‹ Zoé, ou L'amant prêté, comédie-vaudeville en un acteChapitre 13 sur 20 · ERNESTINE ET LE CHOEUR · texte numérisé non relu

ERNESTINE ET LE CHOEUR

f Quel plaisir I comme il enrage î etc.

I ALPHONSE

EïïSEMBlE. < Quel tourment! comme j'enrage! etc.

i ZOÉ.

' Quel bonheur est mon partage î etc. ( Tout le monde sort , excepté Alphonse et Zoé» )

ALPHONSE, ZOÉ

ALPHONSE , d'un côté et à fart.

Celai-ci vaut tous les autres... Impossible de la corriger... Ah ! si je ne Taimais pas comme un fou...

ZOÉ, de Vautre côté , et le regardant.

C'est qu'il est bien , mon amoureux !

ALPHONSE , de même.

Et pendant qu elle m'impose cette ridicule condition... elle court au salon où les autres vont lui parler de leur amour... Ce monsieur Gustave surtout , un fat, que je ne puis souffrir...

ZOÉ

Je suis curieuse de voir comment ils font la cour aux belles dames.,, ils doivent leur dire de jolies choses. ALPHONSE , de même.

Ma foi, j ai envie de laisser là cette petite , et de retourner... Oh! elle ne me le pardonnerait jamais. ZOÉ, à fart.

Ah! çà, qu'est-ce qu'il a donc ?... il ne fait pas plus d'attention à moi... (jHat^#.) Dites donc, monsieur... ALPHONSE , sans la regarder.

C'est bien... cest bien, ma petite.

ZOÉ , piquée.

Mais du tout... c'est que c*est très-mal... D'abord , monsieur, si vous êtes distrait comme ça , j'irai me plaindre à niam'zelle.

ALPHONSE

Celui-là est un peu fort.

ZOÉ

Certainement que je me plaindrai... Faut convenir que j'ai bien du malheur... même ceux qui y sont oblige's y renoncent-

Am du Piège.

Sans me r*g:arder, il reste là ; Voyez un peu V bel avantage !

Des amoureux comme cela , On n'en manque pas au village.

Et pour tomber sur uii amant Qui n' dit rien, et reste immobile...

C n'était pas la peine , vraiment , De V faire venir de la ville.

ALPHONSE, souriant malgré lui.

Elle a raison... J^aurai plus tôt fait de la mettre dans mes intérêts... (S& rapprochant. ) Eh Lien , men^^^sifant?

ZOÉ

A la bonne heure... On vous a dit d'être aimable et galant... Venez, là... près de moi.

ALPHONSE, la regardant.

Au fait, je ne l'avais pas remarquée... elle n'est pas mal, cette petite... {Haut et s' approchant d'elle») Voyons, mademoiselle Zoé, puisque je suis votre amoureux provisoire, nous devons avoir l'un pour l'autre une confiance sans bornes, {Avec douceur,) Comment, vous n'en avez pas d'autre que moi. ..bien vrai?

Ah! dame!

ALPHONSE , le doigt sur la bouche.

Ne mentez pas: c'est dans votre intérêt... Je ne serai pas toujours votre amoureux, et je puis toujours être votre ami.

ZOÉ

Quelle drôle de question!.... Mais, après tout, vous avez l'air si bon... que ce serait bien mal de vous tromper.

ALPHONSE

A merveille... Nous avons donc un amant?

ZOÉ , baissant les yeux.

C'est selon.,. Qu'est-ce que vous entendez par là?,..C'est-y quelqu'un que nous aimons , ou quelqu'un qui nous aime?

ALPHONSE

Quelqu'un qui nous aime.

ZOÉ , soupirant.

Alors, comme je vous le disais, je n'en ai pas.,. Iln^yaque moi qui pense à lui , et lui ne pense pas à moi.

ALPHONSE

Est-il possible !

ZOÉ

Que voulez-vous...

Aia de la promise du Poitou { de M ad. Duchambce ). Je n'ai g:uére d'attraits , Et n'ai point de richesse \ C'est pour ça qu'il m' délaisse.

Ah ! comm' je m' vengerais!...

Si j'avais d'ia fortune, Et qu'il n'en eût aucune , C'est lui que je prendrais.

ALPHONSE

Et dites-moi , cet amoureux-là , Taimez-vous autant que moi 5 qui suis en titre?

ZOÉ , embarrassée.

Mais.,.

2e COUPLET.

On le trouve un peu niais , Et vous él's ben aimable ; Il n'est guère agréable , Et vous él's des mieux faits.

Pourtant si d'un air tendre , Il m' disait : « Veux-tu m' prendre ? d Cest lui que je prendrais.

ALPHONSE , à part.

Pauvre petite î.,^. Ah! si Ernestine pensait comme elle!

ZOÉ

Est-ce que ça vous fâche , monsieur?

ALPHONSE , badinant.

Mais certainement... II est fort désagréable de penser que tu f occupes d'un autre.

ZOÉ

Oh! ouï... ça fait mal , n est-ce pas?... Vous en savez quelque chose , vous qui aimez tant mademoiselle Ernestine , et qui êtes loin d'elle... Aussi , j'ai presque regret de vous avoir choisi, car je n'aime pas à faire de la peine... et si vous voulez , je vous rends votre parole... Allez , monsieur , allez la retrouver*

ALPHONSE, vivement.

Non , non vraiment... tu mérites que l'on s'intéresse à toi ; et puisque tu m'as donné la préférence , c'est à moi de te protéger... d'assurer ton bonheur.

ZOÉ

C'est difficile.

ALPHONSE , la cajolant.

Pas tant que tu crois... On peut ramener ton amant ; et puis, si ce n'est pas lui , il y en a tant d'autres... C'est qu'elle est charmante, d'honneur !

Air : Pour lui cio faveur nouvelle. (Episode de 1812. ) Aimable, douce et «gentille , Cliacun voudra sécher tes pleurs ; Et jamais une jeune fille !N*a manqué de consolateurs.

ZOÉ

Vous croyez ?

ALPHONSE

Moi-même , d'avance Je m'offre , me voilà*

ZOÉ

Grand merci de voire oblig^eance.

(Il veut V embrasser.)

Mais , monsieur, que faites-vous là?

ALPHONSE , souriant.

Je remplis , en conscience , L'emploi que l'on me donna.

Archives de la Ville de Bruxelles . Archief van de Stad Brussel

( 20 ) ZOÉ

J' vois qu'il a de la conscience, Car il n'est là... que pour ça.

ENSEMBLE

ZOÉ

Mais de tant d'oblig:eance , Monsieur, je vous dispense :

Sur ma reconnaissance Comptez , malg:i é cela ; Car ce service-là Jamais ne s'oublîra.

ALPHONSE

Quelle aimable innocence!

De ta reconnaissance Ici je te dispense ; Car j'y prends g^oùt déjà ; Et de ce baiser-là Mon cœur se souviendra.

{Il V embrasse et aperçoit Pierre.) ALPHONSE.

Hein !... qui vient là?

^cjctte 8.

Les mêmes , DUMONT , PIERRE.

piERBE, S arrêtant, étonné* Pardon, monsieur.

ZOÉ , à part.

C'est Pierre,

ALPHONSE

Qu'est-c^ qu'il y a ?

PIERRE, déconcerté.

Je VOUS dérange peut être?

DUMONT, h Alphonse.

C'est Pierre Rousselet, le fermier de monsieur le baron... qui désire parler à monsieur..- de sa ferme des Viviers... il voudrait avoir le bail.

ALPHONSE

Pierre Rousselet?

DUMONT

C'est un très-brave garçon , que j'ose recommander à monsieur.

ZOÉ , faisant une profonde révérence à Alphonse. Oh! oui... c'est un très-brave garçon... que j'ose recommander à monsieur.

ALPHONSE 5 la regardant.

C'est bien... Du moment que tu t'y intéresses, nous nous entendrons.

PIERRE , qui est resté en arrière avec Dumont. J'aurai la ferme.

ALPHONSE

Mais avant tout, monsieur le régisseur...] e voudrais envoyer sur-le-champ deux mots au notaire du village. DUMONT, bas à Pierre.

C'est pour le bail... {Haut à Alphonse.) Il y a tout ce qu'il faut pour écrire dans ce pavillon.

ALPHONSE

Le notaire sera-t-il chez lui?

PIERRE

Certainement... Tous lesjeunes gens du pays y sont rassemblés ce matin : une assurance mutuelle qu'ils font pour s'exempter de la guerre.

( 21 ) ALPHONSE

Tous les jeunes gens... à merveille.

Air : f^audeville du Billet ati porteur. Quand ma foi sera dég:agée , C*est , je crois , le meilleur moyen De marier ma protégée.

C'est g:énéreux !... car je sens bien Qu'il est cruel de quitter un tel bien. Mais plus heureux que ne le sont , peut-être , Bien des maris , et bien des ^Gns d'honneur, J'aurai du moins le bonheur de connaître Et de choisir mon successeur.

{Il entre dans le 'pavillon avec Dumont,) PIERRE , regardant Zoé.

C'est singulier!... comme elle a du crédit sur lui... et comme il la regardait!... {Haut.) Qu'est-ce qu'il te disait donc là, Zoë, quand je suis arrivé ?

ZOÉ, d\m air indiffèrent.

Qui?

PIERRE

Monsieur d'Auberive.

ZOÉ

Ah ! lui ?.,. il me faisait la cour.

PIERRE , riant.

Bah.!.,, il te faisait la cour!... à toi.?^

ZOÉ

Oui... il disait qu'il me trouvait gentille... que je lui plaisais.

PIERRE , riant.

Ah! ah!... par exemple... laisse donc... un grand seigneur...

ZOÉ, le regardant en dessous.

Dame ! c'est que les grands seigneurs s'y connaissent mieux que les autres.

C'est vrai... mais eux qui ont tant de belles dames!

ZOÉ

Justement... ça les change.

PIERRE

C'est égal... il ne me serait jamais venu à l'idée... qu'il fît attention à une petite fille comme ça... Il a là un drôle de goût. ZOÉ 9 à part.

Est-il malhonnête !

PIERRE

Quant à moi, qui ai la main heureuse.,. Dis donc, Zoé... (-4 demi^voia;,) J'ai suivi ton conseil... C'est Catherine Bazu que j'épouse.

ZOÉ, à part.

Ah ! mon Dieu !... {Haut et troublée,) Comment, vous vous êtes décidé ?

PIERRE

Oui... tu m'as tant répété qu'il n'y en avait plus... et puis j'ai rencontré la mère Bazu , qui m'a dit que plusieurs prétendans avaient des idées sur sa fille... et ça m'en a fait venir..

parce que, moi , dès que quelqu'un a ane idée , je dis : Via mon aflPaire... Alors, je n'ai pas perdu la tête. ..je l'aidemande'e tout de suite... et la mère Bazu m'a promis que si j'avais la ferme des Viviers , sa fille était à moi. ZOÉ, à part»

Ociel!

PIERRE

Et comme il vient presque de me l'accorder*., je suis tranquillce (Remarquant le trouble de Zoé.) Eh bien!... qu'avezvous donc ?

ZOÉ

Rien, monsieur Pierre... Je vous souhaite bien du bonheur.

PIERRE

Chut!... le voilà qui revient.

ZOÉ , à part.

C'est fini , il va Fepouser. (Jlphonse et Dumont sortent en causant du pavillon, (André paraît dans le fond.) DUMONT , à Alphonse.

Je dis, monsieur, que vous, qui blâmez les caprices de mademoiselle Ernestine, vous avez bien aussi les vôtres... Donner dix mille francs de dot à cette petite ? ALPHONSE , à de mi' voix.

Tais-loi.

DUMONT

Elle ne manquera pas de partis.

ALPHONSE

C'est ce que je veux... (Apercevant André qui ratisse près de Vallée.) André'... ce billet à l'instant chez le notaire.

ANDRÉ

Oui, moBsieur.

ALPHONSE, à Pierre.

Et maintenant, monsieur Pierre Rousselet, je suis à vous. (Il va pour sortir.)

ZOÉ, r arrêtant.

Comment j mon amoureux, vous me quittez encore?

ALPHONSE

Pour un instant.

20É 5 à demi-voix. Ah!.., e'coutez donc... je n'ai que trois heures... si vous prenez comme ça des congés...

ALPHONSE, souriant.

Je vais revenir.

ZOÉ

A la bonne heure... Mais je voudrais vous dire un mot.

ALPHONSE , revenant.

C'est trop juste... je suis h tes ordres. PIERRE , à part.

Comme elle le fait marcher!

Répertoire Dramatique,

ALPHONSE , à Zoé.

Qa'cst-cc que c'est ?

ZOÉ

Cest... {A Pierre et h Dumont , qui so sont approchas pour écouter.) Laissez-nous donc, vous autres. ( Pierre et Dumont s'éloignent et se retirent auprès du pavillon.)

ALPHONSE

Eh bien?

ZOÉ, bas.

C'est que... vous êtes mon amoureux., n*est-ce pas?

ALPHONSE , bas.

Sans doute.

ZOÉ, bas.

Et un amoureux... ça doit obe'ir.

ALPHONSE

Aveuglement.

ZOÉ, de même.

Alors... cette ferme que Pierre Rousselet vous a demande'.., il ?aut...

ALPHONSE

Sois tranquille... tu me las recommande'... il Taura.

ZOÉ , bas.

Non... au contraire... il faut la lui refuser.

ALPHONSE, surpris.

Ah!

ZOÉ

Oui... je le veux.

ALPHONSE

C est différent. (Regardant Pierre , qui le salue erif signe de remerciement,) Pauvre garçon!... moi qui croyais que c'était lui... {A Zoé.) Allons, je la garderai pour l'autre.

ZOÉ

C'est ça... pour lautre.

ALPHONSE , à voix basse.

Mais à une condition... cest que lorsque Fhorloge du château sonnera deux heures, tu m'attendras au bout de ce bosquet, près de la pièce d'eau. ( A part,) Je veux être le premier à lui annoncer ce que je fais pour elle.

ZOÉ

Près de la pièce d'eau!... pourquoi donc?

ALPHONSE

J'ai à te parler.., tu sais bien... pour l'autre.

Ah! oui... '

ALPHONSE

Ainsi , tu viendras... ne l'oublie pas... à deux heures.

ZOÉ

C'est convenu... à deux heures... {Haut et regardant Pierr e en dessous.) Adieu, monsieur.,.. Ne me faites pas attendre , au moins.

Zoé. 4-

ALPHONSE , à Fierté.

Venez , M. Pierre.

PIERRE

Voilà , monsieur... ( A part. ) Cette pefttè^'Zoé ma donné un fier coup de main, là... ( Alphonse est entré dans le paviU lën; Pierre y entre après lui, )

ZOÉ

Si maintenant Catherine Bazu Tepouse... ce ne sera pas du moins pour la ferme.

^cctte 9.

DUMOjNT , ZOÉ.

DUMONT

A-t-on jamais vu !... dix mille francs de dot à mademoiselle Zoe!... et il charge le notaire d'en prévenir les jeunes gens du village... Certainement, je ne suis pas un jeune homme... mais dix mille francs... ça m'irait aussi bien qu'à un autre... c'est de tous les âges... Elle ne sait rien... je serai le premier en date... Ma foi, brusquons l'aventure. .. Zoé, Zoé... (^Il s'approche d'elle,)

ZOÉ, à part.

Ah! mon Dieu!... c'méchant régisseur... il va encore me gronder.

DUMONT

Viens ici , Zoé... j'ai à te parler... Tu sais que je m'intéresse à toi... je t'ai vue naître , et je t'ai toujours aimée.

ZOÉ

Ah ! bien... vous cachiez joliment votre jeu... Votis étiez toujours à crier : Ah ! le tilain enfant ! quiiest maussade !

DUMONT

Parce qu'on te gâtait... (^ Lui prenant la main,) Et moi, qui t'aimais véritablement... Mais viens de ce côté... (// la mène du côté opposé au pavillon!) Il n'est pas nécessaire qu'on nous entende de ce pavillon. ( // lui parle bas à V oreille. )

ZOÉ

Vraiment!... {Dumont lui parle encore ia5.) Est-ce que par hasard?... (Dumont lui parle encore bas , avec plus de chaleur,) Ah! mon Dieu!... m'épouser!

DUMONT

N'aie donc pas peur, et surtout ne crie pas ainsi*

ZOÉ

Moi!... madame Dumont!... -moi qui nairien.

DUMONT

Tu es plus riche que tu crois... (Etonnement de Zoé. ) Cette grâce... cette gentillesse... {A part.) Car au fait, je ne sais pas pourquoi on n'y fait pas attention , à cette enfant... elle est très-bien.

ZOÉ, à part.

Encore un qui s'en aperçoit.

^ DUMONT

Eh bien ?

ZOÈ,

Ëcoates... je ne dis pas non... je ne dis pas oui.

DUMONT

C'est bîen vague.

ZÔÉ.

Jïfaut que je voie si votre amoar est sincère.

DUMONT , à ses pieds»

Ahl... je te jure, sur mon honneur.,.

ZOÉ , l'imitant.

C'est bien vague.

DUMONT

jEspiègle !

ZOÉ , à part.

Aia : La ville est bien , l'air est très-pur. (du Coiowei». ) Ah ! grands dieux ! si Pierre était là !

DUMOWT.

L'affaire est-elle terminée ?

ZOÉ

Je n' peux rien dire... Ton verra.

,(^ part.) En \*là deux dans la matinée.

DTJMONT.

Tu parais troublée.

ZOÉ

Oui, beaucoup.

Un amant dans cette attitude !...

Ca vous surprend un peu , surtout Quand on n'en a pas l'habitude.

PIERRE , sortant du pavillon, Eb bien !... en voilà un autre.

ZOÉ ^jetant un cri.

Ah!

DUMONT , se relevant.

Au diable rimbécile. {Il s'esquive.)

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