‹ Zoologie descriptive; anatomie--histologie et dissection des formes typiques d'invertébrésChapitre 111 sur 139 · Une ventouse discoïde impaire frontale · texte numérisé non relu

Une ventouse discoïde impaire frontale

Yeux en deux groupes de forme arquée. - Sorocelis.

Deux ventouses discoïdes paires, frontales. Pas d’yeux . Dicotylus.

Cette famille n’est représentée en Europe que par le genre Dendrocœlum et en France par deux espèces : Dendrocœlum lacteum Millier et Dendrocœlum punctatum Pallas.

La Planaire blanche a le corps transparent, d’un blanc de lait. Ses yeux sont situés immédiatement en arrière des tentacules ou auricules, plus rapprochés, chez l’adulte, des bords du corps que de la ligne médiane. Elle mesure de 15 à 22 millimètres en longueur.

Il est important de remarquer que la famille des Dendrocœlides ne correspond nullement au groupe des Dendrocœles des auteurs. Les Dendrocœles, renfermant les Triclades et les Polyclades, constituent une coupe tout à fait artificielle, basée exclusivement sur ce fait que l’appareil digestif est ramifié dans les deux types. Le groupe des Dendrocœles n’a pas sa raison d’être et doit disparaître.

Éthologie. Mœurs. — La Planaire blanche habite les eaux douces. On la rencontre aussi bien dans les eaux courantes et très pures que dans les eaux stagnantes.

Sa dispersion géographique est très vaste : très commune dans toute l’Europe, elle est également connue en Afrique, en Amérique et en Asie.

Son transport d’un étang à un autre peut d’ailleurs se faire très facilement par l’intermédiaire des oiseaux des marais. Les cocons de cette Planaire, en effet, sont recouverts d’une enveloppe chitineuse dure, résistante,

TRICLADES. — PLANAIRE BLANCHE 487

qui préserve efficacement de la dessiccation les embryons, au nombre de vingt à quarante par cocon. Ces cocons sont transportés, avec la boue des mares, dans les doigts palmés des oiseaux.

La Planaire blanche fuit la lumière. On la trouve sous les pierres des ruisseaux, à la face inférieure des feuilles de Nymphœa et de Nénuphar, sous les tapis de Lentilles d’eau, dans les amas de conferves, dans les coquilles vides et jusque dans la gaine des feuilles des Typha, des Iris et autres plantes aquatiques.

Mise dans un aquarium, elle va se blottir dans le coin le plus obscur et, pour la conserver en bonne santé, il est prudent de couvrir Paquarium, au moins en partie, d’un voile noir.

A l’état de repos, la Planaire blanche contracte et fait adhérer son appareil céphalique en forme de ventouse. Son corps aplati est alors relativement large et ses bords sont irrégulièrement ondulés.

Quand elle rampe lentement sur les parois de l’aquarium ou lorsqu’elle glisse à la surface de l’eau, c’est à la manière des Gastropodes aquatiques. Son corps s’allonge alors et présente une extrémité postérieure pointue et une tête tronquée en avant.

Si l’on essaye de la taquiner, elle fuit précipitamment à la manière des sangsues : elle se fixe par la tête, rapproche brusquement de celle-ci l’extrémité caudale et la fixe, puis porte la tête aussi loin que possible en avant, la fixe et recommence le mouvement.

La Planaire blanche ne nage pas. Lorsqu’on la fait tomber dans l’eau, elle se laisse couler à pic en ondulant légèrement son corps.

ZOOLOGIE DESCIUPTIVE

La Planaine blanche est très vorace. En captivité, on la nourrit avec facilité en lui donnant des larves de chironomes ou, à défaut, des caillots de sang.

Elle doit jouir du sens de l'odorat, car, lorsqu’elle est à jeun, elle se met en mouvement dès qu’on dépose sa pâture, même à une distance de 15 à 30 centimètres, et se dirige presque sans hésitation vers sa nourriture.

Cette expérience réussit mieux avec les caillots de sang qu’avec les larves de chironomes.

Elle saisit sa victime en appliquant brusquement sur elle son appareil céphalique de fixation et en enroulant son corps autour de celui de la larve de chironome. Celle-ci fait des efforts pour fuir et continue à s’agiter pendant quelques instants. La Planaire se laisse alors entraîner tout en sortant de sa gaine son pharynx qu’elle applique sur sa proie. Nous verrons plus loin que ce pharynx fonctionne à la manière d’une pompe aspirante et foulante.

Lorsque la Planaire s’est gorgée de sang, ou lorsqu’elle a sucé une ou plusieurs larves de chironomes, dont elle ne laisse que l’enveloppe chitineuse, toutes ses ramifications gastriques sont admirablement injectées en rouge.

De temps en temps, peut-être à la suite d’une digestion laborieuse, la Planaire remplit d’eau son appareil digestif; puis, se contractant violemment à plusieurs reprises, elle le vide, effectuant ainsi un véritable lavage de l’estomac. Le liquide trouble, vomi dans ces conditions, renferme,

Fig. 220.

Planaire blanche saisissant une larve de Chironome.

TRICLADES. — PLANAIRE BLANCHE 489

avec quelques substances indigestes, une grande quantité de concrétions réfringentes.

Soumise à un jeûne prolongé, la Planaire blanche peut résister très longtemps, mais elle est en état d’autophagie. Elle cesse de pondre et diminue de volume dans des proportions considérables qu’on ne peut comparer qu’à l’amaigrissement excessif qu’éprouvent les Actinies, par exemple, lorsqu'on les soumet à une inanition de plusieurs mois.

Pendant l’accouplement, les deux individus se tiennent en ligne droite , leur extrémité caudale étant relevée perpendiculairement et intimement appliquée l’une contre l’autre.

La durée d’un accouplement Accouplement,

est en moyenne d’une heure à

une heure et demie. Généralement il y a un accouplement pour deux ou trois pontes consécutives. Les accouplements se répètent pendant toute la période de la ponte.

La Planaire blanche commence à pondre vers le milieu de janvier. Les pontes se succèdent sans interruption jusque vers la fin mai. Le plus ordinairement, c’est le soir ou le matin que se fait la ponte. Le cocon pondu est sphérique et sessile.

D’après mes observations, l’espace de temps compris entre la première apparition du cocon, sous la forme d’un petit point blanc à l’intérieur des organes génitaux, et le moment de la ponte est assez variable. Gela tient à ce que le cocon, complètement façonné, peut rester plus ou moins longtemps dans les organes de la mère. On voit quelquefois, en effet, le cocon expulsé alors que la coque

est encore blanche et molle, tandis que, dans d’autres circonstances, il est expulsé alors que sa coque est déjà dure et d’un brun noirâtre. Dans ce dernier cas, l’espace de temps compris entre la première apparition et la ponte est de vingt à vingt-trois heures ; dans le premier cas, l’espace de temps n’est que de treize à seize heures.

Pendant la ponte, la Planaire est au repos, le pore génital largement dilaté. Le cocon sphérique et sessile est fixé à la paroi de l’aquarium par une mucosité visqueuse. La Planaire attend alors plusieurs heures que ce mucus ait pris une certaine consistance. Puis, quand l’adhérence du cocon est assurée, la Planaire, restant fixée seulement par les bords du corps, soulève la partie médiane qui prend la forme d’une voûte, et le cocon sort lentement du cloaque génital.

Chaque Planaire peut donner une dizaine de cocons en captivité.

L’intervalle d’une ponte à l’autre varie de deux à cinq jours, suivant que l’alimentation est plus ou moins abondante et aussi suivant que la température est plus ou moins élevée. Dans une observation, j’ai constaté un intervalle de dix-huit jours.

La période de la ponte terminée, c’est-à-dire dans le courant du mois de juin, toutes les Planaires adultes meurent. On ne trouve en été et en automne que des individus nés au printemps et n’étant pas encore à maturité sexuelle.

La Planaire blanche est protérandre.

Morphologie externe. — Suivant qu’elle rampe par un mouvement de glissement ou qu’elle reste en repos, sui-

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