PI£BRE
Oh ! c est-à-dîre, je cause avec cHe e»feHit. . quand j'ia rencontre... parce que c'était la filleule de ma tante Véronique. Elle nous est attachée... et puis elle a quelquefois des idées... et moi, c'est la seule chose qui me manque... Je ne lai vue hier qu'un instant , et elle ma donné une idée.
DUMONT
Pour ton mariage ?
Non... pour ma fortune... C'est ce qui me fait venir de si honne heure... Dites-moi, monsieur Dumont, vous avez grand monde au château?
DUMONT
Parbleu!... Tous les propriétaires des terres voisines... tous les prétendans à la main de mademoiselle, qui se succèdent depuis trois mois, avec leurs sœurs , leurs cousins... C'est un tapage !...
PIERRE
Et mam'zelle Ernestine ne s'est pas encore décidée ?
Air : De sommeiller encor, ma chère.
Elle , si jolie et si fraîche ,
Qui voit tant d'amans accourir,
De prendre un époux qui Tempéche ?
EUMONT.
EU* te ressemble , eU' veut choisir.
Avant qu' sous Thymcn on se rangée ,
A deux fois faut y regarder...
Car, pour les amans , on les changée ;
Mais les maris , faut les g:arder.
C'est aujourd'hui cependant qu'elle doit se prononcer... Mais malgré les instances de son père , qui , vu sa goutte et ses soixante-huit ans, est pressé de Fétahlir... mademoiselle passe sa vie à désoler ses amoureux par ses caprices , sa bizarrerie... Je n'en ai jamais vu d'aussi fantasque.
PÎESIRE.
C'est drôle ! ... on dit pourtant que , parmi ces jeunes gens, il y en a un plus aimable que les autres.
DUMONT
Monsieur Alphonse d'Auberivc.le fils d'un ancien ami de monsieur le baron... c'est vrai ; un jeune homme charmant... de l'esprit , de bonnes manières.
PIERRE
Et une ferme magnifique, qui est vacante, à ce que m'a dit Zoé.
DUMONT
C'est possible... mais je doute qu'il obtienne la préférence.
PIERRE
Pourquoi donc ?
DUMONT
Parce que c'est encore un autre geni^e d'original..» Il a , comme dit mam'zelle , de vieilles idées... Il veut que les femmes soieat soumises à leurs maris.
PIERRE
Bah!
DtJMONT.
Et par suite , il ne se prête pas assez aux fantaisies de mam*zelle... quelquefois même, il lui lance des coups de patte...
PIERRE
En vérité'!
DTJMONT.
L'autre jour, il revenait de la chasse : on était rassemblé sur la terrasse , et mam^eile venait d'avoir deux ou trois caprices... je ne sais pas trop à quel propos.
PIERRE
Elle ne le savait peut-être pas elle-même.
DUMONT
C'est probable... Enfin son père n'osait rien dire... mais on voyait qu'il souffrait... « Parbleu, dit monsieur Alphonse entre ses dents, si c'était ma fille, je saurais bien me faire obéir. — Et comment? dit le papa. — Il y a mille moyens. — Mais enfin? — Cela ne me regarde pas. » Dans ce moment , il aperçoit son chien piétinant une platebande... Il l'appelle... la pauvre bête hésite... Paf ! il lui décoche un coup de fusil!
PIERRE
Et le tue?
DUMONT
Non ; seulement quelques grains de plomb !... Tout le monde jette un cri... « P^ardon , mesdames, dit-il; c'est seulement pour lui apprendre à avoir des caprices. » Mam'zelle rougit , monsieur le baron se mord les lèvres... et lui , les saluant d'un air gracieux, s'en va tranquillement faire un tour de parc.
PIERRE
Oh! là... là!...
Air de Voltaire chez H^ïnon.
Après c'trait-là, je V pense bien »
Mam^zeir devait êtr' furieuse.
DUMONT
Pas trop... mais elle ne dit rien, Et tout le soir ell' fut rêveuse.
Y a d' quoi.. . c'est déjà ben g:enlil ; Car s'il veut après V mariage
S' faire obéir à coups d' fusil ,
Y aura du bruit dans le ménaf;e.
Eh bien , ]e serais désole que ce ne fût pas lai qui e'pousât,
DUMONT
Tu le protèges?
PIERRE
Pour qu'il me le rcînde... Je viens lui demander sa belle ferme des Viviers, qui est tout près d'ici... Alors , vous concevez... étant déjà le fermier de monsieur... je serais plus riche du double , et je pourrais choisir parmi les plus huppées. Mé^eri^ir» Dmm^^iq^^^
DUMONT
Est-il ambitieux 1
PIERRE
Dites donc, monsieur Damont, aidez-moi... il y aura an bon pot-de-vin... Hein ! ça va-t-il ?
DUMONT
Tais-toi, tais-toi... ne parle donc pas si haut... ce n'e^it pa^ à cause de cela... mais au fait , c'est un brave garçon ^ et... ZOÉ, du dehors.
Monsieur Dumont... monsieur Dumont.**
DUMONT
Chut ! c'est la petite Zoe'.
Les mêmes , ZOÉ , accourant avec une corbeille de fleurs.
ZOÉ
Monsieur Dumont... monsieur Dumont.
DUMONT
Qu'est-ce qu'il y a ?
ZOÉ
Venez vite... Vlà une heure que je vous cherche pour vous dire.M (Apercevant Pierre.) Ah! c'est Pierre Rousselet!
PIERRE
Bonjour... bonjour, p^fei^e-.
DUMONT
Pour me dire...
ZOÉ , regardant Pierre, Eh bien, oui... pour vous dire... (^ Pierre») Vans vous portez bien , monsieur Pierre?
DUMONT, impatienté.
Pour me dire... quoi?
ZOÉ, regardant toujours Pierre.
Dame ! je l'ai oublié'... je suis venue si vite..»Qull a bonne mine , ce matin , Pierre Rousselet !
DUMONT
Au diable la^«f>etite niaise , avec son Pierre Rousselet !... elle ne sait pas même faire une commission... C'est sans doute pour le déjeuner?
ZOÉ
C'est ça... Ils déjeunent, et il manque quelque chose*
DUMONT
Du vin... J'ai les clefs de la cave... j'y courâ... (Bas à Pierre.) Dès qu'ils seront sortis de table , je te ferai parler k monsieur ' d'Auberive.
Air du chœur final de Lotjise.
De vos plaideurs désormais^ eic^ etc.
Mais partez donc promplement , Allez vile , ils sont à tablé ; Ils font tous un bruit du diable , Pour boire on vous attend.
Zoé* 2.
Archives de la Viiïe de Bruxelles ArchiefvandeStadBrusset
DUMONT
J* sais mon affaire , Et pour leur plaire , J' vais leur donner du meilleur.
ZOÉ
Alors , monsieur, donnez-leur D' celui qu' vous buvez d'ordinaire.
DUMONT, parlant.
Tiens... C'te petite Jbéte !
ENSEMBLE