UN TOUR EN BELGIQUE
Avant de commencer le récit de ma triomphante expédition, je crois devoir déclarer à l'univers qu'il ne trouvera ici ni hautes considérations politiques, ni théories sur les chemins de fer , ni plaintes à propos de contrefaçons , ni tirades dithyrambiques en l'honneur des millions au service de toute entreprise dans cet heureux pays de Belgique, véritable Eldorado industriel ; il n y aura exactement dans ma relation que ce que j'aurai vu avec mes yeux.
c'est-à-dire avec mon binocle ou avec ma lorgnette , car je craindrais que mes yeux ne me fissent des mensonges. Je n'emprunterai rien au guide du voyageur, ni aux livres de géographie ou d'histoire, et ceci est un mérite assez rare pour que l'on m'en sache gré.
Ce voyage est le premier que j'aie jamais fait, et j'en ai rapporté cette conviction, à savoir, que les auteurs de relations n'ont pas seulement mis le bout du pied dans les pays qu'ils décrivent , ou que, s'ils y ont été, ils avaient, comme l'abbé de Vertot, leur siège fait d'avance. Diverses lettres sur la Belgique que j'ai lues depuis mon retour m'ont singulièrement étonné pour la dépense d'imagination et de poésie qu'on y a fait. Assurément je n'y ai pas re-* connu la contrée ni les hommes que je venais de quitter.
A présent , si le lecteur curieux veut savoir la raison pour laquelle j'ai été en Belgique plutôt qu'ailleurs, je la lui dirai volontiers, car je n'ai rien de caché pour un être aussi respectable qu'un lecteur. C'est une idée qui m'est
vmae au Musée, en me promenant dans la ga« lerie de Rubens. La vue de ces belles femmes aux formes rebondies» ces beaux corps si pleins de santé , toutes ces montagnes de chair rose d'où tombent des torrents de chevelures dorées^ m'avaient inspiré le désir de les confronter avec les types réels. De plus, l'héroïne de mon prochain roman devant être très-blonde, je faisais, comme on dit , d'une pierre deux coups. — Voilà donc les moti& qui ont poussé un hon-* note et naïf Parisien à faire une courte infidélité à son cher ruisseau de la rue Saint-Ho-* noré.— Je n'allais pas, comme le père Enfantin^ en Orient chercher la femme libre, j'allais au Nord chercher la femme blonde ; je n'ai pas beaucoup mieux réussi que le vénérable père Enfantin , ex^dieu , et maintenant ingénieur.
Vous savez avec quelle difficulté un Parisien s'arrache de Paris, et comme la plante humaine pousse de profondes racines à travers les fentes de son pavé. Je restai bien trois mois à me dé-* cider ai ce voyage de quinze jours. Mon paquet fot fait et défait dix fois , et ma place retenue
à toutes les diligences ; j'avais dit je ne sais combien de fois adieu aux trois ou quatre personnes €[ue je croyais capables de s'apercevoir de mon absence ; ma sensibilité souffrait beau* coup de la répétition de ces scènes pathétiques, et je commençais à avoir mal à l'estomac , à force de boire le coup de l'étrier; enfin un beau matin, ayant changé un assez gros tas de pièces de cent sous contre un fort petit tas de louis, je me pris au collet moi-même , et je me mis à la porte de chez moi, en enjoignant au camarade que j'y laissais, de me tirer dessus comme sur un loup enragé si je m'y représentais avant trois semaines, et je m'en fus à la fatale rue du Bouloi oh était la voiture.
Il est clair que le départ d'un ami doit affecter douloureusement les âmes sensibles ; et pourtant, si vous restez après avoir annoncé un voyage, quelque chose qui ne ressemble pas mal à un mécontentement commence à se produire dans votre entourage ; il semble que vous ne soyez plus en droit de prendre le pont des Arts pour un sou et le pont Neuf pour rien. Votre
portier , lorsqfue vous rentrez , ne vous tire le cordon qu'à regret ; Paris vous pousse par les épaules , et votre propre chambre vous regarde comme un intrus. C'est ce qui m'arriva pour avoir dit que j'allais à Anvers* La divinité que f adore, tout en convenant que ces trois semaines lui paraîtraient fort longues, me faisait remarquer que j'aurais dû être parti depuis longtemps.
Si vous allez en Belgique , et que vous ayez des amis lettrés, Finconvénient est double. Bap-^ portez-moi mon dernier roman, ou mon volume de poésies, un Hugo, un Lamartine, un Alfred de Musset, un Manuel du libraire (4 vol. in-8?, excusez du peu). Vous aurez bien soin de les couper, carsanscelaon les saisiraità la douane; et que sais*je , moi ! des listes de trois pages , plus longues que la liste de don Juan ! Sono Mille e trè, et encore personne n'a la délicatesse de' vous oflTrir une bourse pleine et une malle vide pour rapporter tout ce bagage.
Mon père, qui m'accompagna à la diligence, se comporta fort bien dans cette suprême cir«
constance ; il ne me pressa pas sur son cœur, il ne me donna point sa bénédiction , mais aussi il ne me donna rien autre chose. Ma conduite fut également très-màle : je ne pleurai point; je n'embrassai point le sol de cette belle France que j'allais quitter, et même je fredonnai assez gaiement et aussi faux qu'à mon ordinaire • un petitairqui est mon ftUa bwello etmontirily;mm tout mon courage m'abandonna quand je tîs arriver mes deux compagnons , ou plutôt mes deux compagnes de voyage : c'étaient deux femmes de yingt-neuf à soixante ans, avec des chapeaux extravagants, des manches violentes, des frisures hors de proportion , des nez insocia* blés , et le plus cannibale , et le plus odieusement criard de tous les perroquets verts mélangés de rouge, qui ait jamais fait le désespoir d'un honnête homme, prisonnier dans un coupé. À cette vue, mon sourcil
Prit l'effiroyable aspect d'an accent circonfleie,
et je me sentis le cœur triste jusqu'à la mort. Fort heureusement , je trouvai une autre place dans l'intérieur, ainsi que mon brave camarade
Fritz, dont Je nç vous ai pas encore parlé et dont je vous parlerai plus d'une fois , car c'est le meilleur fils du monde. La voiture partit, et, arrivés à la barrière de la Yillette, nous pûm^ dire comme J. J. Rousseau : Adieu Paris, ville 4e boue, de fumée et de bruit.
Comme les abords de ]a reine des villes sont misérables ! Il n'y a rien de plus pauvre au monde que ces maisons dont les flancs, mis à nu par la démolition des bâtiments voisins , conservent encense la noire empreinte des tuyaux de cheminée, des lambeaux de papier, et des restes de peinture à d^ni effacée , et que tous ces terrains vagues coupés de flaques d'eau, et bossues de tant d'ordures, que Ton voit aiix environs des barrières : cette dégradation et cette saleté me furent surtout sensibles au retour, accoutumé que j'étais à la propreté et à la bonne tenue des villes flamandes.
Fidèle à mes devoirs de voyageur pittoresque » je mis le nez à la portière pour voir un peu de quelle façon se comportait la nature à msi droite et à ma gauehe. J'c^servai d'abord
une grande quantité de troncs d'arbres que je renoncerai à décrire un à un, vu que cela pourrait à la longue devenir un peu monotone ; ces troncs d'arbres , dont je ne pouvais apercevoir le feuillage i galopaient de toute la vitesse des chevaux et fuyaient comme une armée de bâtons en déroute. A travers cette espèce de grillage mouvant, apparaissaient des terres labourées, des cultures de teintes différentes, quelques petites maisons , avec un filet de fumée , des processions de peupliers , des groupes d'arbres à fruit , et , tout à l'extrême bord , un ourlet bleu, haut de deux doigts ; puis,çar-dessus, de grands bancs de nuages gri&*pommelé , avec des traînées d'azur verdàtre à de certains points du ciel, et des entassements de flocons neigeux, comme une fonte de glace dans une des mers du pôle. Le ciel était très*beau, grassement peint , d'une touche large et fière ; quant aux terrains, je les ai trouvés beaucoup moins bien réussis ; les lignes étaient froides , la couleur sèche et criarde : je ne conçois pas comment la nature pouvait avoir l'air aussi peu naturelle
et ressembler autant à une mauvaise tenture de salle à manger. Je ne sais si l'habitude de voir des tableaux m'a faussé les yeux et le jugement, mais j'ai éprouvé assez souvent ttne sensation singulière en face de la réalité ; le paysage véritable m'a paru peint et n'être, après tout, qu'une imitation maladroite des paysages de Gabat ou de Ruysdaêl. Cette idée me revint plus d'une fois en voyant se dérouler dans la vitre ces interminables rubans de terre couleur chocolat et ces files d'arbres du plus délectable vert épinard que Ton puisse imaginer.
Il est certain qu'un peintre qui risquerait de pareils feuillages et de semblables terrains serait accusé par tout le monde de ne pas faire nature ; tout cela était découpé comme à Temporte-pièce , avec une crudité , une dureté, et un manque de perspective aérienne inconcevables : les décorations du Gymnase, où l'on voit de grands gazons en manière de tapis de billard , avec des allées café au lait et des maisons qui ont l'air d'avoir mis des panta-
iûns de nankin, ressemblent à la nature beau* coup plus qu'on ne le croit.
Voilà pour la couleur; pour la forme, figurez- Yous je ne sais combien de lieues de bandelettes, dans le genre de ces dessins transTcrsaux lithographies par Amout , qui représentent les quais ou les boulevards; il n'y a pas de comparaison plus juste.
A une espèce de descente assez rapide, je remarquai sur les bords du chemin, une certaine quantité de petites croix d'un aspect passablement sinistre, et l'on m'apprit que ces croix marquaient les endroits où de pauvres postil* Ions s'étaient tués en tombant de cheval, et oh la diligence avait versé avec une grande perte de commis-voyageurs et autres ustensiles ; explication qui fit jeter les hauts cris à une manière de femme d*un âge désagréable ornée de deux yeux charbonnés, d'un nez pudiquement rouge, et, pour moyen de séduction principal, de trente-deux dents d'un ivoire jaunâtre, longues et larges comme des manches de couteaux, et de l'aspect le plus formidable du monde ,
cette intéressante jeune personne, qui déployait de profondes connaissances st]:atégiques et paraissait connaître intimement toute Tannée française, se tenait accroupie dans un angle de la voiture, entourée de toutes sortes de sacs et de poches contenant des vaisselles inconnues qui rendaient des bruits étranges à chaque cahot de la voiture. De dix minutes en dix minutes , elle s'évanouissait avec une régularité qui eût fait honneur à la montre la mieux réglée.
Puisque j'ai ébauché ce portrait, pow que la collection soit complète je vais donner ici la descrîpti(m succincte du reste de la carrossée. — Premièresimt, un grand vieillard , maigre comme un lézard c^ii a jeûné six mois, et pour ainsi dire momifié , si sec , que £^il eût mouché la chandelle avec ses doigts, il se serait infailliblement allumé. Son front peaussu avait plus de fossés et de contrescarpes qu'une ville fortifiée à la Yauban. Ses joues flétries et traversées de fibrilles écariates ressemblaient à des feuilles de vigne grillées par la gelée ; et sa bouche noire, dans sa figure terreuse, représen-
tait assez bien une ouverture de tirelire. Ce témoin des anciens jours , ce contemporain du monde fossile , sans crainte de faire rougir ses cheveux bkmes » se livrait aux facéties les plus anacréontiques, etracontait ses bonnes fortunes aux époques reculées oii il avait dû fleurir; il ne tarissait pas ;
Près de lui» noni Herculei Et Jupiter D*ëtaient que dei fats ridicules.
Sa principale histoire consistait en un amour qu'il avait eu pendant la révolution pour une déesse de la Liberté, qui était fort libertine, jeu de mots qu'il semblait affectionner beaucoup ; il la répéta cinq ou six fois de cinq à six manières différentes. Je pense que la vérité ne se trouvait dans aucune de ces versions.
Secondement , — certain être excentrique et mystérieux à qui je ne pus d'abord assigner de profession ; il était vêtu d'une façon bizarre : 89 redingote prétentieusement coupée , d'une étoffe luisante» avait des reflets métalliques très- «nguliers ; on eût dit qu'il sortait de la rivière
— lis —
ou qu'il venait de recevoir une ondée. Une petite casquette toute recroquevillée se dandinait, sanp perdre l'équilibre, sur sa petite tête toute bos-* suée et pleine de protubérances. Le pantalon était insignifiant ; mais les bottes me parurent douteuses, pour ne pas dire suspectes. Je n'ai jamais vu une plus drôle de physionomie ; un sourcil crochu, et placé beaucoup plus haut que l'autre , lui donnait quelque chose d'effaré et d'extravagant dont l'effet comique ne peut que difficilement se rendre. Son nez semblait un coin que Ton eût fait entrer de force au milieu de sa figure ; son menton avait été taillé à coups de hache par la négligente nature, et du milieu de son cou, laissé à découvert par une cravate très--basse , s'avançait un énorme cartilage qui eût fait dire aux bonnes femmes qu'un fameux quartier de la pomme fatale s'était arrêté à sa gorge, et qu'il ne pouvait pas se défendre d'en avoir mangé. Des tics nerveux lui agitaient la face de temps en temps ; il roulait des yeux exorbitants, et brochait des bisd)ines comme un singe qui dit ses patenôtres tout bas. Cet homme
avait* à coup sûr, posé pour le premier casse« soisette que Ton ait fait à Nuremberg : du reste, il ne sonnait mot. J'aurais eru que c'était un poète qui cherchait une rime à triomphe et à oncle, tant il avait l'air profondément occupée Hais la forme de ses mains ne me permit pas de m'arréter à cette supposition purement gra« tuite. — On verra plus tard quel était ce personnage drolatique, qui semblait échappé d'un conte fantastique d'Hoffmann, et qui, en effet, y eût tenu fort bien son rang.
Je ne vous ferai pas la topographie de mon illustre camarade , de peur d'offenser sa modestie et de violer son incognito. Vous y perdeas beaucoup, car, dans cette heureuse expédition à la recherche dû bouffon , ce que j'ai vu de plus bouffon, c'est très-certainement lui; je vous dirai seulement qu'il ne jeta pas une fois les yeux sur le pays qu'il traversait , et qu'il employa tout son temps k lire la Nouvelle Hé-hnse ou la Fleur des Exemples , occupation on ne peut plus édifiante.
Vers la frontière du département de la Seine,
on ouvrit la porte de notre ménagerie, et on y poussa un animal nouveau ; je n'en avais jamais vu de semblable : c'était un agréable Wallon avec la blouse patriotique et la casquette conforme; cette chose en avait sous le bras une autre en ferblanc, de figure oblongue, et d'un contenu ténébreux. Ce monsieur s'encaissa entre moi et le vieillard aux paroles légères, puis tira de sa poche undisqueprodigieuxquejeprisd'abordpourune table de douze couverts, ou une meule de mou-* lin, mais qui était véritablement une tabatière dont les deux charnières poussaient, en tournant sur elles-mêmes, des miaulements plus affireux que ceux de vingt chats écorchés vifs. La boite de Robert Hacaire est un harmonica en com-* paraison. Le Wallon puisait dans ce cratère des poignées de poudre dont il farcissait sa trompe en renâclant avec un bruit formidable, comme Leviathan ou Behémoth quand ils étemuent ; mais n'anticipons pas sur les relais et les évé* nements.
La voiture roulai^ toujours , et nous arrivâmes bientôt dans un village, un hameau ou
un bourg , je suis profondément incapable de vous dire lequel , dont les maisons portaient , sans en excepter une » écrites sur le front , en caractères de toutes les grosseurs, et avec toutes les fautes d'orthographe possibles et impossibles, cette inscription alléchante et fallacieuse ; A la renommée du ratafia. Comme on changeait de chevaux dans cet endroit, nous descendîmes de notre juchoir, et nous allâmes vérifier l'assertion en touristes pleins de conscience. Nous commençâmes par les épiciers de gauche , et nous finîmes par ceux de droite, et , j'en jure par Hécate aux trois visages et par le Styx infranchissable , c'est une affreuse déception: figurez-vous quelque chose d'amer et de fade , un abominable arrière-goût de mélasse, comme du cassis tourné. voyageur trop confiant ! ne buvez jamais de ratafia à Louvres ; que notre malheur ne soit pas inutile à l'humanité I ~ Dans le même lieu , nous vîmes par compensation un Hôtel-Dieu gothique, avec des ogives à pointes de diamant d'ui^caractère assez beau, et des mendiants si bien vêtus et de si bonne
mine, qu€ nous fûmes ientés de leur demander laumône, .
Senlis« que nous laîssânies . derrière nous ^ semblait nous poursuivre en nous montrant le ciel avec le greŒLd;d6igt de son clocher. Hélas l nous Q^songiont guère au oiel, mais bien à là table d'hôte, car la £aim^ ma/etuaela, nous épe^ ronnait furieusement, et nous commencions k nous regarder avec.des figures terribles, comme l^olin et ses fils dans la tour : et si nous n'é* tions pas arrivés à Courtnay» lieu de la dînéev nous allions tirer au sort pour savoir qui de nous serait mangé par les autres.
Que le leeteur ne regrette pas le temps que nous avons mis à décrire les habitants temporaires de cette petite ville à quatre roues que Ton nomme diligence ; la route n'avait exactement rien de curieux , la nature continuait à se moquer de moi, et à garder ses airs de plan lavé; c'étaient toujours des peupliers semblablés à des arêtes de poisson , des cultures bariolées, comme le livre d'échantillon d'un tailleur, 'des feuillages de fer-blanc peint, et un
sol de sciure de bois, d^ arbres, de la terre^ et du ciel comme toujours i pas le moindre petit point de vue, pas le plus petit site -r— romantique et pittoresque,
Nous nous arrêterons ici, et nous laisserons rimagination du lecteur se reposer s«r une scène riante : qu'il se représente une grande table, où rayonnaient sur une belle nappe blanche des constellations de plats ^t d'assiettes garhies ; plus , deux jeunes voyageurs enthou* siàstes , avec une douzaine d'autres voyageurs très-positift , à qui leurs serviettes passées autour du cou donnaient l'air de héros grecs; dans leur chkmyde de marbre, ressemblance que confirmait ^eore la mine belliqueuse avec laquelle ils brandissaient leurs armes offensives.
fallacieux aubergistes I vous , à 'qui Fou peut appliquer aussi justement qu'aux femmêd le mot de Shakspeare : Perfides comme l'onde, Palforios machiavéliques , h<fttes à double faee,
croyez-vous que, malgré mon apparente can^ deur, je ne me suis jpas aperçu de votre diabcn lique invention» pour faire perdre à de malheu* reux voyageur^ mourants de faim dix des précieuses vingt minutes accordées par Timplacable conducteur, pour pi'endreleur tepas?
Je dénonce au monde ambulatoire et touriste cette exécrable ruse, d'autant plus dangereuse, qu'elle se présente sous la forme d'une belle soupière de porcelaine opaque , à filets blçus , remplie d'un pot^e suffisamment étoile, ce qui éloigne d'abord toute méfiance ; mais ce bouillon qui a plus d'yeux qu'Argus , a sans doute été fait dans la marmite du diable, avec un volcan pour fourneau , car il dépasse de plusieurs degrés la chaleur du plomb fondu, et bout encore dans l'assiette.
Mon acolyte Fritz, plongeant d'une façon résolue sa tête luisante à travers les tourbillons de tiède fumée qui s'élevaient, d^<^ette mixture insidij^ose , en prit une inorme cuillerée ; dju milieu de l'épaisse v^eur on entendit sortir un crif etl!on vit bientôt le digne Frita; faisant une grimape horrible et tenant à la main conuae un gant retourné les àexvfi premières pdliculesde sa langue.
Malgré notre faim plus que canine^ instruits par ce fatal exemple, nous sommes forcés d'attendre et de laisser refroidir notre soupe , car>
poqr toléter une pareille teoopéraiure, }\ Ibiu« drait arok le palais doublé j» olpui e|. chevillé en cuiyre. Les aubergiMes le sa^eut bien» {et il| caleulent ea conséquence ; ce {lotagç si babîler ment maint^u à cent cinquante degrés Cienjilf gradea, leur épargne trois ou quatre To]iaillq»i et leur ^auve cotaplétemont le dessert. Ce retard était d'autant plus douloureux^ que la plu^ goguenard des couqous , nous regardant ayeç les deux trous par oii on le remonte , oommç ateQ deux prunelles , semblait nous mépriser infiniment, et nous poursuivre, de sçn.tic t^ac irolûquet qui nous disait en langage, d'horloge; —L'heure coule, Içi soupe est toujours chaude.
l'en appelle à toutes les civilisations antiques et modemçs, y a-t-il rien de plus noir?
Un autre inoonvénieait se présenta : qi^oir CHie mon ami.et mQi , nous eussions taché dç n'être pas à table, à çôté;d'}me dame, de peur d'être obligés de nous: montrer bonne^ et galants , chose fort e nnuyeus e quand on veut dîner s^érieusement , nous ne pûmes éviter qu'il s'en trouvât une à notre droite*
-*- J'avoue qoe lien au inonde ne me déplaît comme de donner à une inconnue, faite de fiioon à vous faire estimer heureux de ne ravoir jamais rencontrée , la seule chose que je puisse manger d'un poulet , c'est-àndire Taife et le blanc. Fritz, qui vit ma douleur, tourna habilement la difficulté, en prenant au passage de l'assiette tout ce que le poulet pouvait avoir d'ailes. Par cette manoeuvre savante, jé ne pus ofErir à la dame ni aile ni blanc, Fritz les ayant confisqués d'autorité ; je pris par contenance im petit morceau de peau grillée, et lâ'dame désappomiée n'eut pour sa part qu'une cuisse filandreuse et sèche comme elle-même : puis , le magnanime Fritz, feignant d'avoir eu plus grands yeux que grand ventre , me repassa la moitié de sa capture : de cette façon je mangeai l'aile , et je n'eus pas l'ai* malhonnête , et le beau sexe de la diligence put garder une opi^ nion favorable de moi. ^
Voilà dè'oes actions dont on se souvient jusqu'au monument , et qui forment des amitiés indissolubles : Oreste et Pylade* Éhée et Âchate,
Thésée et PihihQùs s'étaient sans doute l'endus
éé pweils services à table d'hôte. amitié! qacHqae M. Alexfndre Damas t'appelle dims Antony un sentiment faux et bàtard^je te pro* clame ici vax& chose finrt asgréable et supérieure à l'amour, ^oiis le rapport dos ailes de poulet*
Cette bataille entre les aubergistes et les^ voya^ geors, que Ton nommie dtner, s'étaiii terminée sans trop de désavantages pour nous, grâce à notre ekpéditive férodté , l'on sous remit m cage , et nous partîmes au graod ^lop.
le petit être excentrique , dodelinant là tète plus fort que de coutume, grommelait entre ses dents : Le mativais dîner, oh 1 mauvais en vé^ rite ! Puis il retombait en rêveries: Après quèl« ques grimaces nerveuses plus fantastiques les unes que les autres, il plongea sa main osseuse dans une des poches de sa redingote , et en retira un portefeuille trop volumineux pour être celui d'un poëte élégiaque ou d'un vaudevilliste. Il ouvrit son portefeuille, et tira d'un des goussets quelque chose de noir, qu'il se mit h observer d'un air de satisfaction indéfinissa-
«Tait de euiieui dans oet habit de maripmiette, ho» soa excessive p^tesse.
— Vous ne Toyez rien? dit le petit être aprèft m'ayoir laissé le temps de recueillir mes idées. . ^^ Pardiea , - ifioa I lui répoodis^je ; rangezmoit â TOusTOulez, dans la classe des palmi* pèdes, cm dans^tdle classé de Tlnstitat qbe vous voudrez , mais je n'y comprends rien . -^ '-' £t je lui remis le petit baMt qu'il fit' passer aux autres personnes de la voiture , qui ne se montrèrent pas plus intelligentes que moi. -
Alors, avec la majesté d'un mistagogue rou d'itn poëte oirphéique qui dévoile une alîégôriè, il expliqua à l'assistance ébn^hie comme quoi c'était un modèle d'faabit d'un seul morceau » cousu avec une seule couture ; pr(Aîème non «icore résolu jusqu'à nos jours. Le fil était blanc pour qu'on p4t mieux suivre les méan-
lires de cette' unique et triomphante couturé.
-r-Ouî, î\ n'y a pas pour deux sous de drap là dedans, et un centime de fil ; éh bien! cela se vend cent francs , mais c'est Tinveution qui «epâye.
le hii répondis qa'im habit dans couture serait une inTention supérieure et vaudrait Men deux cents, francs, fùt*il deux Ibié plus petit.
-^ Assurément^ r^onditril après uiie minute de réfflaLÎon prdfendet maii^ ce n'est pos»ibl6 qu'^Q oi|outctKmc«
Je carus nécsessaire, voyant rkitérèt tiotoit qu'il y mettait v de don&er deis élo^^xjc^isstfs à' celle mirifique ^éMuverte, éloges ^ur «aspérëfent tdtlemebt son amour^çrûpre, qu'il no put gardier plus^Ionglefmps l'incbgnito. ' '
^ Qui croyeï-voas qui ait inventé cda, monsieur? IBeut^ébre p^ûisez-^vous quéoe soit un autre? nonl c'est moi I Tai une fàmense Séte , allez! ^-^ Je^^is ia^Aewrl fii dit cela. avec Une expression de suffisance heureuse, très-diIScile à rendre, et exactement de la voix dont on dirait : je suis prince, ou virtuose ; puis, 11 ajouta d'un ton plus humain r pour le civil et le militaire, rue d'Or, à Bruxelles.
Dkble, dis-je à part moi, — Taveuturier est un prince, Tidiot est un esprit, le diat qui dort
un chat qui guette, et mou poète ^légiaque un ffîtimable tailleur .v
Me voyant taciturne , il' se mit è parler db sa profession, aVeo un lyrisme transcéndantal» qui me rappela plus d'unefois le petit porrùipiier enthousiaste qu'HoSkoann a « bien peint dans YÊlmr du Diable. — Hais ce n-étaît pas seii^ lement à la coiifeotiDn des habits qu'il bornait son esprit inventif ^ il venait de trouver le mqym dejsgire des moulins à eaii sur les plus hautes mc»l<agnes;dé6oaverie. aussi utile que Joëlle d'ér tablir de» moulins à vent au fond des puits. D m'expliqua si bien le mécanisme de sa machine^ c[ue j'avoue à ina honte que la chose me paR]^ non-seulemien1| possible, mais&citot et;qu6.si je n'en donne pas la description :ici , c'jest:de peur que quelque ingénieur ne profite du procédé de mon ami de l'Aiguillé et de.
son. associé le charpentier; il se propiosait, du reste^de demander un brevet*
Fendant toutes ces conversations^ les arbres filaient toujours, à droite et à gauche; les teintes roses de l'horizon devenaient violettes ;
le paysage s'embirouillait, et le soleil, au milieu de la brume» avait l'air d un œuf sur le plat ; ee tpii est humiliant pout un astre à qui M. Malfilàtre a fîit une ode trouvée admirable . par d'Alemb^.
La différence de tempéralixre» et la frateheur de k nuit qui venait, ayant fait ruisseler sur les vitres une sueur abondante et perlée, qui m'em** péchait de distinguer les objets déjà estompés par l'ombre ; une bouffée de brise glaciale me faisant r^rer la tète chaque fois que je la sor* tais , comme un colifnaçon dont on frappe les comes ; je renonçai h mon rôle d'observateur,. et je m'établis dans mon coin le moins incom** modément qu'il me fdf possible. Pour Fritz, il s^avisa d'vn moyen de dormir^ qu'un autre eàt eiaployé pour se teiur éveillé : il noua son fou* lard par les deux bouts à la vache de la voiture, passa son muffle dans oetfeespèçe de licol, et but bientôt, à pleines gorgées, à la noire coupe du sommeil. Ce qui m'a beaucoup surpris, c'est qga'il ne se soit pas étranglé bel et biw ; appa-^ remmcaoït que Dieu, toujours bon, toujours par
imxéh Teut loi épargner la pdiie de se pendre juiHaiâoie.
Tout le monde doraut,hieD£5tdtt iKumneil dea jiutes » dans la dâigwee , eieeptéie oente* naire anacréontiqae, qui lâchait desisolsit tri< pie mtfisite et courtisait cle ]^s la femmo àui trente-deux dçuts couleur d'cnr» dont ies poteries rendaient des sons de plus pu plus mquié* tantâ ; 4e pâle frère de la moii contre lequel je • luttais depuis deuxheujifes, méjeta tant de ssèle dans les yeux, que force me fut de les fermer, comme le reste de la compagnie. Il existe donc nécessairement ici une lacune dans les des* criptions et les ô?énements ; j'en deikiaiide par^ don au public, mais il me fiitimposinble de ne pas céd^ à la nature , lui ayant résisté toute la nuit précéd^te en faveur de rAmitié , i qui je faisais mes adimx^ v
Un cahot assez violent me réveilla, et j'm* tendis )a voiture roulegr sourdement comme sût une esp^e de plandier; je baissai la glace ; et je^distinguài dans l'obscurité une autre obscitrite plus opaque et plus intense , comme du
Teloa» bitnr sat du drap noir: e'étittt Péronnê où nous entrions déjà depuis une demi-heure ^ m {tassant par unie complication dé portes et de pQUts-lévis tout à fait décourageants , et qui aident beaucoup à expliquer la Virgî-iiité de la susdite Pér onne. En traversant une espèce de place, j*eiïtre?is , ' à la lueur de deui oli trois étoiles, qui avaient mis la tète à la lucarne d'un nuage, iule tour à quatre pans vaguement â)auchée. — C'est tout ce que je distinguai. Après avoir roidé encore dans quelques nies étroites, dont la pesante dili^ gence faisait trembler les maisons, nous sortîmes par autant de poirtes que nous étions( entrés.
Péronne traversée, je me rendormis ; quand je rouvris lès yeux , le petit jour commençait à poindre; Taurore avait des pâleurs charmantes , comme une jeune mariée, et je crois réellement qu'elle n'avait pas couché cette nuitlà dans le lit de son vieil époux. Quant au soleil qui se faisait attendre , je pense qu'il l'avait passée à boire au cabaset , à jouer au bre-
lan chez madame Thétis , car il avait les yeux passablement rouges. '
Nous n'étions pas^ loin de Cambrai, — ? L'aspect du payst était complètement difiëi^nt. La température s'abaissait fioosidérablement • et nous nous attendions à toutes minutes à voir paraître les ours blancs et les bancs de glaces flottants. ->r* Ce np fiit guère quQ sous celte latitude que je m'aperçi,is que je n'étais plus à Pantin ou à Bagnolet : le type français s'ef-* iace pour, eécfer le pas au type flamand ; c'est aussi vers cet endroit que Tusage des b^s. et des souliers commence à être inconnu , et où Ton prend tant.de soin de laver les maisons* que l'on ne se lave jamais la figure.
Que TOUS dirai-je de Cambrai, sinon que c'est une Tille fortifiée dont François Salignac de Lamothe de Fénélon était autrefois archoTèque, ce qui lui Talut le titre de cygne de Cambrai, par opposition à Taigle de Meaux ; en fait de cygne , lorsque j'y suis passé , je n'y ai tu qu'un magnifique troupeau d'oies ; les unes blanches, .les autres tachetées de gris.
Une Tille fortifiée, etàJaVauban encore, c'est-à*Klire tout ce que Ton peut imaginer de
plus laid et de plus triste au monde. — Figurez- Tous trois murailles de briques faisant des zigzags à n'en plus finir, séparées par des fossés remplis de roseaux , de joncs , de nénuphars , de pommes de terre , et généralement de toute espèce de choses , excepté de l'eau , bien^ entendu ; trois murailles qui n'ont d'autre ornement que des embrasures de canons » ayec des volets peints en yert, et qui sont toutes les trois exactement pareilles. — La couleur rose tendre de la brique , et le vert pacifique de ces volets qu'on ouvre tous les matins pour faire prendre l'air aux eanons, sont de l'effet le plus singulier et le plus pastoral du inonde.
Je me flatte d'être très^-ignorant en anshiteo^ ,ture militaire et en stratégie ; et j'avoue que jces fortifications si vantées me paraissent plutôt iaiteft potur y mettre de la vigne, ou des pêchers ea eqpalier, que pour défendre une ville.
Il ine ùmi des donjone « des tours rondes et carrées, des remparts superposés , des ma-: checoulis» des barbacanes^ des ponts-levis^ des
herses . et tout Tappareil des anciennes forte*
resses; les lunettes, les cuvettes, les casemates, les bastions, les contrescarpes et les demi-lunes me sont peu agréables ; je suis comme Mascarille , j'aime mieux les lunes entières.
Ar quoi sert d'ailleurs une yille fortifiée»
sinon à être prise? — S'il n'y avait pas de villeîr fortifiées , il n'y aurait pas de sièges , et je ne vois pas ce qui empêche de passer à côté de ces forteresses si virginalement retranchées sous leurs jupons de murailles et leurs vertugadins de pierre. '
Les villes fortifiées me semblent, k vrai dire, malgré leur air prude, de franches' <î'oquettes très-capables dé laisser chiffonner au dieu Mars leurs collerettes de créneaux • et beaucoup plus promptes à dénouer leur ceinture de tours, pour entrer dans le lit du vainqueur , qu'on ne pourrait le croired'après leur réputation sauvage et farouche. On y a ménagé aux ennemis toutes les facilités possibles pour y entrer avec agré* ment, par une infinité de petits chemins Umt parsemas de roêes , et entretenus très-soigneuse* ment ; les talus et les glacis forment des pentes
douces qui invitent à grimper ceux qui en aU' rai^t le moins enyie.
Dans Cambrai, oîi Ton déjemia, je ne vis rien de remarquable qu'une gigantesque affiche de la Presse et une autre de dimension plus modeste, qui faisait savoir aux dignes habitants du lieu qu'on donnait ce soir4à au théâ-. tre de la ville la superbe pièce d'Edouard en Ecosse, généralement admh*ée à Paris, et jouée par les premiers talents ; puis, une assez belle tour à droite du chemin , que je n'eus, pas le temps d'examiner.
Une chose qui 91e frappa, c'est que toutes les rues étaient sablées d'une poussière bleue; trois ou quatre voitures de charbon de terre que je vis passer, et qui tamisaient, en marchant, une poudre impalpable, m'expliquèrent le pourquoi. J'avais déjà pris mon crayon pour écrbe sur mon carnet : — Dans ces régions éloignées et non décrites, par un phénomène assez étrange, la terre est bleue; — beaucoup d'observations de voyageurs ne sont pas mieux fondées.
Voici donc, pour en finir avec Cambrai, Fa&pect de Tendroit que nous livrons bénévde^ ment aux amateurs de couleur locale. — Terre bleue, ciel eau du Nil plombée, maisons feuil^ les de roses sèches, toits violet d'évêque^ habitants potiron clair, habitantes jaune paille. ^^ Cambrai est une excellente ville pour encadrer un roman mtime ; si nous nous livrions à ce genre de divertissement, nous en aurions levé le plan, et nous y aurions mis une ou deux paires de héros et d'héroiines plus ou moins adultères et phthisiques, ce qui eût été du meilleur effet.
Cambrai passé, la campagne prit un caractère tout différent de ce que j'avais vu jusqu'alors; l'approche du nord se faisait déjà sentir, et il vous arrivait dans la figure quelques bouffées de son haleine glaciale. J'avais quitté Paris la veille en chemise et par une chaleur de vingt-six degn^; je trouvai en vingt heures de distance que ma vertu n'était pas un habit suffisant, et je m'emmaillotai soigneusement dans mon manteau.
Jp n'ai jamais rien vu de plus gracieux et de plm^ frais que le tableau qui se déroula devant mes yeux au sortir de cette vieille vilaine ville, tout enfumée et toute noirie de charbon.
Le ciel était d'un bleu très-pâle qui tournait au lilas clair en s approchant de la zone de rc* flets roses que le soleil levant suspendait au bord de Thorizon. Le terrain ondulait mollement, de façon à rompre la monotonie des lignes presque toujours plates dans ce pays, et de petits lisérés d'azur terminaient harmonieusement la vue de chaque côté du chepiin; d'im* menses plantations d'oeillettes tout emperlées de rosée frissonnaient doucement sous l'haleine du matin, comme les épaules d'une jeune fille au sortir du bal; la fleur de l'œillette est pres^ que pareille à celle de Tiris, d'un bleu délicat, où le blanc domine ; ces grandes nappes azurées avaient l'air de morceaux de ciel qu'une lavandière divine aurait étendus par terre j^our les &ire sécher. Le ciel lui^môme ressemblait à un carré d'œUlettes renversé, si la comparaison vous plaît mieuxi tournée de celte manière ;
pour latrapsparenoe, la finesse et k légèreté du ton, on eût dit une des plus limpides aqua** relies de lumer; il n y avait cependant que deux teintes dominantes, du bleu pâle et du lilas pâle ; çà et là quelques bandes de ce Tert prasin que les peintres appellent ?ert Véronèse, deux ou trois traînées d'ocre et de lueurs blondes accrochant quelques bosquets d arbres loin* tains» Yoilà tout; rien au monde n'était plus charmant, ce sont de ces effets qu'il faut renoncer à peindre et à décrire» et qui se sentent
plutôt qu'ils ne se voient.
À mesure que la voiture avançait» la vue s'é* largissait, de nouvelles perspectives s'ouvraient de tous côtés. De petites maisons de / bri^^ ques^ enfouies dans des feuillages, et rouges comme des pommes d'api montées sur de la mousse» s'avançaient curieusement entre deux branches pour nous regarder passer. On voyait miroiter des eaux sous les rayon» obliques, et s'écailler brusquement comme une paillette d'argent le toit d'ardoises de quelque clocher ; de grandes trouées laissaient pénétrer Tisil
dans les prairies du yert le plus amoureusement printanier que Ton puisse J rêver , et découvraient mille petits sites calmes et reposés, d'une intimité toute flamande et du charme le plus attendrissant.
Il y avait surtout de petits sentiers, de vrais sentiers d'école buissonnière , qui venaient aboutir au grand chemin en filant le long de quelque muraille de clôture ou de quelque haie d'aubépine, avec des airs incultes et sauvages les plus engageants du monde, et qui me ravissaient fort. J'aurais voulu pouvoir descendre de voiture, et m'enfoncer à tout hasard dans un de ces sentiers qui, assurément, devait mener dans les endroits les plus agréables et les plus pittoresquement champêtres. On ne peut s'imaçiner combien d'idylles dans le genre de Gessner ces petits chemins m'ont fait composer ; dans quels océans de crème ma rêverie s'est plongée à propos d'eux ; et combien d'épînards au sucre ils ont fait hacher à mon imagination I
Nous traversions fréquemment des hameaux.
des villages , des bourgs, entièrement bâtis en briques , d'ime propreté charmante , et si mignonnemént construits en comparaison des hideuses chaumières des environs de Paris, que je ne revenais pas de ma surprise.
Toutes ces maisons zébrées de blanc et de rouge , chamarrées des dessins formés par les différentes manières de poser la brique , avec leurs contrevents peints et vernis, leurs corniches en saillie, leurs toits d'ardoise violette, et leurs puits en guérite festonnés de houblon ou de vigne vierge, font reflfet de ces villes de bois colorié qu'on envoie de Nuremberg dans des boites de sapin pour les étrennes des enfants. Les proportions sont plus grandes nécessaiifement, mais c'est la même chose. On pourrait donner un de ces villages au jeune Gargantua pour lui servir de jouet.
On croirait que de telles maisons doivent renfermer des habitants grassouillets, propres et bien vêtus , mais on aurait tort de juger de l'escargot par la coquille. On place volontiers contre ces fenêtres àvitrage de plomb encadrées
-- ta —
de plantes grimpantes, quelque ?apoureux pro« fil de blonde jeune fille, se retournant m bruit des chevaui, ou travaillant à son petit roue^:
Œttvre de putieiice «t 4« mébneolto I..*
On se figure quelque jeune mère , debout , sur le pas de sa porte» avec son nourrisson au bras, et se détachant pure et lumineuse sur le front sombre et bitumineux de la salle basse, avec un grand chien qui la regarde tendrement et jappe à petit bruit, comme pour expri^ mer qu'il prend part à cette joie et à ce repos d omestique.
Au lieu de cela^ de vilaines créatures hâlées comme si elles eussent fait la campagne d'A**frique, et si laides, que les plus jeunes paraissaient avoir soixante ans.JCes infantes, pour la plupart, pétrissaient la crotte à cru avec de grands pieds plats |iuxquels il ne manquait que d'être palmés, et laissaient flotter fort né^i* gemment le pli supérieur de leur robe* Si c'était une coquetterie» elle était nul eotendw»
et cette exhibition n'avait rien ^'eo^ageant ; mais je crois qu'elles n'y entendaient pas jn»-r lice.
Ajoutez à cela quelques petits eolants mor* reux, en chçmiçe beaucoup plus courte par devant que par derrière, sans ba^i sans sou* liers, dont les jambes nues et rouges de froid, ressemblaient à des carottes bifiirquées, se battant à coup de mottes de terre sur le bord des fossés , ou jouant sur le pas des portes» et vous aurez un tableau très-exact de la population de ces délicieuses maisonnettes. .
Victor Hugo appelle quelque part les habitants d'une admirable petite ville de Bretagne, les punaises de ces magnifiques logis. Cela est vrai de toutes, les villes qui ne sont pas dçs villes eapitales ; le mot a paru exorbitant aux Bretons ^t même à quelques Parisiens; mais il ne semble que suffisant quand on est sur les lieux. — L'homme est de trop presque partout, et les figur es ne valent p resque jamais le paj^^ge. .
Toutes les fois que là voiture passait par un village |. il s'élevait subitement i du fond des
— ik —
fossés, de derrière les haies, du fiimier des basses-cours, une meute de petits garçons albinos, avec de longues mèches de cheveux d'un blond de filasse éparpillés sur les yeux, qui la suivaient jusqu'à la limite extrême en faisant la roue , et en piaulant sur un ton plaintif le seul monosyllabe cents, cents, dont je ne compris que plus tard la signification terrible. Ces petits garçons , dont plusieurs sont des petites filles qui font la roue aussi prestement que les autres, remplissent l'emploi des chiens, qui est d'aboyer autour des voitures et de mordre les jarrets des chevaux. Une place de chien est, dans ce pays-là, une véritable sinécure; seulement les chiens sont mieux vêtus, moins sales, et ne demandei^t pas de cents : triple avantage.
A propos de chiens, je dois consigner ici cette remarque importante, qu'ils deviennent de plus en plus rares , à mesure que l'on progresse vers les régions polaires et là zone arctique ; les chats sont aussi en fort petit nombre , je n'en ai vu que cinq dans tout mon voyage ;
i]g étaient d'un pelage gris fwm, f ayé àe qaeh quesbandesnoirès. Cespauvresamiziauxayai^^ Yeir de ne pas souper tous les jours et de mao* ger peu, maîsràremœt» eontrairement au {«récepte de l'école de Saleme. fom en finir avec la zoologie , je n'ai yu que deux paipillons blancs, qui tray^rsèrent le champ de ma lunette entre midi et une heure; en revanche , j'ai vu beaucoup de WaUons en blouse et en casquette ; les moulins à vent ( observation de moeurs qui n'est pas à négliger ) varient singulièrement dans leur forme. Ce n'est plus le classique moulin, carré, tournant sur un pivot, c'est uiA tour élégante, dont le toit seul et les ailes sont mobiles ; quel« ques-uns portent au col une collerette de charpente , d'un effet très-pittoresque. Si ma description succincte ne vous suffit pas, je vous renvoie à un charmant petit tableau de Camille Roqueplan, qui était au dernier salon, où vous verrez une collection de moulins, les plus bouffons et les plus flamands du monde. — J'ajouterai ici, car vous n'en trouveriez pas de modèle dans le tableau que je vous indique, que j'en ai même
remarqtiè un immi d'un seul aileron, qui s'agitait de Tair le plus démanché et le plus lisible qu'on puisse voir. Je le recommande à Godefiroy Jadîn , le Raphaël des moulins h vent.
Je ne pailecai pas de Bouchain, qui est une Tille SI foirte,que jesuis passé à côté sans l'aper**' cevoir. Si vous me permettez, nous sauteron9 qudques postes, et nous serons k Valenciennes.
C'est à peu près vers cette ville que commença' ime mauvaise plaisanterie qui se prolongea tout le temps de notre voyage .• de quart d'heure en quart d'heure, nouis traversions des cours d'eau, et des faisons de rivière de province, et comme des voyageurs ignorants et conscien-î* cieux, nous demandions à quelque Wallon pliïg ou moins stupide :
—rMonsieur, le notn de la rivière?
— C'est l'JEsoaut, monsieur.
•^ Ah I fort bien.
Pfais loin nouvelle rivière , nouvelle ques^ tion:
— Et ced, monsieur le Wallon , auriez-vous robligeantce de me dire ce que c'est ?
— GMiaiiMment = manrictar ; c'est TSwant «uAlisé.
•■^.Wmakat, j'en sois bite aise ; jUme les ùUEMU : c!e8t jiul Uenfait ide la dvilisaitioii. Mail il njfc &at pas en abuMr oqpendant. ^
Le Walloa restait 4àw l'attitude calme et simple qui conviait à mie ccmsoieiiOD pure ; il n'arait pas Tair de Comprendre Tintentiônma^ jestueuse du dernier membre, de phtase.
^^ Et là-hasi où jq toîb des bateaux à fotle rouges et à gouTttuail Tert pomme ? '
•^ L'Escaut , moiûlieur , riscàali lui-même* . Nous nous étiomi si.&ietifaâ!bitué»iè cette réponse^ que lorsque^ nous arrivAmes au bord de k; mer, à Ostende» mon camarade Frits nevoiii* lut jamais conyenir que ce fût TOcéan ; et il soutint imrdicus uniguibw A roitro que c'était encore l'Escaut canalisé. On eut toutes les peines du monde à le faire sortir de là; et quoiqu'il ait bu l'onde amire comme Télémaque» fils d' Uljsse^ il n'est pas enowe bien sûr de woê. Mu
J'entrai dans Valenciennes iaTec une idée de
broderies et de denidlesqai ne me quitta point. Cette impression se renouvela à Malines : j'au* rais Youlu que toute la ville fût découpée et festonnée à jour, et je demeurai désagréablement surpris en voyant très^peu de Vakneimnei. Tou* tes ces villes célèbres , exclusivement pour un objet quelconque, m'ont toujours produit cet effet. Je ne me représ«ite Nérac que sous f<»ine de terrine, ainsi qu'Ângoulème ; Chartres n'est dans mon imagination qu'un immense tas de pâtés ; Bordeaux qu'une ca^e pleine de bou^ teilles à goulots anongés; Bruxelles qu'un grand carré de choux, dits de Bruxdks, Ostende qu'un parc d'huîtres, et ainsi de suite. A combien de déceptions de pareils préjugés exposent un honnête touriste I
Yalenciennes est, du reste, une jolie petite ville, avec quelques maisons renamanee, un hôtd de ville du commencement de Louis XIV, et une église dans le goût florentin. C'est à Yq* lenciennes que je vis pour la première fois sur les murs cette inscription formidable , qui se reproduit invariablement de dix maisons en
dix maisons jusqu'à là fin de cette odyssée meryei&euse: •' ' >
Verhoopt mm dranken. '
€e qui signifie en loyal flamand : Ici ron vend àbokej ou bien en français bdge: Ici Yon van de bowm ( sic ). C'est aussi à Valenciennes qu'on me rendit, pour de l'argent* que je donnai, je ne sais quelle fabuleuse petite monnaie de cents et de pièces de plomb marquées d'un double W couronné, où le diable n'aurait rien corn* pris , et qu'on me présenta un tuyau de paille de chanvre au lieu d'allumette pour mettre le feu à mon cigare.
Dans la grande rue de Valenciennes, j'aperçus le premier et le seul Rubens que j'aie jamais vu dans mon voyage à la recherche de la chevelure blonde et du contour ondoyant; c'était une grosse fille de cuisine, avec des hanches énormes et des avalanches d'appas prodigieuses, qui balayait naïvement un ruisseau, sans se douter le moins du monde qu'elle était un Rubens très-authentique. Cette rencontife me donna bon espmr : espoir trompeur t
Vatendénnes ^t la dernière ville française; il n'y avaît plus que qudques lieues pour atteindre la 'frontière. Je récurai soigneusement ma lorgnette pour ne rien perdre des choses étonnantes que j'allais sans doute voir. Fritt, lui-même, mit la Fleur dei exemples dans sa poche.
De grandes cheminées d'usines , en briques roses, donnent à toute cette portion du pays un air égyptien fort peu flamand. Beaucoup de . ^sons, aussi de briques rouges, sont disse* minées le long de la route ; elles portent toutes le millésime de l'année où elles ont été bâties; la j)lus ancienne ne remonte pas au delà de 1811. A droite et à gauche, des clochers s'é* lèvent fréquemment par-dessus cette forêt d« ehemmées, et déchirent la toile (prise de l'ho* rixon.
Nous nous croisâmes avec plusieurs voitures d'une configuration particulière , à ridelles fort bi^es et fort évasées, entièrement peintes de ce bleu de ciel réservé autrefois aux boutiques de perruquier. Les chevaux n'étaient pas attelés
de même que ceux de nos chanrettès; ils n'avaient qu'un <5ollîer et étaient du reste entièrement nus.
• Enfin nduâ arriyftmes à un ^df oit oh Ton nous fit descendre de yoiture, et où Ton porta nos paquets dans une espèce de hangar pour les visiter. Nous n'étions plus en France. Je fus fort étonné de ne pas éprouver une sensation violente. Je croyais qu'un cœur un peu bien situé devait donner au moins vingt pulsations de plus à la minute en quittant le sol adoré de la patrie; je vis qu'il n'œ était rien; Je croyais aussi qu'une frontière était marquée de petits points, et enluminée d'une teinte bleue ou rouge, ainsi qu'on le voit dans les cartes géographiques; je me trompais encore.
Un café , intitulé Café de France , orné d'un coq qui avait l'air d'un chameau, marquait l'endroit où finissait le territoire français. Un estaminet, à l'enseime du Lion de Belgique, indiquait la place oé. commençait les possessions de sa majesté Léopold. L'enseigne de cet estaminet ne nous donna pas une bien haute
-T. sa ~
idée de l'état actuel des arts en ce bienheureux pays de contrefaçon. Recette générale : Voulezvous faire un lion belge? ne prenez pas un Hon ; prenez un caniche adolescent, mettez-lui une culotte de nankin , une perruque de filasse et une pipe à la gueule, et vous aurez un lion belge, qui fera un excellent effet au-dessus de l'inscription : Verkoopt mm drankm.
Je me donnai le plaisir, pendant que les douaniers fouillaient ma valise , de faire plu^ . sieurs fois le voyage de France en Belgique et de Belgique en France. Une fois même je me tins un pied sur la France et l'autre sur la Belgique. Le pied droit, qui posait sur la France, ne sentit pas, je Tavoue à ma honte; le moindre picotement patriotique. Fritz, s'avançant de mon côté, me demanda si je ne baiserais pas le sol de la patrie avant de remonter en diligence. Nous cherchâmes vainement une place propre pour accomplir ce pieux devoir ; mais il faisait une boue d'enfer, et nous fiïmës forcés de renoncer à cette formalité indispensable. D'ailleurs il se présentait une autre difficulté , à savoir : si un
pavé pouvait passer pour la terre natale , et nous n'avions que des pavés à embrasser (
En attendant que la visité fût finie, nous nous jetâmes , tout altérés de couleur locale et crevant en outre de soif, dans le triomphant estaminet du lion Belge , où nous nous répan^ dtmes dans le corps plus de bière qu'il n'en pouvait raisonnablement tenir. Ce fut un déluge de faro, de lambic , de bierre blanche de Louvam , . à mettre à flot l'arche de Ndé. Nous primes aussi du café belge , du genièvre belge» du tabac belge , et nous nous assimilâmes la Belgique par tous le, moye>«p«»W«.
Étant retourné sous le hangar , j'assistai à l'ouverture des malles des deux dames du coupé dont j'avais si subtilement évité la compagnie et le perroquet. C'était une singulière collection d'oripeaux, de blondes jaunes, de pots (Je pommade et autres ustensiles plus ou moins congrus. L'une de ces dames, si respectables à cause de leur grand âge, était une modiste parisienne qui s'en allait en Russie ; l'autre, une cantatrice portugaise qui s'en allait en Angle-
tarrec Comme j'étais Qccupé à regarder ces brimborions intimer, ca): une malle ouverte, est souvent la révélation de la vie entière d'une personne^ je me sentis baiser la main par derrière. Je me retounai , vivement pourvoir la divinité à^ui j'avais inspiré une passion si subite, et j'en augurais déjà bien pour mes futures bonnes ^fortduQs en p ays étranger Je vis une espèce déjeune komme en blouse bleue, d'un aspect équivoque, qui souriait bêtement avec une grande gueule qui lui servait de bouche, ' Je ne comprenais rien à cette comédie;^ uo douanier me mit au fait : c'était une mendiante idiote^ habillée en homme , «qui aidait, quelquefois à décharger les paquets, ef qui demandait l'aumôiie de cette manière. Je lui jetai vite
un sou pour m'en dâ^airasser. Fritz lui en donna deux; die lui baisa sa botte fort tendra ment. Pour troisj je né sais trop ce^ qu'elle au* rait emi)ra8sé*
Je sois réeUement désireux autant que vous,
mon cher lecteur, d'arrivé à la fin de mon voyage; je meurâ d'envie d'àtre à Bruxelles, comme si j'avais tait une banqueroute frauduleuse; mais j'ai beau éperonner ma pluine lancée au grandissime galop sur cette route de papier blanc, qu'il faut rayer d'cnmières noires* je n'avance pas , je ne puis suivre cette grosse diligence chargée de paquets et de Wallons, et tgainée depuis quelques iieiire»]^ des chevaux
également wallons. J'aurai mis moins de temps à faire le tour de la Belgique qu'à écrire ces quatre misérables chapitres.
Gomme la jeune- souris sortie pour la première fois de son trou, je suis enclin à prendre des taupinières pour des mçntâgnes » et à ra« conter comme des choses étranges et mervâlleuses les événements les plus simples dumonde. J'ai dû faire et je ferai sans doute des observations de la plus haute ingénuité. Mes remarques seront un peu dans le genre de celles de ce Chinois venu à Paris , et qui , entre autres choses singulières » écrivit sur ses tablettes qu'il avait vu des maisons si ihautes que Ton pouvait du toit cueîUurles étoiles avec la main, des femmes qui se coupaient les ongles , et des jeunes hommes , de vingt ans au plus , qui lisaient couramment dans toutes sortes de livres- Ou bien encore de la façon de cet Anglais qui s'étonnait fort que de tout petits enfants parlassent très*bien l'italien en Italie.
Je voudrais décrire les pavés un à un, compter les feuilles d^es ubres; rœdre rajq>ect des
o^ets, et même noter d'heure eh heure la teinte et la forme des nuages , et si je n'étais retenu par une honte virginale , j'émrais des choses comme ceci :
Le ciel est beaucoup plus grand que je ne croyais (le plus grand morceau de ciel que j'eusse jamais yu est celui qui sert de plafond à la place de la Concorde) ; les hommes ne sont pas bleu-de-ciel et les dievaux jaune-serin ; il existe donc quelque chose hors de la banlieue, et la terrç ne tous manque, nulle part sous les pieds I il y a donc des gws qui ne vivent peis a Paris» qui n'ont jamais vu Paris , qui ne verront jamais Paris I
Je savais bien vaguement qu'il y avait par là toutes sortes de parties du monde i qu'on appelle l'Europe, l'Asie, l'Amérique et l'Afrique ; ûiais, à vrai dire, je n'y ajoutais pas grand' foi, et je pensais aufond de l'Âme que c'étaient des bruits qu'on faisait courir.
J'entrai dans Hona avec cette idée saugrenue, assee pareille k celle qu'ont les provinciaux «n visitant la bibliothèque du Roi. . . Est-ce que la vie
sufflridt à UfO touft ces Uinres?..^ Ert-ce qa'oa pourrait connaître tons les hommes qui sOnt dans toutes les maisons de toutes ces villes^ qui se succèdent isi rapidement? Je me sentais, je ne sais trop pourquoi, une prodigieuse envie d'être Tami intime des pacifiques habitants de Mons, ville de guep*e,
C'est vraiment une chose effirayante pouj" tout cœur un peu vaste et d'une ambition un peu haute de voir combien il y a de gens au monde qui 9e se doutent pas de votre existence ; aux oreilles de qui votre nom > si retentissant qu'il soit, ne parviendra jamais: il me semble qu'on dpit revenir de voyage plus modeste qu'aupa* ravant, et avec une idée beaucoup plus juste de l'importance relative des choses. On est sujet à se méprendre sur le bruit qu'on &it et la place qu'on occupe dans le mtonde ; parce qu'an« tour de vous une douzaine de^ personnes par* lent de vous, on se croit le pitot sur qui roule la terre : il est bon d'allar regarder le rayonnemeikt dasa gl(Mre da fond d'un pays étri^ger. Gombieii partent avee de grandes inquiétiides
et de grandes précautions pour garder leur iocognito , qui écriraient Yolontiers au retour sur leur chapeau :
C'est moi qui suis Guillot. gardien de ce troupeau; et qu'on ne reconnaîtrait pas plus pour cela ! .
Somme toute , l'impression d'un voyage est douloureuse. On yoit combien facilement l'on se passe de gens que l'on croyait le plus aimor» et comme de cette absence temporaire k l'absence absolue la transition serait simple et naturelle; on^ent instinctivement que le coin que l'on occupait dans quelquesi exilïtences s'est déjà rempli, ou va l'être. On comprend qu'on peut yme aiUea» que dans son pays, sa Ville, sa rue, avec d'autres que ses parents , ses amis , scm chien et sa maîtresse ; et je suis persuadé que c'est une pensée mauvaise. La fable du juif errant est plus profonde qu'on ne le pense.
Rien n'est plus triste que de voir tous les jours dés choses qu'on tu revenra plus.
Un hoinme qui voyage beanc0iq[> est néeai* Bairemant un égoïsteâ ,
— eo —
Retournons à Hons% — Mous est une vraie ville flamande. Les rues y sont plus propres que les parquets en France ; on les dirait cirées et mises en couleur. Les maisons sont peintes , sans exceptions, du haut en bas , et de teintes fabuleuses. H y en a de blanches, de bleu cendré, de ventre de biche , de roses, de vert pomme , de gris de souris efikrouchée , et de toutes sortes de nuances égayées , incon-nues dans ce pays-ci. Le pignon découpé en forme d'éscalier s'y montre assez fréquemment. La toiture de l'Àmbigu-Gomique peut donner auxParisiens, qui ne sont pas très-cosmopolites en général, une idée assez nette de ce genre de construction : cela produit un effet d'une bizarrerie assez agréable.
J'entrevii? à peine au bout d'une rue la silhouette vague de la cathédrale, qui ne me parut pas belle. En i^evanche, la voiture B'étant arrêtée, j'eus tout le loisir d'examiner une charmante ^lise fantastique et gaie au ^^possible, avec une foule de clochetons, d'aiguilles, et de petits minarets Ventrus, d'une tournure tout à
fait moscovite : on dirait d'une grande quantité de bilboquets et de poivrières rangés symétri* quement sur le toit, ou bien encore de grosses pommes enfilées dans une brodie. Ceci est Fi-* mage grotesque, mais .figurez-vous quelque chose d'un caprice ravissant et de l'aspect le plus pittoresque : une église joyeuse et triomphante, plus propre, à des noces qu'à des enterrements , et follement ornée dans le goût Louis XIII le plus effréné, le plus fleuri, le plus bossu, une carrure à la fois trapue et svelte, une légèreté lourde, et une lourdeur légère du meilleur effet.
Cette église est, si je ne me trompe, consacrée à sainte Elisabeth, à moins cependant qu'elle ne soit dédiée à saint Pierre ou saint ]ude, ce qui est possible; mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle est à droite de la grande rue, en venant de Paris.
A Mons, j'achetai des g&teaux couleur locale; ce sont de petits ronds de pâte ferme ou de pâte brisée, sucrés très-libéralement, qui ressemblent assez aux fdàte frôle italiennes, mais
d'un goût moiDs fin et moins parfumé. En général, j'ai remarqaé une chose, c'est qu'iBn Belgique le pain et la pâtisserie sont toujours trèsh mal levés; les gâteaux feuilletés ne réussissent pas : est-ce la faute des mitrons^ -de Teau, de la leTurOt ou de la farine? Je ne suis pas assez fort en boulangerie pour résoudre la question, mais le fait est certain. Tout en philosophant sur la pâtisserie, je hus une grande quantité de geniè« ¥re pour faire passer les gâteaux, et je mangeai une grande quantité de gâteaux pour faire ip&ar ser le genièvre. J'avais convié à ces magnificences le tailleur excentrique, au petit habit cousu de fil blanc « ce qui acheva de me conquérir son amitié, et me valut par la suite deux bon«> nés histoires et plusieurs renseignements utiles. Vers cette latitude, une inquiétude sérieuse me vint prendre au collet. Le lecteur n'a sans doute pas oublié les causes de mon excursion dans ces régions polaires et arctiques, et que, comme un autre Jason, j'étais pcurti pour aller conquérir la toison d'or^ ou, pour parler en style plus humble » chercher la femme blonde
Bt le type de Rubens ; but innocent et louable s'il en fut. Je n'avais pas encore vu une seule femiïie bUmde, quoique j'eùise mon télescospe constamment braqué, et que mon ami Frite re^ gardât à gauche, tandis que j'explorais le côté . droit de la route, de peur de laisser passer, dans un moment de distraction ou de négligence , quelque Rubens sans cadre, sous forme d'une honnête Flamande.
Je communiquai mes craintes au digne Fritz qui, avec le beau S€^-firoid qui le caractérise dans toutes les occasions difficiles de sa vie, me répondit qu'il ne fallait pas encore perdre^cou* rage î que Rubens était d'Anvers, et que c'était probablement à Anvers que se trouvaient les modèles de ses tableaux; mais que si à Anvers (en flamand Antwerpen) je ne rencontrais pas de bkmd^, nonnseulement il me permettrait de me désespérer, mais encore il m'y engagerait de son mieux , et ne me refuserait pas même la douceur de me jeter dans r£sçaut canalisé ou non , à mon choix.
Selon InU je» n'avais encore aucun droit à
des femmes blondes; je pouvais tout au plus eu exiger de châtaines*
Je me rendis à4es raisonnements si pleins d'éloquence et de sagesse, et je me promis dé ne demander la femme blonde que trente ou quarante lieues plus loin, j
Les lignes du paysage s-abaissaient de plus en plus, et prenaient Thorizontalité la plus fla* mande et la plus désespérante du monde ; on aurait dit un tapis de billard, et si ce n'eût été un peigne de clochers posé transversalement au bord du ciel, et qui mordait à belles dents la cheyelure bleue de Féther, terre et ciel eussent été confondus; on n'aurait pas pu se rendre compte de l'espace, de mèoie que si l'on eût été en pleine mer.
De temps en temps les obélisques fuma^ des usines renfiplaçaient les clochers ; quelques files de peupliers hérissaient la campagne d'une rangée de points d'exclamation! (11 qui la fai*sait ressembler à une page pathétique d'un livre à la mode.
Le houblon, cette vigne du %ord, commen-
çait à se montrer plus fréquemment. C'est une très-jolie plante qui monte en festons autour d'échalas très-hauts, ayec un faux air de pampres autour d'un thyrse. lacchus, le doux père de joie, ne s'y tromperait pas , à une lieue de distance; mais un voyageur è vue basàe et trèsignare en botanique peut aisément prendre le change.
Dès créatures que je suis obligé d'appeler des femmes , faute d'autre mot , continuaient cependant à passer de temps à autre sur le chemin. Je dois proclamer hautement ici, dût-on m'accuser de paradoxe, que je n'ai jamais tu rien de plus brûlé, de plus rôti, de plus déri* soirement brun que ces femmes. Les blondes, j'en suis sûr, doivent immanquablement être fort nombreuses en Abyssinie et en Ethiopie, car les mulâtresses et les négresses abondent en Belgique.
Plus on avance, plus on sent dans l'air un vague parfum de catholicité totalement inconnu en France ; presque à chaque maison il y a une vierge ou un saint dans une niche, et non point
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js?4iPt- .
Il me dit que toutes ces maisoonçtte^, dffis^es
^gHlf^rpmept. ^ pPlMes , . ftppartep^ffiQt à ^W**, V^mm Pép9P»4»tsi de, H Belgique, qyi y tep^iept à Jg^r H§«g^ upe P?pèçp.4e pil§%-
i'J,\^^ ^ctc.^tL ^^xdu\^XQ^%> ^ Iv^x*. -^-^
Une cellule est allouée à chaque ouvrier^ qui ne peut sortir de l'établissement que sur. une
permission expresse, (ju'on accorde très-difB-
eilement, et pour des cas extraordinaires ; un ouvrier qui s'absenterait deux fois sans exeat serait irrémissiblement renvoyé. — Pour que les travailleurs n'aient aucun motif plausiblp de ^'éloigner de la fabrique, il y a un cabaret ou cantine géré par l'administration , où les ouvriers sont seuls admis. La paternité de l'administration ne s.'est même pas arrêtée là ; elle entretient un harem spécial à l'usage de ces moines industriels, en sorte qu'elle trouve moyen de leur reprendre en détail la somme (lu'elle leur a donnée en une fois. Ainsi donc, ayant bon souper^ bon feu« bon gtte et le restç, ces gens-là vivent là comme dçs rats en paille, et ne sont matériellement pas à plaindre. Mais la dignité morale souffre de voir des hommes réduits à fonctionner comme une machine à vapeur, et n'être plus qu'un rouage, au lieu d'être la créature de Dieu. ^ Il est très-clair qu'ils ne seraient ni si bien logés, ni si bion
nourris, ni si bien vêtus chez eux ; cependant ce doit être une vie horriblement triste que cette vie de caserne cl de monastère sans éventualité possible : je ne serais pas fort étonné que l'administration ne fût obligée de fournir a^ez souvent à ces pauvres diables, si heureux en apparence, quelques toises de cordes pour se pendre , et quelques boisseaux de charbon pour s'asphyxier.
Plus loin, le tailleur Hoffmanique, inventeur des moulins à eau sur les montagnes, et des moulins à vent au fond des puits, qui s'était décidément institué mon cicérone, me raconta qu'une petite figiurine enluminée , que je venais d'entrevoir dans une niche, à l'angle d'une maison, était l'effigie d'une sainte fort célèbre et très-influente dans le pays ; cette courageuse fille, lors de la guerre des Prussiens , allait sur les rempar|^ arrêter les boulets au vol, et les serrej* dans son tablier, ce qui lui avait valu la canonisation. Jusqu'ici l'histoire est des plus simples ; on en voit mille comme cela dans la Légende dorée, et le miracle n'est
pas trop miraculeux pour im miracle. Mais ce qu'il y a de beau, c'est que jamais on ne trouve le même nombre de boulets dans le tablier de pierre de la statue. D y en a tantôt cinq, tantôt sept, tantôt neuf; l'expérience a été tentée mille fois, et jamais le chi£Qre ne s'est trouvé exact. Je TOUS donne cette fable pour ce qu'elle est , cependant beaucoup d'histoires sérieuses n'ont pas de fondements plus authentiques.
Au même endroit, je vis une église dont le toit en arête était denticulé de la façon la plus délicate : un cochon rose« pareil à celui du tableau de Delaberge , une jeune fille très-blonde^ mais en revanche très-maigre et très-laide ; et une enseigne ainsi conçue : Un tel (tous les
doubles W, les K et les H possibles), charcu-
tier-bottier, tient la rouennerie et les étoifes ; et cela, vous pensez bien, sans préjudice de Tinamovil3le Verkoopt mm Dranken. '
Apropos d'enseignes et de boutiques, je noterai ici que tout le monde est épicier, et que l'on va de Paris à Bruxelles entre une double haie de magasins d'épiceries qui sont en mêmetenips
des bureaux de tabac , aU Coq gaulois ou au Lion belge.
Qui diable peut donc acheter (ouf ce poivre et toute cette méïasse? Ou bien î'éfat d'épîciei* a-f-îl de si grands charmés qu'on ï'eierce ^our le plaisir seulement? ïe penche fort à le
croire.
ta pluie rayait îe ciel dfe tachures menues qui dégénérèrent bientôt eu cataractes, de sorte qu'il fallut rentrer ïa tête dans la coquifle et écouter derechef tes histoires du tailleur. Il en raconta deux : Tuner d'un chevalier pénitent que
le prieur envoya en Terre-Sainte avec une tabatière dont tous les grains de tabac étaient '■•■■■ ' ".
comptés ; l'autre, de la belle brodeuse de la rue
d'Or, VB^i^uxelIes, (^ui est une histoire de sympathies occultes et de magnétisme très-compïiquée (lê petit tailleur était affiliié â une secte mesmérienne) , et pleine de choses étonnantes et iacoûipréhensibles, trés-bônne à écouter dans une dïr^geijce, par un jour de brouillard et de pluie grise. Quand nous entrâmes dans Bruxelles, leau
tombait dés toits en si grande aKôndàncè, que les chiens altérés pouvàiéni tôire 3e-
toîcî ïés f émàrq[ùés que Je fis ce éoî t-îà ; eff è's porfenf éxcliisîvémenf sur ïes fenéires.
Les carreaux inférieurs sont garnis d'un iïioîfcéaù dé fuîlé ëcàcfemént de même (ïiinènsiôii, eï feiddù aussi parfàîfemént i^ué' possible ; au milieu est un grand bouquet brodé à la mam ; ou bien encore dé" péfi!tà* fôfétâ' efi jotfc dfé'la' Chine tissé très-dru, sur lesquels sont représentés des paysages, des oiseaux ou des fruits ; ces volets, opaques du côté de la rue , permettent aux personnes du dedans de voir, sans être vues, ce qui se fait dehors, occupation qui leur est facilitée par une combinaison de miroirs concentriques , disposés à l'extérieur de manière à réfléchir dans une glace posée sur une table ou dans une boule d'acier suspendue au plafond tous les gens qui passent aux deux bouts de la rue. Les espagnolettes ne sont pas non plus disposées comme les nôtres ; elles ouvrent et ferment plus facilement et plus exactement, à l'aide
d'un manche qui tourne sur un petit système de roue dentelée.
Je remarquai, en outre, que toutes les maisons étaient peintes à Thuile, et vernies, pour la plupart, ce qui est assez insupportable à l'ceil.
Le temps qu'il fait n'étant pas propre aux observations, nous nous arrêterons, s'il vous plaît, à rhôtel du Morian, pour dormir un peu et attendre que la pluie spit passée.
,L'hôtel du Morian, oîi nous dèsoendlmes, est situé rue d'Or, tout près d'une place où il y « un édifice qui ressemble à faire peur à k Madeleine.— C'est une grande .et belle maison te-
nue à l'anglaise. Le dessous de la porte cochère et la salle de réunion sont ornés de peintures à fresque, représentant des paysages d'une perspective tout à fait chinoise et fabuleuse. On y voit des coqs plus gros que des maisons , des vaisseai^x qui voguent en pleine terre labourée,
des forêts qui ont Tair de grands tas d'écailks d'huîtres, des rochers qu'on prendrait pour des assiettes de meringues crottées, des pêcheurs qui prennent des oiseaux à la ligne, et des bergers à genoux deyant de belles princesses que le retour du mur ne leur permet pas d'apercevoir. — J'aime beaucoup ces peintures : elles sont de l'absurde le plus récréatif, et, du reste, d'un coup d'œil assez agréable ; je les mets immédiatement après les dessins des pots du Japon et des paravents de laque.
L'hôtelier du Morian est une espèce de gros muids jovial avec une figure splendidement ci^âmttisîé; ^càrfété' rfé* hïute^ ^àîtfe, conimedi. li^nialfefe lïcôfrîba's Mûéi, ùïï néi eii ïùMke de' l!roïiif)e', Uni fieui-et^ (ïé ÉùMtfe, tout étîMéîaïit et dfîa^ïé dé rôugettrs prînfaïiîèrës, sèfTaY^liàl* i& MYiéù à ïa' façôù d^és chiené rfé* ckssé, et hérifeé dfe^Mgs p^ôtfà r'ùdéS et bMé^, comme ùtfmu^é dr'ïiipp'ôpôtaiù'é;' trôî^ casfeàdeâ' dV mentons cdûlanf en fâi*ge^ nappeâ sur' sôïï énorme poifrme, et tbiichaiifpi*es<ïue son ventre, u'nvraiialf'orîô,ûii^àistàtf, ùïïtép'éintrô'j^^^^^^^
titt étêphhUt hutUdiû. Se dfécris ce personnage avec quelque soin, parce que c'tôt fë seul être
grss <|tié ûôni àyôM fû eu fliùAtë', û nous fit fiaftfe tm éspôir ^ot fie é*eÉi pàs rMisé, et je Ieû6té ici «omtiïé tmêàes tktééi iti pâf§.
l^ôUs deuîaûd^e^ MtOtf^émêût à àtûèf k 6é digfiê stêfgfiéur, c(&i âéhàfâf dênùiîs ùCttoyét' notre requête. Fidèle à la couleur localô, èfi àttSûàant la femme ÉlOûde', j% lui éénïâfi^ai des «fcotfi de èruxeïïes'. Ce pfoMi^ r^éiél pifttt
iôtéiémm k(S6mt m gfo^ miHÉtté eu \e&te de'
fiésïù éf en bôfiûet âë côtôn.^
— ftoiîsiéûr tmi (ïes* cWôùs cf'Êspa'griéf XéS faut-ïl aii jus ou âu* Béufféf
— » Jé tertx dès chôùf de Êftixéïîés , et non des câf(ÎOûs (flË^p'àgtié... je' fié Suis pas k Ma- ^id, ctùé (!iaî)lê f *
— Pardon Je n'avais pas comprit; frès-bieîn F Garçon, apportez de fa choucroute â Monsieur.
Si j'avais eu des crics, ctes chèvres et qlieiques Êîgues à inon service, j'^aurais de gr'and! cœui* jefé rhéteîier par la propre fenêtre de son h6tefferie ; mais je n'^en avais pas, et il n'était au
pouvoir d'aucune force humaine de remuer une pareille masse.
Le garçon apporta des petits pois verts qui étaient réellement verts et petits, contrairement à Tusage des pois ainsi nommés , qui se permetteiilt, surtout à la fin d'août , d'être jaunes et gros à les couper par tranches comme des melons.
Suivant le conseil de Jules Janin, nous fîmes venir, pour nous acquérir l'estime de rh6telier, près de qui notre porte-manteau aurait pu nous compromettre, une bouteille de vin de Bordeaux d'une qualité équivalente à peu près à un cabriolet avec cheval demi-sang. Nous n'osâmes pas risquer, vu le peu d'épaisseur de nos habits , le LaffUte représentant l'équipage complet. Cela eût été trop mythologique et trop exorbitant.
Notre pâture prise , nous mîmes le nez à la fenêtre pour voir un peu la configuration de la rue et des perspectives avoisinantes. Nous avions en face de nous une maison percée de grandes fenêtres , avec toutes sortes de jeunes filles ac-
coudées au balcon, les unes laides , les autres laides, très-brunes et assez maigres. C'était probablement un atelier dé broderie ou quelque chose conlme cela : une seule était blonde et jolie, mais, hélas! elle ne pesait pas quatre-vingts livres, et elle était d'une blancheur de cire vierge; elle avait, du reste, une position bizarrement gracieuse : elle était assise sur la fenêtre , le dos appuyé contre le balustre , et la tète renversée du côté' de la me, de façon à ce que ses cheveux, mal retenus par son peigne, pendaient en dehors. Elle chantait je ne sais quelle romancé en dodelinant la tête Avec un petit tic nerveux on ne saurait plus charmant. Les petites s'étaiit aperçues que nous les regardions, nous examinèrœt plus à fond , et le résultat fut qu'à l'exception de la pâle blonde, qui se balançait toujours en chantant sa chanson, elles éclatèrent toutes de rire comme un cent de mouches, et parurent nous trouver trèsr bouffons , moi stirtout , à cause de mes longs cheveux, et Fritz, pour une raison que je n'ai pas bien démêlée , car il n'avait rien que de
tri^mgjfstqevf e q soj^mâme, et son »sf§ti, «e
Nov^ nous loDçÂmes ensuite k travers k viU^^ k tout iMswrd, c^mme 40U]( swigli«r» 4ami. uq £oun:^. Fritz, qui a uu mcmyemeot particulier d'aileron qui ]e fait marchar en volant et yolar ef^. marchant, h l'instar <jtes autru<^es, allait devant ; moi, ja mi^m bien loin derri^e en mjMmi eomma undoguç qui a aval^ une i(fQXr 0liett« m limitant un cbaudron* et d^autant pli^fi mquiat qu0 j'avais oublia te nop da la rue oi» était l'auberge, Ce qui me rassurait un peu sur la etmi^ de p^(bre mon ami Fritz , c'est que j'étais portem? de la bours^e , circonstanea qui l'eiUttéeflssairementfortié^ffierQtrûUTar, m^e m fond dest enf«i;s, ou totrt f«v-haut da la Magr dalana^Stvaas.
Après avciw traversé vm xoSmié de rui^ èordéûs de «eùso&s avee àm toits en esçaltart^ aous il^uc^mes tout d'un ooijrp ^ur la pl^K^ de VHètel de Ville, o'egt la plu* ¥ive wrprise que j'aie éprouvée dftn« tout mon yoyage.
Il mesembla que j eutrai& dans une autre
épo(|^e, et ^e 1^ fant^m^ 4^ J90J^ 4ffî ^e dressâijt i^ubitepient devant moi ; je cropii (me de pareils effets n'existaient p}us cpi'au Diorama pt daiis les gravure^ anglaises.
Q^qn se ^gure une gran4ç place iqnt tpul un côté est occupé par THiàtel de Ville, un édifice njiraçuleux avec un rang d'arcades, comme le palais dfical à Venise, di$s çlo(^etpn^ entç^rés de petits balcons à rampes découpées , un gr^nd toitf rempli de luc^rnei; historiées, et puis ïm beffroi de 1^ Ji^utew «t (le Ja ténuité la pl||s audacieuse, tailladé à jour, si ff^le gue le vent Semble ripcjinex. et tout en haut, un ^cl^Wge 4oré, les ail^s ouverte et l'ép^ ^ 1» maitti ,
À droite, pii rçi^arîlaPt l'HOt^l 4e Ville, m^e suite (Je m^iso^s q^i sont 4.9 yériUlWes feijo^j^. des jpyaui de pierre çi^^é§ par Ipg mm»
mm\\\m^^ 4q \^ Rgn»}?^Qq, Qa ^ç. saurait
pçp ypjr 4e pl«s wapijr^tt^mçntjqli;»^ sgpt
4e pçtite^cQÎPpiîettss tordes, 4e3 otages qui su?ploflfibeflt, 4esfealçpRs.SQHU«ftys par de^fcîKiçftes i gorge aipë, tejw«é^ e». feuiUag^, w eii qupu^ , 4e serpent. 4e8. médaUWi»? 9J>?
cadres fouillés et touffus» des bas-reliefs mythologiques, des allégories soutenant des écussons armoriés, et tout ce que la coquetterie architecturale de ce temps-là peut imaginer de plus séduisant et de plus amusant à l'œil . Toutes ces maisons sont admirablement conservées, il n'y manque pas une pierre ; la triple chemise de couleur dont elles sont couvertes les conserve comme dans un étui.
ta face parallèle est occupée par des édifices ' d'un caractère tout différent. €e sont des hôtels dans le style florentin avec des bossages vermiculés, des colonnes trapues, des balustres, des guirlandes sculptées, des pots à feu, et près du comble de ces grands enroulements de pierre , de ces volutes contournées plusieurs foie sur elles-mêmes, dont j'ignore le nom technique, et qui ont assez Tair du paraphe de la signature de l'époque ; ajoutez à cela que presque tous les ornements en saillie, tels que les chapiteaux des colonnes, l'intérieur des cannelures, le cadre des cartouches, et les flammes des cassolettes sont dorés , et vous aurez quelque chose d'as-
sez étrangement magnifique , surtout pour un pauYre Parisien qui n a vu que les maisons crottées jusqu'au troisième étage de son pan-* déinoniùm.
Ce côté de la place forme une vraie galerie d architecture, où toutes les nuances du roeoco espa^ol, italien «t français, depuis Louis XIII jusqu'à Louis XV, sont représentées par échantillon authentique et du meilleur choix. Je me sers ici du mot roœco faute d'autre, sans y atta<* cher auctin se^s mauvais, pour désigner une période d'art qui n'est ni l'antiquité , ni le moyen âge, ni la renaissance, et qui, dans son genre, est tout aussi originale et tout aussi ad^ mirahle.
Vis-à-vis VHÔtel de Ville, et pour clore la place, il y a un grand palais gothique , une espèce de maison votive , élevée par je ne sais plus quelle princesse, à la suite de je ne sais plus quels évé^ nements, ayant perdu la petite bande de papier oh j'avais copié l'inscription latine qui est écrite sur la façade; car, bien que j'aie bonne mé»
moire, je me souvieris assez peu volontiers du.
style lapidaire , surtout lorsque je crois avoir rinscriptioi) dans ma poche. Mais la légende ne fait rien à la médaille.
Cette maison votive sert maintenant de lien de réunion à quelque société mangeante , fumante, dansante ou littéraire/et Tintérieur, vivement illuminé, faisait flamboyer un incendie de vitraux sur la face noire du vieux édifice enseveli dans Tombre , car la lune se levait par derrière/ et commençait à jeter sur les autres maisons de la place son voile de crêpe lilas, glacé d'argent ; tout cela avait Fair si peu naturel et si peu probable, que nous croyions être devant une décoration de théâtre, exécutée par des ar« tistes plus admirables que MM. Feuchères, Desplechin , Séchan et Diéterle , peintres de VOpéra.
Tritz prétendit même avoir entendu les trois coups du régisseur et la sonnette qui appelle les acteurs pour entrer en scène.
En e&et, cela ressemblait à s'y iqéprendre au premier acte d'un . drame de Victor Hugo , de Lucrèce Borgia ou i'Angelo. — Le grand pa-
lûis de rigueur tout illuminé, et faisant rayon-ner sa joie dans la morne tristesse de la nuit ; au fond la silhouette noire de Padoue au moyen âge, qui se découpe sur Thorizon avec ses flèt ches et ses clochers.
Nous attendîmes quelque temps que Gubetta sortit de derrière son pilier, que madame Doryal descende les marches du palais flamboyant» suivie du podestat jaloux , et qu'Homodei se levât de dessus son banc, avec sa guitare. Mais comme rien ne venait, nous primes le parti de nous en aller.
Seulement Fritz voulait redemander son argent à la porte, et cherchait à vendre sa contre-mar-' que à quelque Wallonnais, Puisqu'il n'y avait pas spectacle , nous résolûmes d'aller prendre one tasse de café, chose qui nous semblait d'une exécution facile , et qui nous coûta des peines infinies.
Ajrant vu un établissement où il y avait écrit ; Estaminet, nous entrâmes bravement tous les deux de front pour avoir l'air plus respectable. -— Hélas ! autant aurait valu pour nous tomber
dans une fourmilière ou dans une marmite d'eau bouillante ; il y régnait un brouillard si épais qu'il était impossible à un homme d'une taille moyenne d'apercevoir ses pieds du haut de sa tête. Cependant, grâces au bâillement de la porte que nous n'avions pas refermée, la fumée de tabac s'étant un peu dissipée, nous pûmes apercevoir un comptoir ciré* tout chargé de mesures de verre, de pots d*étai^ d'un poli resplendissant, et quelque chose au milieu qui avait des ressemblances éloignées avec une femme. Nous demandâmes du café, de l'air simple et naturel de gens qui ne croient pas dire quelque chose d'énormément ridicule.
Alors, du fond du niiage oîi nous commencions à distinguer çà et là quelques huries de Wallons, et quelques dos de femmes accoudées à des tables , s'éleva une clameur universelle , un hourra gigantesque , un éclat de rire plus qu'homérique entrecoupé de .: Oh ehl les fransquUlons ^ oh eh! et d'autres grognements dans le français du lieu, qui est moins intelligible que le flamand simple ou le hollandais
double. — Fort effrayé de cette réception peu amicale de la part d'un peuple à qui nous sommes intimement alliés, dit-on, je fis une prodigieuse cabriole en arrière, qui me mit à peu près au milieu de la rue, à une distance assez agréable de ce Gapharnaùm damné. Une demiseconde, un tiers, un scrupule de seconde après, je reçus dans Testomac Fritz, qui battait en retraite précipitamment, quoiqu'il soutînt qu'il s'éttdt retiré avec les honneurs de la guerre. Pour moi, j'avoue franchement que je ne résistai pas à l'idée d'être mis en quartiers et mangé tout cru par les Wallons, et que je me sauvai héroïquement le premier, comptant que la mise à mort, l'écorchement et le scalpement de mon ami intime me donneraient le temps d'atteindre les pays civilisés.
Malgré cet échec, Fritz, qui tenait à prendre du café, chercha à me prouver, par des raisonnements plus brillants que fondés, que nous n'étions, pas. encore tout à fait chez les Esquimau;, et qu'au bout du compte nous ne courions guère ^'çiutre risque que de nous faire jeter à
la tête une certaine quantité de pots d'étàin, ce
qui était une .occasion excellente de faire des
«périences sur la dureté spécifique 'de notre
crâne, occasion qui ne se représenterait peut*.
*étre jamais.
Entratné par ses sophismes dorés» je me ha-^
sardai avec liii en plusieurs autres endroits, où ia même huée colossale nous accueillit, et.tou* jours en' refrain : Oh eh i les^ chiens de framquillom I Je me crus* un instant à ConstaBDdtmople; il n'y manquait que le chien dé chrétien et Giaour.
Enfin, après plusieurs essais pli» ou moins malheureux , nous trouvâmes un endroit oit Ton nous donna du café , sans hourra et atec . un sérieux convenable.
Le café pris, il s'agissait de retourner à Thô* tel du Morian. ^— Nous fîmes environ vingtcinq lieueâ avant de retrouver ce bienheureux hôtel, les indications malicieuses des Wallons aidant sans doute à nous fourvoyer. Cependant, ayant enfilé à tout hasard une rue assez longue, il se trouva que c'était la tue d'Or, lame
que noifê oherchions. bonheur inespéré!
On notts conduisit dans nos chambres, et vers nos lits, dont nous avions éminemment besoin.* Les lits belges ne sont pas faits comme les lits de France, il n V a point de traversin, msfis bien deui grands oreillers posés côte à côte.
Xes couvertures sont de coton , avec des* petits nœuds et des entrelacements d'un très-joli effet. Lès drap^ sont en toile de lin, leâ envelopr pes des fiiatelas de * toile dèmdssée assez semblable aur nappes à thé ; les chandeliers n'ont pas non plus la même forme que les nôtres; ils posent sur un pied très-large, et se rapprochent des bougeoirs dû temps de Louis XY. Le parquet est £aiit en planches de sapin grattées au vif, et qui ont une couleur de saumon p&le, au^ lieu d'être en carrés marquetés comme ici. On les lave toutes les semaines avec de Veau bouillante et du grès. — Tout ceci ne pjj*attra peutêtre pas fort intéressant, mais cependant ce sont tous ces petits détails qui constituent la différence d'un pays à un autre.
Quant au sommeil belge , il est exâetement
pareilau sommeil parisien.Seulement, Fritz rêva qu'il se baignait dans la rivière jaune de la Chine, et qu'il avait eu une indigestion de nids d'hirondelles , en sortant de souper avec un mandarin dont les ongles avaient huit pouces de long. Voilà ce qui se passa de plus remarquable dans cette nuit.
Le matin nous déjeunâmes comme un troupeau de lions à. jeun depuis quinze jours, et je n'ose dire par modestie ce que nous nous in*^ filtrâmes de bière dans le corps ; après cela, nous sentîmes un besoin prononcé de rouler par la ville le tonneau de faro et de lanibick que nous avions caché sous no^e peau.
Bruxelles est une ville d'un aspect plutôt an* glais que français <lans les parties modernes, plutôt espagnol que flamand dans ses parties anciennes. Il y a peu d'églises considérables , excepté Sainte-Gudule, rue de la Montagne. Les vitraux, les confessionnaux et la chaire de Sainte-Gudule sontd'une grande beauté. Quand je la visitai, on était en train de la regratter, de la restaurer et de la badigeoim^» cwr la rage
du badigeon est encore bien pius véhémente en Belgique qu'en France. Dans cette église je remarquai pour la première fois cette idolâtrie de christianisme génélrale en Belgique, et d'un effet tout nouveau pour moi , cfm n ai vu que les églises voltairiennes de France : c'était une provision de clinquant , de couronnes, d'ex-» voto, de cierge, de pots de fleurs, de bannières brodées, de caisses d'or^gers,,,et mille autres inventions dévotes. (
Une chose très-remarquable à ^'uielles, c'est que toutes les boutiques portent cette incription : Un tel , bottier de la cour; un tel , grènetier de la cour; un tel, marchand d'allumettes de la cour, et sans cesse, et à propos 4fé(i métiers qui ne semblent pas le moins du monde avoir affaire à la cour. Les boutiques d'apothicaires portent pour, endigue de grands bois de cerfs naturels, cela 9oit dit sans faire allusion à l'état c(mjugal d'aucun de ces messieurs. Quant aux estamipets» il y en a deux fois plus que de maisons.
À force de ramper le long delà Magdateot^
Straas, nou» parvtnmes à une grande belle place carrée, qui se nomme la place Royale, et sur laquelle on voit une église avec un fronton où il y a , au milieu d'une gloire, un œil sculpté qui a Tair d'un modèle d'œil gigantes*que proposé à tous les bambins de la Tille. Le palais du roi est tout près de là. C'est un assez grand, édifice d'une architecture médiocre, peint en blanc, à l'huile, et qui doit être un logis comfortable et commode. L'art n'a rien à y voir. Le Parc, qui est assez petit, n'offre rien de particulier; on y trouve un petit bassin et quelques groupes thermes, gatnes et statues, peints également à l'huile et vertiis ; les arbres
dber ce jardin m'ont semblé d'un vert admirable, même pour ce pays de belle verdure , et il y règne un. grand air de fraîcheur.
!Nbtre tour fait dans le Parc , nous allâmes chez les éditeurs de contrefaçon; j'achetai les poésies complètes d'Àlfired de Musset, en im volume , et Madame de 5ommertnIIa, de Jules Sandeau; je voulus aussi acheter Ifademùiê^ de Mantpmf roman de votre servi-
teur; mais j'avoue que cela me fut impossible, par la raison que je ne le trouvai nulle part. Ceci me mortifia d'autant plus , que le Bîblio-* phile , TAlphonse Brot , THippolyte Lucas , et autres gens illustres de ma connaissance, étaient mirifiqurasient contrefaits, et que je confesse avec toute Thumilité qui me caractérise que jusqu'ici je m'étai» cru l'égal de ces messieurs. Mon voyage m'a détrompé, et fait revenir d'une si folle présomption (1). Le Bibliophile surtout jouit d'une si grande réputation dans ce pays-là , que les Mumais Garçom d'Alphonse Royer et de Barbier, la Notre-Dame de Victor Hugo, les deux meilleurs romans que le moyen Âge ait inspirés, sont imprimés sous son. nom.
Les volumes de prose du Sfectade dam un FavteuiU d'Alfred de Musset, ne sont pas connus en Bdgique , et le contrefacteur à qui je les donandai pwut tout surpris , et écrivit
(1) Uaatettr écrivaU cela il ; a quelques années : aujourd'hui toutes êes œuYrei ont subi les honneurs de la contrefaçon.
suivle-champ à son correspondant de les lui envoyer. Cela ne fait pas graiid honneur à la publicité de la Remte def deux MtmdeSf et aux goûts littéraires des libraires belges.
En sortant des boutiques des contrefacteurs , nous primes un fiacre, et nous nous fimes conduire à la porte de Laeken pour yoir les chemins de fer. Les fiacres belges sont très*bea.ux, et ne ressemblent nullement à nos sapins ; ils vont vite , et sont attelés de chevaux convenables. Celui ou nous étions était une espèce de landau doublé de velours blanc, et qui eût paru ici un équipage fort magnifique ; mais aussi, s'ils sont deux fois plus beaux que les nôtres, ils sont deux fois plus chers. Us se tien* nent d'habitude sur la place Royale; il. y en a à peu près une quarantaines
Un chemin de fer est maintenant un objet d'xme trop haute importance et trop palpitant d[aetnalité pour que nous ne lui consacrions que le dernier alinéa de notre chapitre ; cela serait ^rtout un peu léger de notre part, à nous qui sommes en délicatesse à Tmdroit du chemin de
fer, et qui en avons parlé maintes fois en termes peu mesurés. Le chemin de fer de Bruxelles à Anvers, ô magnanime lecteur ! sera donc le sujet du chapitre suivant , avec une description très-belle d'Anvers à vol d'oiseau, que je tiens en réserve pour le crescendo de ma symphonie.
Le chemin de fer est maintenant à la mode; c'est une manie, im engouaient, une fureur !
Mal parler du chemin de fer, c'est vouloir Vexposer de gaieté de cœur ailx invectives agréables de messieurs de l'utilité et du progrès; c'est vouloir se faire appeler rétrograde, fossile, partisan de l'ancien régime et de la barbarie, et passer pour un homme dévoué aux tyrans et à l'obscurantisme. Mais dût-on m'applîquer le fameux vers de M. Andrieux :
Au char de la raison attelé par derrière ,
je dirai hardiment que le chemin de fer est une assez sotte invention. — Comme aspect, le chemin de fer n a rien de pittoresque en luimême. Figurez-vous de petites tringles (railsroad) posées à plat sur des bûches, dans lesquelles s'engrènent des roues creuses et d'un diamètre médiocre, de la grandeur à peu près des roues de devant d une diligence. — Puis, une longue file de voitures, fourgons, chariots liés les uns aux autres avec des chaînes, et séparés par de gros tampons de cuir, pour tempérer le frottement et les chocs accidentels. — En tête un remorqueur r espèce de forge roulante, d'où s'échappent des pluies d'étincelles, et qui ressemble, avec son tuyau dressé, à un éléphant qui marcherait la trompe en l'air. — le reniflemeni perpétuel de cette machine, qui, en fonctioimant, crache une noire vapeur, avec un bruit pareil à celui ,que ferait, en souf* fiant Veau salée par ses évents, un monstre marin enrhumé du cerveau, est assurément la chose du monde la plus insupportabJe et la plus
pénible, l'odeur fétide du charbon de terre, doit être aussi mise en ligne de comptç parmi les avantages de cette manière de voyager.
Je m 'imaginais que Yoii ne sentait aucune espèce de cahot ni de mouvement sur les bandes polies du chemin de fer ; c'est une erreur : les voitures traînées par le remorqueur ont une oscillation d'avant en arrière, une espèce de tangage horizontal qui affadit et donne mal au cœur. Ce n'est point un cahotement de bas en haut comme celui qui est causé par les inégalités des chemins ordinaires ; c'est un mouve-» iqent pareil à celui d'un tiroir à coulisse qu'on ouvrirait et qu'on refermerait plusieurs fois de suite avec précipitation. Le remorqueur se met en marche, la premi^e voiture tirei la seconde qui vient frapper sur le tampon intercallaire, et ainsi de suite, jusqu'au bout de la file ; ce contre-coup sourd est quelque chose d'aflreux, surtout quai;id lé remorqueur s'arrête, — cérémonie qui s'exécute avec une musique de ferraille peu réjouissante .
Pour la vitesse, elle est assjez ^ande ; mais
cëpéûclâht, ettë ùë til'a pdS pfOtt ÛêpiOÉ» tièlU d'-ùnè èMkè de postë.Oil ih'fidtt. If mml qttê la màëtiinè}k)lltâiiéti'6 b^fltiéôti^ f^ldSpcFiiSs^ë. et k fdi-ëé dé pi'Ogfësâiofl dotbtéé. —'Après cëtai il y à ëëttè petite ëoûsidé^âtiotl, dé éàtitëf eh raif et â'Uté émôyékU feàcdûith dés âéi'ti^ ]ii\ieé bi dès étdlteâ Alaâtëâ, pfôâlëfiàdë qUi Hë manqué ^aâ d'ufi dëftàin thàfiaê.
I avoue que j'àittië ihîëtix lëâ àttciëïulés vbiiUrës attelées avec dés cheVdii^i qtlë tontes ces liiéëajiiqiies dé coiidplicatioft ^ iras^nrantë.^-^ tJhet)oimei)ërline, avec tfoisfoiltsélieTaut^etiiti posâHdh, séulëtnélit à thùiûê ivre, ^i fdit claqte alië^ttiéiii àdil fouet, et fésèë à tou^ de bi'às tés lutitis de l'aîif, a tjiielqiie chose d'aut^ë^ méiît ^Yd&t et jd^eux que dei rangées de cdN biîia^dà qui glfssMtsfleticïéùséibeilt stii^ Ces ini- Aûreé au hMi àsthmâtiqdé du ehàudi^oâ.
tk hoas chetattjt |riaffdiit, Hëïitiissdiif , hf&è dé gl-andëâ éHbl^i^, dë^ ctonpéS satittééS, dë§ pdmpôtiâfdUgéâ et dëâgretiJi^scââdanf de \ë\ii!é sabots ce beau vers de Vffgnë i
Quadrnpls f dànié fka [ trém soiii | îii quhCff f ùhguta | cimpiim,
^t cefftàMëtheM jprféférables «Omme )^6ésit et cbdimé ebihmMté ;. bïi peut ft!lM d dirdiffr et ft fauche, imVertër et ccupèlr Aii llëd de sttl#ë IUit)ëHiirbabIëmeUl là ligné dfoitë; 'celle d« tb«i^ le^ les lignes qui dé^ku le ^M éiui gens ({cfi h'bht paà le khliëùr d'être iâdtllHéttiatiièiens dU fiibHbiints dé chandéllëi. et 1^1 lolit iiëtlâem ma Uh coitl dé hût Amë le ^iitifliënt du iteaù . — ptbtëàant; cénitâe ëii sait . de l'ëlÉitfldi dte lignes tolndleâfet des iigié/^, Véi'ilé tlr%s^(«tiilUle éeis énfôlib qui Vdiit à l'ééblë.
Quàiid le èëùl' iitedtiVé&iéBt dél ôtieMiié de fer ne éëiHit (juë d'ttiiléilë^ là ilii^{)^élisidil des cheyaUx et dë^ ëocHër^.'ëë bét>àit met; iHim sens .pôulr (tii'bhhe MtidbptflttJà^.'^J'abfthtionilërài^ asSëè Mbntiét-s lëS cbëhëi^ phf qdi j'ai une sblliëittide mëdibcrë; Mvi je semiè dèsblé que ce sdpërï)ë animal qtti â ^ottriii à JSB et M. Dëlillè le ^'ujét d'une si belle d^bi-iptioti. disparût de la sutfacë du globe; et WàitolSit,' du train dbht y Vont MM. lés dtilitaiï^, je cfuifts fort que l'ott n"éÀ arrive bientôt, cOtoiiie on le voit dans la càHcature de Crûmkdnk, À faire
rexhibition du derai^ cheval , entre une cage d'hviaianitaires et de Papous de la mer du Sud. Dans, quelques cents ans d'ici» les Gfeôrges Cuyier et les Geoffroy Saint-Hilaire de l'époque arriverûnt, par Tanatomie comparée, à reconstruire les squelettes de chevaux dispersés dans les couches de tuf, de calcaire ou de marne» en feront des desoriptions interminables propres à \ démontrer qu'il ne faut pas confondre la bête
appelée cabalontosaurium , qui vivait avant le ^ g«AdmK>«ydleme»t du monde, opéré p«l.
vapeur, avec le hanneton et le rhinocéros ; et que pe n'est pas non plus un poisson comme quelques savants l'ont d'abord prétendu.
Nous ne sommes pas encore arrivés^au degré de folie des Américains, qui font des chemins \ de fer dans tous les sens, sous terre, dans l'eau,
^ au grenier ,^ à la cave, et d'un coin de la chambre à l'autre. — Nous avons trop de bon sens \ pour nous laisser aller à de telles rêveries, et
la France sera assurément le dernier pays silonné de chemins de fer. — Les chemins de fer sont à peu près comme les omnibus , qui coû-
tent peu de frais de transport, parcourent de grands espaces» et yoiturent beaucoup de monde. Us ne Yont jamais où Ton a affaire :
c'est ce qui fait que la première rue venue, et un cabriolet, vaudront toujours infiniment mieuï. Un chemin de fer et un omnibus aboutissent , sans exception, à un bourbier, à une porte fermée et à un égout en constnictîbn;*de sorte que pour arriver à l'endroit où Ton veut aller, il faut toujours prendre une voiture et un cheval ordinaires.
Tout ce qui était véritablement utile à rhomme a été inventé dès le commencement du monde. Ceux qui sont tenus après se sont renversé l'imagination pour trouver quelque chose de nouveau: on a fait autrement, mais on n'a pas niieui fait. Changer n'est pas progresser, il s'en faut de beaucoup; il n'est pas encore prouvé que les bateaux à vapeur l'^nportent sur les vaisseaux à voile, et les chemins de fer, avec leur machine locomotive, sûr les routes ordinaires et les voitures traînées par des chevaux; et je crois qu'au bout du compte, on
finira p^ m reveaiiç oiix ajçiciçimfô métbodies, qui ^o^t toujours les meilleures, -r Un de mes duys, hpn^^mç de gi^smde. sçi wcç ^ àç^^ejtx^e^ prijt, s'açc\ip3 ^ labri^uer cia la çhfiâj^, e« fi^mni
p^j^^ d^ cçc^ij^a^ts^l^^^ àfx hki\ç
d'^;jç. pensif qu'il est plus simple d'oçleteter iBj^ Uxrç. ^ vijMi/l€^ chçx Jç boucl^w;. cv les. b^{-s)fea)(% ijà mm luj^ûra^l^ ^min:e$^@ivVlei4, quoi, qi^'il, çi^ disiç, ^ dei^ o^l^ettes m^u^qu^es ;
et^ qpMxà mêm#. sp^ opétat^o, ;4)^r §ît par{a,ir tement bien, qu'en résulterait-il? Depjûs A^^m (^ lm?p ^^w:çvse i)aé(^oire on a de la "Hifmi^ s^ g{4¥^)»e» s^s. Qoi)f;anji^ électriques, et ^psk l})^e 4'99i^. l'ai coiùqu aussi, un ai^a J4s«u^,hoi;pob9 q^^ £^Mit tcouv^ ^ powke de pFOr jgqtiqffj i} ^ dépep^^ yli^gt-d^oi: B^iHe franca poui? caqipq«9i^ t^i Ipnis» et &^ fendre 1^ q^aisop oi(. ét^t spa l«J>oratoiFe» par la vi^lei|tp<e et la qo^tûmité du f^u^ Beau pco^! ^a ^ité. Ceoi ei^.u»pwiîlîbi8to«re dq qh^wift de fe?-
Im wagons, s^tidîvifiéii^ berlines, dîligoi^ ces. cbaf ^ bancs aouTerto et simples: cbariats. — Dijtas. la berline, les places sont séparée&
4ç petite li^uteuUs ; îa 4fligflnc§ çst at^çlument
p9j|:ei^pa^J4iljge^p^OT4w^:e(5; lepmdtçsçU^ cf8 yopQ 4#PW gitfttPÇ frpnçs 4»!^ squs jusqu'à Uftfr^sc ; il;irîi plusieurs 4épMrt8d£m8laJQ«niép, Ifi ^«riot IpeOflwUf. le (sUevftl 4e v^pwr, ^i râl4ij, i^eusemçnt (lepuis quinze wmutes, se nit ^ repacli^ P^oib foft, et à souder plus ac- ^l^emoRt la fumée ; uu mouTeïaeRtselit, etuous çfmpm^^f^k fOul^* 4'abof4 avec leut^ur.
pmi$ pl))9 rapi4c>me9t « et oufiu avec i^ne aissez Plll«4e yitaiifiç,
l^ Bfjni lue poui^ trayet^on étMt parfaite»
IHiîit plat 8t p{Uf|9ite«ieAt vert;, çà et là. les
itasl^ mmm 4e IMen , ^wl) Wes à des.
marguerites, s'épanouissaient fiVff ces richçti ta^
psgeant 4ais l'^e^be jww'w '^tre ; 4es jv»
4û)i A^i>»ù «T«6 4e9 all^ JAWies, 4es rivière^
wd(mmf» aw( eaus 4'^tirà e( 4e vif-^^irgent,
à» vm^ (âwuv4 ««luiBiltés 4e covleurs bril-^ taolw. («fMenl ^ 4iwto et à gfiucbe ; 4es p^ijk pliers maigres et longs défilaiâAt au graQ4 gA-
lop ; des clochers se haussaient au bord de l'horizon ; de grandes flaques d'eau , pareilles aux écailles dispersées d'un poisson gigantesque, miroitaient de loin en loin sur la terre brune ; dans les excavations nombreuses qui bordaieùt le chemin, quelques estaminets avec le Verkoopt itmi dranken en lettres longues d'un pied , souriaient doucement du fond de leur petit jardinet de houblon, et faisaient mille avances au voyageur, pour l'engager à descendre et à boire
un bon verre de cette grosse bière flamande ,
iBt à fumer une pipe dé ce patriotique tabac belge; avances inutiles, car sur un chemin de fer' on ne peut s'arrêter, même pour boire, ce qui est un des plus graves inconvénients du chemin de fer, à mon avis.
Des barrières de bois peint, gardées par de petits garçons, barraient ious les chemins ^de traverse, Jusqu'après le passage des^ wagons; et de distance en distance, de frêles cabanes de gâchis et de paille abritaieSlit les pionniers chargés de veiller à ce qu'aucune pierre ne se troufftt sur le rail.
La maehine étant arrivée à son plus haut degré de progression, produisit un effet pareil à celui qui dans un bateau tous fait voir les rives en mouvement , tandis qu'il vous semble que vous-même vous êtes immobile. Les champs étoiles des fleurs d'or du colza commencèrent à s'enfuir avec tme étrange vélocité, et à se hacher de raies jaunes où Ton ne distinguait plus la forme d'aucune fleur ; le chemin brun, piqué de petits cailloux blancs crayeux , avait l'apparence d'une immense queue de pintade que l'on aurait tirée violemment sous nous ; les lignes perpendiculaires devenaient horizontales, et si la figure du pays eût été mieux dessinée et plus accidentée , cela eût produit un mirage singulier. La silhouette de Malines, oîi ressortait principalement une grande tour catrée, passa si vite à côté de nous que, lorsque je poussai le coude à mon ami Fritz pour la lui faire voir, elle était déjà hrirs de portée. Cette rapidité ne se soutint pas, soit que le charbon manquât y soit que la nécessité de poser des voyageurs à différentes stations forçât de ralen-
y^, e\ fmm^ Jp fihçffiia # fer ft'y nhwUli
^ la 4^$çciAte, Ces owûN^ ^ {Hurçsnt ^?( »Qm
pçii)le et (4rée, i)nt ijiie impéri4e fsn^tvrée M gpl^jge {^ur (n^^se ]^ p^ueU, ^ sont ^ttp)é;i de ^^ pheYfuif de £r(^t, pom^^ VétaieQt Fi' ijùtiïeiqeiit lep opoil^s ^ f^^. Ces (*eY#m,
plq^ J^efiq^ e( iQ^pi OPijffFia que les pisMI^ Ip^se» qni rnmA h4 m (r«9«pert ei^ ecpii^iint
Of «DtP^âfAsAiiyerspfif 1199 ppi1e4f pierfe.
p^v#4b inoe^^if^. 4'Ai«ttwne«, «t 4e trofibéei d'jw e^( ^ ^ mnqwe p«ft 4e mfiiegté: les q^a^Qps. Do^ ^wftrTpQiaïae et 9ns de sûmin y ^Ii4^ ftpvm9 de rsiifton ; j'wi ai même m 4fux o\i \m^ m Imi d'un tw goudmoiié lort i^lftilt; in«i£i«(i qui m'a le plus étoiiaé. c'est la quiuKtilé prodigiewe de Ma4oaes , pùnteft et eisaôesde ¥«nrot«iies eeBuaelesiu>Bnes«^e>ie8
dn i^p?^ âge, q9« Vcm wl à obliqua A«gte 4# w/e. les^Çgism^ o» ^^t pi« vmm nmbtewt i les ^( ios^iaafiUi de 1«. HPiSM^tRi h &[m, la
lance, l'éçMle, le i««r4PlJL, )mj^m, l'épOOge» Ifi cçA^Qwie d'épa^ , âifipoite, 9|i lai^çe^u , tDpjLssent [we^ue Vwil«sl«s|iHtriàll^ ; (kig^««4s Qltnst» d'un ^sp^et tout à £ût p4ti]bplMi««, tônts 4'we «ouleuF df> 6lMmr livide et «iU^Hm^ 4^ lQm« ^lo^eate FOiigeft, %'&^imiX (l«tw Ip «Aire^ fçpi^ ^ m e^ des pla«^ ; «me ta^iteme leur %atUeu d'aïuéi^e., et ils^ ar;^ VM^v^e iosef^fitiQn GçnçHB à fiW pr^ ftioai : f # €|)}>»«4o 4¥)li»Mor, ou C^tm dot Itfçafii, sur tQQtofi ^ fariatioBâf^etgr #]e«; ^wà ne pwt »e i^wr^ Telfet fApMqw qM^ f«nt au <^iar de luwe, d«AS l»ku9W<^ soir, «es figures , de gis^a^HF Qatw^le> aveff leur laptenae rcug^e, qjtù «upnltle u» «nI de qifel^pe (NiTer4 éàa& la itwt.
J'avais vu ebeï RjPi^ de fieauv(Hr, «ur %m al^jum. n» dfisûii tfès4w»t«istic[tte d'41{^099e Boyer, i«{Kréamtwt une i ounease taahe d'eiHW.
aY6e cette pompeuae insciipticHa : Amm k mit. Bien nes'opposait àceque cefûtCaasta&tîiiople
OU Mazulipatnam. J'avais gardé à cause de ce dessin fallacieux une idée^ très-noire d'Anvers, et rien ne me surprit davantage que d'y voir clair, même la nuit, grâce au Christs-lantemophores. Rien n'est moins bitumineux , moyen âge et fouillis que la ville d'Anvers ; pas le moindre ruisseau stagnant, pas la moindre rue dépavée, rien enfin de ce pèle-mèle pittoresque qui fait de Rouen une si charmante ville pour les artistes. Ysabey, Poitevin et autres seigneurs de la peinture ficelée, chiquée et culottée (pardon du mot), ne trouveraient pas le plus léger sujet de croquis à Anvers ; tout y est large, vaste, bien aéré , d'une propreté fabuleuse ; tout y est peint à trois couches, même la cathédrale, qui est enluminée d'un pistache assez facétieux.
Nous descendîmes sur la place Verte dans le dessein louable de dtner très-bien ; ce à quoi nous ne réussîmes qu'imparfaitement ; mais Dieu, qui ne regarde que l'intention, nous pardonnera, je l'espère. On nous avait indiqué l'hôtel de l'Union comme un endroit où Von pouvait vaquer agréablement à la réparation de
dessous le nez ; nous allâmes donc à la rentaur ration de rUnion, car , en français-belge , un restaurant se nomme une restauration. C'est une très-grande maison d'un blanc tirant sur le bleu de ciel, arec de grandes fenêtres, des bornes de fonte et d'un aspect tout à fait convenable. Nous y bûmes d'un certain vin blanc du Rhin qui n'était pas trop mauvais. Quant à la cuisine , elle était banale , et sans le moindre caractère. Fritz, qui a la manie des ingrédients exotiques, ne put trouver sur la carte, quoiqu'il eût eu la patience de la lire d'un bout jusqu'à l'autre , rien d'étrange et d'incongru , excepté une compote de gingembre de la Chine. Les confitures que Pantagruel envoya à Pichrocole ne sont rien auprès de cela. Figurez-vous des cantharides marinées dans de l'eau forte, du piment au vitriol, tout ce que vous pourrez imaginer de plus diaboliquement épicé et de plus haut en goût, une mixture à vous fairevenir des cloches à la langue» comme si vous eussiez léché des orties, et vous aurez une faible idée de ce ragoût chinois et de saveur exorbitante.
-Ub-
Dès que noils ëûihës dàii$ le oorp» detii bt)tàchées de ifiëttë abbDïinaÈlé cbUl^^dsltion , hoù^ éônimeii^Mtes à criei^: Barol hàfo! là gorçfe faiàtdi sus pi&ge k iH kûtaierié ! inais l'iUcieiidite lie S'éteigQÎt p^ po\A cela . et hous fùiiiës obligés de hdtis leVeir de tdble iyeé Uh tblbih eÀ flamme dans la pOlMôe,
k 6Ôté dé hDus dloaletit déuî vàudëVillMés de iàës àinls doht j'ignoi^ lé noitl... Âllei- ëfa Flàhdi* tiotii- vbîi* des Flâmàtides blohdeà, fet y thJuVef deà ^aMeù^ VaUdetillistès : 6 déHsibn!
Les vtHhdeyillisie^ S'éd Aifëtit à l'brient . et ilbus âti ébUchâiit; iibUs àe iious ^bthiiiës pds feftkjbl-e renfeoillféS depuis.
■ Cdïhltiè il faisait éûcbtë ftsSfei de ibùf, holls Visitàtilës là cathédi'àlë : Il y à trois RUbëUs ihii'afeuleUi* h Descente de fcrbix, rÉtectioii de la érbli et llssdtnplion dé là Vifel-gë ; iës dëdx lireiniërs âVec dés tolets de U tilême taàiil, ijui fof tnènt quàtf^ tableaux. Six pàgfefe de ok I de ahl et de jibitits d'ëxëlâtbaiioil , de poùffaiëfit que faibleriient i^préSeiitef là iitipént dddiira-
(Hë éont je M Misl à l'âèpéët âë @e« fltmlige»; au liea d'un chapitre , il me faudrsil tel t^ lifadë ki-K)oUtd. Là ëhéitë âë Ma , àeùl^tée par Tétl)fugg6ti, éét dé lë pha gholde beatttd. Lé stijèt rep^ésette Adàtà el Èye, et la tempe , iMidatée d« |>ânlf^e9 ë de fetiillagci, est chai'^ gâë dé t^iës âOrtes â'ài^ittk et d'dniiflteï sifi^ giÉèt^ , ëfitfé fiittfes . des dindcms ùàÈitii k itlie. Est-tie tliie allu^jon maligtte de l'artiste aux ouailles du prédieateiif i tm au pf êdJOatetfit hii-ibétté 1 1Vous il'ôsoûà décidëf ëette ^ùë^iion délicate. QueUë souplesse, qiiellé ùetteté, Reliés dictes fratl6fae^ et vites . qnéWë touMulte âbcudailte ei facile i comïnë Cela est touffh, Htlni>riâili. t>leiii d'iflyetitidâ et de Ctiriosiie dâtis les détails, et que 6eà àrti^teil du seJziètilë sièfclë étaient de robùstéÈi coinpagâdiis ! L'église f ëfl* ferme aussi (}uéiqué9 bôiië tableaux de Qtielljit, d'Otto Veiiiiis, maître de ttubeiis, de Yàndièk. et dé ^liisiéut^ abttes. tlne setite èhose chagrinante, c'est que cette belle câthédi'dle, tpï{ est peinte en pistache |iaF d^fs, soif bafbéFtiiltêé eîi-dedans d'uû jâtmé-sêfifl (5xécrablé, ài)pliqué
à plusieurs couches, et avec le plus grand soin jdu monde.
L'église visitée intérieurement , l'idée 'de grimper dans le clocher se présenta à nous ; il nous en coûta trois francs, ce qui e$t un peu cher pour un clocher. On montait dans les tours de Notre-Dame pour six sous , avant le roman de Victor Hugo, qui a mis la vieille cathédrale à la mode ; il en coûte huit sous maintenant, prix encore assez raisonnable.
n y a six cent vingt-deux marches du pavé à la base de la croix qui surmonte la flèche ; on se hisse par un petit escalier tournant , où d'étroites barbacanes laissent à peine filtrer un jour douteux. L'obscurité est d'abord très-intense, à cause de l'ombre des édifices voisins ; mais à mesure qu'on s'élève, le jour augmente dans une progression symbolique, pour faire comprendre qu'en s'éloignant de la terre, les ténèbres se dissipent , et que la vraie lumière est en haut. À la moitié de la hauteur, se trouvent les cages des cloches , ces monstrueux oiseaux qui perchent et chantent sur le feuillage de