenter près de vous, a entendu vos plaintes; le récit de vos malheurs a ému son cœur toujours bon et compatissant, il a résolu de faire cesser les honteuses vexations donty depuis tant d'année*, les Espagnols vous ont rendus victimes ; aloïs il m'a envoyé vers vous pour vous communiquer ses bienveillantes intentions. Ecoutez donc mes paroles, car bien que ce soit ma bouche qui. les prononce, elles ont en réalité l'expression des sentiments dont votre grartd-père blanc est animé à votre égard.
Un murmuré flatteur accueillit celte première partie du discours du général. Lorsque le silence se fut rétabli, il Continua :
— Les Espagnols, reprit-il;- au mépris des traités et de la justice, non contents de vous opprimer, vous lés véritables possesseurs dû sol que nous foulons^ se sont encore traîtreusement emparés de territoires étendus, riches et fertiles -, appartenant depuis un temps fort lon& au puissant monarque mon maître. Ces '- ter riloires , il pTélend : les re co livrer par la --voie des armes. Puisque les Espagnols perfides rompent con lin uelie- ■miiuV sous les* prétextes toplus futiles ! ét de la- façon la pluV déloyale, léstraiîés conclus avec eux; saisissant avec. empressement l'occasion qui se présente de vous faire enfin rendre la justice à laquelle, comme ses eïi-
Uano de Manso, ou , ainsi que vous nommez' votre pays, la vallée de .lapiziaga; à un signala donné par nous, et par plusieurs points ,à;la: fris ils envahiront les provinces de Tucùihàn; ■et.de Cordova, de façon à opérer leiii jonction' avec les Indiens des pampas et à harceler U-sï Espagnol* à quelque faction qu'ils appartieri D'ent partout où ils les rencontreront, n'attaquant que les partis isolés et servant, pour ainsi dire, d'éclairedrii et de : hàttéUrsd'u&irade aux.troupes que le roi, moumaî=re fera sous; mes ordres et ceux "d'autres chefs entrer sut Je territoire ennemi. La guerre ; te nui née. toutes les promesses consignées sûr ce qui po.s-, ajoutar-t-il e jetant au milnu.de l'as semblée un Mtonf cri du par la moitié cl garni de cordes de plusieurs couleurs en forme de chapelets, ayant des graines, de> coquillages et des cailloux enfilés ei séparés par des nœuds faits d'u^e faeonditfe rente; ces promesses, dis-je, seront strictement tenues. Maintenant j'ai dunué mon quipos, trente mules chargeas "de lassos, bo as, pouchos, fres>adas, mors pour les chevaux, couteaux, etc., attendent a l'entrée du Llano sous la, conduite de quelques soldats. Qu'il vous pïaisode partager entre/Vous ces richesses dont le roi, mon maître,: oa igné vins faire préseul; à mon retour, si mes propositions -ont acceptées je donnerai l'ordre que te toui vous soit remis. Jatt mis donc la remise ne vos quipos, persuadé que vous ne fausserez pas la parole oonm e ei que le roi, mou niai- Ire, pourra en toute sûreté compter sur voire loyal encours.
De chaleureux applaudissements accueilli \ rent le discours du général, qui se rassit au milieu des témoignag. s les moins équivoques de la plus vive sympathie.
Les esclaves tirent de nouveau circuler le maté, elles capiiaos indiens commencèrent a' s'entretenir vivement entre eux, f-ien qu'a voix basse et dans une langue incompréhensible pour les Européens.
Nous ferons remarquer h ce propos une-
mon quipos;- une troupe de guerriers acoom-, pagnera mon père, le capilao,; pour jui faire honneur, et ramènera les, présents destiné* ans. chefs des n dions confédérées. . ■;■ < -. .
Après ces paroles,! il se rassit et; jeta' son quipos, mouvement qui fut imité par les autres chefs. ....;,,■'■.....- -, , .
Le général remercia le conseil, fit relever les quipos, par son aide de camp* et le traité se trouva ainsi conclu.
Une heure-pins laTd, les Brésiliens auxr quels on avait tendu leurs otages, quittaient eu eom r aguie d'un détachement de guer> rhr> choisi-, le Riucon del Bosquecillo et reprenaient le chemin des plantadons, après être convenus avec Gueyma, Tarou Nuim et tés principaux capitaos,. des, mesures secondaires pour la réussite de l'invasum projetée et des. moyens à employer pour que les lu- . tiens et les Brésiliens pussent, en toutes circonstance^ communiquer entre eux.
singularité que nous, n'avons rencontré*' que regious et surtout parmi les Guaycurus.
dans ces regt
chasse qur vous ont été injustement ravis, s engageant, en outre, à faire respecter, nonseulement, votre liberté, hlahv encore votre vie , vos troupeaux, enfin tout ce que vou% possédez; mais iVe^ ■ juste' capitàos, que vous vousmontriez reconnaissants dit secours que mon souverain daigne' vous accorder, et : que vôûs^soyez aussi fidèles envers lui qu'il lésera envers vous Voici .-e que, par ma bouche, vous demande te puissant souverain que te représente <: vous armerez vos guerriers d'élite dont ivous formerez des détachements de cayaherirsous les ordees de . capitao» expériiB.eutesvGes ^détachements ahan douherout le
Les hommes et les femmes ont un langage qui présente de notables différence.-.; en .*m.s, lor-qu'ils traitent des questions diplonnuicùes devant des envoyés d'une iiatinri étrangère, ain-i que celase passait dans la circonstance présente, ils produisent par la contr- ci ion ues lèvres, un sifflement qui a reçu pîirmi eux certaines modificatinos eonvenus'qui en font pour '■ ainsi dire un idiome a pari.
Rien de plus singulier, du re.*- te, que d'assister à Une déUbriation sérieuse, si/'fle'c de celte façon paT les orateurs, avec de>; modulations et des fioritures réellement remarquables qui donnent quelque cli ;se d'étrange et, de înyst'rieux à l -la discussînn. ''
Le gériértd ca.usad à voix basse avec ses of ifieiers, en humant st n maté, tandis que les icBpilios discutaient à tour çte rôle ses propo ; isiiions, ainsi qu'il te coojectiirait du moins, 'car il lui était impossible de rien comprendre, ou même de saisir un seul mol; au milieu de ce sifflement et de ce gazouillement contihue'. x :
• En fiu Gueyma se leva, et. après avoir réclamé le silence d'un geste empreint'duue suprême n;ajesté, il prit la parole en portugais pour répondre au géuéral. \ ''.;'*■
: ™ Lés cap\taos, dit-il, ont écouté avec tôu-t le soin, qu'elles mentaient les parohs prononcées par le grand capilao <t es visages pâles; ils ont pesé avec la plus profonde at. tention les propositions -qu'il s'était chargé de leur transmettre; ces pr<| position s-, les capitaos les trouvent justes et éqUitab Les, ët : ils les accepteni v en priant' le capilao des vissges vâles de remercier leur grand père blanc, et de ; l'assurer du respect et du dévouementdë ses enfants du désert. : A partir du douzième soleil après aujourd'hui tes deracheuiéuts de guerre des nations confédérées seront prêts a envahir, au premiv r signal, les frontières ennemies. J'ai dit; voilà
te Congoisiii».
Un mois environ s'ëlait écoulé depuis la c<uie usum du traité entre les Brésiliens, les G<»a.. eurus et leurs alliés au Rineon del Bosquecillo; au pie t d'une montagne escarpée, entourée de sillons et de ravines dont le soi deihiré étad couvert d'une épaisse foiêt de chênes, une nombreuse Iroup» de ca^aiers élan camp( e a l'entrée J'uïi cïïon, lit dessér ché d'un torrent dont le sol était pavé' do jnerres plates, lisses, usées T^arl'edort coïitinu des eai-x en ce moment taries.
Cette troupe, comi^ée oe deux cents cinquante a Li ois cents homme- au plus, portait e' coutume caractéristique des Indiens guaycurus.
Gelait le ?dir; le camp solidement établi et surveillé paT d'activés senthielies, était, par >i\ position, complètement a l'abri d'un coup demain.
Le> guerriers dormaient couchés devant, les feux, enveloppés dans leurs, ponehos, leurs armes placées a portée de la main, afin ide^re prét> à s'en servir à là moindre alerte.
Un peu eu arrière du camp, sur le flanc nïf'iiiH- de la montagne, les chevaux paissaient le- haut* s herbes es les hunes pousses des aïbres, su i veillés avec soin -par six Indiens ■bien armés. •
Deux hommes assis devant un feu à demi éteint, ajant chacun une carabine po^èe au- (>iès d'eux sur l'herbe; causaient tout en fumant nu iabîic roule dans des' feuilles et aspira ut de lé m ps èii temps le maté.
Ces. deux hommes étaient 1 Gueyma et le Cougouar; la troupe dont nous avons parle >:q trouvait p acëe bous leurs ordres imniérhat-. 1-.1V- était : com posée des guerriers les plus jeunes, ié4 plus vigoureux êl surtout les •plus renommés >de là hadon.
Depuis que, au signal donné par le gou^ veihement biêsilien, celte troupe avait fian-^ ehi ta froiilièfë espagnole et détail, comme une votée d'Oiseaux de proie, abattue sur le 4 : territoire ennemi, 1 Ta teneur avait marché avec elle, le meurtre^ rihcèndie et le pillage ravalent précédée ; derrière éllëi elle n'avait .iai^së-qi)e : -dè'!$ ruines et:des cadavres; devant el le, l'epo u van te glaçai t le cou rage .les habi^ ta ûts. et leur faisait abandonner au -plus vite leu rs ^pauvres ranchus pour fuir la. cruauté des barbares guayeurus qui n'egarghalent m femmes, ru eufants, iii vieillards, et semblaient avoir fait le serment de changer endéserts desotés : iès tichns et fertiles caiimagrie^ au milieu desquelles ils se traçaient un saiigianf siUoii.
Ils avaient ainsi Irayersé comme un pura-
ZMÔ CA3R&L/
rr
gari dévastateur la plus; grande parlie.de M province et -avaient atteint le rio Quiuto, tloti loin duquel ils étaient campés, aux : environs d?une petite ville nommée lÂgùadita^ misérable bourgade dont les habitants avaient pris la fuite en abandonnant tout ce qu'ils posse datent, à la nouvelle de leur approche.
^Letrailè conclu entre les Brésiliens et les Indiens était on ne peut plus avantageux aux premiers. Voici pourquoi : depuis ^découverte de l'Amérique-, les Portugais et les Espagnols se sont, saosdiscontinuer, disputé la possession du nouveau monde. Placés côte à côle au Brésil, et à Buenos-Àyres , ils ne (lovaient pas demeurer longtemps sans se faire la guerre; ce fut ce quLarriva.
Lorsque la famille de Bragance fut contrainte d'abandonner le Portugal pour se ré^ fugier à Rio Janeiro, le Brésil devint alors le véritable centre de la puissance; portugaise et le roi songea h- arrondir sou empire et a lui donner ce qu'il considérait raisonnablement, à un certain point de vue, comme étant ses frontières naturelles* c'est-à-dire la Banda'
ihieltf&èrïte. ; - '. v
— Je vous le répète,- Cougouar; dit le jeune homme, les choses né peuvent continuer ainsi; il nous* faudra retourner en atriM^' et cela pas plus tard ; qûe r demain ou api es demain . pour dernier 1 délai. Sâvez-Vbûs ; 7que ; nous sommes ici à pi lis de ! cent cinquante lieues du Mb Yermejo et du Llano 'de Manso.
..— Je. le sais, répondit froidement le vieux
Tenez, mon ami, reprit le jeûne homme
^Dormez, Gueyma., et que 1 le grand Esprit vous d()nn"e "un sÔTJjineii caiïne.
-— Mèrciy mon amijmfds --vous, n'allez- vous, pas vous livrer aùsst au tëpos;? ■ ~ " ' "•
— ^Non, jedois veiller"; d'ailleurs, j'âilln- [tohtion de profiter des ténèbres pour teutëir lune: reconnaissance aux environs du camp.
— Voulez- vous que je vo)ïs aecompagne, mon ami ^demaudavivehierit le jeune chef.:
— C'est inutile, dur mez; seul, je suffirai & la lâche que je me suis imposée. •■■■■■■"' - \
avec impatience, vous rlriiivz par rnenjeîtie en \ — Faites donc à" votre volonté, mon ami:
colère avec votre désespérante ini pâssibiii ■> ê
— Que voulez-vous que je vous réponde T
— Que sais-je; ; moi i Donnez-moi un avis, un conseil ; dUes-moi quelque chose, ènfinr la situation est grave, critique même/pour nous et nos guerriers; nous nous sommes lancés à Ta verdure, tout droit devant nous, comme une inanada dé taureaux sauvages, brisant et dispersant tout sur notre passage, et maintenant nous voilai après un mois d'u^ ne courso affolée et sans but, acculés au pied des montagnes, dans un pays que nous ne
orientale et le cours du. Rio de la Plata. connaissons pas, séparés des amis et dés con-
La guerre dura assez longtemps avec des fédérés qui auraient pu nous venir OmaLie, de succès et de désastres des et entourés d'ennemis qui, au r.
alternatives
deux parts. L'Angleterre en vint à offrir sa médiation, et la paix fut sur le point d'être cenclue; mais, à l'époque où nous sommes arrivas, les Portugais îjré^ilifms, profitant des troubles qui désolaient le Rio de la Plata et en particulier la Banda orientale, rompirent brusquement les négociations,' réunirent une armée de dix mille hommes fous les 01dres du général LécOr et envahirent la province, élernel objet de leur convoitise, eh faisant habilement coïncider leurs opérations avec les mouvements ries Indiens bravos, auxquels ils s'éteient ligués, et qui eux, s'élançanl de leurs déserts avec la furie de bê tes fauves, avaient envahi le territoire espagnol par derrière, pris l'ennemi à revers et rayaient, ainsi placé entre deux feux.
Le tableau présenté à cette époque par les provinces insurgées était l'un des plus tristes qui puisse être offert comme ex«mple à- -la sagesse des gouvernements et au bon sens des peuples.
L'ancienne Yice-Toyauté de Buenos-Ayres, si riche et si florissante jadis, n'était plus qu'un vaste désert, ses villes un monceau de cendres, tout son territoire qu'un vaste champ de bataille où se choquaient incessamment des armées combattant- chacune pour des intérêts égoïstes, noyant le patriotisme dans des flots de sang et le ; remplaçant par l'intérêt vénal des ambitions particulières.
Les Portugais brésilien?, rendus plus forts par la faiblesse de leurs ennemis, avaient presque sans coup férir, occupé les principaux points stratégiques de la Banda: orientale. Le gain de deux batailles pouvait les rendre maîtres du reste et faire tomber définitivement, cet te province en tre ; leurs main s.
Tille était la. situation-.: du pays au -moment où nous reprenons notre récit, que nous avons élé contraint d'interrompre quelques instants, afin de bien mettre le lecteur au courant de ces divers . événements, indis*
premier moment, vont sans nul doute nous assaillir de tous les côtés a la fois. ■':•
— C'est vrai, observa le Cougouar en baissant affirmativement 'la télé.
— Remarquez bien, reprit Gueyma avec une animation croissante, que je ne vous adresse aucun reproche, mon ami; cependant, à plusieurs reprises , j'ai voulu rétrograder, mais chaque fois vous vous y êtes opposé et vous irrayez engageai con- !
traire à continuera marcher en avant; est-ce vrai, cela? ' l , — C'est vrai, je le reconnais.
~ Ah! Youslo reconnaissez; fort bien, mais vous aviez un but probablement pour agir ainsi ?
— J'ai toujours un but Gueyma, ne le savez- vous pas?
— Je le sais, en effet, car vôtre sagesse est, grande, mais ce but je voudrais le connaître.
— Il n'est pas tem ps encore, mon ami.
— Voila ce que toujours vous me. fépondez|: cependant notre situation devient intolérab e; que faire?; que devenir?
— Pousser en avant quand même.
— Mais pour aller où? pour faire quoi?
— Quand le moment sera venu je vous instruirai.
— Allons, je renonce à une plus- longue discussion avec vous, Cougouar; c'est une.
duperie & moi- d'essayer de lutter contre un parti pris. Seulement, comme j'aurai plus tard" à; rendre compte de ma conduite aux grands chefs du ma nation,: si je parviens a échapper sain et sauf-aux 'dangers qui nous menacent, et que je ne veux pas assumer seul sur moi la responsabilité des événements qui sans doute ne manqueront pas de surgir bientôt, j'ai une demande à vous adresser.
— Laquelle, mon ami?
— C'est, au point dû jour, de réunir le conseil et d'expliquerf ranchenient aux guerriers' la situation précaire dans laq uelle nous
îe n'insiste pas.
GUeyma s'enveloppa alors avec sôhT dàhsr son poncho,, s'étendit commodément "devant le feu, ferma tes yeux, et, quelques minutes plus tard, il' était plongè ; dans un profond et ■tranquille sommejl.
Le Cougouar n'avait pas changé de position; accroupi devant le feu, la tête penchée sur la poitritiev il réfléchissait. :'...'.'-
L'Indien oeihruraaintd pendant un laps de temps asst-z considérable dans une îmm->ïnV lité telle que, de loin, il resî-ehihUiit plutôt â une de ces idoles des Indes orientâtes qu'à un homme de chair et d'os. ■
Cependant, après environ une heure pas^sée, selon toute probabilité, dans une méditation sérieuse, il releva doucement ta" télé et promena Un regard investigateur autour de lui. '■ -
Un silence de mort planait sur le camp : les guerriers dormaient tous, à l'eici-puim des quelques senEine îles placées sur te revo'S des retranchements pour veiller à la sûreté générale; le Cougouar se leva, ressert a sa cein- 1 ture. saisit sa carabine et se dirigea à pas lents vers l'endroit où paissaient les. chevaux de la troupe^
Arrivé la, il fit entendre un léger sifflement; presque a jssilôt,un cheval se détacha du groupe et vint frotter sa tète intelligente sur l'épaule du chef.
Celui ci, après l'avoir légèrement flatte de la main, lui mit la bride, et sans f«ir« usage de l'eirier, il se mit en selle d'un bond, aprôs avoir resserré la sangle, relâchée pour que le cheval pût paître plus facilement.
Les seniineiles, bien qu'elles *e fussent aperçues des divers mouvements du chef, ne lui adressèrent pas la 'moindre observai/on, et il quitta te camp sons que personne semblât faire attention a son di.-part;
Les guerriers étaient depuis longtemps déjà aecouiurnés à ans absences udciurnesdu chef qui, depuis te enHiuieitcëmeiii.de'PexpédHiOn, sur lait ainsi presque toutes les nuits du camp, sans d'otite- pour ailier a la<n^u> verte, et demeurait loujodrs plusieurs heures ; dehors.
Le Cougouar était sorli du camp au petit pas; il con-ei va cette allure tan i qu'il supposa êire en vue dès sentinelles, n aïs aussitôt qu'un pli-' de terrain eut caché ses mouvè- ■ ments, ii lâcha la bride, fit. entendre un léger :
pensables à rinlelligence des faits qui vont I sommes placés, et votre ferme volonté de
suivre.
La nuit était sombre ; la lune, voilée parles
paysage; le vent gémissait sourdement à travers les, franches des arbres qu'il agitait avec a» s ? 11 a, s m «rmures; lès deux chefs; assis côte a, côte, causaienLentre eux à voix basse, comtïie.sils^ eussent craint, que. leurs compagnons étend us auprès dteux entendissent leur conyersatioq ; : au ; moment, oti. nous les mettons en scène, Gueyma parlait avec une certaine animation, pendant que son cobîdagnon,, tout en prêtant,une sérieuse ■ = attention a, ce quil disait, ne l 'écoutait qu'avec un sourire ironique qui relevait le coin de ses lè- W 5 1 . n H nc ^s et imprimait une. • expression d indicible raillerie à sa physionomie fine J!
pousser en avant quand même.
'r— "Vous te voulez, Gueyma?
: —Non, moni ami, je le désire.
— L'un vaut Pautfe, n'importe, vous serez satisfait.
; —Merci, mon ami, je reconnais à ce trait votre loyauté habituelle. :, .- - .--■
; ~ À ce trait seulement? fit le vieillard avec un sourire triste. -■ • : . ^ >" ->
Le jeune homme détourna, la tête sans répondre. •.-,.:=
— Cougouar, reprit-il au bout d'un instant, la nuit s'avance,, -nous n^avons plus rien à nous dire; ^avec votre permission, je vais ime livrer au sommeil, je. ne suis pa^j de granit comme vous, moi, je me sens hommV>ment fatigué, et jM besoin de prendre des forces pmir la journée de demain qui> sanà' doutef/seraruiie. ' : ^ : • - = . .-, : -^
claquemèui de' langue, et le cheval; partant -aussitôt à toute bïide, couimença à détaler avec une vélocité, eMrnordinahe, courunt en.
droite hgne, sans s'occupei. des obstacles qui se rencontraient sur sa"fOut<s et qu'il franchissait- avec unèlégëreté extrême sans ralentir sa course. : , : ''. ■'-''■'
Il gaiopa ainsi pendant une hfùre et de- :
mie a peu près et atteignît te boni d'une rivière assez large, dont les eaux, semblables à un ruban d'argent, tranchaieist eu viguçiir sur les iiiâssés "sombres du paysage.
Arrivé au bord de la rvviëre, Lt chef aban-' donna la bridé sur le cou de son chenal. J • ! L'intelligent animal ïhura l'eau pendant quelques ihstantsv' puis il y éntr« résoVttuient et traversa la rivière a gué, n'étant rhour'ile à peine que jusqu'au poitrail, '
Aussitôt sur l'autre bord, le cheval repartit au galop, mais cette fois sa t ourse fut courte it dura à peine Un quart d'heure ou vingt minutes. -, ■ ..'•
L'endroit où se trouvait le chef était une plaine immerge et désolée- ofi ho poussaient que des buissons rachitiques, etdaiis-la-
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quelle s'élevaieDt déplace en place des monticules assez élevés d'un sable noirâtre.
Ce, fut au pied d'unMe ces monticules que le chef s'arrêta : il. mit .aussitôt pied. à terre,; bouchonna son cheval avec soin, le couvrit de son ponciib pour l'empêcher de se refroi-
— Soyez tranquille à ce sujet ; maintenant [que devons-nous faire?
t- Continuer, toujours à avancer dans la même direction; : ,
dir trop' vite- apfèsle violent exercice auquel il s'était livré pendant si longtemps, et,.lui jetântlà bri'îe sur Je cou, il le laissa libre de brouter, s'il le voulait, l'herbe Tare et flétrie deïasavane. ■' -, ., .:. = . .-:■
. Ce devoir accompli, le chef porta ses mains à' sa bouche, et à trois reprises différentes, à intervalles égaux, il imita le cri de la chouette des Pampas.
Deux ou trois minutes s'écoulèrent, et le même cri fut répété trois fois à une distance assez éloignée, puis le galop précipité d'un cheval se fit entendre,
Xé chef s'abrita le mieux qu'il put derrière, le monticule; il arma sa carabine et attendit
icommence , ...,,. *
aussi en avant dans un pays inconnu. r
— Lorsque vous l'aurez -instruit^ il ne fera plus de difficultés.
— Cesl juste; mais celte marche doit-elle durer longtemps encore?. .■■■■• -->:,--■■
tt- Surveillez avec soin, vos approches, car demain, selon toutes probabilités, nous serons en présence.
— Epoï, vous ne nous manquerez pas au moment décisif ? ;
—r. Fiez-vous à moi ; je. vous ai donné ma parole. Notre mouvement sera ; combiné de telle sorte, que tous deux nous agirons à la fois l'un en avant, l'autre en arrière ; il faut qu'ils soient pris comme d'un coup de filet.
Bientôt il aperçut la sombre silhouette d'un Si nous leur baissons le temps : de se recon-
cavalier émerger des ténèbres et cher rapidement de l'endroit où il
se rapprorapidement de l'endroit où il se tenait. .
Arrivé à une certaine distance, le cavalier, au lieu de continuer, à s'avancer, sf arrêta court, et le cri de la chouette troubla de nouveau le silence. .
Le Cougouar répéta son signal; le cavalier, comme s'il n'eût attendu que eette réponse, reprit aussitôt le galop, et bientôt il se trouva à porléa de pistolet de l'Indien.
Ùné seconde fois il s'arrêta, et on entendit le hruit .d'un fusil qu'on arme, .
— Quiéh vive? (!) cria une voix ferme en espagnol.
— Amigo del desierto, répondit aussitôt le chef.
—"Que hora es ? reprit l'inconnu.
__, La hora de la venganza, dit encore le clief.
Ces mots de passe échangés,. les deux hommes remirent au repos tes batteries de leurs armes, et s'avancèrent l!un vers l'autre avec la plus entière confiance.
Ils s'étaient reconnus.
X'étranger mit immédiatement pied à terre et serra cordialement, comme étant celle d'un ! ami, la main que lui tendit le chef.
L'inconnu était un blanc, il portait le costume - élégant et pittoresque des gauchos des parnpas.de Buenos-Ayres. -
— Voici longtemps déjà que je vous attends, chef, dit l'étranger; serait-il survenu quelque empêchement?
— Aucun, reprit .celui-ci.; seulement* le camp esi loin d'ici, et. j!ai été obligé, avant de partir, d'attendre que mon compagnon se fût enfin décidé à s'endormir. . . ,
— 11 ignore toujours tout?
— N'est-ce pas convenu entre nous?
— En.'eftet, màîS: comme, vous avez, dites^ vous, 1 a, plus grande confiance en lui, j'ai supposé 'que peut-être vous^ugeriez convenable de l'avertir. ■-.,:-;
;~-~Jè n'ai pas voulu le faire sans, vous en prévenir, .d'autant plus que c'est un guerrier d'élite, un , chef d'une sagesse reconnue et, plus que tout, un ; homme d'une loyauté à ; toute épreuve, je n'aipas voulu me hasarder a lui faire une confidence aussi. sérieuse sans; avoir en mains les preuves certaines de la trahison, du général. : . ., : ;.,:•-..
-r-Ges preuves, jevousles apporté4ans mes alfbrjas (2), je vous les donnerai; il est important pour la réussite de nos projets que Gùèymà soit instruit ; sans cela, le moment venu de frapper lé grand coup^ et cela ne tardera pas, il contrecarrerait sans doute nos combinaisons et les ferait échouer.
r-'y*ms avez raison,, je lui dirai tout, aussi-*tôt après mort arrivée; au camp. ;
-— Fort bien, je compte sur vous.
naître* ils nous échapperont, lantilssontfins je ne saurais donc trop vous recommander d'agir avec la plus grande circonspection.
— A ; votre tour, fiez- vous à moi, don Zèno; si j'ai votre parole, vous avez la.mienne^ . .
Ternis parle repos; qu'il avait pris pendant
\ài conférence des deux hommes* semblait dér-
vorer Fespâce. -■■.-, : " ;
L'Indien réfléchissait; son visage ordinaire-
— Je raYais pensé ainsi; mon xiompagnon ment sombre avait une: expression joyeuse
immence à s'inquiéter de mouvoir pousser! qui ne lui était pas naturelle; il pressait le
■-■-*--- paquet que IuLav ait remis le Gaucho sur sa
poitrine, comme s'il eût craint qu'on le lui enlevât, et, tout en galopant, il se pariait à luimême et laissait parfois échapper des excla*mations de plaisir qui auraient fort étonné les guerriers de sa tribu, s'ils les avaient en> tendues. ' .
: Il fit si grande diligeiice, qu'il rentra au camp près de deux heures avant le jour.
Après avoir remis son cheval avec les autres, il se coucha devant un feu, en ayant soin d'envelopper son précieux paquet dans son poncho et de le placer sous sa tête pour être certain qu'il ne lui serait pas enlevé; puis il ferma les yeux en murmurant à voix basse et entre ses dents :
— j'ai bien gagné deux ou trois heures de repos. D'ailleurs je crois que je dormirai bien , car maintenant je suis tranquille.
- En effet, cinq minutes plus tarô^ il dormait comme s'il avait dû ne jamais s'éveiller.
Cependant, au lever du soleil, le Cougouar fut un des -premiers éveillés et des premiers debout.
Gueyma, accroupi près de lui, attendait son réveil.
: — Déjà debout? lui dit le vieux chef.
— Quoi d'extraordinaire à cela? N'ai-je pas dormi toute la nuit.
— C'est juste. Pourquoi neléve-t-on pas le camp.
— Je n'ai cas voulu en donner l'ordre avant d'avoir causé avec vous;
— Ah I fort bien; pariez, Guéyma, je vous écoute.
— Avez-vous oublié ce que nous avons dit hier au soir.
— Nous avons dit beaucoup de choses, mon ami; il est possible que dans le nombre j'en aie oublié quelques-unes, rappelez-les-moi, je vous prie. .
— Nous étions convenu d'assembler le conseil ce matin.
C'est, vrai;: l'avez -vous fait?
Aussi, j y compte;
1)— Qui vive?
? -— Ami du désert. ■..,■■.
-^- Quelle heure est-il ?
: . - : . L'heure de la vengeance. ...
(â ) Doublés poches en toile qui se portent à far*rièreidela selle. -, ..-.•-■; m
Vous vous rappelez nos conventions?
— Certes.
— Et vous vous y conformerez ?,
— Aveuglément, bien que» permettez moi de vous le dire, je ne comprends rien à votre exigence.
— Un jour, vous me comprendrez, et ce jour-là, croyez-en ma parole, don Zèno, vous me remercierez.
— Soit; à votre guise, Diogo; vous êtes un homme indéchiffrable et tout confit en mystère, je renonce à vous expliquer.
— Et vous avez raison , répondit, en riant le chefj car vous perdriez votre temps et votre peine, seulement, souvenez- vous, don Zèno, que blanc ou rouge, vous n'avez pas de meilleur ami que moi.
— Décela^ je suis convaincu, Diogo; cependant je vous ;ayoue.que je suis fort intrigué sur votre, compte ; si quelque jour vous me racontez votre histoire, je m'attends à entendre des choses merveilleuses. .
— Et terribles aussi, don Zèno. ..Cette histoire — prenez patience encore quelque temps — je m'engage à vous la raconter, et elle^Yous intéressera beaucoup plus que vous ne le supposez.
— C'est possible; mais, en. attendant, songeons à notre affaire.
— Rapportez-vous-en à moi; il faut que je vous quitte.
; -~ Déjà... A peine avons-nous eu le temps d'échanger quelques mots.
— J'ai une longue course à faire, vous le
savez-
— C'est vrai... Je ne vous retiens donc pas.. ; ...
: — Et les preuves que vous devez me donner?
— Vous allez les avoir en un instant. .
: — En quoi consisten belles?
: — Ênquipos, et surtout en lettres.. Vous :
savez lire, n'est-ce pas?
; — Assez pour déchiffrer ces papiers.
: — Alors, tout est pour le mieux. Voilà.votre affaire, ajoutâ-t il en retirant un paquet assez volumineux de ses ; alforjas et le: remettan entre les mains de l'Indien.
— Merci, répondit celui-ci, merci etàhientôt, n'est-ce pas?
à -t Selon toute probabilité, nous nous reverrons aujourd'hui même.
— Tant mieux, je serais charméi que tout cela fût fini.
-t.. Et moi donc !
Les deux hommes se serrèrent une der-r, nière fois la main. Le Gaucho remonta à cheval et partit; bientôt ifeut disparu dans l'obscurité. . '
' Le Cougouar siffla son; cheval* qui accourut, à £on appel, et il s'éloigna- . de son côté dans la direction du camp. Son cheval,
— Non ^ pas encore; vous dormiez, mon ami; je n'ai pas voulu prendre sur moi l'ordre de cette convocation, de crainte de vous déplaire.; • ;
— Vous êtes bon et généreux, Gueyma, répondit le vieillard après un instant de réflexion; je reconnais la votre délicatesse habituelle. Faites-moi un plaisir.
—^Lequel, mon ami?
f — Ne convoquez, pas encore le conseil. '
La jeune chef fixa sur lui un regard interrogateur. . . -
-t- Oui, continua le Cougouar, ce que je. dis : là vous étonné, je le comprends; mais îlfauv que nous ayons . ensemble une conversation sérieuse avant celte convocation; s
— Une conversation? ;
— Oui. J'ai à vous communiquer des choses de la* plus; haute importance qui sans ! doûte rendront cette: assemblée du conseil inutile; 1 soyez patient, accordez -moi jusqu'à la halte : du repas du matin; ce n'est pas trop exiger, je ; crois. . -. ;■ ; >-:.i- ■'■•'■ - : -'' ; -r*. Vous êtes mon ami et mon père, CoU- :
gouar, ce que vous désirez est une loi pout moi, j'attendrai .
— Merci, Gueyma, merci; maintenant rien n'empêche. que vous donniez l'ordre de lever le campi
— . G ? est ce que je vais-fairè à l'instant.
— Ah \ recommandez là plus grande vigilance au x guerriers^ l'en nemi est prô che. ;
— Vous avez découvert Sa piste pendant votre partie de cette nuit. :
■ ■ : —^ fc) ui, mon ami, je CTois que vous ferez bien aussi d'envoyer des éclalreurs eh: avant; afin d'éviter une; surprise.
; ; -r^ C'est convenu^' répondit le jeune chef *en se retirant. ; • '>
Une heure plus tard, les guerriers gûay-
.ir-
ZEÉÔ GÂBMk;
•curus se 'mettaient en marché; se dirigeant vers les Cordillières, dont la montagne au pied de laquelle ils avaient campé pendant la nuit notait qu'un des' contre-forts avancés.
Les deux Chefs».
Au fur et à mesure que les giiemef s guaycurus s ? avançaient L vers les montagnes, Je paysage prenait un aspect plus sévère et plus pittoresque.
Le chemin ou plutôt le sentier suivi par la troupe montait par une pente presque insensible^ par des soulèvements 'de terrain- qui servent, pour ainsi dire, d'échelons gigantesques aux premiers contre-forts de la Cordillière. ■-•;■
Les forêts devenaient plus touïfues, les arbres étaient plus gros et plus serrés les uns contre les autres; on entendait murmurer sourdement des eaux cachées, torrents qui se précipitent" du haut des montagnes et, en se réunissan Informent ces fleuves et ces rivières qui, à quelques lieues dans la plaine, acquièrent, une grande importance et sont souvent larges comme des bras de mer.
De grands vols de vautours tournoyaient lentement au plus haut des airs, au-dessus des cavaliers, en faisant entendre leurs cris rauques et discordants. •
GUeyma n'avait négligé aucune des précautions que lui avait recommandées le Gouguar; des éclaireurs avaient été lancés en avant afin de fouiller les buissons et de découvrir, s'il était possible v les pistes suspectes que Ton soupçonnait ne pas devoir manquer dans ces régions.
D'autres Indiens avaient quitté leurs chevaux, et, à droite et à gauche, sur les flancs delà troupe,: ils sondaient les forêts, dont là mystérieuse épaisseur pouvait receler des embuscades. --•»-■
Les Guaycurus s'avançaient en une colonne longue et serrée, sombres, silencieux, l'œil -au guet et la main 'sur leurs armes, prêts à* en faire usage au premier signal. '
Les deux chefs marchaient de front, à vingt pas; environ de leurs compagnons.
Lorsqu'ils se furent engagés au milieu d'une épaisse forêt, dont les immenses arceauxde veTdure leur dérobaient non-seulement la vue du ciel, mais encore interceptaient les rayons -ardents du soleil, et que les cavaliers, dont les chevaux foulaient une herbe longue et drue, filaient à travers les arbres, silencieux comme une légion de: fantômes; leGougouaT posa la main sur le bras de son compagnon, et se servant de la langue castillane; -.-'-'
■±- -Parlons espagnol, lui dit-il, je nerveux pas plus longtemps tarder à vous donner les renseignements que je vous aipTomis/Sinous avons à être attaqués, ce ne saurait être que dans les environs du lieu sinistre où nous nous trouvons en ce moment, ii est des mieux choisis pour établir une embuscade; je me trompe fort, ou nous entendrons bientôt retentir sous ces sombres voûtes- de feuillage le cri de guerre de nos ennemis ; il est donc temps que je m'explique clairement avec vousv.car peut-être serait-il trop tard lorsque nous arriverons au campement. Ecoutez-moi donc avec avec attention, et quoi que vons-J irïentendiez vous : dire, mon cher Gueyma, concentrez en vous-même; vos^ émotions et ne laissez paraître :sur. vos traits ni colère, ni 301e, nrétonnement. -
-^ Parlez, Gougouar ; je me conformerai à
VOS avis. -, y;
r~ La temps n'est pas encore venu, reprit le
vieillard, de vous révéler la vérité tout en-
Qu'il vous suffise, quant à présent, de
savoir que, élevé parmi les.blarics dont j'avais; adopté les 1 croyances * les mœurs, les habitudes, et pour lesquels je professais et professe encore aujourd'hui le dévouement lé-, plus vrai et le plus sincère, ce n'est que, que pour, vous, Gueyma , pour vous que j'ai : vu naître et que j J aime comme" un fils , que j'ai consenti à abandonner les ' : jouissances sans nombre de lai vie civilisée pour reprendre la vie précaire, semée de dangers et de privations, dé l'Indien nomade. J'avais. fait un serment de vengeance; et de dévouement.' Ce serment, je croîs l'avoir religieusement tenu. La vengeance longtemps ' dans TÔmbre sera, j'en suis
préparée par moi . . .
convaincu, d'autant plus terrible qu'elle aurai été plus lente et plus tardive à frapper le coupable. Dans le grand acte que je médite, Gueyma, vous m'aiderez, parce que ce sont vos intérêts seuls que j'ai- constamment défendus dans fout ce que f ai fait, et que, plus que moi, vous êtes intéresse à la réussite de ce que je veux faire encore/ :J
— Ce que vous me dites, mon ami, répondit le jeune chef avec émotion, mon cœur l'avait pressenti et presque deviné. Depuis longtemps je, connais et j'apprécie comme je le dois l'amitié fidèle et sans bornes
baht malgré notre courage; sous le poids irrésistible^ de forcés supérieures, nous serons tous massacrés, et que nous rie retournerons plus sur notre territoire.
— - Je redoutais cette .. trahison, répondit Gueyma d'un air pensif en hochant triste r mentia tête, vous vous rappelez, mon; ami, que j'étais opposé à la 'conclusion dû irâitéïf
— Oui, je me souviens même que c'est moi qui vous aï engagé à le conclure, et que, par considération - pour moi ; seulement, vous avez consenti à jeter votre qùipds ! d'acceptation dans le conseil; êh bien, mon ami, dès ce moment même je prévoyais cette trahièbri; je dirai plus, je l'espérais; - : ■ ■'.'; : :: ■ ;
Le jeune chef se retourna vivemëntvers son compagnon, en le regardant avec' la plus vive surprise.
— Je vous avais prié, reprit le vieillard, sans ; s'émôuvoir en aucune 1 façons de ne: laisser paraître sur vos traits aucun, des sentiments qui, pendant le cours de notre conversation, agiteraient, votre cœur ; remettez-vous
donc
mon ami, afin de ne soupçons dé nos guerriers,'
que toujours ; vous m'avez témoignée; aussi vous me rendrez cette justice^' Gougouar, de reconnaître que toujours je me suis conformé - à vos avis, souvent sévères* et laissé guideT aveuglément par vos conseils que je ne comprenais presque jamais.
^ C'est vraii enfant, vous avez agi ainsi; mais lorsque nous causons entre nous appelez-moi Diogo/ ce nom est celui qu'on me donnait jadis lorsque j'étais parmi les blancs, et il me rappelle des souvenirs ineffaçables de joie et de douleur.
— - Soit, mon ami, puisque vous le désirez, je vous nommerai ainsi entre' nous, jusqu'à' ce que yous me permettiez, ou que les circonstances vous permettent, de reprendre hautement, et à la face de tous, un nom que, j'en suis convaincu, -vous avez honoré tout le temps que vous l'avez porté.
~ Oui,- oui, répondit le vieillard avec complaisance, il fut un temps où ce nom de Diogo avait une certaine célébrité^ mais qui se le rappelle maintenant?
— Reprenez, je vous' prie, ce que vous aviez commencé à me dire et ne Vous laissez pas davantage aller à des souvenirs pénibles.
—-Vous avez raison, Gueyma, oublions ! pour un instant et revenons à la confidence que je dois vous faire j ce que je vous ai dit n'avait d'autre but que dé ( vous prouver que; si souvent, en apparence je m'arrogeais le droit dé : vous conseiller oude vouloir modifier vos intentions, ce droit m'était, pour ainsi dire,- acquis par de r longs services et un dévouement à toute épreuve pour votre personne. "''--"■' " '■"'
— Gela est inutile, mon ami, je n'ai jamais eu la pensée, même fugitive, de discuter vos ; actes ou de.;contrecàrrer vos projets; je me suis au contraire toujours étudié à faire plier !ma conviction, plus jeune, devant Votre loh r igue expérience.
\ — Je me plais à vous, rendre cette justices 'mon ami; mais si j'insiste autant sur ce sujet,
c'est que les circonstances ! dans lesquelles nous sommes placés en cé ; moment exigent que vous ayez :0n moi la plus entière confiance; en ! un mot; voici- ce qui se passe : lès iBrêsiUiens, croyant né plus avoir besoin de 'nous, et présent qu'ils se sont emparés de là : plupart des villes de là Bâhdè orientale, grâce à la guerre civile, qui divise les Espagnols et les obligent 1 à combattre'les uns contré les au très au lieu de se réunir pour charger rénnëmi commun, ne seraient nullement fâchés d'être :débarrassés de* nous : et de nous laisser écraser par des forces supérieures. Oubliant les services que; depuis le commencement de la guerrey nous leur avons -rendus; les Brésiliens, 1 non-seulement nous abandonnent lâchement; mais, non contents.de cela, ils veulent nous livrer à l'ennemi^ dans l'espoir que,* sUecôm-
pas éveiller lés et laissez-moi
continuer^
— Je vous écoute, mais ce que vous me dites est si extraordinaire... ^
'— Que vous ne me comprenez point, n'estce pas? Mais patience, vous aurez bientôt l'explication de ce mystère* autant du moins qu'il me sera possible de vous donner cette explication* sans nuire à la réussite des projets que je ; médite.
— Tout cela me semble si étrange y dit Gueyma\ que ma raison refuse presque de le comprendre.
Le Cougouar sourit silencieusement: etaprès avoir jeté' autour de lui un regard-investigateur, il se rapprocha sans" affectation dé son compagnon, et, se penchant à son oreille :
— Aimez-vous les blancs? lui demandat-il.
— Non, répondit nettement le chef ; cépen* dant, je n'éprouve pour eux aucune haine.
Il est vrai, ajOUta-t-il avec une amertume mal dissimulée, que je suis trop jeune encore pour avoir eu ;à soufl'rir de leur tyrannie.-
™ En effet ; cependant, mon ami, s'il m'est permis de me targuer vis-à-vis de vous de mon expérience, laissez-moi vous dire que tout sentiment est injuste lorsqu'il est. exclue sif ; que la vie que vous avez menée,- lés exemples que vous avez jusqu'à présent eus sous les^eux yous éloignent de là fréquentation des blancs, je le comprends et je ne vous en adresse aucun reproche, mais il ne faudrait pas, même lorsque vous auriez eu à vous plaindre d'un ou de plusieurs d'entre eux , les rendre tous responsables- du crime de qUelgues-uns et les envelopper dans la même haine; parmi les blancs il y en a de bons, je compte même vous mettre bientôt en rapports avec un de ceux-là. - ;
'—Moi!: s'écria 10 jeûne homme; ' • ° -^
— VouSj parfaitement et pourquoi pas? si cela doit concourir à la réussite de nos projets. .
— Mon ami, vous parlez d'une f acon tout à -fait* incompréhensible pour moi; mon esprit cherche vainement â vous suivre et à surprendre Votre pensée au milieu du réseau inextricable dans 1 lequel il vous plaît del'enserrer; soyez bon pour moi; ne me laissez pas ainsi me fatiguer en pure> perte : & tâcher dé vous deviner, venez au fait clairement etsim L plemeht. - : - ■ > ; ; : ,l -
1 — -Soit; en deux mots;' voici ce dont 11 s ? â4 git;lè généralbrésiliehavec lequel nous avons traité n'avait qU'iiri but ëh entamant des rela> tions avec nous* c'était de nous éloigner pour des raisons quil croit connues de lui -seul, mais- que ie sais aussi -bien que lui,' de nos territoires de châsse et nous éloigner de telle façon que jamais nous n'y revenions; ' -
— Mais il me semble que si tel ëtàit'soii but it l'a atteint jusqu'à un certain point?
— Peut-être-a-t-il réalisé la première parlie de. son plan, mais !& seconde ^ne réussira pas aussi facilement f ; cet 'homme est non-
Fi
.JTJ-ÎKH^. -TT-
. .l:,^." __iir
ZW CABRA
seulement l'ennemi de notre nation, mais il
est voire plus implacable ennemi et sou plus
vif désir est de vous abattre sous ses coups.
'■'■*■— -Sfoi,.iuàis il ne me connaît pas, mon
ami. .-■■'■■."'''
- ; *îl Vous le supposez, mais mieux que vous,
cher Gueyjna, je sais en état de juger ta
;qués.tioh, Croyez donc à la vérité devines
pàroies;*' ' :: - ' '. -.
; r^ il suffit; je suis heureux de ce que vous;
Rapprenez. .
. ;-r Pourquoi Cela ? , ; ;
. -i^i-Pat C' j que la première fois que le hasard ^iûôus medraen i<ré-euce,je ne me ferai aucun "scrupulede lui fendre la tête. '.-.-..
..7- Gard ez-vou&-ë-n bien , mon ami, s'écria* lé, Cougouar avec un mouvement d'épou^.
vaïiie. Si, ce que, je l'espère, n'arrivera jj,as. youw,voii> retrouviez faoe.àface avec lui, il ; faudra i l au o-ï 11 traire f ei ridre, j e ne dirai pas cle l'aiiuii'ê^ mais tout au moins la plus complète iudiftWeuce pour lui. Souvenez-vous de ; çe CQiised et servez -vous-én à l'occasion. La ■VèngeHiice se prépare, do. longue main. et ne -reuïsst que lorsque le moment est bien "choisi; ce que je vous dis vous semble, je le sais, incompréhensible, mais bieulôt, je i-esr
père, il me sera permis de m'exphquer plus
pas à le faire; mais ce n'est pas de celte façon' qu'il convient de procéder; il ne se rendra, pas dans notre camp, c'est jious, au contraire, qui irons le trouver.
— Nous?: , ; r ;
-7- jGertes. .
— , Oplïa 1 "Avez-vous bien réfléchi; , mon ami, aux conséquences d'une semblable démarche!. Si cet homme nous tendait ; un piégé?
— Nous n'avons "rien de tel à redouter de sa part. . V. !.'"'. '. .. ! ;. ■
Gueyma baissa la tête d'un air pensif. Pendant: assez longtemps, lés deux chefs continuèrent ainsi à . cheminer côte à côte saus échanger une parole, absorbes chacun, par leurs pensées ; enfin le jeune ïioihiné releva son front rêveur.
— Nous voici bientôt à l'endroit où nous avons décidé de camper pour laisser passer ia grau le chaleur du jour ; n'àvez-vous rien de plus à me dire?
. — Rien, quant à présent, mon ami ; bientôt nous reprendrons cet entretien; maintenant il nous faut songer à installer nos guerriers dans une position sûre, car peut-être demeurerons-nous dans ce campement plus longtemps que vous ne le»supposez.
clairement et alors vous reconnaîtrez la~ve-| — Gomment! ne repartirons-nous pas dans rite de mes paroles et combien j'ai eu rai- 1 quelques heures ?
son. de Vous recommander la prudence. Je hé veust pas insister d avantage sur ce sujet, nous/ue larderons pas à atteindre fendroii désigné pour le campement et j'ai a vous parler d'une autre personne envers laquelle je serai heureux de vous voir professer les sentiments ies plus francs et les plus amicaux.
J. — Et quelle est cette personne, s'il vous plaït, mou ami, appartient- elle à notre race ou saga-if d un blanc ?
" — Il s'agit d'un nlanc, mon cher Gueyma*, et d'un bianc que jusqu'à présent, qui plus est, vous avez cru être un de nos ennemis les plu* acliHines; Hiun mot, je veux pnrlerdo chef que les Espagnols nomment Zèno Cabrai.
— J'admire, mon ami, la prudence dont vous avt j z fait preuve au commencement de cet entretien, en me recommandant de ne laisser paraître sur mes traits aucune marque .de. surprise et de conserver un Yisage impassible.
— Oui, vous raillez, répondit le Cougouar avec un fin sourire, et, en apparence, vous veza rabou; cependant, bientôt, ainsi que
Ce n'est guère probable; du reste, vous en déciderez vous-même, lorsque le momem sera venu de prendre une détermination à ce sujet.
Et comme s'il Voulait éviter que le jeune chef lui adressât une question à laquelle il ne se souciait probablement pas de répondre, le Cougouar retint la. bride et, arrêtant son cheval, il laissa son compagnon passer devant lui.
Cependant le sentier s'élargissait; de plus en plus, la forêt devenait moins épaisse, et, 'inres avoir tourné un coude, les indiens, débouchèrent sur une espèce d'esplanade ris&ez large, entièrement dénuée a arbres, bien que couverte d'une herba haute et true; cette esplanade formait à peu près ce que, au Mexique,, on nomme un voladero, c'est-à-dire que de ce côté la base de ia montagne que les Guaycurus avaient franchie presque sans s'en apercevoir par une pente douce et ii^ensible, minée par les eaux ou par un cataclysme produit par une de ces
convulsions si fréquentes en ce pays, formait au-dessous de l'esplanade une énorme cavité
cela" arrive toujours lorsqu'on n'a pas éié a même d'approfondir certains nemtMils vous donueront tort.
- — Ma, M, je vous avoue, mon ami, en .toute franchise, que je le désire ardemment, et vous pouvez me croire, malgré tout le mal que nous a fait ce chef depuis le commencement de notre expédition, je me sens malgré moi attiré vers lui par un sentiment quejo ne saurais analyser, et qui, malgré Vehvié que souvent j'en ai eue, m'a toujours empêché de le haïr.
— Dites^vous vrai? Eprouvez-vous réellement cette attraction instinctive pour cet homme?
[—Je vous le certifie, je me sens porté à aimer, et, pour peu que vous me prouviez qu ? ii en d<ùi être ainsi, je vous assure que je pe ressentirai aucun déplaisir à buivre votre injonction.
— 'Aimez- le donc, mon ami; suivez l'im-
d'un
côté
pulsion de votre cœur; il ne vous trompé pasi Cet homme est bien réellement digne de votre amitié, et bientôt vous en aurez la preuve. :
*;- Comment cela?
; — Delà façon la plus simple; bientôt je Vous (présenterai l'un à' 1- au Ire.
— Vous me ferez faire là connaissance de Zèno:Cabrai? ■■■',.
— Qùu: , . "■■.;
- — Voilà qui me confond; cpmment, il osera venir dans notre camp. ■"■'.' "-'■rr-Àu besoin, /à tnon appela il n'hésiterait
rentrante qui lui donnait l'apparence gigantesque balcon et rendait de ce faits, ies évé- 1 toute attaque impossible,
Du côié opposé,- les.ilancs de la montagne s'escarpaient en blocs abrupts de rochers; sur la cîpie desquels les vigognes et les lamas auraient seuls pu, sans craindre d'ôlre précipités, poser leurs pieds délicats.
Les seuls points accessibles étaient ceux par lesquels on arrivait à l'esplanade, c'est-à-dire le sentier lui-même ; point des plus facilt s à défendre au moyen de quelques troncs d'arbres jetés en travers.
Gueyma ne put retenir un sourire de satisfaction à la vue de cette forteresse naturelle.
— Quel malheur qu'il nous faille, dans quelques heures, abandonner une si avantageuse position? murmura4-il.
Le Cougouar sourit sans répondre et se mit en devoir d'organiser le campement. Quelques guerriers se délachèrenipour aller eher- - cher te bois nécessaire pour les' feux, d'autres
le repas fut terminé -et ; que les guerriers se fureut éiendus ,çà et là pour ;se livrer au re^ pos, belon l'invariable coutume; dés indiens qui n'admettent pas; que, à moins de cifconsr tances exceptionnelles , - on reste éveillé lorsqu'on peut dormir, le Cougouar s'approcha de Gueyma. ■ ■ -
— Vous sentez- vous fatigué? lui demandat-il avec un geste significatif.
— Pas du tout, répondit-il ; mais pourquoi cette question ? 7 -
— Simplement parce que j'ai l'intention d'aller un peu à la découverte afin de m'as^ surer que le passage est libre et que nous n'avons dans notre marche à redouter aucune embuscade, et que s'il yous couvientdé m ? accompagner pendant que nos guerriers se reposent , nous accomplirons de compagnie cette exercursion . " . " .■■■':-.;
— !■ Je ne demande pas mieuxy répondit -Gueyma qui coni prit que l'excursion susdite n'était qu'un prétexte pour, donner le. changé aux guerriers et colorer leur sortie.
— Puisqu'il en est ainsi, repritle Cougouar, partons sans plus attendre, nous n'a.vons<pas un in&tant à perdre. ;
Le jeune homme se leva aussitôt et prit son fusil.
— Nous allons à pied, fit-il.
— Certes, nos chevaux nous embarrasseraient et ne pourraient que retarder notre marche qui, u'ailleurs, doit être secrète. ■', :
— Allons donc, alors..
Les deux chef s. quittèrent aussitôt le camp
par lé point opposé à celui par lequel ils , étaient arrivés, non pas toutefois sans avoirrecommandé a un chef inférieur; de les remplacer pendant leur absence et de veiller avec la plus grande vigilance sur la sûreté générale. :-;■ : ils ne tardèrent pas à disparaître au milieu, des épais taillis et des arbres dont :1a sente était bordée à droite et à gauche. ■■ ■■>
ils marchaient bon pas, se contentant de jeter parfois un regard investigateur autour d'eux, sans prendre d'autre précaution pour dissimuler leur présence. . r
Gueyma suivait silencieusement le Cougouar, se demandant intérieurement quel éiait le but de celte mystérieuse sortie. >
Quant au vieillard, il s'avançait sans hésitation aucune, se dirigeant au milieu de-ce dédale de verdure avec une sûreté qui témoignait d'une grande connaissance des lieux et u'un but déterminé à l'avance, car les deux chefs avaient depuis longtemps déjà abandonné la sente, et, sans suivre aucun chemin tracé, ils- marchaient en droite ligne devant eux, franchissant les obstacles qui, de temps» en lemps, surgissaient sur leur passage, sans se détourner ni à droite ni a gauche.
Au bout d'une demi heure environ, ils. at-
abattirent plusieurs arbres auxquels ils laissèrent toutes leurs branches, etquiybientôt formèrent un retranchement inexpugnable '
Les chevaux furent dëseiléSi laissés en liberté et mis à même de l'herbe verte, qu'ils : commencèrent à tondre à pleine bouche.
Lés feu x al lûmes* on prëpara^ïê" "repas, du mâtin, et bientôt les guerriers guaycurus setrouvèrent installés sur l'esplanade d'une façô n aussi- solide, en àp p.àtence, que s'ils deva len t y faire un long séjour^ au = lieu de ne s'y arrêter qu'en passant.
Lorsque les sentinelles furent placées, que
teignit ent le lit desséché d'un torrent qui formait une assez large baie dans la montagne, et, s'acerochant des pieds et des mains, avec cette adresse qui caractérise les Indiens,aux anfracluosités des pierres, aux touffes d'herbes et aux branches des buissons, ils commencèrent à descendre rapidement par une pente assez roide, et qui, à d'autres hommes que ceux-là, n'aurait pas laissé que d'olïrir: d'assez grandes difficultés et même certains dangers.
A ia moitié de la descente, à 'peu prèSj le Cougouar s'arrêta sur un fragment de roc, devant une exca s atiQn naturelle, dont l'entrée béante s'ouvrait juste en face de lui.
Après avoir attentivement regardé dans toutes les directions, le vieillard fit signe à son compagnon de se placer auprès ,de lui et indiquant du doigt la caverne :
: — Voilà où nous allons, dit-il à voix basse;
■—.Ahl répondit le jeune homme; de l'air* le.p : lùs:souriantqui lui fût possible d'affecter, bien que sa curiosité lût vivement exci-; téei.s'il en est ainsi, ne i demeurons pas là davantage, entrons. . ; ■•.'.■•■>
Taris - irap. Scîïiu.brv 10. Faubv-MontBiartrs
ZENO CÂBKAL.
SI
— Un instant, réprit le Cougouar en lm appuyant la main sur l'épaulé, assûf ons-noiis d%ord qu'U est arrivé; ■■■; y ; 5
— Arrivé^ qui? demanda le jeune homme. -i Celui que nous Voulons voir, probable-
ment, fit le vieillard*
— Ah 1 fort bien, seulement c'est vous, et non moi, qui désirez voir là personne dont il s'agit. ; J .
— Né jouons pas sur les mois, mon ami, il vous importe autant qu'à moi, croyez-le bien, que cette entrevue ait lieu.
— Vous savez que je me laisse entièrement guider par vous, je crois même vous avoir donné des preuves d'une exemplaire docilité. Agissez donc à votre guise. Après l'entretien qui va avoir lieu, je serai proba* blement plus en état de connaître de quelle importance éstpour moi cette démarche que, je vous l'avoue, je ne fais qu'à mon corps défendant, bien que, je vous le répète» je- mè sente attiré vers cet nommé.
Le Cougouar ouvrit la bouché comme s'il voulait répondre, mais se ravisant presque aussitôt, il se détourna d'un mouvement brusque, et, après avoir une dernière fois exploré lés environs d'un regard circulaire et s'être assuré que la solitude la plus complète continuait â régner autour d'eux, il imita à deux reprises le cri dû condor.
Presque aussitôt un cri semblable sortit dé la caverne.
Le vieillard s'approcha vivement de l'entrée et penchant légèrement le corps en avant tout en armant son fusil, afin d'être prêta tout événement : .
— Nous avons longtemps marché, la fatigue nous accable, dit- il, comme s'il s'adres^ sait à son compagnon; reposons-nous quelques instants ici, cet endroit solitaire me semble sûr.
— Vous y serez reçu par de bons amis, répondit immédiatement une voix partant de l'intérieur- de la caverne.
Un bruit de pas se fit entendre et un homme parut.
Le nouveau venu, revêtu du costume pittoresque des gauchos de la Banda orientale, n'était autre que Zèno Cabrai.
Gueyma remarqua, avec une surprise qu'il 1 n'essaya pas de dissimuler, que le chef des Moutoneros n'avait pas d'armes, du moins apparentes.
— Soyez les bien- venus, dit-il en saluant avec une gracieuse courtoisie les deux chefs indiens, je vous attends déjà depuis assez longtemps; je suis heureux de vous voir.
Les capitaos guaycurus s'inclinèrent silencieusement et le suivirent, sans hésiter, dans la caverne.
trouvé sous notre plume et; d'où provient la sombre et mystérieuse . célébrité qui, même aujourd'hui, après tant d'années, entoure leur nom d'une sanglante et redoutable auréole.
. Pinçheyra commença comme îa plupart des partisans, de cette époque, c'èsfc-à-dire que, d'abord, il fut bandit; né a . San^Carlps au centré de cette province de Maille dont les habitants ne se courbèrent jamais sous le joug des Incas et ne subirent qu'en frémissant celui des Espagnols, don Pablo Pinçheyra était un Indien dé pied en cap, le sang des Araucans coulait presque sans mélange dans ses veines, aussi dès qu'il fut mis hors la loi et contraint de chercher un refuge parmi lés Indiens, ceux-ci répondirent-ils avec empressement à son premier appel et vinreutïls joyeusement se grouper autour de lui et former lié noyau de celle redoutable cûâdrilla, qui deVait plus tard se nommer l'armée royale.
Pinçheyra avait trois frères; ceux-ci, qui gagnaient à grând'péiné leur vie en maniant tour à tour lé lazo et la hache, c'est-à dire en travaillant comme garçons de ferme et bûcherons, saisirent 1 occasion que leur aîné leur olfait, et allèrent se joindre à lui en compagnie de tous les mauvais sujets qu'il leur fut possible de recruter.
Aussi tes Pincheyras, comme on les nommai^ ne tardèrent-ils pas à devenir la terreur du pays qu'il leur ayait plu de choisir comme iliéatre de leurs sinistres exploits. ..
Lorsqu'ils avaient pillé les grandes cHàcras, mis à rançon les hameaux, ils se réfugiaient i au désert, et lk, ils bravaient impunément I l'impulsante colère de leurs ennemis.
En effet, dans ces régions reculées, la. justice, trop faible, ne pouvait se faire respecter, et ses: agents, malgré leur bon vouloir, étaient contraints de demeurer spectateurs des déprédations commises journellement par les bandits.
Don Pablo - Pinçheyra était loin d'être un homme ordinaire; la nature avait étê prodigue envers lui; a un courage de lion il joignait une rare sagacité, une justesse de coup d'œil peu communeet une pénétration inouïe, réunie à des dehors pleins dé noblesse et même d'affabilité.
Aussi, les événements aidants, le hardi chef de bandits, loin d'être inquiété pour ses incessants brigandages, sut -il hon-seu'emenl se faire, accepter comme partisan , . mais encore il se vit rechercher et solliciter par ceux 1 dont l'intérêt avait été si longtemps de l'a-
tout était bon, et qui ne faisaient même pas grâce aux enfants, aux femmes et aux vieil- , lards, et lés entraînaient à leur suite attachés ; par les poignets à la queue de leurs. cheyaux. ' Un autre chef de partisan, maïs. celuirUV.
brave et honnête officier castillan -, combattait, lui aussi, de son côté, pour la défense de la cause perdue de l'Espagne, : on le nommait ,'Ziàpzam. -
: Ainsi,, au moment où l'Amérique du Sud Itbïït entière, depuis ïe Mexique, jusqu'aux ' frontières dë.Patagoniè,: se soulevait à la fois contre le joug odieux dé 1 Espagne et proclamait hautement son indépendance , deux hommes isolés, sans autre prestige que leur indomptable énergie, soutenus seulement par des Indiens bravos et des aventuriers dé tou^ : tes nations, luttaient héroïquement contre le ! courant qui, malgré eux, les entraînait,, et prétendaient remettre les colonies sous la do- ; mination castillane*
Malgré tes méfaits de ces hommes, des :
Pincheyras surtout, dont la sauvage cruauté les entraînait souvent à commettre des actes inqualifiables de barbarie , il y avait cependant quelque chose de réellement grand:
dans Cette détermination de ne pas abandon^ ner la fortune de leurs anciens maîtres et de" périr plutôt que de trahir leur cause ; aussi, aujourd'hui encore, après tant d'années, leur nom est-il dans ces contrées entouré d'U'h'e espèce d'auréole grandiose, et sont ils devenus pour la masse du peuple des êtres légendaires dont, avec une crainte respectueuse, on raconte les incroyables exploits, le soir à. là veillée, lorsqu'après les durs travaux de.la,journée, on cause paisiblement en buvant le { maté et en fumant la cigarette, autout du feu, de veille dans la pampa-.
A vingt lieues environ de l'endroit où s'étaient arrêtés lés Guaycurus pour laisser passer la grande chaleur du unir, au centre d'une vaste Yallée dominée de' tous les côtés par les pics neigeux et inaccessibles dè'ïa Cordilliere, don Pablo Pinçheyra avait établi son camp. ".V .
Ce camp, placé à la source même dé deux rivières, n'était pas provisoire , mais permanent; aussi ressemblait-il bien plutôt à une ville qu'à un 'bivouac de soldats. Les huttes, faites à l'indienne , en forme de toldôs, avec des pieux croisés au sommet et recouvertes de cuirs de vache et de peaux de jument, affectaient une certaine symétrie dans leur alignement, formant dés rues, des places et des carrefours, ayant des
nëantir, mais qui maintenant se troûvaieint|corales remplis de boeufs et de chevaux;
contraints de réclamer son appui. | quelques-unes même possédaient de petits
Don Pablo ne se laissa pas éblouir par ce
nouveau caprice dé la fortune, il se trouva
Mip.B Pincheyras.
Nous abandonnerons pendant quelques instants lés chefs guaycurus, pour nous trans^ porter à une vingtaine de lieues plus loin, dans le cœur même de la Cordilliere, où se trouvent > certains personnages fort intéressants de ce récit et où, deux ou trois; jours avant celui où nous sommes arrivés; se pas-r saiehtdës événements que nous devons relatera "■ ■-■ .-. :v-:- .,-■:•:. :". •.<-':?- f-;'-: ;i
La guerre civile, en détruisant l'ancienne hiérarchie établie par les Castillans dans leurs colonies, et en bouleversant les- rangs ' et les fastes, avait fait monter- à la surface de la société hispano- américaines certaines; personnalités; fortNcurieusés à étudier et parmU les-. quelles les Pincheyras tenaient, sans contre-; ûit, ■ un e* des positions, lés-plus accusées; ; :
Bisonsrcè que C'était .que: ces;; Pincheyras^ dont le nom s'est à plusieurs reprises déjà
tout à coup au niveau du rôle que le hasard l'appelait à joUer, et se; déclara nettement pour l'Espagne contre la révolution.
Sa troupe , augmentée considérablement par les déserteurs et les volontaires qui ve- 1 naient se ranger sous sa bannière, se disciplina peu à peu, grâce à quelques officiers européens que don Pâblo sut attirer à lui, et l'ancienne cuadrilla dé bandits se métamorphosa presque instantanément eh une troupe régulière, presque une armée, puisqu'elle: comptait, en infanterie et cavalerie, plus àe-qùinzè cents combattants, nombre considérable "à
jardins, où poussaient, tant bien que mal, vu la rigueur du climat, quelques planté» ' potagères.
Au centre juste du. camp se trouvaient lès toldôs des officiers et des. quatre frères Pin- : cheyras , toldôs mieux construits , mieux aménagés^ et surtout beaucoup plus propres 1 ' que ceux des ; soldats.
On ne pouvait parvenir dans là vallée où lé ' camp' était établi que par deuxétroits cânonës situés, l'un à l'est et l'autre au sud-ouest du camp; mais ces deux canones avaient: été fortifiés de telle sortes au moyen d?abatis de>; bois énormes entassés pêle-mêle sans; ordre apparent, mais parfaitement ordonnés, que;;
cette époque dansées contrées" si 1 peu peu- 1 toute tentative pour forcer ladouble entrée -^— ^ ^ de ces canones eût été vaine, dépendant des.
sentinelles] immobiles et Posil fixé; sur les.dô^- /' tours des défiLés, veillaient attentivement à la
ainsi
i Dès qu'il jugea que Varmée ro qU'dl la nommait emphatiquement, était en état de tenir la campagne, don Pablo Pinçheyra prit résolument i'6ffensivé v et : commença^ les; hostilités contre lés i révôluiïbhhaiv rese» tombant sur eux à rirnprovistë et en les ; battant dans plusieurs ' rencontrés.
Les: Pincheyras " connaissaient les repaires-
sûreté commune, peudaut que. leurs compagnons, retirés, sous leurs toldôs, vaquaient àj-/ leurs occupations avec de laisserrallér insôuv ; çiant qui prouve combien on est certain de n'avoir aucun: danger>érieux à redouter*; Le. toldo de (ion Pabîo Pinçheyra *■
inaccessibles qu'elles étaient détendues -nbh^ montés , S j étaient .attachés. ;à :$es ..piquets^ -& seulement pà* tout lHritérvâllë d'une solitude quelques pas. a^la&or^ aunteusj CHMar; désolée,* mais encore -par la?terreur aù'insoi- ?qùe?le, plante sur une longue lance fichée raient ces redoutables partisans, pour desquels ten terre, le drapeau espagnol flottait majesté 11
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