Chapitre X - Lie %"ife-Koi «•liese !<• <'oiisiil
fets apostoliques de Canton aient pu avoir, chez ce dif»nitaire, jus(iu'en 1902.
Elle marque l'apogée des cordialités plus ai>parentes que réelles des autorités chinoises envers les représentants d'une reliiiion dont l'influence était très considérée avant nos désastres de 1870: « Le 17 janvier, relate l'éveqne, J'étais invité à souper chez notre consul, en conipai»nie de l'Amiral Ohier, de son Etat-major et du Vice-Roi de la ])r()vince.
« C'e i)uissaiit })ersonnaii'(' s'asst-yait, ce jour-là, à la table (lu Consul, à cause de la circonstances extraordinaire de l'arrivée de l'amiral.
Tout s'est ])assé d'une manière très di,i> ne; niais il s'est présenté un éjùsode (lui a été l'objet d'une attention et d'une joie toute si)éciale.
« Au ndlieu du repas, le Vice-Koi m 'adressant la parole, nie demandait où en étaient les constructions de l'église:
« On y travaille avec ardeur, réi)oiid le Consul de France, mais il est bien à craindre que le temps accordé \nn\v l'ex- ]>loitation de la carrière de Kao-long ne soit ])oint suffisant pour conduire jusqu'à la tin des travaux. »
« Puis, profitant habilement de la circonstance: «Excellence, ajoute-tril, ce serait une chose bien agréable pour l'Amiral et pour nous tous, si, à l'occasion de son arrivée ici. Votre Excellence voulait bien accorder une prolongation à la concession qu'elle a déjà daigné nous faire précédemment. »
« La demande était délicate: deux fois déjà, nous avions obtenu une prolongation d'un an, et le temps de la dernière concession était bientôt écoulé.
« Bien que tous les rivages de la mer, depuis le Toukin jusqu'à la Maudchourie, soient bordés de rochers, il était difficile de réussir dans une troisième demande, à cause de l'extrême répugnance des Chinois à laisser exploiter les carrières sur les bords de la mer.
« Encore tout imbus de leurs vieux préjugés, ils se figurent que ces masses imposantes sont autant de cavernes devenues l'habitation de quelque dragon maltàisant. ;
« Ouvrir ces repaires, c'est donner, disent-ils, une issue au monstre qui alors se répand sur tout le ])ays jetant partout la tempête et la désolation.
« Ce n'était donc pas sans une certaine anxiété que j'attendais la réponse du Vice-Roi, et du fond du cœur, je recommandais l'aifaire aux saints protecteurs de notre église.
« Mais le préteur a été charmaut de grâce et de bon ton.
« Après s'être recueilli un instant, et avoir rap])elé les concessions précédentes, il nous a dit: « Si la chose dépen-
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(lait uniquement de moi, je serais heureux de vous accorder uue concession complète et illiniitée; nuiis je suis obligé de consulter les vo'ux des populations; je vous assure au moins la i)rolon,iiation d'une année.
« A})rès (pioi, si ]Monseii>neur a besoin de (luehpu' temps enct)re, il me le fera savoir, car je tiens à voir tinir ce beau monument, et je ferai tout nn)n possible pour l'aider dans l'exécution de cette (cuvre. »
« Quelle ne fut pas ma joie à une nou\elU' aussi auréable et aussi importante.!
« ele m'empressai d'en remercier le haut dignitaire.
« Je remerciai également notre consul (pii avait su bien choisir son temps i)our demander et obtenir cette faA'eur.
« Puis, me tournant du coté de l'amiral: « \'otre arrivée au milieu de nous, amiral, lui dis-je, est ])our nous Toccasioii d'ui» bienfait qui marquera dans les Annales de la Mission; ce n'est plus une pierre seulement (pie ^■ous donnez à la construction de notre égli^^t', c'est la clef de voûte (jue vous lui apportez aujourd'hui, et je ne saurais assez vous en remercier vous et tous ces INIessieurs qui vous ac(;(mipagnent!»
« L'amiral me répondit qu'il était heureux de s'associer à nos etforts et que je le trouverais toujours disi)osé à faire pour nous, tout ce qui pourra nous être agréable.
« Puis, voulant à soi» tour remercier le Vice-Koi : «Votre Excellence, lui dit-il, peut voir à notre joie commune l'importance que nous attachons à la construction de l'église et aux doctrines que propagent nos missionnaires.
Arrivé tout récemment de France, je puis assurer qu'ils sont d'une manière spéciale sous la protection de 8a Majesté notre Empereur, et je vois avec la plus douce satisfaction que Votre Excellence Elle-même ])artage les sentiments dont les personnages éminents en P]uroi)e sont animés à leur égard.»
« Là-dessus on vi(hi force verres de chami)agne à la santé des uns et des antres, et à chaque fois, le Vice-Iloi, après avoir épuisé sa coupe, prenait plaisir à la renverser, j)our nous montrer combien habilement et de bon c((ur il saurait la vider en l'honneur de ceux qui étaient l'objet du toast.
« Cette petite scène improvisée et inattendue a ])roduit sur nous la i)lus heureuse impression.
« Quelques instants après, parlant de la construction de hc chapelle de Sancian, ces IMessieurs voulurent aussi y contribuer, et ils m'apportèrent leurs généreuses otf'randes.
« Je les remerciai; et, prenant en particulier notre cousitI, je lui dis que, ])uisqu'il m'avait causé une satisfaction si douce, j'étais bien aise de lui en procurer nue semblable, en l^ui an-
Ciiupitro \ - l<îi «'ln»|M>ll«' <i<> Siiiifiiiii
iiouCîMit ^W^ (léià j'uvaih deinandé i)()ui" lui, ù la (îour «le Rome, une Croix d'hoiiiienr, et que j'a\'ais tout lien (l'osiK*ier (|u'elle Mii'iverait bientôt
« Oopendant, le hniit de la visite du Viee-Koi et d(^ la scène (|ui s'était [)i'oduite pendant le l^^pas, se répandit dans llont»- Kon^y;", et y lut, durant (pu^hpies Jours, l'objet <le tous les entretiens.
« L'amiral, le eonsnl et tous les notables français de la eolonie, tenant conseil, .jugèrent ;i i>ri»i>os «l'offrir an \'i<'('-lvoi un souvenir digne de lui et de cette iiracieuse Journée.
« Ils lui ottï'irent donc une belle montre en or, enri(diie «le pierreries et de la valeur de 2()()() francs,
«Ainsi notre pauvre église «le (^ant«)n a-t-ell<^ reçu, t^n cette circ«)nstaiice, les preuves de la i)lus cor«liale syml^atlli(^
« Notre petite chai)elle de Sancian elle-même n'est point restée étrangère à ce triomphe.
« Le Vice-Roi, me demandant «les nouvelles «!«' cette <l<nnière construction, Je lui ai d«)nné une vue pliotographicpuî d(^ l'île, un plan «le la cliapelle et une autre vue pbotograi>lii<iue jnise sur le corps mènie «le S' François Xavier à (î«)a.
* Ce dernier i)résent le touclia i)rofondément, surt«>ut lors- «pi'il eut remar(jué que <;e saint corps, ai)rès plus «le .'{(M) ans «le sépulture, était enc«)re parfaitement conservé, et «ni'il eut appris les merveilles de la vie «le ce gran«l conquérant «ITmu^s.
« Ainsi la sainteté sait-elle se faire aimer et respecter même «le nos pauvres païens. »
A lire (;ette suite <l'expansi«)ns intimes du prélat, qui croirait le trouver bient«Ot aux ])rises, à la lin «le 1<S()<S, à la i>lus iimère tristesse! -
En effet, l'iieure va sonner, «)ù il sup])ortera des avanies dont un billet à sa c«)usine u«)us révèle la violence, sans u«)us «Ml «lonner la raison:
''Mon Die^i ! s'é(.;i-ie-t-il, r^'^*^ ma vie est péirih/e e.t c.rncifi<'e!! Mais Jiéanmoivs Vœuvre de Dieu marche, et c^est /'important!
" Ceci est- pour to(\ cintre coiishiP, ot pour ton cœur si dévoué !... Oh ! ne crains rien: celui que J)ie>i (jarde est bien (fardé; à Dieu! ..."
" D\ni ponimit donc, reinai-que l'abbé Trésoret, lai verdr ces j^eines qui lui arrachaievf alors ce cri de douleurf
" G^ était sans doute le con.mencement de toutes les difficultés dont on va voir l'énumération dans une de ses prochaines lettres à la Propagande."
Mais, au milieu de ses peines, le saint évêque re(îueille sans cesse le fruit de ses efforts et de ses larmes.
Mgr <i}iiilleinin
Après deux jius de travail, il vient de termiiier eutin la chapelle de Saiieian, et il décide d'en faire la bénédiction, le 25 avril 18()i).
Lni-inème en décrira les circonstances avec un Inxe de détails si touchants, qu'il ne faut pas résister au plaisir de reproduire en entier son récit: « (irâce à lYwn, <'c rit-il de Canton, le 2 Juin 1869^ la chapelle que nous avons élevée à tant de frais et avec tant de peine sur le tombeau de S'. Fninçois Xavier, vient de recevoir sa bénédiction solennelle.
« Le bateau (^ue nous avions loué s'était rempli de pèlerins. On y remarquait le président de la Cour suprême de Hon<»- Kon*>-, le consul général d'Autriche, le commandant d'une canonnière chinoise, ]\L de Lonoueville, les Pères Italiens de la Mission de Honii-Konu, les Pères Jésuites de INlacao, une quinzaine de Pères des Missions Etrangères, les S<j'urs de divers établissements, en tout près de 200 Euro])éens et une centaine de chrétiens chinois.
« Plusieurs persouna<ies éminents, n'ayant pu prendre part à la cérémonie, ont exprimé leurs regrets <lans des lettres qui témoignent de leur ])rofonde vénération pour le premier apôtre de ces contrées.
« A la suite du vapeur portant les [)èlerins, venait une canonnière du Viee-lloi de Canton, ayant h son bord le chancelier du Consulat, chargé de représenter son Consul et le gouvernement français à cette imposante cérémonie.
« Partis de Ht)ng-Kong, samedi 24 avril à midi, nous arrivâmes le soir même à î) heures en face de l'île de Sancian, et déjà nous api)araissait, s'élancant gracieusement sur le rocher d'où elle domine la baie et les environs, notre chère petite chapelle de St. François Xavier.
« De nombreux flambeaux étaient suspendus le long de ses murs; mais elle brillait surtout de l'éclat de la lune, alors en son plein, et dont la douce lumière en se répandant sur l'éditice, la plaine liquide et les montagnes, donnait à tout le paysage un aspect enchanteur.
« Dans le lointain, du côté du village, apparaissait l'autre chapelle destinée aux paroissiens de l'île, ainsi que l'école et le presbytère.
« L'ensemble de ce spectacle joint à tous nos souvenirs, offrait un caractère si touchant, qu'on se sentait naturellement l)ort4 vers Dieu. Oh! quel doux et délicieux moment! Qu'il y avait de grandeur dans ce calme parfait de la nature, dans