SCÈNE II
FATHMÈ, BÀBOrC, LES DEUX DERVICHES UN DERVICHE, ù Fathmé.
Bonne dame, nous sommes deux pauvres derviches qui revenons d’un long pèlerinage, et nous vous demandons la permission de nous asseoir sur ce banc pour prendreun peu de repos.
(Il désigne le banc qui est contre la boutique de Fathmé.)
FATHMÉ, vivement.
À votre aise, saints derviches, à votre aise, ne vous gênez pas, je vous en prie, ne vous gênez pas. .. (Les deux derviches vont s’asseoir sur le banc: — apercevant Bal>ouc.) Ah ! voici le docteur Babouc... un médecin bien agréable, si la mémoire ne lui manquait pas si souvent et s’il •
parvenait à finir ses phrases!... (Saluant Babouc.) Seigneur Babouc I
BABOUC, saluant Fathmé.
Que Mahomet soit avec vous, voisine Fathmé!...
FATHMÉ, avec une extrême volubilité.
Qu'il vous protège et vous conserve, voisin Babouc !...
Bonne journée qui se prépare, compère 1 II y aura foule sur la place, il y aura foule, il y aura foule !...
BABOUC.
Et dans la foule des contusions... des fractures... (Se frottant les mains.) Et bien mieux encore, par Mahomet !... quelques... quelques... aidez-moi donc... (il cherche.)
fi ZILDA *
FATUJIÉ.
Mais j’ignore...
1IAB0UC.
C’est étonnant, tout le monde en a... plus ou moins... fit vous-même... Ah! j’y suis, quelques bonnes attaques d'apoplexie.
FATHMÉ.
Comment, moi?...
BABOUC, riant.
Ça s’est vu... ça s’est vu... Qu’est-'ee que je demande?... Des maladies... de grosses maladies...
FATHMÉ, l’interrompant,
Dans le but charitable de les guérir !..., Vos intentions sont excellentes! excellentes, excellentes!...
BABOUC.
Comme mes drogues ...
FATHMÉ, très- vite.
Comme vos drogues, seigneur Babouc. Votre commerce va toujours, à vous, qui ne vivez que de plaies et bosses... tandis que moi, avec mes sachets, mes pastilles du sérail, mon tabac de Latakié, mon petit débit d’opium... et mieux que tout cela, avec le bazar de curiosités que m’a laissé mon défunt : armures antiques, costumes précieux, oiseaux rares... momies de première qualité. ..animaux féroces — empaillés, bien entendu... enfin, un capharnaüm d’objets bizarres et curieux, au choix et à la disposition des amateurs, — malgré tout cela, j’ai bien de la peine à joindre les deux bouts... et quand on est sage et pudique, quand on exerce honnêtement sa profession...
BABOUC.
Allons donc !... une femme comme vous doit bien avoir parfois... (il cherclie.) Certainement, vous en avez!