ACTE I, SCÈNE II
Aux rives du Catay, je vis, j'aimai Zirpliile; Conduite à quatorze ans au fond de cet asile, De ce cœur où sommeille encore le désir
J épiais le premier soupir. Ce matin, averti par une voix secrète, De Salomon j'ouvre le livre d'or ;
Sous le signe de ma planète Je lis ces mots dont je frémis encor : « Si la beauté que ton cœur aime, « Connaît l'amour avant son vingtième printemps, « Tu retombes à l'instant même « Sous le pouvoir de Morgane, et du Temps.
RABIEL.
Je tremble de vous voir bientôt en cheveux blancs. GALAOR.
Tu me crois aimé de Zirphile?
RABIEL.
Je ne crois rien , Seigneur, mais jusques k vingt ans , Garder un cœur est difficile.
GALAOR
J'ai contre moi l'amour, la nature et le ciel.
RABIEL.
Vous avez pour vous Rabiel.
GALAOR
Morgane est fée, et je crains sa puissance; Morgane est femme, et je crains sa vengeance.
6 ZIRPIIILE ET FLETTR DE MYRTE,
RABIEL.
Mais vous la bravez en ces lieux.
GALAOR
Dun bercer f^fangaride, elle éleva lentance; Il est jeune, il est beau ; si trompant tous les yeux , Elle allait....
RABIEL.
Fiez-vous à mon expérience; Je suis gnome , Seigneur ; vous savez que nos lois
Exigent qu'au moins une fois, Dans le cours de nos ans nous changions dénature : Dune femme jadis, pour user de mes droits,
.1 ai revêtu la forme el la figure.
J'étais jeune et jolie, on vantait ma pudeur: De ma douce métamorphose Je n'ai conservé fju'une chose; Gest lart de feindre avec candeur.
AIR
Dormez, dormez tranquille Reposez-vous sur moi :
Votre chère Zirphile Vous gardera sa foi.
D'une duéjme sévère J'aurai le caractère ; .Te connais des amans Tous les déguisemens.
Malheur au téméraire