TRI CL A DES
PLANAIRE BLANCHE
Cette seconde série de lécithofères radiaires entre ellemême à son tour en diffluence vers le quatrième jour après la ponte (fi g. 242) et accroît d'autant la masse syncytiale formée par la première série. Les lécithofères radiaires de la première et de la deuxième série varient en nombre d'un embryon à un autre, de sorte que les masses syncy-
Coupe d’un stade à trente-quatre blastomères.
B blastomères. — L. lécithofères, de la deuxième série. — n., noyaux des lécithofères désagrégés. — S., syncytium. — v., vacuoles.
tiales présentent des volumes différents pour des sfades correspondants.
Le syncytium, formé par la diffluence des lécithofères, présente sur les coupes une masse homogène granuleuse renfermant des vacuoles, les noyaux des lécithofères détruits et enfin les blastomères disséminés dans sa masse et continuant à proliférer. Le syncytium contribue pour une bonne part à la formation du mésenchyme du corps.
Vers le quatrième ou le cinquième jour après la ponte, le nombre des blastomères est déjà considérable. C’est
alors que les différentes parties de l’embryon commencent à se différencier.
Il se constitue d’abord un ectoderme primaire aux dépens des blastomères les plus périphériques qui vont
s’aplatir à la surface de la masse syncytiale (fig. 243 et 244, Ect.).
L’ endoderme primaire est représenté par un amas de quatre cellules qui ne tardent pas à circonscrire une petite cavité, le mésentéron (fig. 243, End.).
Le pharynx provisoire se différencie, en même temps que le mésenteron, aux dépens d'une vingtaine des blastomères les plus voisins des cellules endodermiques.
Sa paroi interne et sa paroi périphérique sont formées par des cellules aplaties comme celles de l’ectoderme ; sa couche moyenne, assez épaisse, est constituée par des cellules musculaires dont les prolongements relient la paroi interne à la paroi périphérique.
L’embryon ainsi ébauché est à peu près sphérique ; il possède dans son syncytium une cinquantaine de blastomères disséminés qui continuent à se diviser.
Tant que le pharynx provisoire ne fonctionne pas, la cavité du mésentéron est très réduite (fig. 243). Mais dès que le pharynx fonctionne, il avale, en très peu de temps,
Embryon avant que le pharynx provisoire ait fonctionné.
Ect. , ectoderme primaire. — End., endoderme primaire. — pli., pharynx provisoire. — C., blastomères. — S ., syncytium.
” Nota : Les noyaux des cellules lécithofères désagrégées ne sont pas représentés dans le syncytium.
T U1CLADES,
PLANAI UE PLANCHE
une grande quantité de cellules lécithofères et le volume de l'embryon s’accroît très rapidement par suite de la dilatation de la cavité gastrique (fi g. 244). C’est un phénomène curieux que celui de ces tout petits embryons se gonflant à la manière d'une bulle de savon.
La bouche ou blastopore se ferme, le pharynx provisoire entre en dégénérescence et, à sa place, on ne trouve plus qu’un amas de cellules embryonnaires aux dépens desquelles se constituent le pharynx définitif et sa gaine. Puis une bouche détinitive se forme.
L’apparition du pharynx définitif coïncide avec un changement dans la forme de l’embryon qui s’allonge et s’aplatit dorso-ventralement (fig. 245).
Ce sont les blastomères disséminés dans le syncytium
qui sont les éléments de la formation de l'ectoderme et de l'endoderme définitif.
La forme arborisée de l'appareil gastrique résulte de la formation de cloisons qui, par-
tant de la périphérie du corps, se dirigent vers l’intérieur de la cavité intestinale.
Tous les tissus et tous les organes, notamment le cerveau et les organes génitaux, se constituent aux dépens d’amas de cellules embryonnaires dérivant des blas-
pfv.
Fig. 244.
Embryon s p h é r i q u e après que le pharynx provisoire a commencé à fonctionner.
H., bouche. — vh., pharynx provisoire. — Ect., ectouerme primaire. — End., endoderme primaire. — G’., blastomères. — S., syncytium. — L., cellules lécilbofères avalées.
Jeune avec pharynx définitif.
tomèrés qui ont toujours continué à se segmenter.
Rien dans l’embryologie de la Planaire blanche ne rappelle une formation mésodermique. Si l’on considère que le cerveau qui, dans tous les animaux, se constitue aux dépens de l’ectoderme, se forme ici aux dépens des cellules disséminées dans le syncytium et qui ne sont autres que les cellules du mésenchyme, on voit que le mésenchyme doit être regardé comme une formation ectodermique.
Anomalies de la planaire blanche. — Une anomalie très curieuse, en ce sens quelle me paraît être l’origine d’une race, est celle que présentent certains individus de la Planaire blanche chez lesquelles les branches postérieures de l'intestin forment un ovale autour du pharynx et des organes copulateurs, en se soudant en arrière de ceux-ci en une branche unique et médiane.
Chez ces individus adultes (hg. S246), le pharynx est plissé comme s’il était placé dans une gaine trop courte et la bouche se trouve au milieu du corps, ou même en avant du milieu, au lieu d’être située franchement dans la seconde moitié, comme c’est le cas pour les individus normaux.
Les jeunes, chez lesquels les organes copulateurs ne sont pas encore développés et qui présentent la particularité anatomique en question, ont la bouche située dans la seconde moitié du corps comme les jeunes normaux
(nS- 247). d
Chez le jeune anormal, comme chez les individus normaux, la longueur de la branche antérieure de l’intestin est à celle des branches postérieures comme 3 est à 5, et
T II r G L A 1) E s .
PLANAIRE B LANGUE
la longueur de la partie prébuccale du corps est à celle de la partie rétrobuccale comme 9 esta 5. Chez les individus
anormaux adultes, les longueurs de la branche antérieure et des branches postérieures sont entre elles comme l est à 2, et la bouche est médiane ou à peu près. J’ai pris ces mesures sur les animaux à l’état d'extension, tels qu’ils se présentent lorsqu’ils rampent en glissant lentement.
Fig. 24G.
Cas tératologique.
Cas tératologique. Jeune individu.
Ainsi, c'est un fait bien établi ; c’est secondairement qu’il se produit, chez nos individus monstrueux, un allongement de la seconde moitié du corps.
Les conditions qui amènent l’allongement secondaire de la deuxième moitié du corps peuvent être précisées. En effet, l’espace dans lequel doivent se développer le pharynx et les organes copulateurs, étant fermé en arrière de bonne heure (j’ai en effet rencontré l’anomalie en question chez un jeune à l’éclosion), il en résulte que ces organes sont gênés dans leur accroissement. Aussi le pharynx des individus anormaux est-il plissé dans sa gaine.
Il n'y a pas de doute que l’allongement secondaire ne porte que sur la région des organes d’accouplement et ne s'effectue à mesure que ceux-ci s’accroissent.
On peut donner, comme démonstration de cette assertion, les rapports de longueur linéaire entre la partie circumbuccale des branches postérieures et la partie postérieure impaire de ces mêmes branches dans les jeunes et les adultes.
Dans les jeunes anormaux (fîg. 247), la longueur des branches postérieures, depuis l’insertion du pharynx jusqu’au point où elles se réunissent en arrière de la bouche, est à peu près égale à la longueur de la partie impaire de ces mêmes branches.
Dans les individus anormaux adultes, au contraire, ces deux mêmes longueurs sont entre elles comme 7 est à 5.
On voit donc que l’allongement de la partie postérieure du corps de ces individus anormaux adultes est plus grand dans la région des organes copulateurs qu’en arrière de cette région.
Il est intéressant de constater que les particularités, que j’ai signalées dans le cas tératologique en question, se retrouvent dans une espèce de Corfou et de Géphalonie trouvée par Ose. Schmidt et décrite par lui sous le nom de
PLANAIRE BLANCHE
Dendrocœlum Nausicdæ (fîg. 248). Cette espèce pourrait bien être d'origine tératologique.
La Planaire blanche présente encore d’autres formes anormales, bicéphales ou à queue bifide. Ces cas nous amènent aux phénomènes de régénération.
Régénération des parties mutilées et iiÉTÉROMORPiiosEs. — Pallus, Draparnaud, Moquin et surtout Dugès ont parfaitement établi que les Planaires peuvent régénérer les parties de leur corps enlevées par traumatisme et que les portions détachées elles -mêmes sont susceptibles de se compléter et de constituer un individu nouveau.
Les expériences faites à ce sujet ont été répétées bien des fois et sont devenues classiques.
Dugès a parfaitement résumé ces observations sur la question dans la phrase suivante : « Coupée, déchirée dans tous les sens, une Planaire continue à vivre, à se mouvoir, à sentir dans chacun de ses fragments principaux, qu'ils proviennent des régions médianes ou latérales, antérieures ou postérieures ; et, chose à mon sens bien remarquable, chaque lambeau, fut-ce même le bout de la queue, commence, aussitôt que le premier moment de douleur et
Dendrocœlum Nausicaæ, d’après Ose. Schmidt.
d’irritation -est passé, à marcher dans la direction même que suivrait le corps entier de l’animal, c'est-à-dire de la tête à la queue , comme si toute molécule nerveuse ou du moins tout agrégat de ces molécules était orienté, polarisé à l'instar du système total : ou, ce qui revient au même, comme si la polarisation de tout le système ne dépendait
que de la polarisation particulière de chaque molécule nerveuse. )>
Les expériences de Dugès peuvent être répétées avec facilité. A l’aide d’un emporte-pièce, on peut enlever un lambeau en un point quelconque du corps de la Planaire. Ce lambeau se complète en conservant toujours la même orientation qu’il avait dans l’animal entier. On peut à volonté produire des têtes ou des queues supplémentaires suivant la direction des sections latérales. C’est ce que montrent les figures 249, A, B et C. Dans le cas représenté dans la figure D, j’ai vu que, lorsque les deux segments, tête et queue, n’adhèrent à l’individu mère que par une surface restreinte, ils peuvent se séparer spontanément de celui-ci et former un individu indépendant et complet.
PLANAIRE BLANCHE
Ces cas particuliers de régénération, avec production d'organes différents de ceux qui existaient antérieurement au niveau de la blessure, ont été désignés par Loeb sous le nom d 'hétéromorphose.
En étudiant, par la méthode des coupes, les bourgeons qui doivent régénérer les parties mutilées, on constate que les phénomènes d'histogenèse et d'organogenèse dans la régénération sont essentiellement les mêmes que dans le développement ontogénique.
La Planaire blanche peut, paraît-il, se reproduire par division spontanée.
Parasites de la Planaire blanche. — Les parasites de la Planaire blanche sont au nombre de cinq :
1° Le Trichodina Steinii Clap. et Laclim. ; infusoire péritriche dextre qui vit à la surface de la peau en ectoparasite ;
2° L 'Opalina polymorphu , M. Schultze; infusoire holotriche trichostomide, qui vit dans l’appareil digestif;
3° Une Grègarine endoparasite, mais qui est plus rare que chez les Planaria ;
4° Une Coccidie ;
5° Un nématode enkysté dans les libres musculaires rayonnantes du pharynx. D’après Leuckart, ce nématode serait la forme asexuée du Mermis nigrescens , Duj.
Méthodes techniques. — Nous avons eu l’occasion, dans divers paragraphes de cette monographie, d’indiquer quelques méthodes d’observation.
Pour tuer et fixer la Planaire, on peut employer la méthode de Lang, mais je me suis servi de préférence
d’une solution saturée de chlorure mercurique à laquelle on ajoute 5 centimètres cubes d’acide acétique glacial pour 45 centimètres cubes de solution. On laisse agir environ une heure, puis on traite les pièces de la façon suivante : On fait une solution d’iode à 10 p. 100 dans l’alcool à 95°. D’autre part, on verse goutte à goutte cet alcool iodé dans de l'alcool à 50° jusqu'à ce qu’on obtienne une couleur de vin de Marsala. On met les pièces dans cet alcool qui se décolore ; on jette l'alcool décoloré et on le remplace par une solution iodée semblable autant de fois qu’il est nécessaire, jusqu'à ce qu'il ne se produise plus de décoloration. On fait alors passer les pièces par la série des alcools.
J’ai aussi employé avec beaucoup de succès la liqueur d'Hermann composée de :
Chlorure de platine à 1 p. 100 . 150 .
Acide acétique glacial . 10
Acide osmique à 1 p. 100 . 15
après lavage, on fait passer les piècps dans la série des alcools.
Tous les colorants réussissent bien, particulièrement les divers carmins et l’hématoxyline. La Planaire peut être colorée entière avant d’être coupée, mais je préfère la coloration sur coupes. La méthode d’Heidenhain à l’alun de fer et d’ammoniaque et à l'hématoxyline donne de fort belles préparations. L’emploi de la méthode de Golgi est indispensable pour l’étude des terminaisons
nerveuses.