‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 141 sur 155 · Chapitre XVI · texte numérisé non relu

Chapitre XVI

KxpoMê «le l'Etal de la iVIÎMïiioii du Koiiaii${-toiia. al >Sou Kiiiiiieiice le Oardiual l'r^'^let «le lai l'rupaKaude

Eiuiueiice,

Après 34 ans de INIissiou, rappelé en Europe, sans «*n conuaître la cause ou les causes, (lu'ou ne m'a pas dites, mais que je sou])çonue assez, c'est un devoir pour moi d'exposer à Votre Emineuce l'état de cette Mission, et ce que pendant ce long- espace de temps, y a été fait pour la conversion des païens et l'établissement du Christianisme.

Cet exposé me paraît d'autant plus nécessaire, qu'aujourd'hui dans la Mission de Canton, les choses pr«nneut um caractère plus alarmant.

Tout récemment, en ettet, plusieurs de nos chapelles ont été incendiées, un certain nombre de clirétiens obligés de s'enfuir et les menaces des païens deviennent de plus en plus inquiétantes pour l'avenir.

Aussi m'écrit-on de la nmnie're lu plus pressante pour nie prier de hâter mon retour, et, non contents de ces sollicitations, mes missionnaires délèguent l'un d'entre eux (') pour me chercher; plusieurs chrétiens de ces pays m'écrivent dans le même sens.

Avec cet exposé clair et net de l'état des choses. Votre Eminence verra mieux ce qu'il y a à faire dans l'intérêt de cette Mission; et de mon côté, si mon rappel a été une vraie peine et une humiliation profonde pour moi, j'espère bien, avec la grâce de Dieu, me montrer toujours fils obéissant, et a l'exemple du glorieux St. François Xavier, ne faire que ce que l'obéissance demandera de moi !

1. Ancien état de la lYlission. Autrefois florissante et sagement administrée par Macao, la Mission de Canton ne comptait pas

(1) M. (iranclpierre.

<'hapitre XVJ - Xon mf'uioir*'

moins de 40 mille clirétieus sur une population de -'>() «nillious, et avec un certain nonil)r<' de chapelles.

Mais, dans ces derniers temps, Macao perdant ses moyens d'action, l'on vit bientôt cette Mission tomber de son état de splendeur et le nombre de chrétiens diminuer à un tel point, qu'au moment où nous y arrivâmes on 1<S4S, on n'y trouvait plus que 7 à 8(K)0 chrétiens! (')

Et quels chrétiens! Des hommes i<>norant complètement leur religion, la [)raiiquant à peine, et mêlant toutes les superstitions du paganisme aux praii(iucs de la Kcligion chrétienne!

II. £nuoi de nouueaux missionnaires. C'est alors (pie la S. Congrégatiou voulant relever l'état de cette JMission, Jugea à i»roj»os d'en contier le soin à une Congrégation l'ran<;aise et il en chargea le Séminaire des Missions Etrangères, ;i la condition que les nouveaux missionnaires dépendraient de Macao. IVFais comme nous étions ])eu protégés, nous vîmes plusieurs de ces apôtres arrêtés et emprisonnés.

Tels les P. T. Maillait, Le Turdu, Marizien, liernon; d'antres, comme le* V. C'haixlelaine, eurent la tête tranchée ou moururent des suites de leurs blessures.

III. Séparation d'auec lYlacao. En jnésence de tels dangers, et vu l'impossibilité <le faire aucun bien dans une semblable position, les missionnaires décidèrent, d'une voix unanime, qu'ils ne resteraient dans la i)r()vince qu'autant (|ue l'un de nous partant pour liome, exposerait de vive voix au 8. Père et à la Propagande le véritable étiiî des choses, bien résolus du reste, il s'en tenir à la décision du chef de l'Eglise.

Et comme déjà je me trcuivais alors à la tète de la Mission avec le titre de préfet ai)ostolique, c'est sur moi que tomba le choix des confrères ni'envoyaot Ti Rome lunir y porter leurs plaintes et y plaider leur cause.

Arrivé dans la Ville sainte, j'exjmsai brièvement et simplement l'état des choses, ce qui lit tant d'impression sur le Cardinal Préfet et le Souverain Pontife, que immédiatement, ils résolurent de séparer la JMission de Canton d'avec Macao. Et en conséquence, comme je me trouvais en Europe, je fus choisi pour être le premier évoque <le la Mission, et à ce titre, fus sacré par les mains mêmes du Souverain-Pontife Pie IX.

Une fois chargé de la Mission, mes premiers soins tout na-

(1) Macao perdit ses moyens d'action, par suite des v. «lentes persécutions <]ui affectt'u-ent également toutes les Missions de Chine, à partir de 172».) jusqu'en 1842. -. . .: :

Wsi- làiiilleiniu

tnrellenieiit, devaient être i)onr les «ucieus clirétieus, ces brebis à denii-i)erdiies de la maison d'Israël.

IV. Réforme des anciens chrétiens. 11 fallait les instruire, lenr rappeler les vrais principes du Christianisme, les arracher aux pratiques superstitieuses auxquelles ils se livraient généralement, et surtout par de bonnes confessions et de ferventes communions, leur faire réparer le passé et les prémunir contre les dangers de l'avenir. Et c'est. Dieu merci, ce qui se fit avec tant de succès, qu'au bout de quelques années, »S ou 4 ans, la Mission avait complètement changé de face, et que la généralité de nos chrétiens étaient devenus de bons et fervents serviteurs de Dieu.

V. Conuersion de païens. Après avoir ramené la Foi et la piété parmi les chrétiens, il s'agissait de travailler à la couversion des païens, et c'est aussi l'œuvre à hiquelle nous nous consacrâmes de tout cœur.

-Je me rappellerai toujours cette heureuse fête de Noël 1851, où, au milieu de la nuit, après avoir célébré la Ste Messe, j'avais deviint nioi 40 bons catéchumènes que j'avais gagnés ù la Foi et auxquels cette nuit-là, je conférai le baptême.

L'jiunée suivante j'en baptisai 100, et nos missionnaires en général, ne furent i>as moins heureux.

Fa\ 1881, c'est-à-dire l'an i)aysé, nous avons baptisé 1200 adultes; et ainsi depuis •\4 ans, que nous sommes dans la Mission, chaque année, sans exception, nous a toujours fourni un nombre de baptêmes supérieur à celui de l'année précédente.

Aussi, au moment de notre entrée dans cette province, n'y trouvant que 7 ou 8000 chrétiens, comme nous l'avons dit, aujourd'hui, (1882) nous eu comptons plus de 20000, tous attachés de cœur à leur religion, en connaissant bien les vérités et en pratiquant fidèlement les obligations.

Et quel est le moyen le plus propre à amener de semblables résultats!

VI. CÊuure des Catéchistes. Parmi tous les moyens que nous pouvons employer, le plus assuré du succès est celui des Catéchistes, hommes du pays bien instruits de la religion chrétienne, et qui, en rapport plus familiers avec leurs parents, amis et compatriotes, peuvent plus facilement leur en donner une idée exacte et les engager à l'embrasser.

Un catéchiste, dans le cours d'une année, peut ainsi amener à la connaissance du vrai Dieu une vingtaine de païens, rarement moins, en sorte que si nous pouvions engager un grand nombre de ces prédicants, nous multiplierions dans la même i)roportion, le nombre de leurs conquêtes.

Page 1