PIERRE, ANDRÉ, ZOÉ
PIERRE, à André qui tient des lettres a la main.
Qu'est-ce que tu veux?... qu'est-ce que tu demandes?
ANDRÉ
Ce n'est pas vous... c'est mam'zelle Zoe... un paquet de lettres que je rapporte pour elle de chez le notaire. (// donHé les lettres à Zoé. )
PIERRE
C'est bon. ♦. va-t'en. (André s'en va.) Des lettres... un notaire... qu'est-ce que cela veut dire ?
ZOÉ
Je n'y comprends rien... on ne m'écrit jamais... et pour bonnes raisons... Mais vous, monsieur Pierre, qui savez lire?.. ( Elle lui donne les lettres. )
PIERRE , les prenant.
Avec plaisir... c'est mon fort la lecture... le reste , je ne dis pas. (Il lit comme un écolier,) « Mam'zelle , depuis que je vous adore , excusez si je ne vous en ai rien dit.. »
Comment!... c'est une lettre d'amour?
PIERRE , haussant les épaules.
Comme c'est e'crit!
ZOÉ
Mais pas mal... « Je vous adore.») Continuez. PIERRE , continuant,
« C'est que mon respect était égal à mon silence... Mais si l'offre de ma main et de ma fortune.. » {S'interrompant,) Que c'est bête !... ma main et ma fortune... ils n'ont que ça à dire... ça doit être beau!... Quel est donc l'animal qui écrit de pareilles sottises? ( // regarde la signature, ) Jean L'huillier.
Jean L'huillîer, le menuisier... un joli garçon!
PIERRE
Oui... un grand échalas.
ZOÉ
Et les autres ?
PIERRE, parcourant les lettres^ Toutes de même.
zoi.
Ils veulent tous m'épouser!
Archives de la Ville de Bruxdies ArchiefvandeStadBrussel
PIERRE , lisant le$ signa^tures, Jérôme Dufour... André Leloup... Christophe rAhuri.»^ êu Vlà-t-il?... enVJà-t-il?
Air ; J'en guette un petit démon âye, y crois qu'il en sor{ de dessous terre.
ZOÉ , à. part.
Via qu'ils arrivant !... C'est étonnant î
PIERRE
C'est pire qu'une folle enchère , Et tout l' monde en veut mainlenant.
( jRegardant les lettres. )
La provision est assez ample , Car tout l'villa^o^e après elle s'est lancé , D* puis que 1' seig;neur a commencé.
ZOÉ
Gb que c'est que le bon exemple!
(A part et regardant Pierre. ) Et ça ne lui fait rien... il se tait... cependant il souflFre!... Peut-on être dur comme ça a aoi-même !
PIERRE , hésitant.
Et tous ceux-là... lequel que vous choisiriez?
ZOÉ, le regardant en dessous.
On ne sait pas... il peut s'en présenter d'autres.
PIERRE , à part.
Au fait, elle a raison... Si je tarde encore... Jusqu à présent^ 3 n y en a que deux qui en valent la peine : le seigneur et le régisseur... On serait le troisième... et le numëra 3 n'est pas tropmauvais... Si j'osais... j'ai envie d'oser... (AZoé.) Mam'zelle.
ZOÉ y se rapprochant.
Qu'est-ce que p'e&t ?
PIERRE
Eh bien.é. {A part.) Ali 1 mon Dieu ! et Catherine Bazu qui a ma parole... Si j'allais me trouver deux femmes sur les bras..» Faut que je me dégage... {On entend sonner deux heures,)
ZOÉ
Ah ! mon Dieu! et mon amoureux qui m'attend*
PIERRE
Vot' amoureux !
ZOÉ
J'ai promis d'aller le rejaindre à deux heures.
PIERRB.
Pourquoi donc?
Je ne sais pas*
Et oîi ça ?
Au bout de cette allée.
Et vous irez ?
ZOÉ
Certainement... Moi d'abord , je n'ai que ma parole. {Re-
ZOE.
PIERRE
ZOÉ
PIERRE
( ^9 ) gardant du coté du bosquet.) Justeiiient je laperçois. {Elle é court,
PIERRE, voulant Varrêter, Eh bien!... attendez donc, mam'zelle... moi aussi j'ai à vous parler;
ZOÉ, en s'en allant.
Ce sera pour une autre fois... ça lui apprendra à se décider^, {Elle disparait dans le bosquet» )
%tkn6 12.
PIERRE seul, puis ERNESTINE.
PIERRE
Manrzetlé.... écoutez-moi donc... Elle y va.;, c'est qu'elle y va... a-^t-on jamais vu!... cette petite... son amoureux!... un amoureux comme ça à une fille de village... qu'est-ce qui nous restera à nous autres ? (Regardant dans le bosquet, ) Oui vraiment!... il n'était pas loin... le voilà !... il lui donne le bras..^ Ah ! mon Dieu! ils disparaissent derrière les bosquets... Si encore je m'étais déclaré... si elle était ma femme... j'aurais droit dé me fâcher... c'est un agrément... mais je n'ai rien à dire... et je suis obligé de rester là, les bras croisés... comme un pur et simple jobard.
ERNESTINE , entrant par le fond h droite.
Ab! te voilà, Pierre... qu'est-ce que tu fais donc là?
PIERRE
Rien i mademoiselle.
ERNESTINE
As-tu vu passer monsieur Alphonse ?
PIERRE
Si je l'ai vu?... Certainement... et ce qui me fait le pltrs enrager... {Regardant dit coté du bosquet.) c'est que je ne le vois plus.
ERNESTINE
Comment?
li était ici avec mademoiselle Zoé... et ce que vous ne croi* riez jamais... il lui faisait la cour.
ERNESTINE
Je le sais... c'était pour rire.
PIERRE
Ahl vous appelez cela pour rire ! Primo , d'abord et d'unCr.".» ce matin, quand je suis arrivé, il Tembrassait,
ERNESTINE, trOublés.
En es-tu sûr ?
PIERRE
Pour commencer... et il m'en a parlé à moi , personnelle* ment^ comme de quelqu'un qu'il aimait , qu'il adorait.
ERNESTINE
Depuis ce matin.
PIERRE
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il en a Tide'e... fautdufei«ps
( 3o ) pour s'enhardir à ce point-là... et je gagerais qu'il raime depuis long-temps.
ERNESTINE
Il serait vrai !
PIERRE
Oui, mademoiselle, oui... il fera quelque folie pour elle.
Que dis-tu ?... au moment où je venais d'avouer à mon père que c'était lui que je préferais.
PIERRE
Combien lui en faut-il donc ?,.. car si vous l'aviez vu tantôt, auprès d'elle, avec des yeux animés... et elle donc, tout à rheure : « Il m'attend à deux heures. — Pourquoi faire? que j'ai dit. — Ça ne te regarde pas , » qu'elle m'a répondu ; et elle s'en est allée en riant... et ils ont disparu dans les bosquets.
ERNESTINE
Ocielf
PIERRE
C'est comme je vous le dis... de vrais bosquets... ils sont là pour le dire... et tenez, tenez, mam'zelle... {Lui montrant le iosquet, )
Air P'audeville de V Homme vert.
Le v'ià qui vient par cette allée.
ERNESTINE
Le dépit fait battre mon cœur.
PIERRE
Dieux ! si ma vu* n'est pas troublée , Il me paraît sombre et rêveur.
Sa tristess* n'est pas naturelle , On dirait qu'il n'ose approcher...
Ca m' fait trembler... il faut, mam'zelle, Qu'il ait quelqu* chose à se r'procher.
^Ciène 13.