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LA SIESTE

(Zola intime, par Henry Céard. La T{evue Illustrée, i5 février 1887.)

en quête de scandale », ainsi que d'aucuns se plaisent à les qualifier?

Suivez les physionomies, au fur et à mesure qu'elles se présentent. Il y a le Zola bouffi, il y a le Zola amaigri ; il y a le Manet de 1868 qui, comme coupe de physionomie, se retrouve dans le Garjat de 1876, mais avec le nez moins accentué ; il y a, ce que l'on pourrait appeler, le Zola profession, el, ayant l'allure journalistique, il y a le Zola quel-

EMILE ZOLA Dessiné d'après nature par M. Guth en i 885.

{L'Illustration, 16 avril 1887.) Ce même portrait a servi pour les petits programmes de théâtre, à en-tête de YUlustralion , qui furent distribués durant de nombreuses années.

conque et d'allure particulièrement bourgeoise, que l'on retrouvera, sur cette photographie de 1902, mo trant le mari et la femme étroitement enlacés.

Et tandis que la pointe sèche de Desboutin (1878), nous montre l'homme de pensée profonde, tout absorbé en ses réflexions, en ses recherches intimes, le créateur qui forge son œuvre; la photographie de 1892 fait surgir devant nous un Zola moins massif, le cou plus dégagé, surtout, et laissant entrevoir un je ne sais quoi de maladif, d'inquiet.

Jusque-là, en réalité, exception faite pour le Desboutin images ou photographies, tout nous avait donné un Zolalourd, trapu, mafflu, dont la puissante animalité semblait vouloir reléguer au second plan la remarquable cérébralité.

En 1887, un confrère de province, M. Victor Billaud, qui voit Zola à Royan, exécute du maître une série de photographies d'autant plus intéressantes à consulter qu'elles sont de la même époque que les compositions de la Reçue illustrée destinées à nous donner un Zola intime.

Ce Zola intime, dû à Henry Céard, ami fidèle, collabora-

invitation au déjeuner offert par les éditeurs de M. Emile Zola pour fêter l'achèvement des Rougon-Macquart (1893).

(Composition de Desmoulin.)

PORTRAITS DU MAITRE ET DOCUMENTS

teur distingué des Soirées de Médan, c'était le Zola observé, noté, photographié à Médan, « où s'écrit le meilleur de son œuvre, où se révèle un individu qu'en dépit de dix ans de notoriété, Paris ne connaît pas ». Et Henry Géard, contrairement au D1' Toulouse, affirmait ainsi l'existence de plusieurs Zola. « De même que ses portraits photographiques, exécutés à différentes époques, écrivait-il, le représentent avec une physionomie d'une déconcertante variabilité, de même il y a chez lui plusieurs types sociaux. »

Déconcertante varia bilité. Le qualificatif me semble bien gros, car s'il y a variabilité du regard, il n'y a pas variabilité du type. C'est toujours le Zola gras, qu'il soit figuré en profil de médaille (photographie Victor Billaud) où représenté vu de dos, faisant sa sieste à Médan en une attitude qui lui était familière (image de la Revue Illustrée) . Un Zola p0 rtrait d'après une eau-forte de Loévy.

poussif, presque pous-

sah, — qu'il soit debout, les mains derrière le dos, dans son jardin, en un accoutrement rural, point beau, mais cependant original, tel le fameux costume arménien de Jean- Jacques, telle la robe de chambre de Balzac, — ou qu'il soit assis, sans

D'après la photographie exécutée en 1 887, à Royan, par M. Victor Billaud.

11 est à remarquer que sur cette photographie Emile Zola est sans lorgnon, — ce qui modifie quelque peu sa physionomie — et porte la calvitie partielle qui, d'après Paul Alexis, n'était encore, en 1882, « qu'une petite tonsure large comme une pièce de cent sous ». Depuis lors, elle avait fait du chemin sur le haut du crâne, de façon très accentuée.

EMILE ZOLA

D'après une photographie exécutée en 1887 à Royan, par M. Victor BilJaud.

Portrait par Fr. Vallotton (La Revue Blanche, 1894.'

tenir compte de la disgracieuse proportionnalité, dans l'immense fauteuil portugais de son cabinet de Médan.

Mais contre cet envahissement de la graisse, Zola a lutté, on le sait, plusieurs années durant, faisant de l'hygiène, faisant de la bicyclette surtout. Et le résultat de cette campagne utile, ce sera la photographie de 1892 dans la collection Céard.

Le laborieux ouvrier de la plume, chaussé des classiques sabots à pointe recourbée, coiffé du bonnet moyenâgeux, que toutParis, un assez long temps, put voir aux vitrines des papeteries, le cou entouré d'un foulard flottant, avec l'allure paysanne qui se retrouvera sur une de ses dernières photographies, le merveilleux manouvrier de la pensée, comme on devait le qualifier, semble être parvenu à une transformation complète. L'exercice, un exercice constant et acharné, l'a débarrassé de ses bouffissures ; la lutte est venue accentuer certaines particularités de sa physionomie, au premier rang desquelles se placera, dès lors, une sorte de hautain dédain.

L'homme semble nous dire, non sans une certaine satisfaction empreinte de mélancolie : « C'est moi, me voici transformé; » et la bouche, au sarcasme attristé, est d'une singulière éloquence. Cette transformation avait été longue ; elle fut de courte durée, ce semble : il est vrai que pendant les années qui suivent, les documents photographiques se font plus rares, jusqu'au moment où l'affaire Dreyfus va porter au premier plan la figure du maître et populariser à l'infini, par tous les procédés connus, le profil zolaesque.

Emile ZOLA Composition de De La Barre, gravée par Florian pour La J(evue illustrée (i5 février 1887). Ce Zola est ce'ui qui a servi de réclame sur la couverture du numéro. A l'intérieur, c'est-à-dire dans le corps de l'article, l'écrivain est en pied.

Certes, il n'a rien de césarien, mais cela ne l'empêchera pas d'afficher une heauté supérieure : celle de la sérénité de l'âme, celle de l'homme qui lutte et qui souffre pour le triomphe d'une idée qui lui est chère et qu'il considère comme une œuvre de suprême justice.

J'ai dit que la transformation avait été lente, il faut ajouter qu'elle se présenta sous deux formes : l'amaigrissement du visage et le changement apporté à la coupe de la figure, tant par la façon différente de porter les cheveux — ils poussaient droit sur le crâne, il les rabat - que par la disparition du collier de barbe — le hideux collier si profondément inesthétique — et le port de la petite barbiche.

Il y eut, en quelque sorte, une période transitoire durant laquelle l'homme se chercha; mais, dès 1887, la modification se laisse déjà voir dans les si curieuses effigies, prises non pour la vitrine des papetiers, mais en quelque sorte pour l'intimité, de M. Victor Billaud, que je viens de signaler. Et la modification est d'autant plus intéressante que M. Billaud, journaliste d'esprit ouvert, eut l'excellente idée de photographier Zola avec et sans lorgnon, ce qui nous permet de posséder aujourd'hui deux types bien différents du maître. Au Zola avec lorgnon, qui est le. Zola de la vie quotidienne universellement connu, on peut donc opposer pour un instant le Zola avec l'œil à nu, un Zola peu vu, peu habituel, sans que, pour cela, il soit nécessaire d'établir entre eux deux aucun parallèle, aucune sorte de /OLA Au tribunal comparaison. Qu'il me soit seule- croquis pour un quotidien (ii

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