AVANT-PROPOS
Si je ne craignais pas de paraître prétentieux, je dirais comme Montaigne : « Ceci est un livre de bonne foi. »
// n'est pas toujours possible aux missionnaires de tout dire ni à leurs journaux de tout publier. Trois influences déterminent révolution actuelle du peuple bantou sudafricain : le Paganisme, la Mission et la Civilisation. Or, sur aucune d'elles, le témoignage de nos publications ordinaires n'est et ne peut être complet. Cela se comprend : Leur but est avant tout religieux et on ne saurait leur demander cette connaissance détaillée.
Et cependant il serait utile, il serait juste qu'une certaine section du public fût initiée à la vérité entière sur ces trois grandes puissances qui modèlent l'âme indigène. A la vue de ce tableau de vie intense où les ombres apparaîtraient à côté des lumières, les chrétiens intelligents comprendraient mieux la grande œuvre et s'y intéresseraient plus encore.
J'ai tenté, dans le présent volume, de tracer ce tableau. Je n'ai pas craint de décrire le Paganisme sous l'une de ses manifestations les moins idéales, la vie de la Station avec sa beauté admirable et aussi avec ses tristesses profondes, la Civilisation avec ses dangers et sa brutalité, persuadé qu'un exposé véritable des conditions dans lesquelles l'évolution du peuple noir se poursuit ferait ressortir plus vivement encore la grandeur et la suprême nécessité de l'œuvre missionnaire.
VI Avant-propos
Quelque paradoxal que cela puisse paraître, pour que ce tableau pût être vrai, il a fallu y faire intervenir la fiction. Il s'agissait d'éviter toute identification désagréable. Voilà pourquoi les personnages principaux qui sont tous réels ont été présentés sous des noms d'emprunt et les événements qui sont presque tous authentiques, ont été groupés selon un plan qui n est pas strictement historique.
Ainsi Zidji, le jeune homme qui porta le nom de notre héros et qui fut en effet l'un des meilleurs élèves d'une de nos écoles supérieures, est mort au commencement de ses études et n'a point passé, en réalité, par la défaillance que notre histoire raconte. Mais d'autres, hélas! l'ont connue. La part de l'invention dans notre récit consiste donc avant tout dans le groupement des faits et, si je me suis permis ce procédé littéraire, c'est dans le but d'intensifier l'impression de vérité.
Quant aux figures de missionnaires qui paraissent dans ce livre, je préviens mes lecteurs qu'ils perdraient leur temps à vouloir leur donner un nom, puisqu'il me serait impossible à moi-même de le faire !
Ce livre étant une étude, une étude qui porte sur la vie et la vie tout entière, n'est point destiné aux enfants mais à ceux qui connaissent la vie avec son noble idéal mais aussi avec ses ténébreuses réalités. Et s'il est un livre de bonne foi, il est encore plus un livre de foi dans l'avenir de la race noire et dans le triomphe final de l'Evangile de sainteté. Puisse-t-il, à ce titre, servir à encourager et à stimuler quelques âmes.
Saint-Biaise, octobre 1910.
Henri A . Junod.