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se mirent eu iiiouveuieut [Hniv se rendre ù la eéréiiiouie si pleine d'attraits et d'intérêt pour nous. Dieu sait eu effet, ce (pi'il nous en a eoûté pour arriver là.!
« Sans ]>arler des obstacles que uous avons rencontrés pour retirer ce point des mains du i^ouvernemeut l'iiinois, couibieu de dit1i(Mdtés sont venues entraver ces différentes constructions î Les matériaux de tout lieure ont dû être transportés par mer, à 50 lieues de distance: et cela, malgré les frécjuents orages (pii troublent ces mers et les [)irates plus terribles encore qui les infestent.
« Je ne me suis pas rendu une seule t'ois sur cette côte, sans avoir eu à lutter contre ces deux formidables adversaires.
Un troisième non moins grand a été la pénurie de l'argent, ce nerf de la guerre et des missionnaires; j'avais dû comuiencer les travaux sans aucun fonds assuré pour les continuer. .
« ]\Iais entiu, toutes les peines étaient i)assées, toutes les ditlicultés vaincues; et, nous avions «levant nous une jolie petite cliapelle gothique due à l'habile ciseau de M. lïermittc notre architecte qui a fait um» «euvre <le délicatesse et de bon goût.
« La chapelle ne mesure que (10 pieds de long environ sur 30 de large, avec un petit clocher s'élevaut à 00 pieds; mais sa forme gothique, sa position sur un roc élevé qui s'avance dans la mer, sa iîèclie élancée et pyramidale qui domine tous les environs, lui donnent une grâce et une élégance parfaites.
« Au centre même de la cha})elle se trouve la place où Xavier ren)it sa belle Ame entre les mains de Dieu.
* Une pierre de 0 pieds de long sur 2 de large recouvre ce point avec l'inscription ci-dessus mentionnée: Aqui foi sepuïtado etc ....
« Afin de conserver dans toute sa simplicité et son intégrité cette pierre fondamentale, je l'ai fait environner d'uu encadrement en beau marbre blanc ayant dans tout son pourtour une belle garniture de fleurs sculptées et supportant une couronne avec cette autre inscription : In morte vita, qui entre désormais comme devise dans les armes de la Mission.
« Trois petits autels décorent la chapelle.
« Celui du milieu en bois dur et de forme gothique a été fait sur le modèle d'un autel du XIII'' siècle et se distingue par sa gracieuse élégance.
« Xos pèlerins ont paru enchantés de ces constructions et arrangements. Ils ne s'attendaient pas à trouver sur cette plage lointaine un tel sanctuaire répondant aussi bien à sa destination. '
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« Aussi, avec quelle expausion de Joie, nous axons procédé à la cérémonie de sa bénédiction en suivant tous ses contours!
« Des larmes tombaient des yeux de plus d'un assistant, au souvenir du zèle, des labeurs et des sacrifices (fui ont signalé la vie du ^rand serviteur de Dieu dont tout ici rai)pelait la nu'Muoire.
« La bénédiction finie, je célébrai la Messe, assisté par le P. liaimondi préfet a[)ostoli(iue de lloni>-Ivoni; et k^ 1*. Osouf procureur de notre con<;Té^ation; un grand nombre de personnes y communièrent. i
« Après la messe, le P. Rondin;), Jésuite, (biiis une touchante allocution, nous ra])pela les vertus et la gloire de S.' François Xavier, nous exhortant à mai cher sur ses tractîs et à poursuivre sur cette plage infidèle, l'oMivre de son apostolat. •
« Enfin, l'on chantt» le « Te Demn», Juste tribut «riiommage et de reconnaissance à Dieu, ]>our l'achèvenuMit d'une entreprise due tout entière au secours de sa Pro\idence et î\ la protection du saint ajjot'e.
« La cérémonie terminée, chacun juit suivre l'iini)ulsion de sou cœur. On vit alors la i)lupart des pèlerins se i)rosterner sur la pierre du tombeau, la baiser respectueusement, et y déposer les objets qu'ils se proi»osaient de remporter comme souvenir de cette terre bénie.
« Nos petits insulaires, témoins de cet acte de jnété, s'étaient réi)andus aussitôt dans la montagne, et en avaient rapporté une quantité de rameaux et de fleurs ^\^^ toute esi)èce qiPil offraient aux pèlerins encluintés d'avoir une de ces palmes à la main.
« Pour moi, je n'oubliai point que J'avais un devoir essentiel à remplir envers tant d'amis et de bienfaiteurs dont la généreuse charité soutient nos œuvres.
« J'avais inscrit leurs noms sur une feuille de parchemin qui était restée déposée sur le saint autel pendant la messe.
« Je vins alors la renfermer sous la pierre même <lu cénotaphe, en demandant du fond de mon e(eur à Dieu, i>ar la protection de son serviteur, qu'il nous accorde à tous, lorsque l'heure en sera venue, un heureux ])assage du temps à l'éternité.
« Enfin, sur la pierre même, Je déliosai aussi quelqnes souvenirs de l'île: du thé, des branches et des fleurs recueillies dans les environs.
« Ces objets, bénits sur le tombeau d'un '^rand Saint, seront pour nos amis de France nux<iuels ie les destine, com-
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me l'expression du sonveuir tout cordial que je conserve de chacun d'eux dans les principales circonstances de ma vie apostolique.
* A peine cette pieuse cérémonie était-elle teruiinée (|u'uii autre spectacle d'un caractère touchant et jtittoresque vint s'offrir à mes regards.
« Entendant les sous aiiius cl discordants d'une uiusicpu' chinoise qui s'avançait, je demandai quel eu était l'objet: «Vc sont, me répond-on, les députations de cinq principaux villages de l'île, qui viennent vous offrir leurs télicitations et prendre part à la joie commune. »
« En effet, cinq groupes de vieillards gravissaient en ce moment les. sentiers de la montagne, [>récé(lés chacun de sa musique et suivis d'un énorme porc rôti porté sur une table et environné do tieurs.
« Arrivés au seuil de la chapelle, et anieiiés devant moi, ces bons vieillards s'inclinèrent profondément selon l'usage chinois et me parlèrent ainsi: « Envoyés par nos villages |)our remplir un glorieux message, nous sonnnes heureux de vous offrir les témoignages de res[)ect et de symi)atliie des habitants. Xous nous félicitons tous de vous voir au milieu <le nous, et nous vous prions de recevoir ce faible gage de notre affection et de notre dévouement. »
« Et en même temi)s, ils dépoi^èrent à nos pieds lettrs i)orcs rôtis, accompagnant cette offrande de nouvelles salutations et prosternations.
« De mon côté, j'avais cru de\ oir recevoir ces déi>ntés avec les insignes épiscopaux, sin<»n pour donner plus de i»ompe à cette cérémonie, du moins pour lui conserver un caractère religieux.
« Eépondaut donc à leurs })révenauces: « Je m'estime heureux,, leur dis-je, d'avoir été choisi dn Ciel pour élever ce sanctuaire en l'honneiu' d'un saint <pii a rempli l'univers (]u bruit de ses miracles et de sa sainteté. Il sera votre i>rote<*tenr et votre appui, et vous pourrez nous regarder nous-nu"'mes, c'est-ji-dire l'évp(iue. les missionnaires et tous les P^uropéens présents, comme des amis toujours disposés à vous rendre les services qui seront en leur pouvoir. ^>
« Et atin d'appuyer nos paroles de (pielques manpies d'une affection bien sensible, je les conviai tous à un banquet général, qui devait avoir lieu le surlendemain, dans notre habitation.
« Le même soir, (juatre autres villages nous envoyèrent également leurs députations avec les mômes démonstrations d'amitié.
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<,< Ou [RHit dont' le dire avec vérité: c'est l'île tout entière qui a voulu lu'eudre part à la tête et s\v l'aiie rei)ié.seuter par SCS vieillards.
« Cette niaulfestation imprévue et toute spontanée de la IKU't de ces braves ^ens, avait lait la plus vive impression sur tous ceux qui eu furent les témoins.
«Plusieurs jours après, ou |)arlait encore <le la touchante scène des vieillards, de leur barbiche blanche, de leurs petits chapeaux en pointe, de leur etîrayante musi(iue, de leurs porcs iôtis; et l'un des personnages les i)lus émiiu'uts, le grand ,Iu- <;(' Macdonald <le Hong- Kong, ne <'raignait [)as de me dire en présence de tous: « Monseigneur, c'est le plus beau succès <]ue vous pouviez es[>érer, et veuillez en reeevoir mon comi)liment bien sincère de protestant. »
* (l'était en ettét, un précieux ténjoignage de reconnaissance (M d'attachement [)our les secours <pu' JNl. Hraud, missionnaire de Saucian, n'avait cessé de donner à ces i)auvres gens,au luilitui des etl'orts tentés par les pirates pour s'emi>arer de l'île.
« Tout dévoué à leur cause, il s'était toujours montré leur conseil et leur appui, soutenant leur courage, et au besoin, mettant à leur disposition les 4 petites pièces de canon (pte Je lui avais envoyées de Canton dans ce but.
« Mais ce qu'il y avait de plus i>récieux dans cette démonstration, c'était la marque du bon vouloir de ces pauvres insulaires envers la religion chrétienne.
«Ou voit (pi'ils la respectent et l'aiment sincèrement, et nous })ouvons assurer (pi'avant peu de temps, l'île de Saucian sera tout entière au vrai J)ieu.
« De la cha[>elle du pèlerinage, on se dirigea en grand nombre vers le village situé à une demi-lieue.
« Là, se trouvent, avec un autre sanctuaire destiné à recevoir nos futurs chrétiens, une 6(!ole et un i)resbytère.
« Le tout est surnu)nté d'une petit dôme élégant et formant un groui)e de maisons d'une architecture mauresïjue, dont l'aspect vu de la mer i)roduit le nuMlhnir effet.
« Nos i»èlerins les ayant visitées avec intérêt, entrèrent ensuite dans (piehpies cabanes d'insulaires, j>our leur montrer de l'amitié.
0 Puis ils retournèrent à bord où un rejjas longtemi)s attendu allait encore les réunir.
« Au moment où nous arrivions, un petit brick de guerre portugais abordait également dans la baie: son cajjitaine venant nous saluer, nous dit (pi'il était tmvoyê par le gouver- •K'ur de INlacao, pour nous féliciter et ])rendre ])art à la Joie **<uumune.
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« Les vents contraires l'avaient enii)êelié d'arriver plus tôt; mais sa présence n'en était pas nujins un témoignage de sympathie pour notre œuvre, de respect et d'hommage pour le tombeau de l'apôtre.
« ]Mais déjà le soleil baissant à l'horizon nous annon^'ait que l'heure du dé[)art était proche. Ayant réuni nos pèlerins sur le vapeur qui nous avait amenés, je leur exi)rimai une dernière fois la joie que m'avaient causées leur [U'ésence et leur piété; puis le signal du départ donné, nous les saluâmes une fois encore au son de nos cloches et au bruit de notre artillerie.
« Tour moi, je crus dexoir rester (pielques jours encore à Sanciau, afin d'y recueillir les fruits de cette intéressante journée.
« Mon principal désir, en restant dans l'île, était de jeter sur cette terre privilégiée une nouvelle semence de grâce et de salut.
« Xotre premier soin fut de réunir tous les anciens des villages, au nombre de 80, et comnie ils s'étaient nuintrès pleins de respect et de prévenances, nous voulûmes les traiter également avec toute la largeur et la bienveillance [>()ssibles.
« Dès le matin donc, pour ne rien changer à l'usage invariable des Chinois, on tua butHe, porcs, canards, volailles de toute espèce, on remplit les cruelles d'un vin généreux du pays et on le versa en abondance à chacun, selon son désir.
« Ou appela des musiciens qui, pendant tout le repas, tirent entendre leur honorable vacarme, on tira force pétards et coups de canon, et, au milieu de l'abondance des mets, et de la confusion des instruments, nos 80 Xestors, assis imperturbablement, fonctionnaient à <pii mieux mieux, heureux de l'honneur qu'ils recevaient et de la ]>art (pii leur était faite.
« Toute la s(ùrée se passa ainsi dans nue très douce et très convenable gaiet/^.
« Les enfauvs ne furent point oubliés.... Ils avaient été l'occasion et le [»rétexte de notre première introduction dans l'île; n'était-il pas juste qu'ils eussent part aussi à la fête!
« Dès la veille, j'avais fait dire aux vieillards qu'ils pouvaient m'amener tous leurs petits eufauts, parce que je me proposais de leur donner un petit souvenir d'Europe.
« On comprend avec (juel empressement, ces bous vieillards vinrent me présenter les tendres rejetons de leur race.
« Je distribuai à chacuu un joli mouchoir bariolé de mille dessins et couleurs. Mais voilà <]u'à cette vue, plusieurs anciens m'exposent en gémissant, que quelques petits enfants malades ou absents n'ont pu veiik-au rendez-vous.
C'Iiapitrc \ - Les SI» ÏS'cMtors
«Je fis alors une large dislribiitioii i)Our tous, en sorte que eliacun eut sa part et (ju'ou ne pouvait sa\'oir quels étaient les plus contents ou de ces bons vieillards, ou des eufauts retournant chez eux, suspendus aux bras de leurs grandspères et agitant dans l'air leur précieux étendard.
«Deux ou trois jours après, étant allé nioi-n»ôine me promener et leur rendre visite dans la plupart des villages, j'ai pu constater à leur accueil joyeux et cordial, combien cette attention de notre part avait produit bon eit'et.
« Une autre cérémonie fort importante suivit de près la bénédiction de notre chapelle: j'avais conduit avec moi neuf jeunes lévites de notre collège générai de IMnang où ils avaient achevé leurs études de théologie.
« 11 était temps de leur ouvrir les portes du sanctuaire.
« Pouvais-je mieux le faire que dans c(?tte circonstance et sur le tombeau même de l'apôtre de ces contrées?
« Ces bons et pieux jeunes gens se mirent donc (m retraite, et le samedi suivant l'' mai, je leur conférai la tonsure.
« Avec (pielle jnété, ils prononçaient les paroles de la liturgie: « DominuH imm hœreditaU)i mcœ et calicis »»«*.'.» ^
« Le soir, nos chers lévites me demandèrent de retourner au tombeau du saint, i)Our y renouxeler leurs engagements.
« Nous y passâmes une heure en prière . .
« Là, je leur donnai un souvenir de cett(î précieuse journée. Puis nous revînmes au milieu de la nuit, en suivant, le long du rivage de la mer, k' chemin que le Saint avait dû parcourir lui-même, lui demandant de marcher également sur les traces bénies de son apostolat.
« Avec les prémices de notre clergé indigène dans cette Mission, il m'a été donné aussi d'oiïrir à Dieu les i»rémjces des nouveaux chrétiens de l'île.
« l'eu ai)rès la mort <lu Saint, on avait bien i»lacé une pierre et une inscrii)tion sur son tombeau, l^lus tard une modeste chapelle en terre battue avait été élevée en cet endroit, et les l)aïens eux-méuies vénéraient ce tombeau comme celui d'un grand et saint personnage; mais rien ne nous dit qu'il y ait eu jamais des chrétiens dans l'île.
« 11 était sans (h)ute réservé à ces derniers temps de cueillir cette fleur nouvelle sur la terre de Sancian.
« Lorsque M. Braud y fut envoyé i)our la première fois en janvier 18()7, il s'en vint frapper à la cabane d'un homme simple qui le reçut avec la plus grancU^ cordialité et lui rendit depuis, tous les services dont il put avoir besoin.
« Avec lui le salut entra dans cette pauvre cabane. Témoin de la conduite du missionnaire, instruit par ses leçons, cet boni-
Mgr Oniliemiu
me ue tarda pus à goûter la vérité du cliristianisine et à se seutir porté à l'embrasser; sa Jeiiue tille, âgée de 12 h 13 ans, moutrait les mêmes bonnes dispositions.
« Sou père m'ayant demandé de la conduire à Canton chez les Sœurs, je l'admis volontiers dans cet établissement, elle s'y instruisit, se prépara au baptême, et quand le jour de le recevoir fut proche, son père vint la chercher, afin que toute la famille réunie eût le bonheur d'être régénérée en même temps dans les eaux salutaires.
« Après que nos jeunes lévites eurent reçu la tonsure, ce brave homme vint donc à son tour s'agenouiller à la porte de la chapelle, présentant également sa femme et ses trois enfants: tous reçurent ensemble le saint bai)tême.
« Cette famille est la première dans l'île dont les membres sont devenus enfants de Dieu; mais ce ne sera pas la dernière!...
« Cependant, il nous restait une dernière expédition à faire à Sancian: c'était de fixer, sur l'une des montagnes voisines, le i)oiut où nous établirions la colonne et la Croix destinées à indiquer aux voyageurs, le lieu précis du tombeau de S.' François Xavier.
« J'avais fait transporter de Hong-Kong à Sancian un obélisque pyramidal, composé de plusieurs pièces de 30 pieds de hauteur et surmonté d'une Croix en pierre.
« Il ne s'agissait plus que de trouver la cime la plus convenable pour son érection.
« Après avoir donc parcouru les montagnes de l'île, toutes très élevées et d'une pente très escarpée, nous nous sommes enfin arrêtés à la plus rapprochée du tombeau; c'est en même temps celle qui se fait le mieux apercevoir de la mer.
« L'érection de cette colonne, confiée à la direction de M. Braud aura lieu incessamment . . .
« Il ne nous restait plus qu'à saluer une dernière fois cette terre bénie de Sancian, et à regagner Canton. >.
Toutefois, avant de se rendre à la capitale, le prélat voulut d'abord visiter les chrétientés voisines du continent: « A peine, poursuit-il, arrivions-nous à ïchao-tchong, qu'on nous annonça la présence des pirates dans les défilés, et qu'il nous était impossible de passer plus avant.
« Près de là se trouvait en ett'et, uu camj) de 5 à (iOO de ces brigands qui, non contents de leurs ravages sur mer, se répandent dans tout le pays, et enlèvent sans pitié tout ce qu'ils rencontrent.
i hapilr«' X - llisioiro tlv piratt'x
« Le inaiidarin du lien avait fait douuer au village l'avis de leur attaque et envoyé '^0 liouinies pour aider A la déteuse. Sans songer à pousser notre exeursion plus loin, il fallut donc nous fortifier au point où nous étions, et, bien (jne parfaitement novices dans l'art de la guerre, nous dûmes, M. Hrau<l cl moi, nous charger de la direction des travaux.
« Nous indiquâmes les terrassements à faire, les i)alissades ;» planter, les batteries à établir; et, quaiul il fallut pointer les canons, ce fut encore à M. Hraud et à moi que revint cette opération délicate et dilticile. Ces premières dispositions [)rises, on envoya des éclaireurs dans tous les passages et sur la cime des montagnes avec ordre de rester tidèleuient dans ces [)ostes eu grand silence, d'observer tous les mouvements de l'ennemi et de nous en prévenir par deux ou trois coups de fusil.
« Malgré toutes ces précautions, nos gens étaient très loin d'être rassurés; à l'entrée (Je ia nuit, une trentaine de chrétiens, effrayés du danger que je courais, vinrent me prier (le passer au village voisin peuplé d'environ 15 mille habitants.
« Le P. Braud joignait ses instances aux leurs, eu disant (juMl garderait fidèlement le i)oste.
« Mais ma résolution était prise; je ne pouvais réellement pas abandonner la position au moment du danger.
« .Je répondis donc à ces braves gens, (|ue, venu au milieu d'eux pour les visiter, je ne jjouvais les quitter au moment du péril; que mon sort était uni au leur, et que je combattrais avec eux juscpv'au dernier moment; du reste, ajoutai-je, notre vie est entre les mains de Dieu et du glorieux François Xavier pour lequel je suis venu ici; ils ne permettront pas, j'en ai la confiance, cpi'il nous arrive aucun mal. »
« J'avais alors sur moi des objets précieux, tels que l'anneau i)orté par S-* François de Sales, la croix pectorale bénite par Pie IX, les images et autres souvenirs déposés sur le tombeau de S-' François Xavier; je demandai donc seulement qu'on transportât ces objets au village voisin.
« Pour moi, je dis encore que j'étais bien résolu à rester; et nui déterinination rassura ces bons habitants
« Il était neuf heures du soir; nous étions tous réunis îiu milieu du camp éclairé de tous côtés par des lanternes.
« Voyant nos gens accablés de fatigue, je les engageai à prendre un peu de repos, leur promettant de faire bonne garde et de les réveiller au premier signe du danger. On se jette donc sur des nattes, et bientôt tout le monde est profondément endormi; taudi^^ (pie de mon côté, je me retire dans un coin pour réciter mon bréviaire.
« J'avais alors pour compagnons de veille, deux garçons
Mgr <]iiiilli>iiiîii
autrefois nos élèves ù l'orphelinat. Après avoir prié de tout leur cœur, ces bons jeunes gens, s'approcliant doucement, vinrent me demander si je voudrais encore les admettre avec les autres latinistes pour se consacrer l\ Dieu dans l'état ecclésiastique.
« J'accueillis volontiers leur denuiude, remerciant Dieu de cette nouvelle conquête et les encourageant à conserver ces bonnes dispositions.
« Le reste de la nuit se passa en courses, allant d'un point à l'autre, visitant tous les postes et remi>lissant tous les devoirs d'une sentinelle vigilante.
« P^iifiu, aux premiers rayons de l'aube, les frayeurs nocturnes se dissipèrent par degrés, et l'on put regarder le danger comme passé.
« Mais le fruit de cette journée n'a pas été perdu, et nous en avons retiré notre profit tout aussi bien que si nous eussions fait le coup de feu et repoussé l'ennenn à la pointe de l'épée.
« En ertét, étant allé avec M. Braud faire l'inspection du village et encourager ces pauvres gens, je vis à notre retour, un certain nonibre d'entre eux venir nous remercier, ne tarissant pas d'éloges à notre égard, nous répétant que nous étions vraiment i)our eux des pères et des mères et ajoutant: « Il est bon que nous ayons toujours des missionnaires parmi nous!»
« La tranquillité se trouvant rétablie, je pus vaquer aux (euvres de l'administration de ces chrétientés; puis, il fut temps, a[»rès un mois d'absence, de regagner enfin Canton.»
D'un voyage qu'il avait fait aussi à Haï-nan, un peu avant cette époque, le prélat parle ainsi: «A peine arrivais-je dans la grande île de Haï-nan, chez M. Ohagot, que ce digne missionnaire, se jetant en (luehiue sorte à mes genoux, me suppliait instamment de l'aider t\ acheter une maison «lans la capitale de l'île, afin d'y établir une école: « C'est pour moi, me disait-il, le seul moyen de faire quelque bien au milieu de ces pauvres païens .... Il y a présentement une maison à vendre dans un des quartiers les plus convenables de la ville, belle, bien bâtie, et pouvant servir non seulement d'école, mais encore pour toutes nos œuvres.»
« L'occasion était trop belle pour ne pas l'accepter. J'ai donc promis au bon P. Ohagot 2000 francs, et je l'engageai en même temps à conclure le marché le plus tôt possible: ce qui fut fait le lendemain, et nous n'avons pas eu à nous en repentir. »
« Plus loin, 8a Grandeur, mentionnant sa visite dans une