‹ Zoé, ou L'amant prêté, comédie-vaudeville en un acteChapitre 4 sur 20 · UMONT. I ^ PIERRE ET ZOÉ · texte numérisé non relu

UMONT. I ^ PIERRE ET ZOÉ

Oui , je reviens dans l'instant , 1 Mais partez donc promptement , Etc. , etc., etc. I Etc. , etc. , etc.

(Dumont sort par la gauche ; Pierre va s'asseoir auprès d*un arbre dans le bosquet; Zoé pose son panier de fleurs sur une des chaises du bosquet.)

ZOÉ, PIERRE, assis.

ZOÉ , à part, C te petite hête! ... Ce vilain régisseur!*.. Voilà pourtant comme ils me traitent tous... {Regardant Pierre.) Excepté Pierre... lui, au moins , ne me dit pas de choses désagre'ables... Il est vrai qu'il ne me parle jamais... {Le regardant avec plus d'attention,) Je vous demande , dans ce moment-ci , par exemple, à quoi il peut penser ?... si toutefois il pense... Si c'était... {Haut et s approchant un peu.) Monsieur Pierre... PIERRE, d'un air indifférent.

Ah ! vous êtes encore là , Zoé ?

ZOÉ , à fart.

Comme c'est aimable!... {Haut.) Oui... Vous avez Tairtout drôle... ( S' approchant de lui tout-à-fait, ) A quoi que vous pensez donc comme ça?

PIERRE

Ah! dame !... je pensais... au cabaret de la mère Michaud , où j'ai déjeuné à c'matin.

ZOÉ, soupirant.

Joli sujet de réflexions 1

PIERRE

Figurez-vous qu'ils étaient là une douzaine à me corner aux oreilles: « Pourquoi que tu ne te maries pas, grand imbécile ?.. An lieu de vivre seul , comme un grigou... Que diable ! tu as des écus... tu es ton maître... Tu pourrais faire le bonheur d'une honnête fille. »

ZOÉ

Ah! ça... il y a long- temps que je vous le conseille. PIERRE , se levant et s'approchant de Zoé.

C'est bien aussi mon intention... et dès que j'aurai la ferme des A/iviers, je prendrai une femme... je signerai les deux baux en même temps.

Vous n'avez pas besoin d'attendre.

PIERRE

Si fait... afin de pouvoir dire à ma prétendue : « Voilà... vingt-cinq ans , un bon enfant , quarante setiers de terre ipre-

(9) mière qualité, physique idem.,, et quelques sacs de côté pour acheter des dentelles et des croix d'or à madame Rousseîet. » Cest à prendre ou à laisser... D'ailleurs c'est vous qui m'avez fait songer à c'te ferme.

ZOÉ

C'est vrai ; mais ça ne doit pas vous empêcher de faire un choix.. t parce que , pendant que vous voua consultez , les jeunes filles se marient... et si vous tardez comme ça.,.

Air de V Artiste.

Vous n' pourrez placer, j' gag^e , Vot' cœur, ni votre argent; Car, dans notre village , Tout's les fiirs on les prend.,.

Il n'en restera pas une , Et je plains vol' destin...

Chez vous s'ra la fortune , Et i' bonheur chez V voisin.

PIERKE.

C'qu'elle dit là est assez juste... Il n'y a déjà pas tant d'filles dans le pays... Il y a disette...

ZOÉ, se rajustant.

Oh!.., on en trouve encore... en cherchant bien.

piEKRE, d^un air de doute.

Hum !... voyons , Zoe'... Vous qui me connaissez d'enfance... qui est-ce qui pourrait me convenir ?

ZOÉ, timidement.

Dame!... faut voir... Il vous faut quelqu'un d'aimable... de gentil...

Oui... qui me fasse honneur.

ZOÉ

Quelqu'un qui ne vous taquine jamais ; parce que Vous êtes vif , sans que ça paraisse.

PIERRE, d'un air tranquille.

Très-vif.

ZOÉ

Une bonne petite femme qui vous aime bien.

PIERRE

Et qui ne m'attrape pas.

ZOÉ

Bien mieux... qui vous empêche d'être attrapé... car vous ê tes un peu simple.

PIERRE

Oh !... j'ai laîr comme ça... mais j'suis futé, sans qu'ça paraisse... {Cherchant,) Ah! dites donc... la grande Marianne!^... ZOÉ , faisant la moue.

Oh ! non... Est-ce que vous la trouvez jolie , la grande Marianne?...

PIERRE

Mais...

ZOÉ

Je ne trouve pas, moi... Elle est maigre et sèche...

( lo)

C'est vrai qu'elle n'est pas si bien que Catherine Bazu.

ZOÉ , d'un air approhafif.

Ah !... voilà une jolie fille.

PIERRE

N'est-ce pas?

ZOÉ

Mais elle est coquette.

PIERRE

Catherine Bazu ?

zci.

Ah ! elle est coquette !... Il n'y a qu'à la voir les dimanches., elle se pavane... elle fait la belle... sans compter qu'elle change de danseur à chaque instant.

PIERRE

Ah! si elle change de danseur... il n'y aurait pas ce danger là avec Babet Leroux ?

ZOÉ

Oh! oui... la pauvre enfant!... elle est si douce!... et puis elle boite... elle ne peut pas danser.

PIERRE

C'est vraî... elle boite ; cependant , quand elle est assise ^ ça ne paraît pas... Nous avons la grosse Gothon?

ZOÉ

Une mauvaise langue.

Claudine?

ZOÉ

Plus vieille que vous.

PIERRE

Fanchette ?

ZOÉ

Elle épouse Jean-Louis.

PIERRE , se grattant V oreille.

Diable!... voilà tout le village... Je n'en vois plus d'autres.

ZOÉ , à part.

Ah ! mon Dieu !... il est donc aveugle !

PIERRE

A moins de prendre. dans les mamans..; {Comme frappé d^une idée,) Ah! que je suis bête!... Je n'y pensais pas. ZOÉ , avec joie.

L'y voilà enfin.

PIERRE

Il ny en a plus ici...

Air de VÉcn de six francs.

Mais c'est demain , Vlà mon affaire , Jour de marché.

ZOÉ

Qu'est-c' que ça f ra ?

PIERRE

De tous les environs , j'espère , Il en viendra... je serai là ,

, pour choisir, je serai là.

tùtant r premier sur leur passag;e , Je serai bien sûr de saisir Leur cœur...

zoi.

A moins qu'avant d' partir Ell's n' raient laissé dans leur village ; A moins pourtant qu'avant d' partir ElFs n'iai'nt laissé dans leur village.

PIERRE

Cést encore possible... H y a des amonrenx comme ici... peut-être plus... (Regardant vers la gauche,) Mais v'ià la compagnie qui sort de table, car je la vois dans les jardins... J Vas vite trouver le régisseur, pour qu'il me fasse parler à monsieur d'Auberive... Sans adieu, mft^ipetite Zoe'... {En s'en allant,) Si je trouve ce qu'il me faut , il y aura un cadeau de noce pour vous. (Jl disparaît dans le bosquet,)

^ckn^ 5..

ZOÉ seule , le suivant des yeux.

Est-ce impatientant!... Dire qu'il songe à tout le monde, excepte à moi... (S'essuyant les yeux,) Et il me demande conseil encore!... Moi qui laime depuis si long-temps , et de si bon cœur!... Mais voilà ce que c'est... personne ne fait attention à Zoé, la petite jardinière... personne ne lui fait la cour!... et ces vilains hommes ne désirent jamais que ce que les autres veulent avoir.

Air : Si ça t' arrive encore ( de la Marraiwe ). Je n' suis pourtant pas mal , je crois : Mais c'est comm' ça , quand on commence : Et vous toutes , vous que je vois Me traiter avec arrog:ance , J'aurais bientôt , soit dit sans me louer, Vingt amoureux comme les vôtres...

Si quelqu'un voulait s* dévouer Pour encourag:er les autres.

{Elle regarde vers la gauche.) Ah! mon Dieu! vlà toute la société qui vient par ici... et mes fleurs qui ne sont pas prêtes... Tant pis... je n'ai plus de cœur à rien. {Elle prend son panier et entre dans le pavillon, )

%tknt 6.

ERNESTINE, ALPHONSE, sortant du jardin à gauche , PLUSIEURS JEUNES Gens des deux sexes, ZOÉ, dans le pavillon.

Page 1