‹ Zoologie descriptive; anatomie--histologie et dissection des formes typiques d'invertébrésChapitre 112 sur 139 · T RI C L A D E S · texte numérisé non relu

T RI C L A D E S

PLANAIRE BLANCHE

vant les divers degrés de contraction de son corps, la Planaire blanche peut présenter des contours et des dimensions variables.

Lorsqu’elle rampe tranquillement, elle mesure en longueur 15 à 22 millimètres et sa largeur, vers le milieu du corps, est environ le sixième de la longueur, c’est-à-dire ne dépasse pas 4 millimètres.

Les téguments sont d’un blanc de lait.

Ce qui frappe d’abord l’observateur, après qu’il s’est rendu compte de la forme, des allures, des dimensions et de la couleur de la Planaire blanche, c’est son appareil digestif, bien visible par transparence et presque toujours injecté par des substances alimentaires diversement colorées en jaune ou en rouge, parfois en noir, suivant que la digestion est plus ou moins avancée (fig. 227).

Il faut que l’animal soit à jeun depuis longtemps pour que l’appareil gastrique ne frappe pas l’observateur et, même dans ce cas, le pharynx tubuleux est apparent. Ce pharynx est situé dans la seconde moitié du corps ; son point d’insertion sur les branches intestinales est aux trois cinquièmes de la longueur totale du corps.

En arrière du pharynx, on remarque une autre masse opaque et blanche ; c’est la place des organes copulaleurs (fig- 227, C).

Deux yeux noirs, souvent réniformes et toujours pourvus d’un corps lenticulaire, se trouvent dans la région céphalique.

Les orifices externes sont : la bouche située en arrière du pharynx tubuleux et le pore génital en arrière des organes copulateurs. Ces deux orifices sont ventraux et il est facile de les voir. Sur la face dorsale s’ouvrent un certain

nombre de pores microscopiques qui sont les orifices externes de l’appareil excréteur.

L’étude de l’appareil de fixation céphalique exige une observation plus attentive.

A l’extrémité antérieure du corps se trouve, à droite et à gauche, un court tentacule arrondi et membraneux, appelé auricule par Dugès,' et que l’animal tient dressé et dirige en divers sens lorsqu’il rampe sans être inquiété.

Fig. 222.

Extrémité antérieure d’une Planaire blanche.

A, vue par la face dorsale pendant la marche. — B, vue par la face ventrale pendant le glissement à la surface de l'eau; — C, au repos.

Y., yeux. — t ., tentacules. — l., lobe médian en forme de coupe ou d’écuelle.

m., bandes musculaires.

Le bord frontal, médian, compris entre ces deux tentacules, est légèrement échancré sur la ligne médiane; c’est lui qui joue le rôle de ventouse. Vue par la face dorsale, cette partie est convexe (fig. 222, A).

La face inférieure concave de la ventouse présente quelques rides ou plis longitudinaux et, de chaque côté, on remarque une bande musculaire (fig. 222, m.) formée en grande partie de fibres longitudinales. Ces deux bandes musculaires sont les seules parties de la région céphalique qui touchent les parois du vase pendant la marche (fig. 222, B), puisque le lobe médian est en forme de voûte et que les tentacules sont dressés.

TRICLADES. — PLANAIRE BLANCHE

Quand l’animal est au repos (fig. 222, C), le bord frontal, libre et relevé pendant la marche, et qui contient des fibres musculaires en continuité avec les fibres des deux bandes latérales, se rabat et adhère aux parois du vase. Le lobe médian présente alors la forme d’une ventouse circulaire très adhérente. On éprouve, en effet, une résistance appréciable quand on veut prendre une Planaire ainsi fixée.

Il est presque impossible de se rendre compte de la forme de la ventouse quand l’animal fuit précipitamment, tant les mouvements sont rapides.

Dans toutes les descriptions qui vont suivre, je considérerai toujours la Planaire orientée la bouche en bas et la tête en avant.

Description des téguments. — Le corps de la Planaire blanche est complètement couvert de cils vibratiles. Les diverses couches qui constituent ses téguments ne peuvent être étudiées que par la méthode des coupes.

V épithélium cilié (fig. 223, Ep.) est formé de cellules élevées à protoplasme finement granuleux et à noyau situé vers la base. Il présente quelques cellules glandulaires (fig. 223, gl.), grosses, à contenu granuleux et de nombreux rhabdites (fig. 223, rh.).

Les rhabdites ou organes en forme de bâtonnets sont fusiformes; ils se colorent par le carmin et sont homologues des organes urticants des Cnidaires.

Si leur signification morphologique paraît bien établie, il n’en est pas de même de leur rôle physiologique. En considérant qu’ils sont facilement expulsés des téguments sous l’influence d’actions irritantes, on est tenté d’ad-

rh v.

mettre qu’ils ont un rôle défensif comparable à celui des nématocystes. Mais ils peuvent aussi remplir d'autres

fonctions : ils servent Ep . peut-être, par leur rigibnv dite, à soutenir l’épithélium ou à accroître la f ob sensibilité tactile des téguments par la pression qu'ils sont susceptibles d’exercer sur les terminaisons nerveuses que nous trouverons plus loin en faisant l’étude du système nerveux (fig. 232).

Les rhabdites prennent naissance dans des cellules spéciales du mésenchyme (fig. 224). Les jeunes cellules à rhabdites ont un cytoplasme finement granuleux et un noyau bien visible. Les rhabdites paraissent se différencier aux dépens du cytoplasme. Ils se disposent parallèlement les uns aux autres et au grand axe de la cellule qui est normal ou à peu près à la surface du corps. A mesure qu’ils se

développent, le noyau s’atrophie. Ils s’échappent de la cellule par rupture des parois de celle-ci et gagnent la périphérie du corps pour venir finalement se loger dans l’épithélium et perpendiculairement à la surface externe.

Fig. 223.

Coupe transversale des téguments.

Ep ., épithélium cilié. — rh., rhabdites. — gl. , glande. — b. m.. membrane basale. — f. c., fibres musculaires circulaires. — f. ob., fibres musculaires obliques. — f. I., fibres musculaires longitudinales. — f. t., fibres musculaires transverses. — f. d. v., fibres musculaires dorso-ventrales. — M., mésenchyme.

Fig. 224.

Cellules à rhabdites.

TRICLADES.

PLANAIRE BLANCHE

Sous l’épithélium cilié existe une mince membrane basale (fig. 223, b. m.).

Puis vient une couche de fibres musculaires circulaires (fig. 223, f. c.).

La couche des fibres musculaires longitudinales externes qu'on trouve, dans d'autres espèces de Triclades, sous les fibres circulaires, fait défaut chez la Planaire blanche.

Sous les fibres musculaires circulaires, on observe une mince couche de fibres obliques (fig. 223, f. ob .) qui sont dirigées suivant deux directions opposées, de sorte qu’elles s'entre-croisent.

Sous ces fibres obliques se trouvent des fibres musculaires longitudinales (fig. 223, f. L). Enfin vient une couche de fibres transverses (fig. 223, f. t.) qui vont d’un côté à l’autre de l’animal.

En dedans des fibres transverses se trouve le mésenchyme (fig. 223, M.) qui est traversé dans toute son épaisseur par des fibres musculaires dorso-ventrales (fig. 223, f. d. v.). Celles-ci sont bifurquées à leurs deux extrémités, qui sont plongées dans les téguments ; elles vont de la face dorsale à la face ventrale, en se déviant de leur direction dans le voisinage des divers organes qu’elles contournent.

Aucun pigment ne se rencontre ni dans les téguments, ni dans le mésenchyme de la Planaire blanche.

Mésenchyme. — Le tissu mésenchymateux, qui remplit tous les intervalles compris entre les divers organes, ressemble beaucoup à celui que nous avons vu chez le Gyrator notops. C’est un réticulum conjonctif dont les

fibres contiennent dans leurs mailles de nombreuses cellules.

Ce mésenchyme constitué par des fibres et des cellules renferme, outre les cellules à rhabdites, un grand nombre de cellules glandulaires, appelées glandes muqueuses et glandes pharyngiennes.

Les glandes muqueuses (fig. 225) sont des cellules piriformes, nombreuses, à contenu fortement granuleux,

situées de chaque côté du corps sur toute sa longueur et qui s’ouvrent au dehors ventralement sur les bords latéraux du corps (fig. 235, gl. m.). L’extrémité amincie qui joue le rôle de canal excréteur de

Fig. 225.

Cellules muqueuses , ces cellules glandulaires est extraordinairement longue.

Le produit visqueux de ces glandes sert à assurer l’adhérence de la Planaire sur les corps sur lesquels elle rampe. Nous avons vu précédemment que l’animal, au moment de la ponte, soulève toute la partie médiane de son corps, ne restant en contact avec la paroi de l’aquarium que par les bords du corps. Les glandes muqueuses doivent alors lui être particulièrement utiles. D’ailleurs dans la marche, la Planaire blanche glisse surtout sur les parties marginales du corps. Les glandes muqueuses doivent aussijouer un rôle dans l’adhérence de l’extrémité postérieure, quand la Planaire se hâte de fuir à la manière des sangsues.

Les glandes pharyngiennes offrent la même structure et la même forme que les glandes muqueuses. Elles ont été désignées par Jijima squs le nom de glandes salivaires.

TRICLADES. — PLANAIRE BLANCHE 497

Mais comme on ne sait rien de leur rôle physiologique, je préfère le nom de glandes pharyngiennes. Elles sont disposées en avant et en arrière du pharynx et leurs conduits excréteurs, très allongés, convergent tous vers l’extrémité proximale du pharynx, se réunissent en un certain nombre de petits faisceaux qui pénètrent dans la partie moyenne de la paroi pharyngienne et vont s'ouvrir au dehors à l’extrémité libre du pharynx (fig. 226).

Description de l’appareil digestif. — L’appareil digestif comprend trois branches principales ramifiées dont une antérieure (fig. 227,

Br. a.) et deux postérieures (fig. 227,

Br. p .), et un pharynx (fig. 227, Pli.) inséré sur le prolongement de la branche antérieure , au point de jonction des trois branches principales.

La branche principale antérieure émet, à droite et à

gauche, dix à quinze branches secondaires qui se ramifient à leur tour sans s’anastomoser. Les branches postérieures émettent aussi chacune dix à quinze branches secondaires dendritiformes mais seulement du côté périphérique. Du côté interne, où se trouvent le pharynx et les organes copulateurs, les branches postérieures ne portent que de courts appendices non ramifiés, comme le montre la figure 227.

Disposition des glandes pharyngiennes. *

ph pharynx. — gl., glandes pharyngiennes. — o., orifice de ces glandes à l’extrémité distale du pharynx (d’après un schémade Jijima).

Le moyen le plus simple d’étudier l’ensemble des branches et des ramifications gastriques est d’observer la

Planaire au moment où elle vient de manger des larves de chironomes ou des caillots de sang.

Alors tout l’appareil digestif est uniformément injecté en rouge, les diverses ramifications, fortement dilatées par les aliments, sont très rapprochées les unes des autres. A mesure que s’opère l’absorption des aliments, les rameaux se vident peu à peu, de sorte que les intervalles qui les séparent augmentent ; seules les dernières ramifications périphériques en culs-de-sac restent relativement dilatées, comme le représente la figure 227 . En même temps, la couleur se modifie, elle passe du rouge au jaune plus ou moins orangé.

Toutes les branches intestinales et leurs ramifications sont tapissées par un épithélium très columnaire, à cellules cylindriques, allongées, souvent terminées, à leur extrémité libre, par une partie arrondie qui les rend piriformes ou claviformes. Les noyaux se trouvent, en général, à la base de ces cellules dont le cytoplasme est

Fig. 227.

Appareil digestif.

Br , o., branche antérieure. — Br. p ., branches postérieures. — Ph., pharynx. — B., bouche. — C , organes copulateurs vus par transparence. — J1., tentacules.

— y., yeux. — Ô Q > orifice génital.

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