Chapitre V - l^en Hyraïuides
|)agués d'une manière si particulière; deux jours après, nous débarquions à Alexandrie d'Egypte.
« J'y trouvai chez les Pères Lazaristes, ee bon aceiu'il (jue j'y avais reneontié en venant, et (pii nu' lit regarder Unir maison comme un asile de frères.
« La ville d'Alexandrie, quoicine belle, est bientôt vue; ou n'y remarcpie réellement (jue l'aiguille de OléopAtre et la colonne de Pompée, énorme l)loe d'une seule juèee et (jui paraît ])lus surprenant encore sur le monticule, où le génie des Konuiin a su l'élever.
« Nous passâmes deux Jours à Alexandrie; puis nous gagnâmes Le Caire pour nous joindre à la caravane anglaise (pii, (levait, quebpies jours après, traverser le désert et se rendre sur le rivage de la Mer Bouge.
« On voit ici d'aduiirables pyramides (pii datent <les ])remiers âges du nunule, au temi)s des entants de Jacob (pii turent eml)loyés, dit-on, à leur construction.
« Bien (préloignées de ;> ou 4 lieues du Caire, leurs cimes élancées et comi)actes, se t'ont i)ari"aitement bien apercevoir au milieu <lu ci<^l toujours ])ur et azuré où <'lles vont s(» ])erdre.
« INFontés clincun sur une Anesse, nous longeâmes les ri\es du jSil, couvertes <ruu<; nuée d'oiseaux de toutes gi'andeurs et de toutes es])èces; ])uis, ayant traveisé le Henxc, nous arrivanu^s au [)ied de ces éternels monuments dont la grandeur jette <lans l'admiration.
« Quelle force en ettet, n'ont i»as du emi)loyer ces ju'emiers hommes, i)our amener, remuer et élever à des hauteurs surprenantes, des masses qui, selon la renuirque de J. de ^Nlaistre, résisteraient à tous les moyens de mécanique employés aujourd'hui.
« Aussi, de|)uis trois ou quatre mille ans, elles sont là, défiant la dent des siècles et l'emportant en hauteur et en solidité sur tous les ouvrages (pii ont été élevés de])uis; et il est bien probable que si le génie destructif de l'homme ne les abaf point, elles arriveront ainsi jusqu'à la firi des temps.
« Au ])ied de ces immortelles colonnes, se trouvent des Arabes du désert (pii s'offrent au voyageur pour l'aider à en faire l'ascension; car l'extérieur se composant de bancs ou de saillies de trois on 4 pieds, se superposant par degrés, il serait dithcile de les escalader sans une main qui vous saisit et vous aide à monter; du reste, cette ascension, ])our être i»énible, ne présente aucun danger.
« Arrivés au sommet, nous avons pu jouir <le la l)elle \ue (pie l'on découvre; à nos pieds, d'une part, la riante cam])agne d'Egy])te arrosée par le Nil, dont le cours irrégulier porte partout la fertilité et rabondan':'e, et de l'autre, les sables ari-
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<les (lu désert s'éteii<hnit jns(iir;ui r.iilicn des solitudes peu counues de TAtViiiue.
« I/iutéi'ieur <les PyvMMiides ;i (iuel<|ue chose de j>lus curieux eucore, en ce sens (|u'il l'jiit mieux comprendre le but de ces <iiii;iutes(|ues coustruci ions.
« On y descen<l i>;ir une espèce de sentier on de couUur l)rati(pié entre les pierres unies et polies d'une nuinière reinju- • puihle; puis, ajuvs iivoir \ u !e sentier se p«'r<lre <leux ou trois fois dans un [uiits prolond, méua^c je crois pour cela, on arrive à la [lièce intérieure (pii peut avoii- une douzaine <le ]Meds carrés <'t (pii se trou\e fermée dans le haut ])ar une ])ierre d'une seule pièce.
« .\ Tun des coins de la sjille, se tioux'e le tombeau du Prince qui s'est élt'\é cette superbe sépulture; il est ouvert et occupe en\iron 10 pieds de lony sur 4 de lar i>e, es[)ace bien peu considérable pour \v contenir, si on le compare aux immenses uraxaux (pTil a faits jtoui' ainnuM-ei- aux iMunnu's <pi'il était là.
« Ru vérité, n'est-ce pas ici (]u'il y a lieu de s'écrier avec 8alomon: «N'auité <les choses d<' la terref» Quoi(pu' nous tassious pour nous élever, il faut tôt ou tard (pu* nous arrivions à notre .i»raudeur naturelle, six [)ieds de lon^ tout au i)lus, puis autour de nous le silence <le la uioi't et l'oubli du tombeau!
« On a lon,i>temi)s discuté pour saxoir dans iptel but ont éto bâties ces immenses |)yraniides.
« Quehpu's auteurs ont supposé dernièrement (]ue c'était ]>our s'oj)poser à l'en\ ahissement des sables du désert.
« Mais, sans entrer dans la <liscussion de ces o])inious (pti nous uu^'iieraient trop loin, il suttit, ce me semble de voir l'intérieur de ces (Mlitices, pour être pleinement lixé sur leur «lestination.
«^A (pioi IxMi, en ertét, ce touïbeau placé dans l'intérieur, sinon pour recevoir un cadaNref
« I^our(pioi ce sentier mystéi-ieux <pii se perd en «litférents endroits, (Munme poui' en déi-ober la coniuussance aux hommes, sinon à cause d<' ce préjugé accrédité de tous tenji)s chez les Egyptiens, <pi'il fallait, i>our arri\(M' A l'immortalité, (pie les cendres d'un uu)rt l'estassent dans un repos comi>let i>endant 400 ans, sans être remuées ni troublées, atin (pie l'opération de la métempsycose se fît d'une manière parfaite.
« En (ptittant les Pyramides et en suivant toujours le nu''"nie cCité du fleuve pour re\-enir au Caire, nous visitâmes les tombeaux de Saechara, cimetière de l'ancienne Mem])his, (pii s'étend sur i)lusienrs lieues (W t(M'rain, et oi'i l'on (h'convre cliacpie Jour ces fameuses momies (pii sont apportées en Europe et (|ui foui l'(U'nenuMit de nos imateurs (ranti(piités.
€'lisi|>ili'o \ - lOii l-L;;',> |>t<>
« NoiKs y xiiiuNs aius«i un aiicioii toiiilH'iiu «lu Im'ut' Apis (jui, par SCS iumieiises pr<)[MHtioiis, semblerait bien conHrnjer l'opinion (pie J'avaneais tout h l'iieiire; il est taillé «lans un bloc <le [)ierre d'une \ in^taine de pieds de lon,n sur six (ui huit de lar.i>e à l'intérieur, et se trou\e enloneé à une .grande profondeur en terre, sans doute aussi pour ne pas troubler le paisible repos de cet animal (pii, après sa i-cnénération mystérieuse, pouvait tort bien renaître le roi et le maître de l'I^^^ypte.
« Xous \isitrnnes aussi la inos<piée de ÎMéhémet-Ali, et les toml)eaux des anciens crdites d'I^^iiyitle, ainsi <pie la loièt pé- Iriliée. La première de ces constructions toinie un des plus beaux morceaux d'arcliitectur»' (pie J'ai Jamais \us.
« Il consiste en (piatre (l(unes sur les(pi(>ls s'en superpose un cimpîième (pii s'élè\e dans les airs aAcc une liardiesse remar- (piable, le tout soutenu par (|iialre colonnes (raH)âtre, et r<>levé par une multitude d'ornements d'or et de sculptures (pi'on A'oit avec peine consacrés à propa^ci- rerreiir.
« Devant le tem])le, se tienne une allée de c()lonnes (pii en l'orme comme le par\is, et (pii iiidi(pu- par sa somi>tuosilé ce (pie doit être l'intérieur.
« Aussi, est-il un lieu de \énération ptuir les tidèles musulmans (pli y viennent prier de tons j(>s lieux envij-onnants.
« Au j>ied de la citadelle, commence cette longue lile de tombeaux des anciens calités d'K.i;ypte, iép«*in(lus au nombre d'une cin(piantaine dans la plaine et dans les emîrons: ce sont la plupart, des d(>mes dans le style roman ou arabesipie. Rien (le beau comme ces monuments (pii, mal<;ié leur («tat de délaissement, présentent encore tant de uraiidiose dans leur ensemble, tant de délicatesse dans leurs détails, tant de solidité dans leur exécution. ^ ^-
«On dit (pie nos anciens Croisés, en re\enant de leurs lon- ,a,ues ex|K^ditions de Syrie et d'K^nypte, ont rapporté a\"ec eux le ,iienre roman ou ,u()tlii(pie (pii n'était jioint encoj'c connu <Mi Europe. Je le croirais \()lon tiers.
« Aussi les uvons-n(»us visités a\ ce le pius vil' intérêt; ajoutez (]ue [K)ur i;ette fois, A-lioy et moi, nous éti(Mis montés chacun sur un chameau (pii, en un instant, nous transportait au pas de course de l'un à l'autre, en sorte (pie nou.^ n'avions l>as mal l'air, cheminant ainsi, dt^ (juehpie bédouin xisitant les sé])ultui'es de ses ancêtres.
« Mais nous n'étions encore (pi'au milieu de notre course...
« A deux lieues environ du <Jaire^ s(^ trouve la forêt pétriliée, s'étendant sur un esi>ace de cin(| ou six lieues de lou^' ; elle est remplie de morceaux de bois lon^s de ciu(| ou six pieds, et tout pétrifiés.
« Ce (ju'il y a de plus reinar(piable, c'est (pie ces [>étritica-
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tioDis se trouvent siu' un plateau élevé, et où k\s eaux n'ont jamais [ui séjourner, .le laisse aux géologues le soin (l'ex])li- (jner ce fait si extraordinaire.
« Pour nous, contents de recueillir (|uel(iues-uns de ces tVa<>nients pour en taire des pieds de Croix, nous regagnâmes proniptenient la ville. On entendait, à cette heure tardive, le rugissement du lion sur les i>entes désertes, et nos guides craignaient pour nos montures. ..
* Xous avions vu tout ce (]u'il y avait de plus curieux eu Egypte (')..; le moment était arri\é de «luitter ce pays et de continuer notre route.
« Kéunis à la caravane des Anglais, nous traversâmes le désert, pendant une (piarantaine de lieues, moitié en chemin de ter, moitié traîiu^s i)ar de \ igour(>ux mulets «pii axaient assez de peine à avance)' au milieu (run terrain mouvant (|ui ii'a pas de route frayée ....
« Ai)rès une journée de nuirche au milieu de ces pays abandonnés, nous arrivâmes sur les bords de la ^ler Kouge . . ..
« Huit iours ai)rès, nous étions à Aden, lieu triste et nuiu- <lit ....
« En (piitlant Adeii, nous passâmes devant i^Uv de Soeotora, célèbre par le séjour (pi\\ lit S' François Xavier. .; [>uis de Ceylan, nous continuâmes notre route jiiscprà Tîle de l*ulo-I'inang, ofi se trouve le Collège uénéral des Glissions Etrangères.
« Les élè\<*s (|ui ont le goût de la chasse ou de la pêche, y trouvent abondamment de (pioi satisfaire leui- noble passion; car on nous lit voir dans le cabinet (Thistoii-e naturelle, un énorme crocodile, [)uis un tigre magniH(pie tiu^ au pied de la montagne, sans comi)ter toutes les peau.x de cerfs, de singes, de serpents, ainsi que tous les ])!umages de perro«|uets (pi'ils ap])ortent tous les jours de leurs intéressantes promenades.
« ^lais, mieux (pie tout cela, ils trouvent là les le(;ons de la science et de la vertu dont ils ont l)esoin pour se former au ministère évangéli(iue.
« J'éprouvai une véritable satisfaction de voir réunis dans cette maison 120 élèves venus de tous les [)oints de l'Extrême Asie: Chine, Cochiuchiue, ]Malaisie, Siam, Hindoustan, .lapou, Corée etc. Tous ces jeunes séminaristes parlent le Latin
(1) N'ou-s avons dû éi-otirtor Stjn i^i'-L-it. car le;; détails .jiril domu' siu' le pays de la S''^' Famille sont trop abondants. Disons cependant iju'il v eueillit un l).iton pour sa vieille mère : " Sacbant. lui écrit-il. ijue ITiiiC et les iiiMniiités ont déjà ralenti vos pas, sans pourtant vous enlever cette viLiueur i(ui nous réjouit tiint. j'ai cueilli pour vous un bâton de citronuier ijui vous aidera m marcher.
<'liai>iti*e V - Keloiir » ('union.
(levemi leur langue couuiiuiie et ils sont auiniés des meilleures dispositions ]K>ur la [)iété et l'étude.. ..
« Je pris congé d'eux et de leurs maîtres vénérés, et Je me rembaripuii pour vSinga]K)re, colonie anglaise très tlorissaute.
« Là, sont deux de nos confrères «jui font l'onivre de Dieu parmi les Européens et les Chinois <le la ville.
« J3eux autres, ayant converti un certain nombre de i)aïens, au milieu des bois, sont allés tixer leur demeure parmi eux, et ils fout revivre chez leurs fervents Déoi)hytes, les merveilles des anciennes «Réductions» du Paraguay.
« Invité M visiter leurs chrétientés naissantes, je me rendis bien volontiers à leur habitation, à deux lieues de Singapore, et Je fus agréablement surjn'is de voir leur petite maisonnette élevée sur des pieux, au milieu du défrichement des forêts, ]H)ur éviter l'attacjue des tigres.
« A côté se trouve la i)etite chapelle bien modeste, mais bien silencieuse et bien ])ieusc.
« I^a cloche mise en branle, appela bientôt autour de nous ces bons chrétiens sortant de leurs taillis et tout heureux de venir entendre une i)arole ai)portée des extrémités du monde....
«De SiugaiKHc à Hong-kong, nous axions encore SOO lieues a faire.
« .le ne dirai pas tout ee (pie J'eus à soutlVii' dans cette tra- \ersée, ayant essuyé une assez forte tempête.
« .l'aime mieux terminer le récit <le mon voyage par une observation plus intéressante pour h' c(eur d'un chrétien.
« -le venais de faire un bien long trajet, i)uis<pu' d'Alexandrie à Singapore, on ne compte pas moins de .')(M)() lieues. Or, l>artout ofi Je me suis arrêté, h Alexandrie, au ('aire, à Aden, à Ceylan, et sur toute l;i côte (les Indes, [>artout J'ai trouvé des missionnaires remi)lis de l'es[)rit de Dieu, luttant avec foi et intelligence contr(^ le mal et n'é]>argnant ni peines ni sacrifices, pour répandre au milieu des (îentils, la connaissance du vrai Dieu . : . .
« Après 8 Jours de traversée, le H) noxembre lîSôcS, ;\ 1() heures du matin, nous entrions (hiiis la rade de Ilong-Kong; J'al)ercevais le toit de notre petit collège S' Fran(;ois, les colonnes de la Procure; et Je me trouvais (]uel(pu.'s instants apr('s entre les bras de nos chers confrères.
« ^Nlais, comme si Je n'abordais dans cette nouvelle terre promise qiw pour en être séparé bientôt, à peine étais-Je arrivé, (pie les ardeurs du soleil, la i>récipitation de nion voyaïue tout cela, les fatiuues des huit derniers jours
pli
de la traversée, déterminèrent en moi uiu' fièvre violente (pli
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na (Passez graves incpiiétudes.
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« Grâce aux bous >s«>ius du docteur (Jouibes «le la t'ré^iiate la « C'ai»ricieuse », et du docteur au^uiais Keuuy, .iprès uu uioi.s de uiaUidie et de couvalesceuce, je pus rei)reudre uies oecul)atioiis ordiuaires.
« rie visitai d'abord uotre [>etit collège où M. Chabot uie préseuta ses 20 élèves, uiodestes, l>ieu rangés et parlant beaucou]) mieux le latin (ju'au moment de mon départ. ...
« Arrivé à Canton pour le jour si beau de l'Epiphanie, M. Le Tnrdu, pro-prélét ai>ostoli(pu^ et M. Fontaine résidant <lans cette ville, nranienèrent une ceutaine de Jeunes entants de 10 à là ans (lu'ils avaient recueillis pendant les ravages de la guerre.
« \'ingt-cin(| autres, tous adultes, axaient été prc^parés au saint baptême; je le leur conférai ce jour-là, plusieurs de nos otticiers tranchais voulant bien serxii' de i)arrains.
« I*uis, je célébrai solennellement la blesse i)ontiiicaic au milieu de nos chrétiens accourus poui- me féliciter.. ..
* Je re(;us en même temps des nouxelles de nos confrères disséminés dans la Mission, et ainsi se ])assa <-ette lU'emière jmirnée de mou retour, si consolante jxuir moi, si r<'m]>lie de bénédictions célestes et (pie je regardi' xolonticrs coninu- le présage de celles <]u'il [daiia ;i Dieu de répandre encore sur cette Mission jadis si désolée.. ..
« C<Hifus de tant <le bontés, j'olfris ,i mon tour à nos chers missionnaires, mes confrères et mes amis, les fruits (pie je puis aNoir recueillis de mon \ oyage TEurope.
« .Je leur lis part des bénédictions et des paroles toutes paternelles du Souverain Pontife, de la |»romesse de rEm[»eieur de bâtir une église à Canton, des dons des lid(>lts et des j>rières qu'ils veulent bien adresser au Ciel i)our nous. Tous ensemble, nous nous réjouîmes bien sincèicineut dans le Seigneur, et maintenant, nous allons unir nos efVoi-ts, pour continuer Po'uvre de l'E\'angile, en gardant au c(eur le souvenir de notre belle France, de nos amis et de nos bienfaiteurs, et en leur donnant une Ixnine part dans nos ti'avaux et nos pauvres mérites».
C'Ilupiiry VI - Ifti'M'iJ «le n. l^v 'riirdii.