Chapitre VI
l'i'i.s*' «le 4'iiiii4»ii |>iii- les Allit'N (IS57).
Ii«" \ i<'o-î'oi lé: Ji. IjV 'riiE'«lii.
S4»ii<-is vi trii):aii.\ «!«' l'évoque : .^S. Itis»"!!.
B'élc <iii iTi itoût. n. «l'AIxtvîli*".
liSi riiliire ('(ïliso: oiu'orc le l>ar(»ii <ài'<».s. uuiv «l'Henri
< «HHlier.
V«>.vaufo SB <'liaii;;-ii:ii. .11. «le Et<titi'l><>iil<>ii. Oeeiipsisioii «lu l«'i'i':iiii <(<■ \0: i4»iij«>iiii-s !e l>.it'4»it 4iii 4»w. <'<»iif rai.
, , ^ 185i> - ls<!<>.
Le rcloiif ;i Cfiiitoii de son j)r«'ii)i{M- cwciiic ;i\ ;iil .Niin i (riiii jiii, \i\ [H'isc (!<' cette xillc i>;ir les années alliées. vV
Cet événement de si liante ini)M>rlanee. nianinail (Tun Irionil>lie les (léhnls d'une exjtédition (pii <le\ait s'achever par la victoire <le Talikao et rin\estisseinent de Pékin (l.'î octobre l.S()(>)etpar le traité de i>aix avec la Chine (2.") octobre IStiO). contîrniant les clauses de celui de Tien-tsin.
11 entre donc dans notre sujet d'exposer les détails se rapportant au l'ait niénioral)le (pli décida peut-être de l'axenir de la ^Mission de Canton.
Et, en l'absence de son Supérieur, <pii n'eût i>as inan«pu'* d'en retracer <li,<>nenient les ])éri]»éties, ce sera son \icaire .uénéral, M. Le Turdu, témoin oculaire, <pii nous en fera le nui^nifi(iue récit: « La superbe ville de Canton, écrit-il le 6 janvier 1858, a été mise sous le Jou^; l'étran^;er domine dans sou enceinte, les pa\illons annulais et traiiçais Hotti'Ut sur ses murs, et moins (le deux Jours ont sutti }»our acc(un})lir ce ^rand acte !
« Le bombardement, lon i;temi»s annoncé d'avance, a commencé le 28 décembre 1S57, à six heures et demie du matiu.
« Vous exi)rimer le sourd murmure (pu- les premiei's cou[)s (le ca]U)u ont excité dans la \ ille, est chose i)lus facile à imagiuer (pi'à dé})ein(lre. En un cliu d'(eil, la population fut sur pied, attendant dans l'in(piiétude (]uel serait l'elfét de ces tonnerres terribles qui commen(;aient à vomir au loin les boulets et les bombes.
« Les habitants de Canton n'avaient Jamais \u de bombardement; car on ne peut d(3nner ce nom aux quebiues boulets lancés l'année dernière par les Anglais sur la ville; aussi le redoutaient-ils assez peu, et dans leur ignorance des résultats
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(itvsastivux qu'il ])eut produire, ils disaicut (|u'ils en serjiionl quittes [tour (luehjues maisons renversées et (iuel(|ues personnes tuées; mais que la \ille n'en demeurerait pas moins inviolable et térnuM' pour Jamais aux pas de rétran<;('r.
« Ainsi raisoiuiaient ces aveugles; et, joi;Linant les insultes aux paroles, ils déchiraient et eouvraient iW l)oue les placards (pie les amiraux des deux nations taisaient atliclier dans les taubouriis, pour les engaji'er à ne jtas causer leur jtropre ruine par une obstination contraire à la raison et aux traités.
« Mais le Jour de la justice était arri\é.
* Cent trente bouches ;i teu éclatent à la t'ois sur la \ ille des dittérents points de la riv ière.
« Pendant qu'eUes portent en tous sens le ra\aîie et la mort, ei (|ue surtout les incendies allumés par les obus, ré[»andent lUie consternati(Ui i»énérale, l'arim''e de débarquement, composée (h' lOOO Français et <le 4(MM) Anglais, s'avance dans la campautie, attacpie et em[torte (Temblée deux torts <pii détendaient la ville du coté de rKst.
« Les j»reux (pii avaient la «^arde de ces torts, a|)rès avoir t'ait une déchari>e de leurs canons et de leurs mous(pu>ts, s'étaient hâtés de chercher leur salut dans la fuite.
<^ Le lendemain était le Jour tixe i»our doniu'r l'assaut à la \ille elle-même.
« Le iU(),i>ramme portait que les troupes seraient sous les murs à i) hetires du matin, les naxircs dexani alors cesser le t'vu et les soldats escalader la \ille.
« Mais ces bra\'es. )»lus priunpts «nu' les ordres, pottssés par une ardi'ur (pi'ils lu' pouvaient contenir, etai<'nt. dès huit heures, à leurs postes.
<^ Planter des échelk's et être sur les murs, l'ut l'atl'aire (Pun instant. Soudain on \<)it le ]>a\illon français arboré sur les murailles; le paxilloii annulais s'élêxc atissitot à ses cêttés, et dans un instant, toute l'armée est dans les rem[)arts.
<< Dès lors, la lutte était tinie ; les Chinois et les Tartares m' sonnèrent plus (pi'à se réfuiiier au loin (Unis les rues étantes et tortueuses de l'ouest de la <'ité, et nos soldats se répandaient i>aciti<iuement le lonu des remparts (pi'ils occtiitèreiit du Nord au Sud, la lon<>ueur (h> six kilonu^'ires.
« Les deux amiraux et le uénéral aM^lais établirent leur (piartier <;énéral sur une colline (pii s'élè\«' dans la partie Nord et (pli (h)mine toute la cité.
« I\i(m de plus nut;Li'uitiqtie (pie cette [tosition.
\'()Uf
V()yez se dérouler à vos pieds la ville entière, elle
est toute sous vos veux.
« Ce (pPon admire, ce n'est pas la splendeur des êditices, mais la urandeur et la beauté du site.
4'li3ii»itri> VI - l*riM«' *lv (aiiloii.
t'ili
« C'eliii <iiii occupe le haut de cette colline, est vniimeiit le roi (le la (^outrée. Eh bien! les Chinois, se conliant dans la hauteur de leuis nuirailles, n'avaient lien lait poni- tbititier cette position essentielle : elle était hal)itée non par des hommes d'aiines, mais {)av des [U'èties <le Fo, «pii y avaient un double couvent.
<' Ces deux éditices servent maintenant de demeure aux généraux vaincpieurs.
«Quatre batteries (ju'ils viennent d'élever aux <'imes de la colline, rendent leur position inexpu<4nable, en nu^Mue tenii)s (pi'elle les nu't à même de foudroyer la ville en cas de révolte.
<f. Ainsi (h)nc, le lendemain de l'atta«|uc, à 10 Iumu'cs du matin, le combat avait cessé; Tanne meurtrière ne retentissait [)lus, et un morn<' silence sticcédait au biuit du canon et aux cris des combattants.
« A rai)i>el «pii fut t'ait ensuite au caniji des Fran(;uis, il ne nnuKpiait <iue quehpies honnnes, dont l'un clail nnut au chanij» d'honneur; deux autres axaient reçu des blessures série\ises, et le reste était plus légèrement atteint.
« Les Anglais, (|ui étaient plus nomln-eux, ont aussi soufïert davantage : outre une dizaine de soldats et de matelots dont ils ont à l'cgretter la mort, ils comptent parmi les \ictimes, un coninumdant de frégate et deux capitainivs de la troniie de ligne; ils ont, de plus, une centaine d<' blessés. r-
« Ces pertes sont regrettables, sans donle; mais (^lles paraîtront bien légères, si l'on c<uisi(lère la gi-andenr de la \ille attacpiée et la multitude de ses habitants, <pii ne sont pas au-d(\ssons de huit cent mille.
« Aussi craignait-(Mi d'aNoir plus (ra<'ci<l<'nts à déplorer; et si l'on ne doutait i)as <lu succès, on appréhen<lait an moin.>. de Tacheter par la mort de bien dos braxcs; mais les mesures avaient été si bien i»rises, et les ordres ont ét('> si ponctuellement exécutés, cpie le succès le plus l»rillant a couronné l'entre [U'i se.
« Mais, dira-t-on peut-être, ct)mmttnt est-il jiossible de prendre, en si peu <le temps et avec si peu de pertes, une \ ille aussi considérable et (pTi était <léfendue par la portion la plus belliqueuse de la nation chinoise?
« r^e seul fait de l'attaquer a\ec si i)eu de mon«le, ne [>araît-il pas téméraire?
« A celui (pii ferait cette objection, il n'> aurait (pTà rapl>eler la con(iuête du Mexicpie, par le grand Cortès, les faits d'armes prodigieux opérés dans les deux Aniéri(pu\s par les hardis aventuriers de la Péninsule.
« Et si Ton veut se rap[)rocher de nos tem[)s, les victoires
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dv l'iivcs ot (le ces eapitaiues anglais <iiii oui somiii.s l'Inde à la (l<>iiiinati«)U l)iitaiini(iue; et l'on saura (jue ee ne sont pas les multitudes <|ui donnent la \ ietoire, mais l'oidre, la bravoure et «les armes incomparables.
<^ Or, nos troui>es avaient ces (r<Ms choses; faul-il s'étt>nner s'il leur a sutti <le se présente!' pcuu' vaincre?
« Aussi est-elle bien \ raie cel t<' |>arole sortie «le la bouche d'un de nos otîiciers, encore emerxeille de la l'acilité de la victoire: <^ Mais, en \érilé, disail-il, a\ec ces peui)!es, il n'y ;i «pi'à Nouloirl »
« Cependant, il ne l'aui pas croire (pie les Chinois ne se sont pas (U''rendus, et (pTils ont lâclu- pied partout d'une main('re honteiisr.
« Pour moi, je tr(Mi\ c (pi'ils se sont ;inssi bien battus (pi'ils 'pouvaient se batti'c.
« Ils ont pouss«'' dc^ cris etli'ayanls, ont lanc('' une nucH^ de llèches; ils ont tir»' (|uel(|ues coups de cnnon et force coui)s de fusil; nu"'me ils cm rait. ;iu nombre de plusieurs milliers, une sortie contre la di\ision anglaise (pil <Mrculait dans un ravin enti'c un toiM et la \ille; ils l'ont atta(puH' et l'ont t'ait d'abord reculer; mais cluiriiés par elle a la l)aïonnette, ils se sont l)ientbt repli(''s sur eu\-nu'>mes et ont fui xcrs la \ille. ofi ils sont rentr(''s en se culbutant les uris les autres.
« Il est \rai (pTils juiraient pu mieux dt'fendre leurs remparts; mais «prattendi-e de bon de meicenaires déjà Nainciis. sans ordre et sans chef ))our les diriger et les animer?
« Car durairi toute l'action, on n'a pu reniar(puM' in boulon ni phimufic: les hauts personnages {\\\\ les portent, étaient restés à l'abri dans leurs maisons, laissant le soin de défendre la ville ;\ leurs subalternes.
« N'oil.i ofi ont abouti ces paroles faid'aronnes, <pii étaient leur refrain de[>uis des années, «(|ue si les barbares sont in- \ incibles sur leurs na\ iies, on les atteml ;i terre, et là, on leur fera nn»rdre la ])oussière. »
« Il faut dire aussi, pour être juste, (pie leurs ad\'ersaire!s leur ont joué un bien mauvais t(Hir: ils s'attendaient à être abordés du c(">té de l'Ouest (pii a\ait été le point de l'atta(pie, il y a (punze ans, lors de la i»remiêre guerre ; aussi, dit-on, ils y avaient étalé leurs meilleurs canons, et là, sans doute, ils comptaient défier toute la valeur des barbares. ]Mais voilà (pi'on les atta(jue précisément i»ar le cê)té ojjposéî
« Hn vérité, ce n'est pas là j(Uier franc jeu!.
« Ce[>endant, jus«]u'à ces derniers joiu-s, la prise de la ville n'était pas complète: le (piartier de l'Ouest où habitent les Tartares, et où les grands mandarins s'étaient réfugiés, refusait toitjoiirs d'ouvrir ses portes.
4'haplti'«' VI - lit' vi<'«'-voJ V<^
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« Les ambassîMleiirs et les ainimnx, Jaloux <l'é|)aruiier le saiii», avaient t'ait cesser toute hostilité: ils Noulaieut doiiuer le temps à ces opiniâtres d'aviser entre eux, et de venir ott'rir une soumission volontaire; niais, ces malheureux, in<'a[>al)les «l'opposer aucune résistance, ne Tétaient pas moins (ra|)piécier cet acte de ,i>énérosité; nulle avance ne se taisait, et les alliés parlaient déjà de recourir de nouveau à la loi-ce, lors<iue le plus heureux événement est venu simplifier et arranger toute chose: le vice roi Vé et le «>énéral tartare ont été pris.
« Les Anji'lais, mis sur leurs traces par les renseignements de CUiinois alléchés i>ar la i)romesse «l'une maguiti(iue récoml)ense, ont envoyé à leur <lemeure un fort <lét;iehement «le sol- «lats, «lui, arrivant a Timproviste, trouvent nos deux hauts di- <initaires à table, car c'était l'heui-e <le leur déjeunei-.
« Incantinent, le capitaine d<' la troupe nu't la main sur leurs personnes sacrées, et les livre à ses soldats, «pii se tbrujent en bataillon serré, et les conduisent sans encombre jusciu'au (juartier général, où les chefs des deux nations amies les attendaient.
« Le vice-roi était pale et [)rotbn(lément consterné; il s'attendait à boire jusqu'à la lie le calice des humiliations; nuiis voyant «pi'au lieu de l'abreuxcr «l'outraiics, on le traitait avec tous les égards dus à son rang et à son malheur, il a repris bientôt toute sa lierté et son arrogam-e, et il a deman<lé insolenunent à ses vainipieurs, raison de leur conduite. ^'
« Une humeur si intraitable a fait aussitôt décider de son sort: on a décrété «^u'il serait immédiatement conduit à bord d'un vapeur, qui le transporterait à Mong-Kong, où il aurait ])our demeure un ponton à trois [)onts «pii sert d'hôpital.
« Quant au général tartare, connue il s'est montré i>lus soumis et i)lus jxvli, on le garde au «luartier général, où il d<Miu>ui'e comme otage, et où ses conseils seront utiles pour la bonne administration de la cité.
« Maintenant, «pie va faire notre intraitable vice-roi Vé, «pii a si longtemps accablé «le ses «lédains et «le ses r<d)iits les représentants des nati«)ns euroiiéennes; Vé, le soi-disant vain- «pieur des barbares Anglais, qu'il avait chassés de sa province et ii«>yés au fon«l de la mer; Vé, qui, par sa politi«iue jiersévérante d'iuistilités, a allumé la guerre qui désole son pays, et a jeté son empereur dans une impasse «lont il ne peut se tirer que par les plus onéreux sacrifices!
« Le v«)ilà maintenant loin «le cette vilh» «)ù il se croyait in- \'incible, renfermé «lans une lu'ison «pii a moins «le liOO pietls de long, livré ;i la mer«*i «le ses plus Jurés ennemis.
.>Iki' <iiiiilleiiiiii
« () Jeux et dérisions de la fortune, si eommuDs, liélàs! snv cette terre de malheurs î
* S'il est bon Chinois et iioninie d'honneur, eoninie l'entendent nos ])aïens, il doit se détruire; et, à défaut d'autres moyens d'attenter à ses Jours, se laisser nu)urir <le faim,
« Une ])areille expiation réparera sa défaite et sera même, aux yeux de son gouvernement, un titre aux i)lus i>Tands honneurs à rendre à sa mémoire; mais, s'il préfère vivre, le voilà tiétri à januns, et incapable d'exercer à l'avenir aucune magistrature.
« Ses enfants seront enveloppés dans sa disgrâce, et l'exil n'aura pas de rigueurs assez grandes pour punir les descendants d'un mandarin qui, après avoir perdu sa ville, a [)u vivre encore captif entre les nuiins de ses ennemis. (')
« Keste maintenant aux vainqueurs une tâche plus difficile que celle <|u'ils viennent d'exécuter si heureusement: la i)ossession et le gouv<'rnement de la cité, jusqu'à ce (jue ]'emi»ereur ait accédé aux Justes <lemandes (pi'on lui adresse et air fait la paix; car l'on sait bien que toutes les causes de la guerre n'étaient pas à Canton; l'attaque de cette ville n'est Uiême <iu'un épisode et comme le prélude de la campagne.
« Il était nécessaire, avant d'aller plus loin, de réduire et d'humilier cette ville orgueilleuse qui bi-avait depuis ])lus d'un an la puissance britaïuiique.
« Sa prise retentira douloureusement dans tout rem])ire et le Fils du Ciel eu pâlira sur son trône; mais Canton pris, le reste du pays n'en reste pas moins fermé aux étrangers, le commerce conserve ses entraves, et s'il faut parler des intérêts les pins sacrés, la religion chrétienne ne recouvre pas la liberté qu'on lui a promise, et à laquelle elle a un droit naturel et inaliénable.
« A cette tin, il faut s'a<lresser à la tête du gouvernement; Pékin est le lieu où l'on doit vider les querelles, aplanir les difficultés et ])oser les bases du droit nouveau (|ui réglera désormais les ra])ports du royauuu' du ^lilieu avec les autres l>euples du monde.
« Ce qu'on vient de faire, prouve que r<euvre n'est pas difficile; le peuple Chinois, (pielque innombrable qu'il soit, est incapable d'opposer aucune sérieuse résistance.
« Il ne l'aurait pu dans un autre temps; il le ])eut encore moins en ce moment ofi il est divisé contre lui-même, et oii des luttes intestines le déchirent de toutes parts.
« Mais, mon Dieu! que la guerre est une triste chose, et <iue les suites en sont effroyables!
(1) I;H Vict'-iMi Vô tut. (5 janvitT ISÔSi. ivléi^iié à CalcuTta.
npri
iixiuriit peu
t'kapitre VI - Apr^M 1» priNe de <'iiiil4»ii
« Le bouibardeiiient a produit un effet terrible; à i)eine si, dans certains quartiers, il reste (jueiques niaisons intactes.
« (.\^tte ville, hier encore si bruyante, est plongée dans un silcince (|ui api)roclie de celui de la mort; ce peu[>le, nagiu^Me si lier et si insolent, se trouve humilié jus(pi'à la poussière; du plus loin que vous apparaissez, toutes h\s têtes se découvrent ou s'inclinent i)rotondément; on va ménu^ jusqu'à se" jeter à vos pieds; vous êtes assailli d'une ioule de pétitions (|ui demandent aux vainqueurs pitié et ])rotection.
« Mais un spectacle qui est plus na\rant, est celui que donne la foule des infortunés, qui, en proie au froid, à la faini^ osent à peine vous demander l'aumône; (pi^'hjnes-uns sont ci)uchés sur la dure, dans l'apparence de oeus arrivés à leur dernière heure; des enfants abandonnés, une troujK' de vieillards et (rinlirmes \ ous déchirent l'Ame par leurs cris i)itoyables et ras])ect de leurs misères.
« Sur votre passage, \<uis entendez sortir de l'intérieur dès maisons, les gémissements des malheureux blessés par Texplosioji des bon)bes.
« ]\[ais le secret des maisons recèle des choses encore plus lamentables; là, de malheureuses, victinies d'une frayeur exag('u'ée et <l'un [)r<'Jugo barbare, <les tilles, des témmes se sont donné la mort!... On voit encore leurs corps inanimés suspendus à la corde homicide, ou gisant au fond des puits où «'lies se sont [)récipitées. . ..
« Des mandarins et des soldats, trop lâches iK»ur combattre et pour trouver, les armes à la main, une mcjrt glorieuse, ont aussi mis tin à leur existence par un suicide; bizarrerie étrange, comme en présente souvent ce peuple
« ^lalheureuse cité!! Aveuglée par ta prosi>érité et par ton orgueil, tu poursuivais de tes insultes et de tes mépris, les étrangers accourus de toutes parts mu ton territoire; tu les i)arquais l)oui' ainsi dire, dans une étroite enceinte, <'t refusais obstinément de les admettre dans tes murs.
« Ton orgueil <'t ta ti<M"té étaient plus grands (pie ta ]»uissance.
« Il n'a fallu (prun ettbrî pour t'abattre; la multitude <le tes soldats et de tes habitants n'a pu tenir contre une poignée de soldats des nations chrétiennes.
« Maintenant que la justice a eu son cours, la miséricorde doit avoir le sien; il faut qu'elle vienne panser les blessures (pie la guerre a faites, et réparer, autant (ju'il se peut, les nudheurs causés.
« Il nous tarde, h nous missionnaires, (jue l'ordre soit un ])eu rétabli, et que nous puissions nous tixer dans la ville, ])our nous nu'ttre à r<cuvre.
.>!$(■' <i!iiill4>iiiiii
* Notre ju'tioii, il est \i';ii, sera bien restreinte; mais an moins ce <iue nous pouxons, nous le ferons de tout e<enr; nos soins, nos veilles, ii()s ressources (>t Jusciu'à nos vies, seront an service (le tant (Tintortunés.
<y S'il nous est impossible de les rassasier tons, nous les consolerons du nn)ins par des paroles bien\eillantes; nous \ isiterons les l)lessés: nous prendrons pitié sni'tout des Nieillards et des orphelins, et jxnir eux nous nous priverons, s'il le tant, de notre nécessaire.
« Les vainqueurs viendront avec nous au secours des vaincus; aussi misérict)rdieu.\ après la victoire cpie terribles dans le combat, ils onxriront leurs bourses aux malheureux, et ils s'efforceront de uuérir les maux {\nv la nécessité les a forcés iW faire.
<\ Alors, les Chinois auront un spectacle bien nouveau pour eux: leurs ennemis devenus amis; des étrauiiers ipii se fout leurs pères, leurs nourriciers et leurs médecins, spectacle attendrissant et maiiniticpm (pie la reliiiion chrétienne seule jxnit donner!
«. 3lais, les i)reniiers objets de notre charité seront nos chrétiens; car, moins heureux (pie le Juste I.oth échajjpé par la fuite aux malheurs (pii mena(;aient une \ille coupables ils n'ont ini sortir de leur demeure; ils étaient d'ailleurs peut-être persuadés, comme tous leurs compatriotes, (pie leur cité était inatta(iuable.
* Ainsi, ils ont été en\('loi)pes a\(M' les autres dans ce d('^liiiie de maux (pii inonde la cité.
« Mais aujourd'hui (pie le sceptre de Vé, le p(M'sécuteur, a été brisé, et (pie l'étraiiiicr domine dans l(Mirs murailles, ils \()nt venir à nous comme des enfants malheureux; nous les recevrons, ces chères brebis échappées à une ruine imminente, nous apaiserons leur faim, essuierons leurs larmes; nous leur donner(Uis, en un mot, i(Hites les consolations ima,<^inables; car, moins elles sont nombreuses, et plus elles sont chères.
« \'oilà oii en sont les choses, au moment où J'ai riionneiir de tracer ces lii>nes.
« La partie est \ictorieuseinent en<»;ti»'é*' entre les nations du vieil Occident et ranti(pte emi)ire de Chine; et du choc sortira sans doute une ré\()lution tout entière dans la po1iti(pie et les idées de cette nation; car on ne se bat i)as seulement pour des intérêts matériels; la France, du moins, n'a pas pris les armes ])our ac(pièrir des franchises à un commerce (pi'elle n'a ]>as, ses prétentions sont d'un ordre plus élevé, son but est infiniment plus noble; la l'^rance entre dans l'arène au nom de la i-'oi et de la ci\ ilisati(ui. ellec(miba1 ]>our Dieu et
pour
humanité.
CJiupilr*' VI - Kf-vit tiv n. I.v Tiirdn
« Sur cette vieille terre de ('liiue où toutes les erreurs s'él)auouissent, où toutes les absurdités reçoivent créance, et toutes les religions i)aix et protection, la seule Religion \éi'i table, celle du Dieu des chrétiens est proscrite, ses ministres sout persécutés, ses autels renversés.
« En vain, un instant, le gouvernement (■hinois, cédant à une pression morale, a-t-il laissé écljai)i)er de ses lèvres le mot de liberté, il a été prononcé par une politique menson<»ère et (jui était bien résolue à ne pas laisser la reliijioii des étrangers s'implanter plus avant (lans le sol; aussi les édits persécuteurs sont-ils restés gravés dans son code pénal cpii se réimprime tous les cinq ans; et bien des mandarins les ont exécutés dans toute leur vigueur. Non content d'opjjiimer leurs jn-opres sujets et de les soumettre aux traitement les jdus barbares, ils out étendu leurs mains persécutrices snr les prédicateurs de la Foi.
« Ils savaient bien pourtant (pu', d'après les traités, ils ne relevaient i»as de leur tribunal, mais devaient être remis entre les mains du représentant de leur nation; liélas, pour eux, un traité conclu avec les harharcs est sans valeur.
« Leur dernier acte, dans cette \ oie d'ini<iuité, a été le martyre de M. Chapdelaine, notre vénérable confrère.
« Eh bien, la France, entre autres causes de guerre, a pris les armes pour venger ce maiMiue de foi ; elle les a ])ris*^s surtout pour établir désormais sur des bases so1i«ies l'oi'uvre de la liberté chrétienne.
« Dieu lui a donné le protectorat de sa religion sainte, elle veut le gérer dignement; elle ne recule pas, i)our le faire, devant les dépenses et les hasards d'une ex])édifcion lointaine.
« Elle recevra en retour les bénédictions temporelles que le Seigneur a ju-omises à ceux (pii cherchent avant tout son royaume et sa justice; Dieu, sans aucun doute, récompensera notre patrie des sacritices (ju'elle fait pour sa gloire: il lui donnera au dedans la ])aix et la ])rospérité, au dehors la puissance et la gloire; il illustrera les défenseurs de sa loi, comme il vient d'illustrer nos braves soldats sous les murs de Canton; car, bien qu'ils fussent à peine le (piart de leurs alliés, ils ont arboré les premiers, le drai)eau fran(;ais sur la ville comme sur les forts..»
L'on sait que les trou])es alliées ne devaient évacuer Canton que 4 ans après la jn-ise de cette ville (21 octobre ISOl).
Leur présence si prolongée, en rassurant l'évèque, lui tacilitera singulièrement sa tâche d'administrateur.
9 Mgr Clrdllevm
i:to
.>■;;■' (liiiilleiiiiii
]Mais, (l(\s son arrivée, il doit, coinine rindiniie la lettre précédente «le M. Le Turdu, pjinscr bien <les plaies saignantes et nu'ttre tout en ordre:
ri)(' faix l'elerr (Je iitti ni(il(((li<\ i^') éci'it-il k' V',\ Mars LSôO, /'oiir/'dj/c ni^<'sf foiuhé s/a- le dos coinD/e lot" arerse.
■l'ai en <) écrire U'fh-es s/fr lettres à nos chrétîeus^ à nos prêtres Chinois, à radininistruteiir de Macao, (tu.r missionnaires de lit province; et J'ai In consolation de voir qnc mon trarail n'a pas été infructueux.
Les chrétiens chinois sont soumis, (-) les prêtres du diocèse roisin ont reconnu nos pouroirs... Le paf/s est maintenant il peu près jtaci fie . .. Xous jiarlons bien (piehpuefois de la construction de notre future éylise; mais il n' ij a rien encore d'anèté à cet éi/ard, et il fau<lra sans do/fte attendre encore quehpie temj's^ ara>d ipie tout s'arran(/i'. et la safisfaction de tout le monde...
En aftendant, nou-s ncus occupons des menus soij/s ilu ministère, et c'est encore là que nous réussissons le Dtieu.r, parce qu' il ne lanis faut que la </rdce de Dieu qui ne nous manque Jamais... d\ii baptisé .'Jo j'eunes (jens le Jour de F Eplplianie; priez pour <.pie nous fassions une bonne récolte spirituelle!"'
Sa eon'esjjondanee devient de plus en jdns rare; il est délH)r<lé: «Ih'jà, avant mon voyaije (V Europe, éerit-il le '20 août, Jf étais peu libre de mes n/outeids^ mais, dej)uis mo)) retour, il seud)li' (pie Je ne puisse pins m'attril)uer un petit instant... ^h'nsi, arec mes fonctions de missionnaire et de chef de Mission, me roih) installé infrmier: Je sors- d'auprès du lit d'un de nos chi'rs confrères. 31. Bisch, pour vous écrire ces quelques lignes, Jieiireu.r encore si eu lui qirodiijuant mes s(dns. Je qrnis le roi r échapper an danger qui le menace, ou plutôt qui nous menace tons en lui; car, In j/erte d'un missionnaire n'est pas seulement une perte personnelle, mais une perte ijui atfeiid toute la Jfission, et èi laquelle chacun de nous doit des larmes. Déjà, nous aijons perdu Vun des nôtres, (;') // // a deux mois; et il serait par trop qiénible de nous roir privés encore d'nn autre confrère, à Vheure oii nous en arons un si grand besoin...
Hélas! M. Hiseli devait succomber.
Et la mort de ce missionnaire arraxlie A l'évêqne des accents maternels dans, un billet adresse à la famille dn défunt:
(1) Dès son dobarqiienient à Hontij-Kono'. le prélat avait dû on effet, s'aliter quelques semaines.
C2) Allnsion nn refus des chrétiens d' reconnaître la juridiction des pi-étres frani-ais,
i;>) M lialanne.
4'liHpitr«> VI - MorI «io >l. Bixt-ii
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J'où/Qits do)ic, s'écne-t.-il, cet nthlète de la Foi de l'hai/e du salut, et Je mis Ja plut^ (/rande cou fonce dans ce inoyen établi jmr Notre- Seigneur pour rendre la santé aux malades; mais le Jour des décrets éternels était arrivé, et l'onction sainte ne devait plus servir qu'à purifier cette a me bénie... Je m'approchai alors du mourant et lui demandai ce qu'il vouluit faire dire à sa famille. ; ^^ - •
Je vis alors combien il y avait dans son cœur d'affection pour les siens; " Scduez de ma part, me dit-il, mon père, ma mère, mes frères et mes sœtrrs, et assurez-les que Je ne les oublie pas ''.
J)es larmes rempli rej/t ses yeux, et l'on rayait que son esprit franchissait F espace immense (pii le .séparait de vous... Recevez donc le salut de ce fils bien-aimé, de ce frère chéri que Je SUIS chargé de voua tiansmettre... Voilà donc un missionnaire de moins parmi nous, Je pourrais dire en toute vérité, un. ami de moins pour moi... Plein de respect et de vénération pour ses supérieurs. J'étais obligé de me tenir sur mes gardes, dans la crainte qu'il ne prit mes paroles, même celles que Je j)ouvais dire en riant, comme un ordre.
Ainsi un confrère lui reprochant un Jour plaisamment de trop aimer nu fruit chinois que Je faisais servir: " N071, ditil. Je n'en 7nange Jamais à Hah'-nan, mais J'en mange à Canton, parce que Monseiqneur m'en, présente et me dit au il est bon...."
O vous, son dign" père, (/ni Dieiibrassii'?. avec f/tid d'affection j)ou.r lui, o vous, sa pieuse iiiê>'e, qiii vous réjouissiez tant d'avoir donné ce nouveau Samuel an Seigneur, vous, ses frères et ses .sa'jrrs, qui, d<rns l'élan d'une vive amitié, me pressiez avec tarit d'instances de vous le renvoyer, il n'e.s-t plus en mon pouvoir de vous procurer cette satisfaction, mais ce que Je puis vous dire, c'est que vous êtes bien heureux d'avoir un tel fils et un tel frère au ciel! " '
La tristesse que le prélat éprouve de la mort de celui qu'il appelait «son cher petit Père Biscli », s'au«iiHeute encore des nouvelles inquiétudes sur la situation politique du pays: Nos affaires de Chine ne sont pas brillantes, dit-il. On croyait les Célestes sowmis, depuis les ravages qu'on avait exercés contre eux, lors de la dernière guerre; et voilà qu'au moment on l'on y pensait le moins, ils font feu à Tien-tsin, sur nos ambassadeurs ('), Ionique ceux-ci ,se rendaient à, Pékin pour y pré.^enter le traité, et tuent ou blessent environ oOO soldats de leur escorte.
(l) M. M. (le Boiirboulon et W^ Bniee !2.") juin IH.")!»";
Mgr <iiiiilleiuiu
Dès lors, fout ce qui avait été fait jj ré cédem ment est anéanti; le traité est rompu, et il faut recommencer comme si rien rf avait été fait.
Les Chinois' prenant th' là occasion de (tire qu^ ils ont raincu /es Euroqjéens, sont d' une fierté qui les porte à tout oser; et il ne serait pas surprenant qu avant peu ils nessaifassent de chasser lex Européens de la ville même de Canton.
Mais, quoiqu^il arrive, les tro2ipes franco-anylaïses occupant la payode des " Cinq étages '", 2)tjint culminant de la ville^ nous aurons toujours un lieu de refuge où il ny a rien à craindre...'
Et au milieu de toutes ces miscres, poursuit-il, l'œuvre de Dieu continue: le jour de l'Assonij^tion, après avoir célébré la S^" Messe dans notre petite chapelle, longue de oO pieds svr .20 de large. J'avais devant moi 4^ catéclmmènes qui attendaient la grâce du baptême; c'était la /dus grande réunion de catécJnimintefi que f avais eue Jusqu'ici.
Après leur avoir rapp)ele brièvement le bonheur qu'ils avaient de passer du Joug du démon au sewice du vrai J)ieu, J'ai fût tomber sur leur front Veau sainte de la régénération, et J'ai pu, dès lors, les ojf'rir comme nne couronne de fleurs nouvelles à Vaugnsle Vierge Marie ''
Ces exi>ansi(>us de sa Foi ue lui fout Jamais oublier l'attectiou toucliaute (]u'il ténu)i,i>'ue aux sieus, et sa plume la tra- «luit eu teruies de délicatesse iutiuie: « Quand vous recevrez cette lettre, eerit-il le 20 août 1 S51), vous serez, je pense, soit à Del HZ, soit (( Vuillafans, car ce sera alors le beau fem])S de Vautomne. Vous parlerez sans doute un peu de moi, et Je serai aussi au milieu de vous qmr le souvenir et la pensée.
Dehiz et Vuillafans occupent nne trop grande fdace dans mes affections, pour que j'e ne m\// transporte pa.s souvent...
Puis, Je vous retrouve ici encore par les beaux et précieux souvenirs que J'ai reçus de vous; Je revois souveid la. montre du cher oncle Flageg, et maintenant sur ma fjoitrine brille la belle croix qui vient de vous, et que Je ne pnis mettre ou ôter, sans penser à vous ".
Il répète à tous ceux qui lui témoignent « tant d'intérêt et d'amitié, qu'il ne faut pas Juger comme sur un baromètre, de la vivacité de ses sentiments, par V arrivée plus on, moins fréquente de ses lettres ".
Toute occasion lui est propice pour marquer aux bienfaiteurs de sa Mission le degré de sa reconnaissance.