DANS L'ENCRE
La mer monte!... monte!
(Suddeutscber Postillon, de Munich, mars 1899)
Zola, en archange, ramenant Dreyfus de f Ile-du-Diable et noyant l'état-major dans la « mer noire » c'est-à-dire dans le flot d'encre de ses accusations.
Peut-être n'est-il pas inutile de mentionner à ce propos qu'un fabricant d'Outre- Vosges profita de la circonstance pour annoncer une encre indélébile et infaillible : « l'encre Zola ». Sur la bouteille se trouvait un portrait du Maître,
[ILE ZOLA
dées, car ceux-ci, comme celles-là, survivront pour votre éternelle accusation Composition 'de Caramba (Pasquino, de Turin, 5 octobre «902).
Prussien ! Ami de la Triple-Alliance! Insulteur de notre armée !
Il y en a comme cela quelques douzaines et l'on sait ce qu'en vaut l'aune ! A ce reproche de mauvais Français , à ces insultes aussi sottes qu'anciennes, j'ai déjà répondu et, à nouveau, il me faut répondre ici.
Quand il s'agit de faits d'une certaine portée, quand il s'agit d'actes de courage, de grands procès politiques ou de grands scandales, il n'y a plus, aujourd'hui, de frontières infranchissables. La question fait tache d'huile et gagne bien vite l'Europe entière.
Or, rarement, question se trouva être comme l'affaire Dreyfus aussi rapidement et aussi foncièrement question internationale. L'Europe, le monde entier, on le sait, s'en mêlèrent, affichant presque sans exception des opinions nettement dreyfusardes. Dans son gros bon sens et dans son esprit malheureusement trop localisé, comme s'il se trouvait enfermé entre de hautes murailles de Chine, le bourgeois français en conclut qu'être dreyfusard c'était pactiser avec l'ennemi, avec l'étranger — puisque l'étranger, pour lai, c'est toujours l'ennemi.
Pauvre Joseph Prud'homme ! Pauvre petit oiseau à cervelle étroite! C'est en vain que la terre tourne, c'est en vain, qu'autour de lui, le monde change et se renouvelle. Il ne voit rien ; il ne veut rien voir. Il ne s'est pas aperçu que, depuis vingt ans, un monde nouveau, une humanité nouvelle sont en voie de formation, et qu'en attendant l'âge d'or, les haines de race, les haines constitutives de peuple à peuple n'existent plus. Les circonstances , des questions économiques et de concurrence vitale peuvent encore les armer les uns contre les autres, Mais, en réalité, l'étranger
LES CARICATURES DE l' AFFAIRE DREYFUS 283
n'est plus, par principe, l'ennemi. A côté de sa vie locale, régionale, nationale, comme on voudra , chaque peuple vit, en certaines occasions, de la vie de son voisin, et c'est ainsi
LABORl à ZOLA. — Saperlipopette, tu n'entreras pas là et dans la première pharmacie à droite (c'est-à-dire à la prison) non plus. Tourne au coin, du côté de la Suisse.
ZOLA (au gardien de la prison). — Adieu ! je t'ai vu ! (En français dans l'original^.
(Tiehehpalter , de Zurich, 1899.)
que s'est formée une sorte de vie humaine, aujourd'hui encore essentiellement européenne, mais qui déjà, par certains côtés, tend à se faire universelle.
Est-ce que l'Europe entière ne s'est pas intéressée aux scandales de Berlin, de la même façon qu'elle avait pris part à l'affaire Dreyfus?
Ceci était nécessaire à bien établir afin de mieux fixer le sens et la portée de l'imagerie européenne à l'égard de Zola.
Oui certes, — et c'est ce que les caricatures ici reproduites vont démontrer d'éloquente façon, — conspué à Paris, traîné dans la vidange, Zola a été porté au pinacle par l'étranger, par l'étranger qui est, il faut bien le reconnaître, le plus grand consommateur de livres français.
A l'imagerie insulta te, œuvre de ses concitoyens, à l'ima-
LE RETOUR DE DREYFUS ZOLA. — Ma prédiction se réalise. Le Droit triomphe enfin!
(Tiumoristische Blâtter, de Vienne, 1899).