L A P A TELLE G 0 M M U N E
et sur les côtés, par la paroi de la tête; dorsalement, par l’œsophage et l’extrémité du bulbe radulaire. On trouve dans son intérieur, immédiatement au-dessus de la lèvre supérieure, deux mâchoires cornées et cartilagineuses unies par une pièce médiane.
Le bulbe radulaire est muni, en avant, de deux saillies charnues qu’on a improprement appelées des lèvres1. Elles protègent l’extrémité du bulbe que termine une papille saillante, molle et ridée transversalement.
ha saillie du bulbe radulaire, dans l’intérieur de la bouche, donne naissance à une poche ventrale, tapissée par un épithélium coloré en jaune. Elle contient, sur sa face dorsale, une masse épithéliale qui sécrète un mucus gluant.
Le bulbe, dont nous avons décrit plus haut les cartilages, supporte la radula munie de dents dont la nomenclature est indiquée figure 476. La langue a une longueur tout à fait exceplionnelle (plus du double de celle de l’animal) ; elle se replie sur elle-même dans l’intérieur d’une gaine spéciale (gaine radulaire).
OEsophage et poches. — On peut se représenter l'œsophage comme un tube à parois molles, très fragile, recouvrant non seulement la partie supérieure du bulbe radulaire, mais aussi les côtés de la tête.
Ce tube est divisé, dans le sens de la longueur, en trois parties : une médiane, l’œsophage proprement dit ; deux latérales, les deux poches œsophagiennes (fîg. 476).
La séparation est obtenue par un simple plissement de
1 Wegmann ( Organisation de la Patelle. Revue zoologique suisse, t. IV) considère la lèvre en fer en cheval comme une trompe, et donne le nom de lèvres à ces deux saillies charnues.
ûlande, sctZêoaXre,,
Œsophage
Dent, centrale,. ! rachialc, 1 | Denis latérales (pleuras,)
/£ Dents marginales ! unctni )
Fig. 476.
Tube digestif de la Patelle, déroulé et ouvert au niveau des poches
œsophagiennes et de l’estomac.
A gauche et en haut, coupe de l’œsophage. — ’A droite, une rangée de dents
de la radula.
G A STEROPODES.
LA PATELLE COMMUNE 353
la paroi de chaque côté de la ligne médiane, formant une paire de raphés longitudinaux (fîg. 476, coupe).
Les poches inégales, par suite de la tension de l’œsophage, sont plissées. L’œsophage, au moins dans sa partie inférieure, présente de gros plis longitudinaux (fîg. 476).
Estomac. — L’estomac n’est qu’une portion renflée de l'intestin ; on y remarque une valvule, placée en avant de l’orifice unique des canaux du foie et un raphé ventral et médian (fîg. 476).
Intestin. — L'intestin est très long, et ses circonvolutions sont empâtées dans la masse du foie.
Il est lisse, sauf dans sa portion terminale (rectum) où l’on remarque une gouttière formée par deux replis (fîg. 478).
Glandes salivaires. — Il existe une paire de grosses glandes salivaires de couleur orangée. Chacune d’elles doit représenter deux glandes intimement fusionnées, car il en sort une paire de canaux excréteurs (conduits externes et internes).
L'entrée des canaux dans la bouche est située dorsale ment, de part et d’autre de la ligne médiane, au-dessous du collier œsophagien, au milieu d'une masse jaune de granulations pigmentaires (fîg. 476). Les deux canaux se soudent à leur entrée dans la bouche.
Foie. — Le foie, qui n’est nullement homologue à celui des Vertébrés et qui représente plutôt un hépato-pancréas, est de couleur jaunâtre et remplit en partie l’abdomen ; c'est une masse en apparence unique : Cependant, un peu au-dessus du point où le canal hépatique s’ouvre dans
Z 0 0 L 0 li I E D E S C R I P T I V E
l’estomac, on constate qu’il est formé par la réunion de deux canaux qui se ramifient ensuite (fig. 476).
Préparation anatomique. — On fait mourir l’animal dans l’eau douce, on décolle la coquille; on ouvre ensuite les téguments, soit le long de la ligne médiane dorsale, soit latéralement du côté gauche, entre le pied et le manteau.
Il est ditlicile de préparer le tube digestif dans son intégrité.
Conduit. saHoaire.
Coupe schématique de la tète de la Patelle (im. de Weümann).
Si l’on considère, en effet, la coupe schématique (tig. 477), on voit que dans la tète le tube digestif est très voisin des téguments. Il n’en est séparé que par un sinus sanguin de peu d’épaisseur, encombré de libres conjonctives.
Il faut couper, une à une, ces libres pour isoler le tube digestif. La paroi des poches œsophagiennes, étant très molle, se fend avec une grande facilité ; on peut cependant la mettre en évidence en insufflant de l’air dans l’œsophage.
Il est de même fort délicat de séparer le foie des anses intestinales et de dérouler le tube digestif en son entier.
Histologie. — Le tube digestif est tapissé, dans toute son étendue, par un épithélium cylindrique et cilié ( fig. -478).
LA PATELLE COMMUNE
Ses parois sont en outre formées par des fibres lamineuses de tissu conjonctif, constituant une membrane plus ou moins mince suivant les régions.
Tissus conjonetif'
Cellules hépatiques w’
Epithelium, cilié V
Cul de. sac, hépatique.
Ooiettiere.
Fig. 478.
Coupe du rectum de la Patelle. — Coupe du foie au niveau de
l’intestin.
Les muscles sont représentés par des fibres cellules ramifiées et orientées dans tous les sens (fig. 478).
Glandes salivaires. — Les glandes salivaires sont for-
Fig. 479.
Coupe de la glande salivaire de la Patelle. Cul-de-sac sécréteur. — • Cellule isolée. — Conduits excréteurs.
niées par des tubes ramifiés, englobés dans du tissu conjonctif, qui leur donne l’apparence d’une masse unique, r. 23.
Les tubes sont tapissés intérieurement par de grosses cellules glandulaires, encombrées de granulations (fig. 479). Les glandes salivaires de la Patelle se rattachent au type des glandes mérocrines.
Les cellules de l’épithélium sécréteur ne me paraissent pas avoir de cils vibratiles, sauf dans les canaux excréteurs, contrairement à ce qu'afiguréM. Wegmann(lîg. 479).
Foie. — Le foie est formé, dans toute son étendue, par des culs-de-sac glandulaires, de forme très irrégulière, tapissés par un épithélium à grosses cellules en massue, lesquelles sont remplies de gouttelettes jaunâtres et de lines granulations (tig. 478 à droite).
Les conduits hépatiques sont tapissés d'un épithélium cylindrique, à cils vibratiles, semblable à celui qui revêt le tube digestif tout entier *.
Description du système nerveux. — Le système nerveux comprend des centres et des nerfs ( commissures , connectifs , nerfs proprement dits) et des terminaisons nerveuses que nous étudierons avec les organes des sens. * On trouve dans la Patelle (fig. 480) :
Centre cérébroÏde. — Deux ganglions cérébroïdes placés latéralement de part et d’autre de la masse buccale, immédiatement au-dessous des téguments.
Centres stomato-gastriques. — Deux ganglions appelés labiaux par quelques auteurs, situés dans le voisinage de la ligne médiane ventrale, entre les deux ganglions céré-
1 Fischer. Le foie des Gastéropodes. Paris, J 890.
broïdes, au-dessus du bulbe radulaire et au-dessous de boesopliage. A leur suite viennent deux ganglions dits
Fig. 480.
Dessin schématique du système nerveux de la Patelle (face dorsale).
(L’animal est supposé transparent et les lignes pointillées indiquent le contour
du corps.)
OEs. , œsophage. — T., tentacule. — F. B., fausses branchies ou organe de Spengel.
M., manteau. — R., rectum.
Nota. — Le chiffre 4 est placé trop à gauche sur la figure et doit être supposé rapproché du o.
buccaux, placés au-dessous" des précédents et dans la même position relative.
Centres pédieux. — Deux ganglions pédieux très allongés, du côté de la face ventrale du tube digestif. Ils s’étendent dans toute la longueur du pied.
Centre asymétrique. — Cinq ganglions dénommés clans leur ensemble centre asymétrique , et qu'on peut diviser de la façon suivante :
Les deux premiers (nos l et 2), (ganglions palléaux) dans le voisinage des ganglions pédieux ;
Le troisième et le quatrième (nos3 et 4), (ganglions branchiaux ou ganglions sus et smfs-intestinal des auteurs) au-dessous des points rouges de la cavité palléale (branchie rudimentaire ou organe nerveux) ;
Le cinquième et dernier (n° 5), (ganglion viscéral), situé au niveau du cœur (fig. 480).
Commissures. — Les ganglions cérébroïdes sont réunis entre eux par une large commissure sus-œsophagiennè qui passe au-dessus et en avant de l'œsophage.
Les ganglions labiaux par une courte commissure sousœsophagienne ; il en est de même pour les ganglions buccaux (h g. 480).
Les ganglions pédieux sont unis : en avant, par une courte commissure presque virtuelle ; en arrière, par une commissure grêle, assez longue. Enfin au-dessus de la première ligne, par une commissure extrêmement grêle qui n’a pas été figurée.
Les ganglions du centre asymétrique, ganglions palléaux (1, 2), ganglions sus et sous-intestinal (3, 4), ganglion viscéral (5), sont réunis par la commissure croisée, les deux branches caractéristiques de la chiastoneurie (h g. 480).
Le ganglion palléal gauche (n° l) est relié au ganglion intestinal droit (n° 2); le ganglion palléal droit (n° 3) est uni au ganglion intestinal gauche (n° 4), d'oit un croise-
GASTEROPODES.
LA PATELLE COMMUNE
ment en huit , comme chez tous les Gastéropodes chiastoneures.
Le huit ainsi dessiné est petit, par suite de la réduction de la cavité palléale, sur le plancher de laquelle sont situés les ganglions 3 et 4 (fig. 480).
Connectifs. — Les ganglions cérébroïdes sont réunis aux ganglions labiaux par un connectif court et épais de chaque côté du corps.
Les ganglions labiaux, aux ganglions buccaux par un connectif grêle et assez long.
Les ganglions cérébroïdes aux ganglions pédieux par un long connectif.
Les ganglions cérébroïdes sont unis aux ganglions (1 et 2) du centre asymétrique (ganglions palléaux) par un connectif parallèle au précédent.
Enfin, les ganglions pédieux sont unis aux ganglions (1 et 2) par un court connectif.
Nerfs. — Voici l’énumération des nerfs dont M. Bouvier1 a fourni une description complète :
Nerf tentaculaire, oculaire, pariétal, nerf acoustique, deux nerfs du mufle pour les ganglions cérébroïdes; quatre nerfs labiaux et quatre nerfs musculaires, pour les ganglions labiaux ; trois nerfs œsophagiens, pour les ganglions buccaux.
Un nombre indéterminé de nerfs latéraux et un nerf antérieur, pour les ganglions pédieux.
Trois nerfs pariétaux et un gros nerf palléal, pour les ganglions palléaux (f et 2), figure 480.
1 Bouvier. Système nerveux des Gastéropodes Vrosobranches. Masson, 1887.
Quelques libres nerveuses, courtes et grêles, pour les ganglions intestinaux (3 et 4).
Enfin quelques petits nerfs (cardiaque, rénal et intestinal), pour le ganglion viscéral.
Préparation anatomique. — Pour se rendre compte de la position relative des centres, on peut commencer par une préparation facile.
L’animal étant couché sur le dos, avec un scalpel bien tranchant, on fend la partie antérieure du pied, au-dessous de la tête, de manière à décoller en avant, le pied de la masse viscérale.
Par ce procédé, on coupe nécessairement les ganglions pédieux qui s'étendent dans toute la longueur du pied; mais on reconnaît facilement leur section à leur couleur orangée.
On aperçoit alors la partie antérieure des ganglions pédieux ; et, en fendant sur la ligne médiane, on distingue sans difficulté les ganglions palléaux et la branche croisée de la chiastoneurie.
En remontant le long des connectifs cérébro-pédieux et cérébro -palléaux*, on arrive aux ganglions cérébroïdes.
— Pour préparer les ganglions labiaux et buccaux, il vaut mieux ouvrir par la face dorsale, sur la ligne médiane et enlever avec précaution l’œsophage. On trouve les ganglions labiaux au point de soudure de l’œsophage et du bulbe radulaire. Ils conduisent aux ganglions buccaux.
Histologie. — Les centres nerveux de la Patelle sont mal délimités et la distinction que nous avons faite entre les centres, certaines commissures et quelques connectifs est artificielle. En effet, les cellules nerveuses ne sont pas localisées dans les centres , et s' éparpillent à la surface des connectifs.
Si bien que sur une coupe d’un connectif cérébro-palléal par exemple, on a l’aspect d’un centre :