Chapitre XVII - ApprécialioiiN
« Il ne fait pas la sieste; à peiue prend-il un pvsu de repos, appuyé sur une pierre ou sur une petite table, au milieu des ouvriers de sa cathédrale, lorsque la fatigue l'accable.
« A 7 heures, il célèbre la messe; il fait à genoux ou debout, jamais assis, la méditation. Sa messe ne dure jamais plus de 15 à 20 minutes; il la célèbre avec piété; on admire qu'il ne lui arrive pas de dire à tort le " Gloria " ou ie "Credo " ou de donner la bénédiction aux offices de " Requiem ". Son action de grâces dure demi-heure au moins. S'il visite une église, ce n'est qu'après avoir prié durant un quart d-heure devant le St. Sacrement.
« Le " Chemin de Croix " est une de ses dévotious de prédilection.
« A Rome, un jour, que, retardé par diverses affaires, il trouve les églises un peu hâtivement fermées, ne voulant pas manquer son pieux exercice, il sonne à la porte d^un monastère; ou répond que l'heure est avancée; on va chercher la Supérieure; mais déjà il a gagné l'église et la tourière ne peut que lui laisser achever son " chemin de Croix, " à genoux, comme toujours, profondément incliné. ,'
« Il a presque sans cesse le chapelet à la main, et son office, il aime à le réciter avec ses familiers.
« On lui reproche, il est vrai, un peu d'irascibilité; mais qui s'en étonnerait, au milieu de tant d'affaires; d'ailleurs il dit aussitôt: «N'en veuille pas à ton évêque; ce n'est pas à toi qu'il s'en prend, mais à telle chose que tu as faite», ». -. „
« Faire son office de curé, dire son bréviaire et deux chapelets en se promenant au milieu des constructions de sa cathédrale, écrire assis sur son mauvais siège de bois, donner audience à tous ceux qui se présentent, voilà se^ journées. Il fait assez froid à Canton, en janvier; mais l'évêque ne veut jamais. d§ feu. De même, malgré les ardeurs de la canicule, il n'use pas d'éventail.
« Son pas est grave et agile; il marche la tête droite, les yeux modestement baissés, presque toujours entouré d'une troupe d'enfants qu'il accueille avec une amaWlité souriante, et qu'il aime à instruire en chemin.
« Il fait recueillir avec soin les enfants exposés qti'il découvre.
« Durant la révolte, il rachète les captives destinées aux mauvais lieux, donne asile aux fugitifs et les^ rend à leurs familles. Il ne craint pas de soigner lui-même leis malades, tel cet enfant qui avait une ulcère à la jambe et qu'il guérit après de longs mois de soins quotidiens. Nul ne fait en vain
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INTENTiONAL SECOND EXPOSURE
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« Il lie fait pas la sicsh'; à peine pi(Mi<l-il un pv^ii de repos, ap])iiyé sur une pierre ou sur une |»etite tal»le, au milieu (les ouvriers de sa eatliédrale, lors(pu' la t'ali^^ue l'aeeable.
« A 7 heures, il célèbre la Uiesse; il fait à iieiiot^x ou debout, jauiais assis, la méditai ion. Sa messe ne duie januiis plus de 1 ."> à 20 minules; il la célèbre a\<'<- piété; *t]i a<lniire (ju'il ne lui arrive pas de dir(^ à tort le '' (Jloria " ou. le" Credo " ou de douiu'r la béiu''dieliou aux olliees de •' R«Mpiiem ". Sou aetiou de .nrâees dure demi-heure au moins. S'il \ isite uu<' é^ilise, ee n'est cpi'ajtrès axoir prié durant un (puni d iieure <!«'vaut le St. Sacrement.
« Le 'M'hemin «h'Cioix " est une de ses dé\<dioi.s de pré- <lilection. ; ^
<< A Kome, un jour, <pie, retardé pai' dixcrses alfaiies, il trouve les églises un peu liâti\('mcnt l'ermées, ne \<>ulant i)as man- (pter son pieux (\xei'cice, il soniu" à la p(ute d'un mona-stère; on réjiond (pie l'heure est a\ancée; on \a clicrehcr la Supérieure; mais déjà il a juagné réalise et la touiière ne jteiit (pu lui laisser achever son "chemin de Croix," ;i genoux, comme toujours, [)rotbiidément incliné. :
« 11 a pres(]ue sans cess(^ le cliaix'U't à la mai;', et son otiice, il aime a le réciter avec ses lamiliers.
«. On lui rei)roche, il est vrai, un iteu d'irascibilité; mais (pii s'en étonnerait, au milieu de tant d'ali'aires; d'ailleurs il dit aussi t('>t : « N'en \euille pas ;■, ton e\é(pu"; ce n'est pas à toi (pi'il s'en pi'end, mais à telle ch(»se (pie tu as laite. >>
« Faire son othee de curé, dire s(ui bréviaire et deux (diapelets en se promenant au milieu des constructions de sa cathédrale, écrire assis sur son mauvais siège (le bois, doniuM' audience à t(tiis eeiix (pii se présentent, xoilà ïe-. journiVs. Il lait assez froid à Canton, en janvier: mais l'é\éque ne vent jamais de feu. De même, malgré les ardcuirs de la canienle, il n'use i)as d'éventail.
«Son pas est grave et agile; il marche la tète droite, les yeux modestement baissés, presjpu^ toujours entouré d'une troupe d'enfants qu'il aceneille avec une amabilité souriante, et qu'il aime à instruire eu chemin.
« Il fait recueillir avec soin les enfants ex])osés (ju'il d(Vonvre.
« Durant la ré^■olte, il rachète les capti\es destinées aux mauvais lieux, donne asile aux fugitifs et les. rend à leurs familles. 11 ne craint ])as de soigner lui-même les malades, tel cet enfant (]ni a^'ait une ulcère à la jambe (^t (ju'il guérit après de longs mois de soins (piotidiens. Nul ne fait en \ain
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api)el à sa charité: païens, lépreux accourent auprès de lui. .A li)me cette charité passait eu proverbe
« [l eut beaucoup de mal à apprendre la langue chinoise et il l'écrivait ditïicilement; cependant, il i)ouvait avec facilité prêcher et confesser. Qui s'étonnera après tout cela, qu'à Eome, en France et partout, on eût dit souvent à son secrétaire: « Votre évêque est un saint ».
<^ Hoiii ne du monde accompli, ('crit à son tour M. le chevalier Pliloux, révoque était doué de belles manirres; c'était impossible de résister au charme de sa parole.
« Si ]»iiuvre dans ses besoins personnels, il sut recueillir pour sa Atission des sommes éiiormes. \)\\ gouvernement français il eut 550 mille francs. En 1857, lors de son premier voyage vMj Europe, il trouva 940 mille francs; dans le dernier voy.ige il avait déjà recueilli, ijuand la mort l'arrêta, 200 mille francs «pie sa famille s'empressa d'envoyer à la Mission ».
« Deux mots encore, ccrit M. Trésor ci, pour caractériser votre héros : Foi profonde, très grande piété, volonté de fer, tact parfîiit. Quand il voulait accomplir quelque ^hose, il commen(;ait par prier beaucoup et par faire prier. Il réfléchissait ensuite longtemps, se renseignait, demandait des avis; pnis, sa détermination prise, il marchait de l'avant, sans se laisser rebuter par aucune ditticulté, ni arrêter i)ar aucun obstacle.
« Cet entêtement qu'il avait dans ses idées une fois arrêtées, a bien pu être une des cause> des o])])ositioiis qu'il a touj(Uirs rencontrées sur son (dieniin.
« Il avait de belles manières, un savoir-vivre parfait; anssi était-il bien accueilli dans la société.
« On ne résistait pas au charnje de sa conversation, et il parvenait toujours à intéresser son auditoire anx oeuvres de sa Mission. »
« Son humilité, ssns être toujours apparente, nous a raconté Mgr 3Iossar<l de Saigon, se trahissait parfois à l'excès.
« Un jour, à Paris, au séminaire des Missions Etrangères, il se i>rèi)îirait à sortir en ville, en compagnie de son saint ami Mgr Verrolles de ^Vlandchourie ; celui-ci, cassé par l'âge, ne pouvait se baisser pour ajuster sa chaussure, et alors l'évêque de Cybistra presque aussi Agé, s'agenouilla et lui rendit ce service.
« Après quoi, se penchant davantage sur les pieds de son collègue, et pour lui témoigner son ardente vénération, il les baisa. »
" Jp l'ai vu à Borne en 1S79, écrit Mgr Cardot, de Rangoon, ef ai passe plasieun^ mois avec lui à la Procure.
l'iiapilre XVII - Apprécialioii»
*Hft
Sa métnolre était bien, malade, j^cb^ cependant sur les événements arrivés en Chine en 1866
Il était très acfif, faisait chaque jour quelque démarche pour sa Mission, et son travail durait jusqu après minuit. Ceci, oous pensez bien, minait sa sauté. Il m'édifiait 2)ar sa piété, quand il célébrait la. Messe ...... Quelle e.rquise politesse chez ce vénéré prélat! "
Mgr C<-inlot, assure .-nissi ''que le diocèse de Besançon lui est redevable de la prospérité des deux œuvres qui soutiennent les Missions. '^
" Pendant sa vie, écrit M. Lamiay, on a parfoii regretté que son activité ait été en grande partie absorbée, par les soucis de la construction de .^a cathédrale; de2missamort,on songe davaritage à admirer V œuvre qu'il a fa/iteJ''
Boruons-nous à ces témoignages d'estinie et de vénération qu'on pourrait multiplier à l'inlini, comme autant de rayons autour de ce front glorieux, dont il sera facile d'apercevoir les ombres que laisseront, dans une esquisse générale, nos derniers coups d'estompé.
Zépbyrin Guillemin n'est pas tout à fait de son siècle: il n'en prend ni les idées, ni le ton démocratique.
C'est un égaré de la Kenaisfsance qui, l'œil épris d'idéal, s'y • porte comme un hypnotisé, sans tenir compta ni des pruderies, ni des routines délétères du jour. Rénovateur, il sait, par un mode antique et d'un tour de main hardi et habile, rajeunir eu Chine certaines méthodes d'apostolat au grand jour.
Pour cela, il met toutes ses réserves de front: intelligence énergie, diplomatie, éducation.
Cette éducation, tout d'une pièce, avait été celle d'un clerc fait pour le monde, mais avec les tendances mystiques du temps des ogives, où le culte de Dieu s'entretenait d'oraisons autant que d'action.
Il entre dans le sanctuaire avec le sourire et la dignité d'un moine épris des légendes que racontent les vitraux divins des basiliques. Il rêve du décor et de l'harmonie qui présidaient aux fêtes pascales du temps des rois fleurdelisés; et ce souvenir, toujours ravissant pour l'âme des seids artistes, se réfléchit dans la sienne, comme une image sur la gélatine. Cette image y restera, jusqu'à l'heure où, l'ayant développée dans la chanibre noire de sou stage septénaire d'apôtre aux faubourgs de Canton, il la virera définitivement et l'exposera au grand jour: ce sera son église, l'o'uvre de sa vie, de toute sa vie.
Mfsy CiiiiilU'iiiiii
Et ce bourgeois, qui semblait l'ait ])our les choses du temps présent et qui s'abaissait aux taclies les plus vulgaires, semble ue s'occuper eu tout, que du })àssé somi)tueux, pour mieux assurer l'avenir.
Il se disait que les ruines portent le germe fécond d'une résurrection, et que c'était les ennoblir (pie de leur restituer labeauté première des anciens Ages.
Il les releva d'uu geste i)roui])t, où se mêlait une coquetterie juvénile de dilettante, qui l'écartait <l<^s vulgarités et des règles moderues, pour l'appliquer tout entier aux réalisations supérieures de l'art et de la Foi.
Pour ce " logeur de Dieu" bâtir, c'était prêcher; mais cette prédication devait être sérieuse, non improvisée. Il fallait, se disait-il, un fondement solide sur ce sol mouvant de la Gentilité, oii se dressaient tant de colonnes archaïques en l'honneur des faux dieux.
Et n'était-ce pas une nécessité pour ce nouveau Paul, qui apparaissait si tard dans la vieille Athènes de l'Asie, d'y prêcher le Dieu inconnu a\ec l'argument [)éremptoire du prestige, le seul qui fût capable d'être écouté de ces Jaunes rafltinés?
Il fallait un langage nouveau à leurs oreilles qui bourdonnaient encore de l'éloge dithyrambique de leurs sages; et ce langage ne pouvait être que celui des pierres, dont l'éloquence élevait jusqu'au Ciel, les yeux de ce peuple, trop longtemps abaissés vers les choses qui passent.
VA ces mênies yeux qui tixaient avec dédain les griuiaçants mascarons des pagodes, sans y trouver d'ailleurs, l'idée sereine de la Divinité, se portaient mainteuant, dans un ravissement d'extase, vers la superbe dentelle de granit, dont la grâce austère de basilique, berçait leur imagination.
Cette vision blanche les attirait.
Ils y voyaient le signe d'une espérance, fondée sur l'immutabilité d'uu dogme traditionnel, dont ces pierres si bien ajustées, leur traduisaient, pour ainsi dire, le rigoureux enchaînement.
Et comme pris au piège de leur ])ropre logique, ces fils obstinés du paganisme, convenaient entin, (ju'une religion capable de rehausser à un tel point de niagniiicence, l'éclat de la Divinité, pouvait bien ne pas être d'inspiration humaine.
Combien de fois, n'avons-nous pas vu et entendu nous-même, des passants attardés aux pieds du monument sacré, exprimer en saillies d'admiration la surprise de voir surgir cette colossale démonstration de la vérité!
Mais là, ne s'est point bornée l'activité de son constructeur.
Et, bien ((ue cet ettbrt ait émoussé vingt ans son énergie, il
i'hapilry .VVII - A |»pr('«ialion!»
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ne lui il rien enlevé de sa faculté d'attraction et de rayonnement productif sur les âmes.
Essentiellement prêtre et nourri de la moelle évan^éli<iue, l'évêque de Cybistra ne gardait de l'homme que ce qu'il en fallait, pour qu'on le distinguAt de l'ange.
C'était un précurseur. Et sa physionomie, que l'on peut reporter aux temps reculés, contient deis traits de prophète et révèle des aspirations que sa plume traduit souvent en un style biblique de majesté et d'onction.
Son ton de douceur contraste avec la nervosité de sa constitution qui est celle d'un seigneur impérieux, toujours i)rêt à l'action du monient.
Sa puissance de travail est manifeste; et il peut de la mCMue voix qui ordonne, dicter clairement une solution, sans pour cela dissocier les éléments de sa ])ensée première.
Il écrit sans interruption, manpiant bien son idée, l'ai)puyant de logique et de sérieux, s'engageant résolument dans le corps de son sujet, pour réi)uiser à fond et n'y laisser rien d'autre, qu'une clarté lumineuse (pii réjouit l'entendement.
« Il exposait admirablement une affaire » a écrit M^ Launay.
Le même auteur ajoute, sur la foi de ceux (|ui le lui ont dit, que le « préfet apostoliiine de Canton n'eut peut-être pas toutes les qualités nécessaires au chef d'une jNIission eu Chine (^) ». Il serait, en etfet, croyons-nous, très malaisé de le comparer à l'illustre incoiniu de ses collègues qui en eut toutes les qualités!!
Mais qu'il surtise de dire qw*- ]Mgr Guillemin fit, au temi>s et dans les circonstances où il parut, et malgré la persécution qui l'entrava, un travail énornie de reconstitution d'un culte ruiné; qu'il y mit une somme d'énergie telle, que ceux qui en furent les témoins, assurent (lu'elle dépassait de beaucoup les forces humaines, et que s'il y réussit pleinement, ce fut grâce à l'appui de cette Prox idence dont sa Eoi d'ascète sollicitait toujours l'intervention.
Sans doute on ne trouve pas chez lui la méthode,^ il faudrait ilire la routine, de tant de ces lu'élats va-nu-pieds, dont les Annales de Chine nous tracent les tonjoiirs vénérables actions: « On le vit fi'eiifonir, dira-t-on <le l'un, au fond de cette Chine qu'il ne devait i>lus quitter »; «il fut, écrira-t-on de l'autre, très aimé de ses itrHrcs qu'il édifiait par son humilité" ; ""celuici était pour lors un hou administrateur" , ^^celui-là un apôtre", et tutti quanti!!!
Et tinalement, (piand il s'agit de préciser, dans la biographie
fl) Histoire de la Mission ilt' h'nnitH'j-îiî.
Itlgr iiiiiilieiiiiii
de tous ces modèles, les résultats acquis daus le temps de leur supériorat, ou est parfois réduit à les attribuer surtout au zèle et il l'iuitiative de leurs collaborateurs.
Nous avous admiré, certes, la vertu de tels ou tels de ces pontifes "poilus" qui, à l'instar de Lusignau "conibattireut ()0 aus pour la gloire du Seiç/noir" , sans retourner au pays des Gaules. C'est un mérite assurément; et il est bien ditticile, comme on l'a vu, de l'attribuer à notre héros, moins attaché à la résidence qu'il n'eût fallu peut-être.
Cependant, ne lui faisons pas un crime d'avoir, eu péril, comme S^ Paul, franchi trois fois les uiers, dont les routes battues, mènent à liome, aujourd'hui, tant de ses collègues ou successeurs.
S'il y eut, chez lui, (luebpie impatience et quelque plaisir de revoir la ''■maman'''' octogénaire et les nobles bienfaitrices des Gaules, avouons-le, Zéphyrin expia tout cela bien chèrement!..
En tout cas, ses voyages n'ont jamais nui aux intérêts de sa Mission et des Ames. Tout au contraire.
Car, nous ne pensons pas (pie l'absence, même prolongée, d'un vicaire apostolique, d'ailleurs très distingué, [)uisse notablement diminuer la vitalité chrétienne d'une province.
Elle est même, dans certains cas, l'occasion pour un sui)érieur intérimaire avisé, de rétablir des situations délicates et d'activer parfois la marche de Tapostolat. II peut jouer ainsi, ce qu'on pourrai-t api)eler le rôle de confesseur extraordinaire daus une maison d'éducation.
N'y a-t-il pas d'ailleurs grâce d'étt t pour tous ceux qui oiit charge d'àmes?
Or donc, quand nous assistons à la levée de boucliers qui souligne à Canton l'insubordination de ses prêtres contre Mgr de Cybistra, l'un des griefs qu'on lui fait, c'est sou absence. >
Mais ce n'est qu'un prétexte: le vrai but de ses accusateurs, c'est d'eu user comme d'un argument de valeur, dont Kome devra tenir compte évidemment.
Ce qui est bien plus artiigeant, c'est qu'on lui ait fait un crime de ce qui sera son meilleur titre de gloire pour l'avenir: l'érection de son église. :
Nous ne prendrons pas la peine, on le pense bien, de le venger sur ce point: les pierres de l'éditice protesteraient contre leur avocat.
Un autre grief d'apparence plus sérieuse, la privation d'un conseil, attire une explication, sinon une excuse.
Il est des hommes rares qui naissent pour commander, comme d'autres, en majorité, ne sont faits que pour servir.
Mgr (iuillemin est de la liguée de ces prélats omnipotents
*Ji»l»itr«- XVII - A|»|»récialioiis
qui sortent (le5> rèi^los comininu's, hiisciit les moules traditiouuels et élargissent ainsi les voit's de l'avenir. Qu'on se rappelle- Lavigerie à Nancy, [)uis à Aluer.
Ce sont (les voyants. Ils uiontivnt Tliorizon et vont droit sur un i)oint tixe, sans sonei ni de lenr route, ni des passants qui les suivent ou (jui les coudoient, il ne faut pas les troubler; car eux seuls saxcnt leur rôle très claireintnit!
Ils ne consultent i|ue Dieu et leur instinct qui les mènent au but irrésistiblement. Ils suivent l'étoile.
On ne peut pas avancer qu'ils sont infaillibles et nécessaires dans le rôle (pi'ils jouent; mais il est sûr (lu'à cha(iue tournant d'histoire ou de situation, la Providence en échelonne un très petit nombre, aux eudroits où ses intérêts courraient saus eux, les plus grands ris(|ues.
Et i)our leur enlever toute peu- ée de jactance, pouvant leur faire accroire (jue h'urs xictoires sont le résultat du seul génie, Dieu les brisi' souvent, comme ou iu'ise un outil trop longtemps en usage ou dé<laigiié.
II les disgracie, pour ainsi dire, avec la même Ibrce s<uiveraine (ju'Il avait mise à U's é]e\er dans sa faveur; et II tire encore de cette infortune (pii est le [u-ivilègx^ du mérite, l'occasion, pour ces grands blessés, (l'obtenir, non seulement la rémission totale <le leurs tantes, uiais aussi les plus beaux titres à l'immortalité.. .
Nous ne pouvons eiiliu rapi)eler au lecteur Icis angoisses <iui étreignirent l'Ame de .Algr de (\vbistra, mort exilé dans sa patrie, sans les comparer aussitc'it, à la [»eine <jue dut ressentir celui qui fut son modèle: Fran(;ois Xavier, mourant i«olé, sur sa roche de iSancian. . .
11 y a dans cette juxtaiiosition de deux vies (pii s'achèvent en silence dans un hasard de faits antithétiques, un je ne sais quoi de poignant (pii trouble le cour en élexant la Foi.
Comme si ces deux hommes, séparés par l'origine et ]>ar le temps, nuiis unis i)ar Tidée uu)ralc de la Ixédemption devaient fatalement être éloignés du uu'nie rivage on devaient s'opérer des merveilles, l'un <l'eux meurt sans > entrer, l'autre sans le revoir!! ...
Le même sacritice atteint ces deux hommes de désir, et Dieu seul eu a pu mesurer ])our chacun, le degré d'héroïqiu' grandeur.
L'apôtre des Indes, cpii n'avait pu fouler la terre inomise de Canton, s'était ve)t</<'' de son échec, en y déléguailt à sa place, trois siècles après, celui-là nu'^uie «pii, ]>elit enfant, le suppliait de lui accorder d'aller à Taris, première station de Chine.
JUgr <»niHeniiii
Et ce même enfant, devenu prêtre, ira non seulement en Chine mais bien au rivage de l'île où mourut son protecteur.
Il y redressera même, sur son tombeau, cette Croix qu'il va désormais faire briller au-dessus des temples de l'idolâtrie.
Et son œuvre à peine finie, Dieu l'en éloignera, pour signifier que ses lieutenants pouvant la continuer sans lui, il doit entrer dans l'eifacement glorieux du tombeau: In morte vita.
Le serviteur est traité comme il le désire.
Il était entré en Cliine pour y perpétuer aux portes même» de cet Empire, le témoignage de la supériorité chrétienne sur les falbalas du fétichisme oriental; et la passion de construire qui, est selon Ozauam, " un des caractères du génie romain", en fit le meilleur artisan d'influence morale et civilisatrice de la France.
Nous ne croyons pas que, dans l'histoire apostolique d'Orient, il se soit rencontré, jusqu'à nos jours, un évêque Latin à la fois si cloué, si heureux, si incom2)ris et si maltraité. Et déjà la gloire, soleil des morts, s'est levée sur sa tombe, et la fait reverdir: In morte vita.
Mais, si cette gloire, il est vrai, ne peut guère illuminer, pour la postérité, que les seuls fronts de génie, elle n'en grandira pas moins ici, longtemps encore, le nom de cet envoyé de Dieu.
Car ^' celui-là est grand, <lit tShopeuhauer, qui, dans l'œuvre qu'il accomplit, soit dans le domaine de l'action, soit dans le domaine de la pensée, cherche autre chose que son irroirre avantage, que sa propre personnalité.
Il l'est même quand son œuvre est mal comprise, et qu'il en résulterait un malheur. Ce qui fait sa grandeur, c'est le seul fait de ne pas envisager la personne dans son œi{,vre. >>
Pour nous, qui venons de suivre pas à pas, du berceau à la tombe, le noble devancier que fut l'évêque de Cybistra, il ne nous reste plus qu'à exi)rimer le regret d'avoir si mal dévoilé l'admiration et la gratitude dont notre cœur fut toujours rempli pour ce modèle des prêtres, pour ce magnifique français, dont Ijouis Veuillot a dit " qu'il était l'enthousiasme et la poésie de nos jours abaissés. »
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