INFUSOIRES CILIÉS
Nucléus et micronucleus. — Sur le vivant et en dehors de l’état de division, le nucléus apparaît comme une masse claire plongée dans l’endoplasma, souvent au niveau du tiers supérieur du corps mais parfois aussi vers son milieu. Pour l'étudier et mettre en évidence ses détails d’organisation ainsi que le micronucleus qui l'accompagne, il est nécessaire, après avoir comprimé l’infusoire d’une façon modérée, de le tuer en faisant passer sous la lamelle un courant d’acide osmique saturé. On colore ensuite et on éclaircit en ajoutant à la préparation une goutte d’une solution de vert de méthyle additionné d’acide acétique.
En examinant la préparation à un grossissement suffisant et pendant V action graduelle du colorant , on peut se rendre compte de la constitution intime du nucléus et saisir certains détails de son organisation, qui disparaissent ultérieurement.
Le nucléus à l’état de repos présente la forme d'un corps plus ou moins ovoïde sillonné de quelques circonvolutions. Il est constitué par une masse fondamentale homo-
1 L’acide osmique a l’inconvénient de noircir beaucoup les Infusoires qui, à la longue, y deviennent parfois complètement opaques. On évite cet inconvénient en faisant passer sous la lamelle après la fixation un courant d’eau ammoniacale (1 goutte pour 20 centimètres cubes) (Balbiani). Les Infusoires se gonflent beaucoup mais si l’on dépose ensuite sur les bords de la préparation une goutte de liquide de Brun additionné de vert de méthyle on les voit peu à peu reprendre leur volume primitif sans noircissement. Le liquide de Brun dont j’ai indiqué l’usage pour l’étude des Infusoires se
compose de :
Eau distillée . 140
Alcool camphré . 10
Glucose . 40
Glycérine . 10
Filtrer.
gène, non colorable par les réactifs au sein de laquelle sont plongées des granulations homogènes faiblement réfringentes et rangées en filaments courts et assez densément enchevêtrés. Ces granulations semblent être formées de chromatine et contribuent seules à donner au nucléus ses propriétés électives vis-à-vis des réactifs chromatophiles.
Tout à côté du nucléus et souvent logé dans une petite encoche de celjLii-ci, se trouve un petit corps réfringent de constitution homogène pendant l’état de repos, le micronucleus.
De même que nous avons vu les diverses parties de la cellule se différencier en organules destinés à amorcer les fonctions essentielles à la vie de l’être de même aussi, nous voyons le micronucleus prendre ici la signification fonctionnelle d'un organe sexuel. Nous reviendrons sur son rôle en parlant de la conjugaison.
Multiplication. — L’infusoire qui nous occupe se multiplie par division transversale ou scissiparité. Le phénomène s’accomplit sans enkystement préalable 1 et dure 10-15 minutes selon la température.
Les premiers signes qui annoncent que l’individu va se diviser sont un dédoublement des vésicules contractiles et la sortie du micronucleus de la fosse du nucléus où il se trouve logé d’habitude. Le dédoublement des vésicules,
4 Beaucoup de Ciliés, tels que le Prorodon niveus, le Colpoda cucullus, etc., se divisent après s’être entourés d’une mince membrane kystique qui se rompt après la division pour laisser sortir les deux nouveaux individus. Une espèce de Cilié, Ylchthyophtirius multifoliis se divise un si grand nombre de fois dans son kyste que le phénomène prend la signification d’une sporulation.
FLAGELLATES.
I N F ü S 0 1 R E S CI L I E S
dont le nombre est ainsi porté à quatre, est antérieur à l’accroissement en longueur du corps ; l'on remarque en même temps que les vésicules tilles sont d'un volume presque moitié moindre de celui des vésicules contractiles
Quatre phases de la division transversale du Paramœcium.
A, bouche. — rc, vésicule contractile. Le noyau et le micronucleus sont seuls figurés.
normales. En même temps que le micronucleus s'écarte du nucléus, il s’allonge et prend une forme ovoïde, tandis qu’apparaît dans sa masse une striation longitudinale très accentuée. Un peu plus tard, il devient fusiforme avec des extrémités effilées, et à ce stade, la bouche commence à son tour à s’allonger pour effectuer sa division.
Au moment où apparaît le sillon destiné à couper l’individu en deux parties égales, sillon qui passe parla bouche, en raison de l'accroissement plus rapide de la moitié postérieure du corps, le nucléus s’est allongé et est venu se
placer de telle sorte que le sillon, en s’enfonçant plus profon dément, le coupera en deux.
Le micronucleus s’étire également en un long tube clair, renflé à ses extrémités, où se condense entièrement sa substance chromatopliile. Il ne tarde pas à s’étendre comme le nucléus d’un bout du corps à l’autre, et, à partir de ce moment, celui-ci s’allongeant toujours, on voit l’étranglement médian s'approfondir jusqu'au moment où il finit par séparer complètement les deux indi-
Phases successives de la division de la bouche du Paramœciumaurelia.
b, bouche. — bc, bande ciliaire (d’après IIebtwig).
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vidus résultant de la division. Ceux-ci sont d’abord ovoïdes, dépourvus de sillon préoral; leur bouche est à peu près médiane et encore rudimentaire, mais peu à peu l’infusoire s’allonge par sa partie antérieure et prend l’aspect de l’individu adulte.
La division de la bouche est assez compliquée et a été observée en détail par R. Ilertwig dont nous reproduisons les figures, mais sans pouvoir nous étendre sur le phénomène dont certaines phases sont encore obscures. Il semble bien établi néanmoins que toutes les parties subissent une sorte de dédoublement d’où résultent deux ouvertures buccales, deux œsophages et deux membranes vibratiles.
Conjugaison. — Pour observer la conjugaison, il suffirai t d’après Maupas de prélever, dans une culture en voie de prospérité quelques Paramœcies que l'on dépose sur des lames de verre sans couvre-objet, en chambre humide. Chaque préparation peut en contenir un grand nombre. Quand la nourriture fait défaut dans ce milieu confiné, les infusoires commencent à se conjuguer. Avec une pipette fine, on prélève alors les couples que l’on veut étudier et on les isole sur des James séparées. Maupas a observé qu’en général les Paramœcies se conjuguent vers la fin de la nuit, et que la période de conjugaison dure en tout douze heures à la température de 2o°. J’ai indiqué sur le schéma de la figure, d’après cet auteur, la durée approximative des divers stades. Il suffira donc de prélever quelques couples aux diverses heures du jour pour observer toutes les phases de la conjugaison et de compléter l’observation en fixant dans le courant des vingt-
quatre heures qui suivront la séparation des couples les individus issus de copulation.
Le meilleur mode de fixation est, d’après Maupas, celui que donne le sublimé à 1 p. 100. Coloration par le vert de
méthyle acétique. Montage dans la glycérine ; je crois cependant que l’acide osmique donne des résultats de beaucoup supérieurs.
Les Paramœcies qui vont se conjuguer et dont la taille est le plus souvent inférieure à la normale (0mm,180 — 0mm,200) s’accolent d’abord par leurs extrémités antérieures, puis elles rapprochent leurs faces ventrales de façon à se mettre bouche à bouche, et se soudent étroitement sur toute la partie du corps située en avant de celle-ci.
Nous résumons, d'après Maupas, les divers stades de la conjugaison.
Faisons remarquer, au préalable, Conjugaison du Para- 0 pen(jarq toute la durée du pllé-
normaux non com- nomène, le nucléus, d’abord passif,
primés (d après Bal- ne supjt que des transformations
BIANI) . 1
régressives, et que le micronucleus seul intervient pour donner naissance aux corpuscules, qui seront plus tard le nucléus et le micronucleus des conjuguées et de leurs descendants. On divise les phénomènes de la conjugaison en neuf phases principales, dont les six premières s’effectuent pendant l’union des conjoints, les quatre autres après leur disjonction. Le schéma
FLAGELLATES. — INFUSOIRES CILIÉS
(fig. 17) indique les modifications du micronucleus au cours de ces neuf phases.
Stade A. — Le micronucleus augmente de volume, devient fusiforme, prend ensuite l’aspect d'un croissant,
Schéma de l’évolution du micronucleus du Paramœcium pendant la
conjugaison.
Les points noirs représentent les parties du micronucleus destinées à évoluer ; les points clairs les parties destinées à disparaître par régression (d’après Maupas).
et enfin se condense en une masse ovoïde à striation longitudinale nettement accusée.
Stade B. — Le micronucleus se divise par étirement en deux parties, qui, d’abord réunies par un long connectif clair, s’isolent dans l’endoplasma.
Stade C. — Nouvelle division en deux des deux corpuscules micronucléaires du stade précédent, d’où existence à ce stade de quatre corpuscules micronucléaires dans chaque conjoint.
Stade D. — Trois des corpuscules formés aux stades B et C, se condensent en petites masses fortement chromatophiles contenues chacune dans une vacuole et subissent une dégénérescence progressive. Pendant ce temps, la quatrième subit une nouvelle division, chaque conjoint se trouvant alors posséder deux corpuscules micronucléaires normaux et les résidus de trois autres en voie de régression.
Stade E. — Les corpuscules micronucléaires, situés le plus près de la bouche des deux conjuguées, passent d'un corps à l'autre et se fusionnent intimement après s’être accolés par une de leurs extrémités. A la fin de ce stade chaque conjuguée possède donc comme au début de la conjugaison son nucléus, qui n’a subi encore presque aucun changement et un gros micronucleus.
Entre la fin du stade E et le commencement du stade F les deux individus conjugués se séparent. Nous ne suivrons que l’un d’eux.
Stade F. — Nouvelle division en deux du micronucleus de conjugaison.
Stade G. — Les deux corpuscules micronucléaires du stade précédent se divisent successivement en deux, en quatre, et enfin en huit. En même temps le nucléus jusque-là passif commence à s’étirer en une masse plus ou moins ramifiée.
FLAGELLATES.
Premières phases de la conjugaison du Paramœcium. Le nucléus est représenté en bleu, le micronucleus en rouge. Au stade F les deux conjuguées sont à peu près séparées (d'après Maupas).
Stade H. — Trois des huit corpuscules micronucléaires se résorbent comme leurs congénères du stade D. Quatre
fb
retour à- V éteut normal
Fig. 19.
Suite de la conjugaison du Paramœcium. Les deux conjuguées s’étant séparées une seule se trouve représentée. Le nucléus et les corps qui en dérivent par fragmentation ont été figurés en bleu, le micronucleus et ses dérivés en rouge. Dans la dernière figure le fragment micronucléaire persistant s’est transformé en un nouveau nucléus (d’après Màupas).
autres grossissent et commencent à prendre l’aspect de corps nucléaires. Enfin un des corpuscules grossit, puisse divise à nouveau en deux corpuscules qui sont destinés à