‹ Zone a Avicula contorta; ou, Étage Rhaetien; état de la questionChapitre 1 sur 63 · EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE

L'intérêt européen que la zone à Avicula contorta à le privilége de captiver depuis si longtemps, s'explique par la position qu’elle occupe dans la série des terrains.

Stratigraphiquement placée aux confins du Keuper et du Sinémurien, elle jouit du singulier avantage de présenter une faune mixte participant à la fois de la faune triasique et de celle du Lias, tout en conservant un cachet particulier, un caractère spécial.

De là trois opinions en présence, en ce qui concerne la classification de ces dépôts :

Pour les uns c’est la partie la plus élevée, le dernier

terme du Trias ;

Pour d’autres c’est une période distincte et qui doit constituer un étage à part;

Pour d’autres enfin, c’est l’époque de première apparition de types organiques vraiment liasiques, et, à ce titre, ce groupe leur semble plutôt devoir être rattaché au Lias.

Voilà pour les paléontologistes.

Considérée au point de vue stratigraphique et minéralogique, la question ne se prête pas moins à la controverse.

Tandis que les uns s'appuient sur le caractère pétrographique, et la parfaite concordance que, suivant eux, cet horizon présente avec les dépôts keupériens, pour les rattacher au Trias, d’autres, au contraire, signalent des discordances avec ce dernier terrain, et trouvent que les affinités lithologiques et stratigraphiques du groupe dont il s’agit, le rapprochent bien plus du Lias que de l'étage inférieur. :

Les derniers enfin, ne donnant aux discordances de stratification qu’une valeur restreinte et toujours locale, repoussent cet argument, aussi bien que les données pétrographiques, parce que, disent-ils, elles sont nécessairement subordonnées à la nature des dépôts sous-jacents et au milieu dans lequel elles se sont produites.

Pour ceux-ci, c’est dans l’étude exclusive des débris animalisés que gît la solution, ce qui ne les empêche pas d’arriver, par cette voie, à des résultats tout aussi contradictoires. -

A quoi tiennent donc ces divergences d’opinion ?

A la complexité du sujet d’abord, et ensuite à une étude trop circonserite, trop localisée de la question ; à des idées conçues à un point de vue trop spécial et trop restreint, quand il n’est pas systématique.

Certes les monographies locales sont d'excellentes choses; mais c’est à la condition qu’elles restent des œuvres purement analytiques, et que leurs auteurs ne cèdent pas, comme il arrive trop souvent, au désir de tirer de faits

OU ÉTAGE RHÆTIEN. 3

particuliers des conclusions d’un ordre général ; en un mot, qu'ils n'aient pas la prétention de juger souverainement d’une question à l’aide des données incomplètes et parfois exceptionnelles qu’ils possèdent sur la matière.

Aussi il n’est pas douteux pour nous que dans la plupart

- des conflits géologiques et dans celui-ci en particulier, les

dissidences seraient beaucoup moins nombreuses, beaucoup moins prononcées, si les explorateurs avaient eu le même champ d'observations.

Une autre cause encore, cependant, amène la confusion dans les discussions: c’est l'impossibilité où l’on est souvent, malgré les efforts les plus consciencieux, d’assigner des limites précises à l'espèce paléontologique. Il en résulte que, dans certaines circonstances, on est amené à considérer comme différentes des formes spécifiques semblables, et comme identiques des espèces réellement distinctes.

Ce travail de détermination, si délicat, si hérissé de difficultés pour les espèces actuellement vivantes, lors surtout qu'il s’agit de mollusques, devient impraticable dans bien des cas pour les restes fossiles dont nous ne possédons que les contours extérieurs, sans aucune trace des caractères essentiels du genre ou de l’espèce.

De là des discussions interminables comme celles qui se sont élevées au sujet des Cardium Philippianum, Pecten Valoniensis, Ostrea Haïdingeriana, etc.

Il ne faudrait donc attacher à la polémique engagée au sujet de la zone à Avicula contorta qu’une importance secondaire, si les recherches qu'elle a provoquées et les résultats auxquels elle a conduit ne soulevaient pas une question d’une immense portée philosophique, à savoir : quelle a été la loi de succession des êtres organisés à la surface du globe. |

Pendant longtemps, et on peut dire jusqu’à ces dernières années, la géologie systématique n’admettait au rang d’étage, parmi les dépôts sédimentaires, que les périodes en

discordance de stratification avec celles qui les précèdent et celles qui les suivent, périodes dont on disait les faunes complétement isolées des faunes voisines.

On semblait alors persuadé que l’extinction des innombrables espèces dont nous trouvons les restes enfouis dans le sol, devait être attribuée aux commotions Cataclystiques, et que la plupart des organismes aujourd'hui perdus, avaient disparu à la suite de chacune de ces grandes débàcles pour faire place à de nouvelles créations.

Ces idées qui ont eu de nombreux prosélytes et d'ardents défenseurs, ont perdu tout crédit dans ces derniers temps et se sont évanouies devant un examen plus attentif, plus minutieux des terrains et des débris organisés qu'ils contiennent. ;

L'étude de la zone à Avicula contorta a contribué plus que toute autre, peut-être, à mettre en parfaite évidence le peu de fondement de cette théorie qui n’avait en réalité d'autre base que l'imagination de celui qui l'avait conçue.

La position stratigraphique de ce groupe sédimentaire placé, comme nous l’avons vu, à la jonction de deux des plus importantes formations du globe, le Trias et les terrains Jurassiques, ne devait pas peu contribuer, en effet, à dessiller les yeux des plus obstinés.

Voici deux terrains que l’on disait séparés par de profondes discordances de stratification ou d’isolement, dont les faunes étaient données comme complétement distinctes et sans aucun rapport spécifique entre elles, qui nous présentent aujourd’hui à leur limite commune des dépôts en concordance tantôt avec le Keuper, tantôt avec le Lias, le plus souvent avec tous les deux, et dont la faune régénérée et autonome est en transition et avec celle qui la précède et avec celle jui la suit.

Toute idée d'action violente doit donc ici disparaître pour expliquer les modifications survenues dans cet ensemble organique, car nulle part il n’a été établi que ces modifica-

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