ANNE LI DE TÜBICOLE. — C H É TOP T È RE
forme d'un U très ouvert, à direction souvent irrégulière, de la grosseur du pouce, rétréci aux deux extrémités et pouvant atteindre jusqu'à 0m,50 de long.
La zone où on le rencontre varie avec la nature du fond. Sur les plages à sable fin remué par la vague el qui dessèchent à chaque marée il vit audessous du niveau des plus basses mers, dans une zone profonde où le mouvement de la vague est à peine sensible (Luc -sur -Mer,
Morgate). On le recueille soit au moyen de la drague, soit rejeté sur la plage après les grandes tempêtes.
Sur les fonds plus résistants où l'eau claire et limpide est retenue, à mer basse, dans des bassins naturels, on le rencontre au-dessus du niveau des basses mers (Roscoff) et on peut avec quelques précautions l’extraire du sol. Sa présence est trahie par les deux extré-
mités du tube faisant saillie au-dessus du sol, le plus souvent masquées par des animaux et des végétaux (Ascidies, Hydraires, Algues) qui trouvent là, dans le courant d’eau déterminé par le Chétoptère, des conditions favorables à leur existence (fig. 328).
Le tube à parois amincies vers les extrémités est formé d’une matière papyracée, produit de la solidification du mucus. L'animal n’abandonne jamais ce tube et ne se montre point à l’extérieur, contrairement à ce qui a lieu chez la plupart des annélides sédentaires tubicoles.
Extrait de ce tube il se contourne, est inhabile à se mouvoir et ne peut se sécréter une nouvelle demeure.
Le Chétoptère est de couleur générale blanc jaunâtre avec teinte légèrement enfumée sur certaines parties.
Sa forme est étrange : pas de tête apparente, des appendices en forme de longs prolongements que l’on a comparés à des bras, d’autres imitant des palettes qui lui servent au déplacement de l’eau, il en est même qui sont disposés en ventouses et servent d’appareils de fixation.
Pour les besoins de la description, l’animal sera toujours supposé placé la bouche en haut et la face ventrale tournée vers l’observateur. En d’autres termes la position sera la même que celle de l’homme en anatomie humaine.
L’extrémité supérieure rentlée, charnue, présente un large orifice, la bouche, et deux antennes; l’inférieure se termine en pointe et porte l’anus. La face ventrale offre des rames peu développées, transformées en ventouses dans certaines parties, tandis que la dorsale présente des appendices variés et volumineux.
Avec un peu d’attention on reconnaît immédiatement
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ces différentes parties. Sars 1 est le seul auteur qui ait commis la méprise regrettable de prendre la face dorsale pour la face ventrale et réciproquement.
Extérieur. Orifices. Gouttières vibratiles. — Pour étudier l’extérieur : extraire l’animal de son tube et le placer dans l’eau de mer.
Il existe trois régions dans le Cliétoptère : supérieure moyenne et inférieure correspondant, à peu près, aux régions céphalique, thoracique et caudale de quelques auteurs.
Région supérieure (fig. 329). — Elargie, convexe du côté ventral, concave sur le dos, elle présente la forme d'un rectangle allongé de haut en bas. La partie médiane est épaisse, les bords latéraux sont amincis et portent chacun neuf - mamelons pédieux courts et coniques. Cette région est composée de onze segments, un céphalique un buccal et neuf segments parapodiaux, du IIIe au XIe.
Sur la face ventrale aucune trace de segmentation ; la partie médiane est occupée par une surface unie de couleur rose pâle, plus large en haut qu’en bas où elle s’arrondit, c’est le plastron ventral ; sur les parties latérales une bande de couleur jaunâtre s'étend du premier pied à l’appendice mobile situé à la base du neuvième.
La partie supérieure de la face ventrale est limitée par
' Sars. Fauna littoralis. Norwegiæ, 1846.
2 Ce nombre peut varier; j'ai observé des individus porteurs les uns de dix paires de mamelons pédieux, les autres de onze et un échantillon en offrait douze paires. Chez d’autres, onze d’un côté et douze de l'autre. Plus souvent dix à gauche et neuf à droite, ou inversement.
Fi g. 329.
Chôloplère vu par la face Chétoptère vu par la face ventrale. dorsale.
un bord arrondi blanc jaunâtre, qui remonte sur la face
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dorsale où il forme de chaque côté un petit lobe arrondi
ANNÉLIDE TUBICOLE.
CHÉTOPTÈRE
qui embrasse la base de l’antenne correspondante. Un bord droit réunit ces deux lobules, limite dorsalement
l'entonnoir buccal et présente les antennes insérées à ses extrémités.
Les pieds de la région supérieure sont semblables et à peu près de même volume. Ils sont coniques, recourbés vers le dos et formés par la rame dorsale seule, la rame ventrale fait dé faut. La IXe paire de pieds appartenant au XIe segment fait seule exception. Il existe de chaque côté un petit appendice en forme de hachette qui représente la rame ventrale (fig. 339, b).
Les rames dorsales possèdent sur leur bord ventral un faisceau de soies étalées en éventail (fig. 335). Ces soies (fig. 330) allongées portent à leur extrémité une partie aplatie, lancéolée et légèrement recourbée du côté dorsal. Dans un même faisceau elles affectent des formes différentes suivant la position qu’elles occupent : celles du côté dorsal sont
Fig. 330.
a, une soie en massue de la base de la rame dorsale, de la quatrième paire de pieds. — b , une soie d’une rame dorsale de la région supérieure.
— c, soie de la pointe de la même rame. — cl, soie des rames dorsales de la région inférieure. — e, plaque onciale des rames ventrales.
effilées et à peine dilatées à leur
extrémité, celles du côté ventral sont moins allongées et
plus aplaties à la pointe. A la IVe paire de pieds ces der-
nières sont courtes, fortes, tronquées à leur extrémité et d’une teinte noire qui les fait distinguera première vue. On en compte une quinzaine de chaque côté. Les plus ventrales sont celles qui présentent au plus haut point les caractères indiqués. Tout porte à penser que le Chétoptère en faisant saillir ces soies fortes et résistantes peut fixer sa partie antérieure en prenant un point d’appui sur cette IVe paire de pieds et retracter ainsi sa partie postérieure.
Ces soies brunes et fortes sont d’une constance remarquable non seulement chez les Chétoptères, mais aussi chez les annelides voisines : Telepsaves, Phyllochétoptères Polydores, etc.
Région moyenne (fig. 329). — Plus longue que la supérieure, elle se reconnaît immédiatement à ses rames
en palettes et aux parties boursouflées d’un noir verdâtre
qui se voient par transparence sur la face dorsale.
Elle comprend cinq segments depuis et y compris le XIIe jusqu'au XVIIe. Les trois derniers, XIVe, XVe et XVIe, sont semblables.
Ils diffèrent complètement des deux autres, XIIe et XIIIe, qui eux-mêmes diffèrent entre eux.
Il est nécessaire de les examiner successivement.
XIIe segment. — Compris entre le XIe et une ligne passant au-dessous de la première ventouse ventrale. Il présente sur ses parties latéro-dorsales les deux grands prolongements qui ont valu à l’animal son nom de Chétoptère (fig. 333).
Ces appendices, que Cuvier comparait à des ailes sont les rames dorsales. A l’état normal elles sont ramenées sur la face dorsale de la région supérieure qu'elles recou-
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vrent en partie et où elles arrivent au contact par leurs extrémités. Elles sont parcourues dans toute leur longueur par une gouttière profonde.
Ces deux gouttières se réunissent pour se continuer avec une gouttière médiane qui règne sur la face dorsale de la région supérieure.
Des soies fines, droites et nombreuses sont situées dans l'intérieur de ces rames dorsales ou elles jouent le rôle d’appareil de soutien (fi g. 339, c). Les extrémités de ces deux appendices sont taillées en bec de flûte et les deux surfaces planes qui résultent de cette disposition viennent en contact lorsque ces rames sont dans leur position naturelle.
Les rames ventrales, bien distinctes des dorsales, sont aplaties triangulaires et soudées sur la ligne médiane, intimement liées aux muscles ventraux. Elles constituent une partie comparable à une petite selle ou à un écusson et qui joue le rôle de ventouse. Le bord supérieur de cet organe est parcouru par une rainure qui le divise en deux bords secondaires, ce qui produit l'impression de deux organes semblables placés l’un sur l’autre le premier débordant légèrement sous le dernier. Cette disposition existe également à la face ventrale du XIIIe segment, mais fait défaut aux trois segments suivants dont les rames ventrales rappellent cependant, par leur apparence et leur fonction celles des deux segments précédents. Cette différence tient à ce qu'il existe dans les rames ventrales des XIIe et XIIIe segments des parties qui font défaut dans celles des trois segments suivants (lig. 331).
Les ventouses des XII et XIIIe segments sont constituées par la totalité des rames ventrales tandis que celles des
Z O O L O (Il E 1) E S G R I P T I V E
trois segments suivants ne sont formées que par les lobes internes seuls de ces mêmes rames. C’est ce qui résulte nettement de l’étude des connexions nerveuses et de l'étude détaillée de ces parties.
Le bord de la ventouse de couleur brunâtre porte de nombreuses plaques onciales (fig. 330, e) disposées sur plusieurs rangées. Leur bord libre est garni de dentelures en dents de scie dirigées vers le centre de la ventouse. Elles servent à produire l’adhésion au tube dans lequel vit et se meut le Chétoptère. Aussi, lorsqu’on extrait ces animaux de leurs demeures, on constate souvent que l’animal au moyen de ces ventouses adhère à la paroi interne du tube.
XIIIe segment (second de la région moyenne) figure 331 . — Très long, s’étend de la ventouse ventrale du XIIe segment à celle du XIIIe. Les téguments amincis et transparents laissent voir les deux gros muscles ventraux, le tube digestif de couleur foncée et les organes segmentaires.
La ventouse ventrale offre la même constitution que celle du XIIe segment.
La face dorsale présente aussi une ventouse. La seule qui existe sur toute la surface dorsale de l’animal, c’est une cupule saillante portée par un pédicule rétréci. Deux petites bandes musculaires médianes relient la base de cette cupule aux deux grandes rames dorsales du segment précédent.
La cupule dorsale est réunie de chaque coté à la ventouse ventrale par un bourrelet. Ces deux bourrelets, sur lesquels se voient les orifices des organes segmentaires, représentent avec la cupule les deux rames dorsales de ce segment.
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