‹ Zone a Avicula contorta; ou, Étage Rhaetien; état de la questionChapitre 2 sur 63 · ÊTES · texte numérisé non relu

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tions avaient été subordonnées aux perturbations locales

qui ont été signalées dans certaines contrées, soit au com-

mencement, soit à la fin de cette période transitoire. Ainsi, dans la Côte-d'Or, nous voyons la plus grande

partie des espèces caractéristiques de ce groupe disparaitre

et s’éteindre avant le dépôt de l'Infra-Lias proprement dit, bien qu’il ne soit survenu aucun trouble, aucun temps d’arrêt dans la sédimentation entre ces deux zones paléontologiques.

Dans la Lorraine, le Luxembourg et une grande partie de l'Allemagne, où la concordance du dépôt en litige avec le Keuper parait constante, très peu d’espèces franchement triasiques atteignent cet horizon, tandis qu’un ensemble imposant de formes organiques nouvelles v surgit et s’y développe pour s’éteindre ensuite à peu près toutes avant l'apparition du Lias.

Enfin, en Angleterre, la faune du Bone-bed n’est ni moins spéciale, ni moins exclusive, bien que le parallélisme le plus complet ne cesse d'exister entre ses assises et celles du Keuper, et que, d’un autre côté, les relations stratigraphiques soient si intimes avec les dépôts de la zone à Ammon. planorbis que l’on ne sait pas encore où fixer la limite commune à ces deux dépôts.

A en juger par ces faits qui se reproduisent de proche en proche dans toutes les zones paléontologiques, aussi bien dans celles qui ont été considérées jusqu'ici comme essentiellement constitutives des étages classiques, que dans les zones transitoires, il parait établi aujourd'hui que la disparition des espèces a généralement eu lieu durant les périodes de calme, et que, conformément à ce qui se passe chez les individus d’une même race, l'existence des unes n’a été qu'éphémère, tandis que celle des autres a plus ou moins persisté, suivant le degré de vitalité qui avait été départi à chacune d'elles.

Sans doute les commotions violentes, les soulèvements

brusques, ont rudement éprouvé les faunes paléontologi-

ques et dû souvent en anéantir presque complétement les

membres sur tel ou tel point du globe; mais il semble dé-. sormais impossible d'admettre que ce soit aux grandes ré-

volutions dont notre planète a été si souvent le théâtre,

qu’il faille attribuer la disparition des races éteintes.

L’évidence des faits proteste partout contre cette théorie.

Ce que l’on a appelé jusqu'ici en géologie, les formations, les étages, ne sont donc ni des divisions naturelles, ni des unités de temps, mais bien des coupures artificielles destinées seulement à faciliter l'étude.

Tous les géologues qui puisent exclusivement leurs idées dans une étude attentive de la nature, l'ont depuis longtemps reconnu et proclamé.

« Les systèmes. dit M. Renevier (1), sont des groupe- « ments plus ou moins artificiels, nécessaires pour une clas- « sification générale des terrains, et qui doivent, autant « que possible, comprendre dans un même groupe les éta- « ges dont les faunes sont les plus analogues. Toutefois, à « mesure que les découvertes nouvelles viennent combler « les lacunes qui existaient entre les systèmes admis, les « limites de ceux-ci deviennent de plus en plus vacillantes « et incertaines. Ces nouveaux étages sont nécessairement « intermédiaires au point de vue paléontologique, comme « ils le sont au point de vue stratigraphique. De là des con- « troverses presque inépuisables, comme celles qui ont eu « lieu pour le calcaire pisolitique, pour les couches de Pur- « beck, et celle qui a maintenant pour objet la zone à « Avicula contorta, controverses qui ne sont certes pas inu- « tiles, car elles donnent une forte impulsion à l’étude géo-

(1) Notices géologiques et paléontologiques sur les Alpes vaudoises. Infra-Lias, Bul. soc. vaudoise des sciences naturelles, t. VII, p. 52.

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« graphique et paléontologique de ces nouveaux étages. » Le but que nous nous sommes proposé en entreprenant cette étude est précisément de rechercher auquel des deux systèmes, Triasique ou Jurassique, entre lesquels elle se trouve comprise, doit être rattachée cette zone à Avicula contorta, objet de tant d’appréciations contradictoires.

Déjà précédemment nous avons établi quelles sont dans la Côte-d'Or les affinités de la fauné spéciale à cet horizon ; mais, comme les nombreux travaux entrepris dans le même but en France, en Italie, en Allemagne, en Suisse et en Angleterre, sont loin d'aboutir tous aux mêmes résultats, la question reste tout aussi indécise et réclame plus impérieusement que jamais une solution.

Il nous à semblé que le seul moyen de fixer les géologues à ce sujet était de réunir les matériaux publiés, de les grouper, de les coordonner de manière à en former un tout unique d’où l’on puisse tirer ensuite de solides conclusions.

Ce travail synthétique, impraticable il y a quelque temps, parce qu'il n'aurait conduit à rien de décisif, nous semble offrir de sérieuses garanties aujourd’hui que la zone litigieuse a été l’objet d’études attentives et soutenues dans presque toutes les parties de l'Europe, au triple point de vue pétrographique, stratigraphique et paléontologique.

Aussi sommes-nous disposé, en Ce qui nous Concerne, à accepter, sans la moindre réserve, les résultats auxquels nous conduira cette étude, quelque opposés qu’ils puissent être à l'opinion que nous avons professée jusqu'ici dans la question, et nous espérons qu'ils rallieront de même la majorité des géologues.

L'idée que nous mettons aujourd’hui à exécution n’est pas neuve, et nous n’aurons même pas le mérite de l'avoir conçue le premier.

M. Alphonse de Dittmar, en effet, nous a déjà précédé dans cette voie, et nous devons à ses patientes et labo-

rieuses recherches sur la matière un travail très remarquable au point de vue paléontologique.

Loin de regretter cette circonstance, nous nous estimons très heureux, au contraire, d’avoir été devancé par ce jeune et savant géologue, car les ressources bibliographiques dont nous disposons ne nous auraient probablement pas permis de reconstituer la faune et la flore de cette époque d’une manière aussi splendide.

Dans tous les cas, il nous eût été difficile de nous livrer à une critique aussi éclairée des éléments paléontologiques et d’en discuter la synonymie avec une aussi parfaite entente du sujet; ce n'est pas, cependant, que nous partagions toujours les idées de l’auteur. Nous croyons, au contraire, qu’il a parfois considéré comme distinctes des espèces identiques et réuni sous un même nom des types difriérents.

I nous à semblé aussi que M. de Dittmar n’avait pas fait une part suffisante aux éléments pétrographiques et stratigraphiques, et qu’il y avait là une lacune importante à combler.

Ce n’est pas assez, à notre sens, de rappeler les résultats des principaux auteurs et d’en discuter les conclusions; il faut avant tout un cadre au tableau, et ce cadre obligé, c’est l'étude de la constitution stratigraphique et pétrographique du terrain qui nous occupe sur les divers points où il a été étudié.

L'auteur à été beaucoup plus complet sous d’autres rapports, et nous trouvons très ingénieuse l’idée qu’il a eue de mettre à l'appui de son travail une carte exécutée avec soin et au moyen de laquelle on peut embrasser d’un coup d'œil l’extension géographique aujourd’hui connue de la zone litigieuse.

À l’aide de ce procédé, nous voyons ce dépôt apparaître d’abord en Irlande, entre Londonderry et Belfast, puis en Angleterre, où nous en suivons les affleurements d’York à

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Leicester, de Leicester à Warwick, Worcester, Gloucester et Bristol, et de cette dernière localité à Axmouth, où il décrit plusieurs sinuosités, puis enfin aux environs de Watchet et de Cardiff.

D’Axmouth, ces couches, probablement englouties sous les eaux de la Manche, vont réapparaître en France, à Valognes et dans les environs, puis elles plongent sous les formations plus récentes pour ne plus se montrer qu’au pourtour du plateau central, où elles forment une ceinture étroite et presque continue aux roches de cristallisation.

Plus au Sud, ces dépôts apparaissent aussi dans les Cévennes, puis dans la Provence et de l’autre côté des Alpes, à la Spezzia et en Lombardie, depuis le lac de Côme jusqu’au lac de Garde.

Dans les Alpes orientales, le même horizon, admirablement développé depuis le Rhin, au-dessous du lac de Constance, jusqu’à Vienne, se poursuit même en Hongrie, dans la chaine des Karpathes.

Au nord de la Bavière, nous le retrouvons aux environs de Baireuth et de Bamberg, puis, en montant encore, dans la Thuringe, le Hartz et le Hanôvre, aux environs de Brunswick.

Enfin, il en existerait quelques pointements à l’ile Helgoland, dans la mer du Nord, à File Bornholm, dans la Baltique, et aussi probablement à la pointe sud du royaume de Suède, où la zône à Am. planorbis parait être très bien développée.

Si nous revenons maintenant aux confins de la Bavière et du Wurtemberg, où nous avons quitté cette zone, nous la retrouvons partsut aux Cnvirons de Stuttgard, à Esslingen, Nürtingen, Tübingen, etc., puis, en descendant sur Schaffouse et Bâle et jusqu’au bord du lac de Genève, à Meillerie.

Enfin, de l’autre côté de la chaine du Jura, en France, nous en retrouvons des lambeaux à Lons-le-Saunier, Sa-

lins et Besançon, puis une bande continue partant des Vosges et se dirigeant sur Luxembourg, par Vic, Château- Salins et Kédange, pour aboutir ensuite à Lævelange, Jamoignes, Arlon et Villers-sur-Semois.

Tout cela est très exact et très complet ; mais ce n’est pas assez. À l’extension géographique il est indispensable de joindre des données aussi détaillées que possible sur la constitution de ces assises au triple point de vue stratigraphique, pétrographique et paléontologique, pour chacune des régions citées, si l'on veut ensuite discuter l’opinion des auteurs en parfaite connaissance de cause.

Ce sera le but de la revue historique à laquelle nous allons nous livrer, revue que nous diviserons, pour plus de clarté, en un certain nombre de groupes naturels, à la manière, à peu près, dont cela a été fait par M. d’Archiac, pour son Histoire des progrès de la Géologie, à laquelle nous emprunterons, d’ailleurs, une bonne partie de nos documents.

Nous examinerons ainsi successivement les travaux publiés sur la matière en Angleterre, dans l'Allemagne du Nord, l'Autriche septentrionale, le Wurtemberg, la Bavière, le Vorarlberg et le Tyrol septentrional, PItalie, la Suisse et la Savoie, et, enfin, la France et la Belgique, en consacrant un chapitre spécial à chacune de ces divisions.

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