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JOHN GRAND-CARTERET

Effigie de Zola constituée par le célèbre ombromane F . Trewey à l'aide de l'ombre des jmains. Pièce inédite. (Collection de l'auteur.)

Portraits de Zola et documents iconographiques pour son œuvre.

La caractéristique du type de Zola. — Les portraits : peinture, gravure, photographie. — Appréciations de quelques contemporains sur son physique. — Ses transformations. — Portraits dans le livre et dans les journaux. — Bibelots et curiosités. — Cartes postales illustrées. — Documents divers pour l'œuvre.

Les portraits de Zola !

C'est-à-dire la notation par l'image, — peinture, burin, crayon ou photographie, — des différences physionomiques, de l'aspect extérieur général, de l'allure, des gestes habituels du plus puissant écrivain qu'ait produit le xixe siècle.

Une galerie en figures, de profil ou de face, de tête, de mi-corps ou de pied, d'un des plus grands combattifs des temps modernes.

Le Zola tel qu'il fut; le Zola tel qu'il a été vu, traduit, compris, senti.

Car, qu'il s'agisse d'interprétation par les arts graphiques, ou par la photographie, — le procédé qui a la prétention de refléter les gens et les choses d'impeccable façon, — la ressemblance physique des individus n'est jamais que momentanée. Je veux dire que telle physionomie, telle pose, tels gestes ont eu leur instant d'exactitude et de vérité à un moment donné ; qu'ils peuvent être, en réalité, plus ou moins fugitifs ou plus ou moins habituels.

D'où cette exclamation banale et plus ou moins exacte, lorsqu'on se trouve en présence d'un portrait, peint ou photographié, visant tel ou tel personnage : « Comme c'est bien lui! », avec sa contre-partie, souvent non moins exagérée : « Ça n'a jamais été lui ! »

C'est que le photographe, tout comme le peintre, ne doit pas, s'il veut faire œuvre qui plaise, se laisser guider par une expression fugitive, alors même que curieuse à noter, mais bien chercher le masque habituel de l'homme; ce que l'on pourrait, en quelque sorte, appeler la moyenne, la résultante d'un ensemble d'expressions physionomiques. Ce qu'il faudrait, à laide des portraits ici reproduits, c'est pouvoir fixer pour la postérité, le Zola tel qu'il fut — ou mieux, suivre dans ses étapes, le Zola que nous avons connu; le Zola que nombre d'entre nous ont pu voir causant, discutant, agitant des théories; le Zola qui commence, chef de parlote, avec le journaliste remuant du café Guerbois et de la Nouvelle Athènes, pour arriver au puissant pamphlétaire, au Zola transformé, de l'affaire Dreyfus.

PORTRAITS DU MAITRE ET DOCUMENTS

Transformé ! Est-ce bien le terme qui convient ? Car s'il est des êtres qui se modifient profondément, qui se transforment physiquement, du tout au tout, il en est d'autres qui, tout d'une pièce et d'une seule jetée, laissent voir à cinquante ans, h peine modifiée par l'âge, la physionomie qu'ils affichaient à vingt ans.

Soucieux, avant tout, de l'impression qu'ils pourront produire, il en est qui, pour complaire à la galerie, étudient leur tête, se cherchent un type. D'autres, au contraire, restent indifférents à ces moyens de pénétration. Il en est dont les états d'âme se peuvent suivre facilement par les aspects successifs de la physionomie. Il en est dont le faciès reste immuable,

insensible aux grandes joies comme aux grandes douleurs.

Et puis, à un autre point de vue, si l'on considère le visage humain comme une médaille dont la frappe a été plus ou moins réussie, il est évident que chaque époque se trouve avoir son type général spécial, constitué non pas seulement par certains points de contact, — similitude dans la manière de se coiffer, de porter la barbe ou la moustache, — mais encore par un air de famille qui peut être considéré à l'égal d'un style bien défini. Au point que l'on en arrive à classer

MANET ET ZOLA A TABLE Croquis humoristique de J.-Fr. Raffaelli (vers 1878).

l'homme, d'emblée, avec la même facilité que l'on classe un meuble de style ou un monument historique.

Mais à côté du type couran! se laissent voir, de ci et de là, certains types, d'émissions plus rares, dont la caractéristique se retrouve plus ou moins, à toutes les époques, et dont la physionomie semble dégagée de toute influence d'ambiance ou de terroir.

Ce sont, aux deux pôles de la race humaine, ou des efféminés perpétuant, à travers les âges, certaines figures classiques de Rome et de Byzance, véritables faciès de bas Empire; ou des puissants ayant, si ce n'est l'encolure, une carrure caractéristique, qui s'imposeront au monde physiquement ou moralement, par une volonté tenace, par une production exceptionnelle. Tels furent — je parle ici des robustes — Mirabeau, Napoléon, Alexandre Dumas père, Flaubert. Tel me paraît avoir été Zola.

Non qu'il fût un colosse à la Richepin, à la Clovis Hugues ou un ventru à la Tony Révillon, mais la tête grosse et en boule, véritable fromage de Hollande, — à l'origine tout au moins — semble avoir eu quelque chose de la volonté de fer, de l'entêtement des fameuses Têtes Rondes célèbres en l'histoire d'Angleterre

Avec Zola, plus que jamais, se doit poser la question qui avait déjà tant préoccupé Lavater, et sur laquelle les modernes ne sont encore point d'accord :

« L'homme porte-t-il sa marque de fabrique ; une marque qui pourra s'accentuer, se modifier sur certains points, mais non disparaître ? L'homme, au contraire, sans parler des cas de force majeure, maladies ou accidents, est-il susceptible de transformations physiques, absolues et complètes? »

Pour répondre à ce point d'interrogation, étudions donc Zola, dans sa physionomie comme dans sa charpente.

PORTRAITS DU MAITRE ET DOCUMENTS 7

La physionomie d'abord! Le visage, on le sait, dit tout ou rien. Il peut exprimer tous Tes sentiments, vertus ou vices. Il peut porter ostensiblement les marques du génie ; il peut pétiller d'esprit, respirer la franchise et la loyauté, charmer par la finesse des traits, conquérir par sa joviale rondeur.

Or, le visage de Zola n'a rien de tout cela ; il se fait même remarquer par l'absence de tous brillants dehors. Sa physionomie est, en quelque sorte, essentiellement interne. A peine s'animera-t-elle sous la poussée des agitations intimes les plus formidables qui aient mis en mouvement une intelligence humaine.

Dans sa fameuse enquête médico-psychologique , sur le maître qui nous occupe ici, étude qui fit, jadis, quelque bruit — le Dr Toulouse . affirmant que l'étude plus complexes qui

ZOLA ET L'ÉDITEUR CHARPENTIER DANS LE PARC DE ROYAN Vignette du volume Royan et ses environs, par Victor Billaud (1886).

de la physionomie est une des soient, écrivait : « Tout s'inscrit sur les traits du visage: l'attention, les émotions et même, jusqu'à un certain point, l'intelligence. On juge assez facilement, bien que d'une façon peu analysée, si un

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individu est ou n'est pas un imbécile ; mais c'est tout, et l'on ne peut actuellement songer à diagnostiquer la supériorité intellectuelle par l'inspection du visage. La race, l'éducation, la profession, les habitudes de vie, toutes ces conditions qui modifient la physionomie peuvent tromper l'observateur. Il est donc indispensable de photographier les sujets et d'en garder les images. »

Certes, surtout si l'on prend comme points de repaire les premiers portraits de Zola, cette affirmation du Dr Toulouse paraît être assez juste. Ni le Manet qui date de 1868, ni le de Liphart, ni la photographie deCarjat, documents contemporains de l'Assommoir, c'est-à-dire parus en 1876 et 1877, n'indiquent physiquement, par les traits du visage, l'immense supériorité intellectuelle qui doit caractériser Zola.

En vain je cherche dans le Manet — lequel reste essentiellement un beau morceau de peinture, ne serait-ce que par le soin particulier donné aux accessoires, suivant la méthode chère à l'artiste — tout ce que d'aucuns ont voulu y trouver. Ce qui tire l'œil, ce qui raccroche, en ce célèbre portrait, c'est l'oreille et le nez : l'oreille, qui semble vouloir s'ouvrir, s'agrandir pour emmagasiner des tas de choses; le nez qui, avec sa prédisposition accentuée au pied de marmite, paraît prêt à humer, à fouiller, à « déterrer », ainsi que doit l'écrire un ennemi. Si le visage, hirsute, est particulièrement inesthétique, l'œil, par contre, est profond et non sans une cer- 1 taine pointe de malice. En réalité, c'est la physionomie, l'aspect d'un homme qui cherche sa voie, qui prépare quelque chose, tout en sachant ce qu'il vaut et sans crainte de le faire voir. Il se complaît même à afficher ce qu'on a pu appeler la suffisance du gendelettre. Sera-t-il un humoriste, un je nïenjichiste, ou un révolutionnaire? C 'est le point d'interrogation que pose et que ne résout point le portrait, quoi-

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que l'œuvre de Manet vienne après Thérèse Raquin, et ait amené Zola, par la suite, à dédier au grand peintre la troisième édition (1878) de cette Madeleine Férat, contemporaine du tableau.

Zola et Manet ne sont-ils pas, alors, les « deux compères

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