ZOLA EN JOUEUR D'ORGUE
« Vlà les horreurs qui recommencent. »
Vignette d'Albert Guillaume.
(Le Monde illustré,)
Lettre à Zola dont il convient de reproduire le passage suivant :
« Vous ne vous trouvez, ici, ni dans une posture de littérateur ni dans une posture de philanthrope. N'invoquez ni l'indépendance d'esprit, ni la droiture incontestable de votre caractère. Des gens habiles et qui ne vous trompent pas pour la première fois, vous ont fait tomber dans le traquenard de l'affaire Dreyfus, comme jadis ils vous avaient poussé à choir dans le traquenard de l'élection académique.
La tactique fut la même, le résultat est aussi douloureux pour quiconque vous aime, en raison même de vos entraînements et de vos faiblesses.
C'est même le seul document humain qui les intéresse en la circons tance, le seul qui puisse vous profiter. »
Et après avoir proclamé bien haut, la dignité, la
bravoure littéraire de Zola, de l'homme qui jamais ne varia, qui était encore, en 1898, V homme du Salon de 1868, Henry Céard suppliait, adjurait son ami, son maître, de faire amende honorable — dût son amourpropre en souffrir momentanément — et, surtout, de dé-
Pour paraître prochainement :
■Mes Prisons, par EMILE ZOLA i volume, Prix : 3 fr. 50.
(Le Rire, mars 1898.)
— Encore au pieu !
— J'attends d'avoir payé mon terme.
Composition de Henri Boutet.
(Le Parisien de Paris, î3 janvier 1898.)
Cette image du peintre graveur Boutet publiée par un hebdomadaire qui avait pour programme défense de tous les intérêts de Paris, montre combien Zola et l'affaire Dreyfus occupaient, alors, tous les esprits. Partout on voyai. percer le bout de l'oreille, chacun trouvait moyen de faire montre de ses opinions, en plaçant dans la main de ses personnages tantôt le J'accuse, tantôt, au contraire, quelque J^éponse à cmile Zola.
— Je comptais cependant bien sur ma dernière œuvre pour entrer là-dedans ! Moi qui ai fait connaître ma langue dans tout l'univers... et quelle langue!
Caricature de A. Lemot (Uzès) (le Pèlerin, '3 avril 1898).
gager sa haute personnalité, restée inattaquable, de toute promiscuité d'individualités douteuses.
Ce que Céard disait aussi franchement, loyalement, en sa « Lettre » ouverte, sorte de réponse au J'accuse, d'autres, de l'entourage intime du Maître, le pensaient également, soit qu'il leur fût désagréable de voir Zola prendre ainsi parti contre leurs opinions personnelles, soit qu'ils aient eu
réellement en vue l'intérêt immédiat de l'écrivain.
Quoi qu'il en soit, aujourd'hui que l'apaisement s'est fait, aujourd'hui qu'il s agit de faits acquis à l'histoire, aujourd'hui que Zola se trouve avoir eu raison contre ses partisans euxmêmes, l'ami comme l'historien n'ont plus à approuver ni à désapprouver, quand bien même leur coucou le voila ! façon de voir dans un sens
La vérité sort de son puits. contraire ne se serait pas
Caricature de Caran d'Ache {Psst! 1899). modifiée.
En réalité, cet emballement, qui n'allait pas sans un certain entêtement, sans « un peu de naïveté » , pour parler comme les amis ; — sans « un orgueil démesuré » et un perpétuel gobage, pour me servir du plus grand reproche que lui adressent ses ennemis, — a valu à Zola de connaître à la fois les lâchetés et les hontes des foules excitées, en ces journées troublées de révolution ou de contre-révolution qui ne se ressem-
blent que trop, et les griseries et les adulations sans pareilles de la popularité quand elle arrive à son summum d'intensité.
Il a pu ainsi, le grand écrivain, le grand emballé, le grand assoiffé de vie et de lutte, le grand cœur qui se sentait sans cesse porté vers une humanité plus humaine, lui le candide et le généreux par excellence, goûter de cette vie vraiment unique qu'il est donné à bien peu de connaître ; il a pu apprécier à la fois et les charmes du Capitale et toutes les amertumes de la roche ïarpéienne puisque, tandis que les uns vous tressent, à n'en plus finir, des couronnes de lauriers, les autres déversent sur votre tête des tombereaux d'injures.
La médaille et le revers de la médaille !
A vrai dire, ainsi qu'on a pu le voir par les caricatures ici reproduites , ce n'était point pour lui chose nouvelle ; mais cela lui a permis de faire à ses dépens cette peu