LA VÉRITÉ QUI NE MARCHE PLUS
— Ah ! puis zut ! Vlà trop longtemps que tu me fais marcher ; j'en ai assez, j'reste ici !
Composition de H. Gerbault (la Vie Parisienne, 3o juillet 1898).
agréable constatation, que dans la vie publique, il n'en va pas autrement que dans la vie littéraire.
Quiconque part en guerre contre des idées reçues ; quiconque veut forcer l'humanité à faire un effort sur elle-même, de quelque nature qu'il soit ; quiconque veut flétrir des iniquités s'expose aux pires accusations, aux pires injures.
C'est la loi humaine , l'homme étant par essence un animal qui a la frayeur innée de tout changement.
Mais aujourd'hui, six ans après l'affaire Dreyfus, il semble que tout le monde puisse se ranger à la conclusion de l'excellente étude de M. Jules Sageret dans le
Mercure de France : le Pava homme dont la plume est plus tran- i- '/f-.lf, . chante que toute une collection de sabres. raaiS ae /jOLU .
(Puch, de New-York.) « \\ a sacrifié tout ce qui donne du prix à la vie d'un écrivain célèbre : gloire littéraire, tranquillité du travail, honneurs officiels, considération. Il s'est fait couvrir de crachats pour sauver un innocent qui lui était absolument étranger. Ses ennemis disent qu'il a eu peur. Peur glorieuse ! puisqu'elle ne l'a pas empêché de braver un peuple rendu furieux. Trembler devant le péril et s'y jeter, c'est beaucoup plus que du courage. »
Couverture illustrée d'une « Chanson naturaliste » contre Zola.
Pourquoi ces remarques , pourquoi ces considérations?
Pour répondre par avance à ceux qui proclament qu'il n'y a qu'un seul Zola, digne de ce nom, le Zola révolutionnaire, le Zola des Rougon-Macquart, et que le Zola politique, ayant voulu prendre part aux affaires de son pays, le Zola Dreyfus, pour le mieux qualifier, doit être considéré comme pure fantaisie d'emballé, et, conséquemment, mis de côté, retranché ainsi que le font avec un égal désir de bien faire, et avec une égale inconscience également, ces héritiers de grands écrivains, de hardis révolutionnaires qui, en élaguant, on coupant, en châtrant, se figurent ainsi rendre hommage au défunt et lui montrer tout le souci qu'ils ont de sa gloire.
Or si, en principe, ces tripatouillages sont la plus abominable chose qui se puisse commettre, comment, quand il s'agit, en réalité, de dresser l'iconographie d'un intellectuel, de sa personne et de son œuvre, alors que l'unique souci, justement, doit être de recueillir, de classer, d'expliquer les images destinées à le montrer sous ses phases diverses — tant au point de vue de son être physique que de sa production — comment, dis-je, pourrait-on de gaîté de cœur, se
LES CARICATURES DE i/aFFAIRE DRËYFUS
priver d'une partie de sa vie, de son œuvre, uniquement parce qu'elle blesse vos convictions ?
Qu'en des volumes distincts et successifs on étudie Zola sous ses faces diverses, rien de plus juste ; mais de même qu'une biographie de Zola s'arrêtant à l'affaire Dreyfus n'aurait aucune raison d'être, de même une iconographie ne peut pas voir un homme sous une de ses faces seulelement, et repousser l'autre systématiquement.
Le voudrait-on, que ce serait en la circonstance chose impossible; car, en pleine période de l'affaire Dreyfus, des caricatures parurent sur lui qui s'acharnaient encore après l'écrivain, après le blackboulé perpétuel de V Académie.
Et puis, faut-il le dire, en cette imagerie tout se tient, tout s'enchaîne. Les injures graphiques si généreusement jetées à la face de l'écrivain sont reprises pour être à nouveau jetées à la figure du citoyen, du révolutionnaire, de l'ennemi de l'état-major.
— Zola élu a une forte majorité caporal dos gardes civiques de Mons.
Vignette du Petit Bleu, de Bruxelles.
Il est pour le moins curieux de rappeler que le général Picquart, alors colonel, fut en même temps élu sergent.
Une vignette d'Alfred Le Petit, dans la Patrie, intitulée : Dans la Garde civique, rappelle le fait.
Elles S'expliquent mutuelle- On y voit Zola, caporal, saluant le sergent
Picquart, tous deux coiffés du fameux ourment, elles Se Confirment les son (bonnet à poils des grenadiers, lequel , cependant n'avait rien à faire en l'occur-
unes par les autres rence).