R H A B D 0 C OE LES
LE GYRATOR
Le lécithogène est appelé, par la plupart des auteurs, vitellogène ou deutoplasmigène. Ces deux expressions sont presque aussi impropres l'iine que l'autre. Je leur préfère le nom de lécithogène qui marque bien qu’il s’agit d'une glandé qui fournit la réserve nutritive ou lécithe dont l’œuf est dépourvu.
C'est une glande (tig.
216, Gl. I.) qui est située sous l’intestin et qui, pour cette raison, doit être examinée sur des animaux à jeun. Elle s’étend depuis le cerveau jusqu'au receptaculum seminis et a une forme réticulée, variable d'un individu à un autre, mais qui le plus ordinairement présente la disposition que j'ai reproduite dans la figure 216.
Un court canal, le lécithoducte (tig. 216, Ld.
Fig. 21G.
Organes génitaux femelles.
Ov., ovaire. — Gl. glande lécithogène.
— II. s., receptaculum seminis. — C’., cocon dans l'utérus. — CL, cloaque. — Or. Q orifice femelle. — Od., oviducte. — Ld lécithoducte. — gl ., glandes cloacales dont quelques-unes seulement sont représentées.
permet aux cellules du lécithogène de se déverser dans le cloaque génital.
Le lécithogène a des parois formées de cellules polyédriques ; il est bourré d’un nombre considérable de cellules lécithofères , improprement appelées cellules vitellines.
Ces cellules lécithofères ou nutritives, produites dans le lécithogène, sont d’abord petites et transparentes comme celles de la paroi du lécithogène et ont un noyau bien visible. Elles grossissent peu à peu en se chargeant d’un liquide finement granuleux tenant en suspension quelques globules réfringents. Ceux-ci deviennent de plus en plus
nombreux et finissent par
rJ—TV.
Fig. 217.
Cellules nutritives ou lécitho.
fères.
A, jeune. — B, presque complètement envahie par les globules réfringents. — n., noyau.
envahir la plus grande partie de la cellule.
Les cellules lécithofères, quand elles sont venues entourer un œuf mûr, au moment de la formation du cocon, présentent des mouvements amœboïdes qui n’ont, chez le Gyrator, qu’une durée passagère. Finalement les cellules lécithofères se désagrègent peu à peu, à mesure que le jeune embryon se développe.
Le receptaculum seminis (fig. 216, R. s.) est un organe assez volumineux, très apparent, situé à la partie postérieure et dorsale du corps (fig. 208, R. s.), un peu en avant de l’orifice femelle. Il renferme des amas de spermatozoïdes en nombre variable.
En isolant un Gyrator et en le soumettant à l’examen microscopique tous les jours, pendant une ou deux semaines, on constate qu’il pond un cocon tous les trois à cinq jours et que la provision du sperme, dans le receptaculum seminis, s’épuise lentement, mais sensiblement, à mesure que les pontes se multiplient.
Les spermatozoïdes, récemment éjaculés dans le recep-
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taculum, sont très agiles, mais ils ne tardent pas à former des paquets compacts et immobiles jusqu’au moment où ils sont utilisés pour la fécondation.
L 'utérus est un diverticule du cloaque dans lequel se forment les cocons (fig. 216, C.). Ses parois minces ne sont guère visibles que quand elles sont distendues par la présence d’un cocon. Ordinairement on ne trouve qu’un seul cocon dans l’utérus, mais parfois on peut y observer deux et même trois cocons superposés. Quand l’utérus n’est pas gravide, il est fort difficile de le mettre en évidence.
Le cloaque (üg. 216, Cl.) est une cavité de forme essentiellement variable suivant les contractions de l'animal ; il s’ouvre au dehors par le pore génital femelle muni d'un sphincter. Dans le cloaque débouchent l’oviducte, le lécithoducte, le receptaculum seminis, l’utérus et des glandes spéciales.
Les parois du cloaque portent de très nombreuses cellules glandulaires dont un petit nombre seulement est représenté dans la figure 216 en gl. Ces glandes cloacales sont peut-être celles qui sécrètent la substance qui constitue l’enveloppe du cocon. Cette substance forme, à la surface du cocon jeune, une membrane transparente qui ne tarde pas à jaunir, puis, en se fonçant peu à peu, à devenir orangée et enfin d’un rouge brun. Elle est alors de nature chitineuse.
Embryogénie. — Le cocon du Gyrator se forme en très peu de temps dans l’utérus. Il estpiriforme et est constitué par un très grand nombre de cellules lécithofères groupées autour d’un seul œuf ou, exceptionnellement, de deux. J’ai désigné ces sortes d’œufs sous le nom d 'ectolécithes.
L'œuf occupe en général la partie renflée du cocon (fig. 218, A). Les cellules lécithofères et l'œuf sont enveloppés d’une coque dont il a été question plus haut. Cette coque se termine par une sorte de pédicelle à l’extrémité duquel se trouve une substance visqueuse qui sert à faire
Fig. 218.
Cocons avec embryon.
adhérer le cocon aux filaments de conferves après la ponte (fig. 218, B et G).
Le cocon ne séjourne pas plus de trois à cinq jours dans l’utérus. La segmentation de l’œuf commence avant la ponte. La figure 218, A représente un cocon utérin avec un œuf au stade quatre.
A mesure que la segmentation avance, les cellules lécithofères qui entourent immédiatement l’œuf commencent
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à se désagréger. La désagrégation des cellules lécithofères suit une marche centrifuge autour de l’œuf.
Lorsque les blastomères augmentent en nombre , ils cessent d’être adjacents; ils sont séparés les uns des autres par une petite quantité du produit de la diffluence des cellules lécithofères. Cette partie du lécithe reste incluse dans l’embryon dès que celui-ci a acquis un revêtement ectodermique.
L’embryon, d’abord sphérique et pourvu d’un pharynx, devient ovoïde. Dès que le pharynx est constitué, il fonctionne et fait passer du lécithe dans l'intestin.
La figure 218 B montre un de ces embryons ovoïdes pourvu d'un pharynx et présentant l’ébauche de la trompe. Cet embryon est couvert de cils vibratiles dont les mouvements font tourbillonner les particules de lécithe qui l’environnent. *
A mesure qu’il se développe, le jeune Gyrator absorbe peu à peu toute sa réserve nutritive environnante. 11 s’allonge si bien qu’il est obligé de se plier en deux dans son cocon et il présente alors l’aspect reproduit dans la figure 218 C.
On voit que le cerveau, les yeux, la trompe, l’aiguillon sont définitivement constitués. L’éclosion est proche.
L’aiguillon, comme on le voit dans les figures 218 G et 219, se forme de bonne heure et, fait remarquable, il apparaît d’emblée avec les dimensions qu’il conservera chez l’adulte. On est frappé, en examinant un jeune au moment de l’éclosion, des proportions démesurées qu’at-
Fig. 219.
Jeune au moment de l’éclosion.
teint l’aiguillon qui s'étend presque jusqu’au cerveau, tandis que, chez l’adulte, il n’occupe qu’un espace restreint à la partie postérieure du corps. (Comparer la ligure 219 et la figure 201.)
Ce fait s’explique d’ailleurs si l’on se rappelle la nature chitineuse de l'aiguillon, nature qui ne lui permettrait de s’accroître qu’à la condition de subir des mues successives.
L’aiguillon fonctionne dès la sortie de l'embryon de sa coque.
Méthodes techniques. — Tous les colorants usuels employés en microchimie peuvent être utilisés pour les coupes. La méthode d’Heidenhain donne surtout de bonnes préparations.
Si l’on se propose d’étudier le Gyrcitor par transparence sans le débiter en coupes, il convient de le laisser jeûner quelque temps afin que l’opacité de l'intestin gêne le moins possible l’observation.
L’acide nitrique convenablement étendu d’eau rend de bons services pour l’étude des muscles ; il permet aussi de bien voir la plupart des organes.
En combinant l’emploi de l’acide nitrique ou de l’acide acétique étendu avec celui d'un colorant au carmin ou à l’hématoxyline, on obtient de bonnes préparations qui mettent surtout en évidence les divers appareils musculaires et les différentes glandes si nombreuses.
La potasse, employée avec précaution, peut être utile pour l’étude de l’aiguillon chitineux.
Enfin l’acide osmique au centième est recommandable pour l’étude du lécithogène. Il colore en noir les globules
RHABDOCOELES .
LE GYRATOR
graisseux du lécithe et met ainsi en évidence l’organe qui le renferme.
Dans tous les cas, il convient de comprimer plus ou moins l’animal entre les deux lames de verre.
Bibliographie. '
On trouvera les renseignements bibliographiques concernant le Gyrator notops dans :
P. Hallez. — Observations sur le Proslomum lineare (Arch.
de zool. expérim. et génér., t. II, 1874, p. 559-386).
P. Hallez. — Contributions à l'histoire naturelle des Turbellariés. Lille, 1879.
L. von Graff. — Monographie der Turbellarien. I. Rhabdocœlida, 1882, p. 332-335.
P. Hallez. — Catalogue des Phabdocœlides, Triclades et Polyclades du nord de la France , 2e édit. Lille, 1894, p. 91.