‹ Zola contre ZolaChapitre 1 sur 8 · A M. EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

A M. EMILE ZOLA

1. HEUREUX ET FORTUNE PERE I>E LA NOMBREUSE FAMII.I.E DES ROUGON-MACQUART

Monsieur.

Comme beaucoup d'écrivains du jour, et comme vousmême, qui, sans crier gare, faites la copie des autres, j'eusse pu, sans dénoncer ma bonne action, adopter cet enfant, Zola contre Zola, et le présenter comme mien. Mais plus juste, sinon aussi modeste, je vous rends ce f/ue j'ai pris dans vos œuvres, ou mieux, je reconnais loyalement que cet enfant littéraire, dont je vous fais hommage, est vôtre. Il me doit tout au plus sa nourriture et son habillement.

En bonne et attentive nourrice, j'ai élevé au biberon ce fds naturel et naturaliste de vos œuvres libertines. Je l'ai mis solidement debout sur ses jambes folichonnes ; il est venu à point, sinon en bon point; en un mot, il est tout le portrait de son père intellectuel. Vous ne pouvez le renier. S'il est grossier, ivrogne, débauché, ordurier, insolent.dans ses vices, jusqu'au cynisme le plus ejfronté, s'il manque même de sens moral, ce n'est pas ma faute, c'est la vôtre.

Ses mœurs, résultat monstrueu.x de cet atavisme naturaliste, dont vous rendez la nature humaine la vie-

lime inronsrienle ci renfionsable. sont tellement corntmjmrs, que, ne poin^nnt rien en/aire rie bon. Je vons le retourne. Il fera sûrement honte à son père. Mais t/in> voiite:-{'ons? c'est le chiilimenl des pères faibles, éf^oistes et ambitieux, qui calculent sur les vices de leurs enfants, d'avoir à en rougir.

Oui. Monsieur, ce livre, emprunté à vos livres, est bien plus votre que mien, il est donc Juste que Je vous en fasse hommage : l'un dedicart" jussit juslitia. Certes, vous eussiez dû veiller /)lus scrupuleusement sur ses mœurs, et s'il vous était impossible d'en faire un honnête livre, votre devoir vous imposait, par mesure de sécurité sociale, de le mettre dans une maison de correction ou de le faire engager dans une compagnie de discipline. Vous ne l'avez pas fait, tant pis pour vous, et surtout tant pis pour la société qui le fréquente ou qui le tolère. Le livre libre est comme la fille libre, qui racole d'autant plus de clients, qu'elle émoustille davantage leurs appétits par la promesse de galanteries faisandées.

On dit qu'un Jeune universitaire va publier prochainement les Pages choisies de vos œuvres.

Ce sera fin, e.xquis et délicat comme un premier rêve de Jeune vierge. Mais Je doute que ces arômes littéraires, destinés à parfumer les odeurs acres et violentes des Passages Ibrleuienl épicés, que J'offre ici, aient autant de succès et de vogue que ces derniers. Non, ce n'est pas un granule infinitésimal de rêve, mélc d'un soupçon d'amour et d'une ombre de plaisir, qui pourra combattre et enrayer la pornographie, vulgarisée par vos nombreu.x ouvrages. Il est des gens que tente moins la primeur des vierges que le bouquet.... des vices. Mais, il falhiit un pendant, ou jthitdt un déri-

('fl///", à ce livre : Zola contre Zoln, et on a trouvé : Zola pour Zola, on Pages choisies contre Pages ijourrics. Les premières n'excuseront pas les dernières. Vous êtes condamné. Monsieur, au succès que vous avez voulu et cherché, au succès de l'immoralité. Vous continuez-, ne vous en déplaise, en le pimentant d'une ordure .spéciale, le genre de l'Arétin et du marquis de Sade, c'est votre affaire , mais mon devoir d'honnête écrivain , quoi que vous en ayez dit, est de coopérer à l'assainissement de la moralité publique, en faisant connaître votre immoralité littéraire. Ce travail s'adresse à tous, mais n'éclairerait-il qu'un seul lecteur, sur les dangers que présentent vos œuvres, que Je serais suffisamment récompensé de m'être imposé la pénible fatigue de cet écœurant recueil.

Recevez-, Monsieur et Confrère, avec mes regrets de ne pouvoir vous offrir mieu.x, l'assurance de mon impartialité la plus indépendante.

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