‹ Zola en imagesChapitre 36 sur 114 · SIMPLE PHÉNOMÈNE · texte numérisé non relu

SIMPLE PHÉNOMÈNE

Certain gamin ayant dans l'auge d'un goret Laissé tomber son cas, s'en fut tout guilleret ; Le pourceau, l'ayant vu, sans perdre une [seconde,

Vers son auge accourut, pour avaler, l'immonde,

La perle du moutard. Mais tout a disparu

I Une vapeur s'échappe auprès de son œil nu, I Le cochon fait alors une affreuse grimace, I Un frisson convulsif lui tourmente la face, ! Puis murmure, en grognant : « Le diable a

[passé là.

« Je cherchais un étron et ne vois que [Zola ! »

(Le Sans-Souci, iS juin 1881.)

prodigieusement , ce fut la réclame formidable, se manifestant par une véritable levée de boucliers, à coups de plume et à coups de crayon, contre le chantre des buées de lavoir, contre le barde de la rue de la Goutte-d'or, contre le Dangeau du monde aquatique.

Tandis que, dans des brochures à tendance politique et littéraire, on le traitait de Pape et César, l'apparition au théâtre, de Y Assommoir, ouvrait toutes grandes les écluses delà parodie et de la caricature. Le 25 janvier 1879, Galipaux disaitpour la première fois, au Cercle des Ilydropalhes, de joyeuse mémoire, En revenant d V Assommoir, « poème comico-réaliste » ; — quelques jours plus tard, — le 8 février — Maurice Ordonneau faisait représenter, sur le théâtre des Bouffes-du-Nord, un vaudeville en trois actes — s'il vous plaît — V Assommoir pour rire (1), dans lesquels les personnages de Zola devenaient

Redowa (pas de deux) dansée par la Petite

Motte à 3 fr. 90 et le Petit Suisse.

Vignette de Sahib pour le Ventre de Paris.

[La Vie Parisienne, 5 février 1887).

Grand quadrille naturaliste des fromages, conduit par le fromage de M. Fromage. Du groupé général, se détachent le Mont-d'Or et le Cantal qui dansent leur pas national :

bourrée auvergnate. Puis le Chester et le Stilton : gigue avec variations.

Le Parmesan et le Gorgonzola : forlane. Le Gruyère et les fromages suisses, grande tyrolienne avec chœurs.

Le Hollande pas de kermesse de caractère. Le Port-Salut, le Pontl'Evêque, le Trappe, danse mystique.

(pas sacré de trois).

(1) Fait partie du répertoire Tresse. Le théâtre des Boufies-du- Nord était alors sous la direction Bourdeille-Stainville.

PORTRAITS-CHARGES DU MAITRE

Mes-Escarpins, Bibi-le-Grillé, Gueule-de-P latine, de Beaucerfeuil, de Bois-Mouillé, le père Pigeon, Goujon, Poisseux

et où Nana chantait :

« A croquer vous êtes gentille...

M'a-t-il dit, voulant m'embrasser,

Vous n'êtes pas faite, ma lille,

Pour savonner, ni repasser.

Plus de fer, plus de savonnage... «

Puis il ajout' d'un air malin :

« Contentez-vous, comm' repassage,

Chez moi de... repasser demain! »

Vignette de Sahib pour le Ventre de Paris (ta Vie "Parisienne, 5 février 1887).

J'ai conçu l'Assommoir et j'ai pondu Nana !

Des petits aux plus grands tous les mortels m'admirent !

Prosterne-toi, public, c'est moi qui suis Zola,

Et contemple ton Dieu parmi ceux qui l'inspirent.

Portrait-charge et quatrain par Alfred Le Petit pour les Contemporains de Félicien Champsaur.

Armé d'une chandelle, au fond de sa boutique, Zola croit rayonner d'un éclat sans pareil Et, dans son fol orgueil, nous voyons ce critique S'efforcer d'obscurcir les rayons du soleil.

Portrait-charge et quatrain par Alfred Le Petit pour les Contemporains de Félicien Champsaur, n" 16.

— V Assommoir pour rire, suivi d'autres, sous le même titre, car huit jours après, Blondelet et Baumaine donnaient, sur la scène de la Scala, l Assommoir pour rire, ambigu-parodie

en un acte, précédé d'une conférence de deux auteurs qui restent dans ces z-eaux-là.

Cirques et music-halls, eux aussi, se mettaient de la partie. Le 3 mai, le Cirque Franconi affichait V Assommoir ,« parodie - pantomime en 5 tableaux ». Les Folies-Bergère annonçaient un numéro : Les assommés, auquel un autre établissement répondait par les Assommeurs de La Chapelle. Toutes les revues de café-concert eurent les inévitables rondeaux-couplets sur V Assommoir.

Bref, au risque d'assommer le public, c'était la gloire. Auteurs et spectateurs — tout le monde se laissait entraîner par l'engouement général — répétant, à qui mieux mieux: Vive V Assommoir!

L'Assommoir oûs qu'on voit Coupeau Se flanquer un' cuit' véridique,

Les hommes du jour : Daudet et Zola. Ceci pour ceux qui ne croient pas à la photographie.

Au hasard du crayon., par J. Belon (la Chronique parisienne, 13 mars 1887).

PORTRAITS-CHARGES DU MAITRE

Des femm' se coller des seaux d'eau, Des maçons gâcher du vrai plâtre, Des soûiards se soûler d' vrai vin?

Le seau d'eau! le dos de Virginie exhibé en pleine scène ! On n'était pas encore blasé et, dame, ces choses-là, ça a toujours impressionné. Du théâtre, l Assommoir passa dans les échos, dans les mots de la fin, dans les faits-divers et, même, se prêta au jeu des combles, alors si à la mode.

J'ai, là, un fait-divers typique.

Il est intitulé : Encore deux personnes assommées et paraît relater quelque agression nocturne. Or, il n'en est rien: ce sont deux personnes « assommées j>ar la foule qui se pressait aux guichets de l' Ambigu pour aller voir jouer V Assommoir ».

L'Assommoir ! Après avoir été roman et drame, il se transformait en papiers publics ; il donnait naissance à des journaux. On vit ainsi apparaître : L'Assommoir illustré, l'Assommoir républicain, lesquels par le crayon — contradiction des mots et des choses — ne cessaient de donner à Zola des coups d'assommoir ; dans cette Algérie qui s'assimile si facilement les fantaisies de toutes sortes, il y aura jusqu'à deux Assommoir, celui d'Alger et celui d'Oran !

Zola qui, regrettant Pot-Bouille, se

promène portant « Pot Mouille ».

Costume de bal masqué sous le règne

de Marianne.

Croquis de Roland {le Triboulet,

22 janvier 1888).

ÉM ILE ZOLA, OU L'ART DE METTRE LES VIRGULES Portrait-charge par Emile Cohl pour JVos contemporains (la Presse parisienne, 19 février 1881).

Après le cochon, après le poisson, le vase de nuit tout chaud, .out fumant; les virgules étalées et les sentinelles, non moins fumantes! C'est la troisième forme de l'iconographie antizolaesque !

L'Art de mettre les virgules deviendra un titre banal à force d'être employé,! Le fameux bouquiniste Antoine Laporte dont il sera parlé plus loin devait! en user en y ajoutant : ou la Littérature naturaliste par le père La Trouille, le\ papa La Mouquette, le Pétomane, pornographe en titre du naturalisme S.G.D.G. Laporte, ex-défroqué, était coutumier de cet élégant langage.

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