‹ Zoologie descriptive; anatomie--histologie et dissection des formes typiques d'invertébrésChapitre 16 sur 139 · INFUSOIRES G I L I E S · texte numérisé non relu

INFUSOIRES G I L I E S

entraîné d’autres espèces, et on les jette enfin dans le bocal. Un petit nouet de plantes vertes (mâche), gros comme une noix, enveloppé d’un morceau de toile et préalablement bouilli, est supendu dans l’eau vers sa surface. Au bout de quelque jours les Paramœcies se multiplient et forment des amas blanchâtres autour du nouet (Balbiani). Une telle culture peut durer plusieurs années si l’on a soin de renouveler le nouet à de très rares intervalles. Il convient d’éviter une putréfaction trop prononcée qui tuerait les infusoires.

La Paramœcie ne s’enkyste pas. L’enkystement n’est point, d’ailleurs, un phénomène général chez les Ciliés, et ce moyen de défense ou de conservation manque, ainsi que je l’ai démontré 1 2, chez un très grand nombre d’espèces.

Description extérieure. — Orientation. — Dans les conditions normales, la Paramœcie a la forme d’un fuseau uniformément cilié, dont l’extrémité antérieure est arrondie et l’extrémité postérieure plus ou moins effilée. Le corps est légèrement renflé vers le tiers postérieur au niveau du pharynx, un peu rétréci, au contraire, vers le

1 La multiplication des Infusoires est loin de présenter la régularité en quelque sorte mathématique que Maupas a voulu lui assigner. Dans les conditions de nutrition les meilleures en apparence les Paramœcies demeurent parfois très longtemps sans présenter de scissiparité et se mettent ensuite brusquement à se diviser. 11 y a là un point encore très obscure de l’histoire des Ciliés, point qui est probablement en rapport avec la spécificité de certaines Bactéries saprophytes et que l’étude de ces dernières permettra peut-être d’éclaircir.

2 Fabre-Domergue. Recherches anatomiques et physiologiques sur les Inf. ciliés. Ann. des Sc. nat., Zoologie, 1888.

tiers antérieur. Sa longueur varie entre 0mm,15 et 0mm,30.

Il présente un sillon oblique qui, partant de 1 extrémité

vésicule.

antérieure, descend le long du corps et se termine au niveau de la bouche en un culde-sac bien marqué, au fond duquel s’ouvre celle-ci. Bien que mueronudeus y infusoire nage en

tournant sur son axe et n'affecte aucune position déterminée, on convient de désigner la face qui porte la bouche sous le nom de face ventrale, celle qui lui est opposée sous le nom de face dorsale. Les faces droite et gauche correspondent donc aux côtés correspondants de la face dorsale, vue de face.

Pour se rendre compte de l’organisation de la Paramœcie, il faut l'examiner d’abord à l’état libre, sur une lame, dans une goutte d'eau abandonnée quelques instants au repos, en chambre humide, puis dans une prépa-

bouche >

vacuole

alimentaire

enfonmatioTv

Fig. 11.

Paramœcium vu de face. ^Gross.

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ration couverte d'une lamelle et dont on aspire graduellement le liquide avec un peu de papier buvard, de façon à comprimer légèrement l'infusoire. Deux gouttes de paraffine fondue, déposées en temps voulu sur les bords de la lamelle, en fixent la position et permettent alors l’emploi des objectifs à immersion. Dans les descriptions qui vont suivre nous supposons toujours l’emploi successif des deux modes d’examen, avec et sans compression.

Constitution anatomique. — Organules. — Notre infusoire est formé de dehors en dedans : 1° d’un manteau ciliaire dense, à peu près uniforme, sauf au niveau de l’extrémité postérieure où les cils sont plus longs ;

2° d’une cuticule très fine, hyaline ; d° d’un ectoplasme épais pourvu de nombreux bâtonnets ou plutôt de vacuoles allongées, rayonnantes, parallèles les unes aux autres, les tricliocystes ; 4° d’une zone centrale, granuleuse, animée d’un lent mouvement de cyclose, Yendoplasma. C’est aux dépens de ces diverses parties que sont constituées les différenciations cellulaires destinées à assurer l’accomplissement des fonctions de nutrition et de relation. Ces différenciations cellulaires, établies sur un plan parallèle à 1 celui des différenciations tissulaires des métazolaires ont reçu le nom à' Organules (Moebius).

Le protoplasma de la Paramœcie est incolore, hyalin, dépourvu de contractilité brusque, même au niveau de l’ectoplasme. Dense et très finement vasculaire dans la couche ectoplasmique, il devient plus lacuneux vers la couche centrale et se charge de nombreuses inclusions qui sont : 1° des vacuoles alimentaires ; 2° des granulations

vésicule

contractile

- inlcronuclus —macronurlus

couche a Irichocystes

membrane I vibratile

bouche-

vacuoles ' ■ alimentaires

anus —

vésicule -..contractile

..pore excréteur de la vésicule

canalicules

contractiles

ccsvpluiefe--

oacuole alimentaire en. voie de formation.

Fig. 12.

Coupe longitudinale schématique du Paramœcium aurelia. L’ectoplasma est figuré en rouge, l’endoplasma en bleu, des mailles bleues du hyaloplasma contiennent le paraplasma incolore.

hyalines intra-protoplasmiques ; 3° des corps bi-réfrin-

FLAGELLATES.

INFUSOIRES CILIES.

gents ou corps d’excrétion ; 4° enfin un nucléus et un

micronucleus accolé à ce dernier.

Téguments. — Cuticule. — Difficile à percevoir sur le vivant, la cuticule se met bien en évidence en tuant les Paramœcies avec une goutte de sérum iodé ou d’acide chromique à 1 p. 100. Elle se détache alors par endroits de l’ectoplasme, et apparaît comme une fine membrane colorée en jaune par le réactif et très élégamment gujllochée. Un grossissement suffisant permet de reconnaître que cet aspect est dû à l’existence sur toute sa surface d 'éminences ciliaires , régulièrement disposées et également distantes les unes des autres. Ces éminences ne correspondent pas à des épaississements, mais bien à un véritable gaufrage de la cuticule. Chacune d’elles porte un cil qui émane de l’ectoplasma et qui, après avoir traversé la cuticule, fait saillie au dehors de 0mm,001 — 0mm,002.

Ectoplasma et trichocystes. — Immédiatement au-dessous de la cuticule et intimement accolée à elle pendant la vie, se trouve la couche ectoplasmique. Celle-ci peut être divisée en deux zones ; la plus extérieure ou couche à trichocystes , l’interne ou couche excrétoire.

La couche à trichocystes est formée d’un protoplasma dense, très finement vacuolaire dans l’épaisseur duquel sont logés des corps plus réfringents, fusiformes, auxquels on a donné le nom de trichocystes. Ceux-ci, sous l’influence d’une vive excitation, peuvent expulser, pendant la vie même de l’infusoire, leur contenu semitluide, qui se condense au dehors sous forme de fines aiguilles. On attribue à ces organules un rôle tantôt offen-

sif — chez les espèces carnassières, — tantôt défensif. Leur sortie en masse est facilement provoquée par l’action d’une goutte de sérum iodé, et l’on peut s’assurer que, soit avant, soit après l’expulsion des filaments, les vacuoles présentent la même constitution homogène.

Nous reviendrons sur la couche excrétoire à propos du système contractile delà Paramœcie.

Endoplasma. — Immédiatement au-dessous de la couche ectoplasmique excrétoire se trouve la substance centrale, qui constitue le reste du corps et qui englobe dans sa masse les vacuoles alimentaires, le nucléus et le micronucleus et enfin les corpuscules réfringents.

Envisagé séparément, l’endoplasma peut être considéré comme une éponge protoplasmique hyaline, molle (hyaloplasma) gorgée d’un suc cellulaire plus fluide (paraplasma). C’est dans le hyaloplasma que se trouvent les granulations de diverses natures qui donnent à l’endoplasme son aspect finement pointillé. L’endoplasma tout entier est animé d’un mouvement continu qui l'entraîne lentement d’un bout du corps à l’autre (cyclose). Un examen attentif permet cependant de reconnaître que ce mouvement n’est pas uniforme et que certaines parties de l’endoplasma se meuvent plus lentement que d’autres. Ce fait permet d’expliquer la localisation dans la région antérieure du corps des corpuscules d’excrétion que l’on trouve en moins grande abondance vers la région postérieure.

Corpuscules biréfringents. — En soumettant les Paramœcies à la lumière polarisée, leur corps protoplasmique

FLAGELLATES. — INFUSOIRES CILIÉS 65

disparaît à peu près complètement et l’on voit alors tranchant sur le fond noir du champ des corpuscules brillants qui se meuvent en tous sens. Ces corpuscules sont des tablettes cristallines que l’on s’accorde à considérer comme des résidus excrétoires. A la lumière transmise ils

Coupe transversale passant au niveau de la bouche du Parainœciuui et montrant les éminences ciliaires, la couche à trichocystes, l’endoplasma avec des bols alimentaires. A la partie inférieure la

bouche avec la coupe de la membrane vibratile. ^Gross.

paraissent d’un gris noirâtre. D'après Maupas, leur composition chimique se rapprocherait le plus de celle des uratesetplus probablement de l'urate de soude. Schewiakoff cependant, qui en a fait une étude très approfondie, pense y reconnaître les caractères du phosphate bicalcique.

Appareil digestif. — La Paramœcie se nourrit des corpuscules organiques de petite taille qu’elle trouve flot-

tants dans l’eau ambiante et qu'elle attire vers sa bouche par le mouvement continu des cils de son sillon préoral. Ces corpuscules sont habituellement des bactériacées, parfois des algues vertes unicellulaires, mais on peut les remplacer par une poudre inerte en suspension dans l’eau (carmin, encre de Chine). Les vacuoles alimentaires présentent alors la coloration du corps avalé en abondance par l’infusoire.

Au fond du sillon préoral s’ouvre la bouche sous forme d'une ouverture ovalaire arrondie à sa partie supérieure, effilée à la partie inférieure. Cette ouverture se voit mieux sur les individus comprimés par suite de la disparition du sillon préoral. Faisant suite à la bouche, se trouve un œsophage qui se recourbe brusquement pour descendre parallèlement à l’axe du corps et en plongeant dans l’endoplasme où s'ouvre béante son extrémité inférieure. Cet œsophage, qui résulte d’une invagination du tégument, est pourvu sur sa face dorsale d'une membrane ondulante légèrement spiralée, bien visible sur le vivant, mais dont la forme et les rapports sont difficiles à déterminer exactement.

Les particules alimentaires attirées dans le canal œsophagien s’accumulent à sa partie inférieure avec une certaine quantité d’eau, dépriment l’endoplasma et y creusent une vacuole qui, parvenue à une certaine taille, quitte le tube auquel elle était suspendue comme une bulle de savon à un tuyau de pipe et se trouve lancée vers l’extrémité postérieure du corps. Là elle est prise par le mouvement de cyclose de l’endoplasma et tandis qu’une deuxième vacuole se forme à la même place, la première contourne lentement à plusieurs reprises la paroi interne

FLAGELLATES.

INFUSOIRES CILIES

du corps. Le tube digestif est représenté en réalité, chez l’infusoire, par une série de vacuoles alimentaires partant successivement de l’extrémité postérieure de l’œsophage et circulant dans l’endoplasma en un mouvement cyclique continu.

Un peu au-dessous de la bouche et sur la même ligne se trouve une petite ouverture préformée dans l’ectoplasma, Yanus. Celui-ci n’est visible qu’au moment où une vacuole complètement digérée passant à son niveau s'y engage brusquement et vide son contenu au dehors. La préformation de l’anus n’est pas seulement démontrée par sa position constante; on reconnaît sur les coupes transversales qu’à son niveau l’ectoplasma subit une invagination analogue à celle de la bouche quoique moins accusée.

Organes d’excrétion. Système vasculaire contractile. — C’est à la couche ectoplasmique interne que se trouve localisée la fonction excrétoire chez les Ciliés. Chez la Paramœcie cette fonction est assurée : 1° par un système de canalicules contractiles entourant le corps d’un fin réseau; 2° par deux vésicules contractiles situées contre la face dorsale suivant une ligne un peu oblique et communiquant chacune avec l’extérieur par un pore excréteur. Ni les canalicules ni les vésicules n’ont de parois préformées; elles écartent la couche ectoplasmique à la manière d’une bulle d’air cheminant dans l’eau (Delage).

Vésicules contractiles. — Sur la plupart des individus sains et non comprimés les deux vésicules, dont les mouvements de systole et de diastole alternent régulièrement,

apparaissent comme deux vacuoles claires, parfaitement arrondies, qui grossissent peu à peu et qui, parvenues à leur taille maxima, disparaissent brusquement en expulsant leur contenu par le pore excréteur1. Toutefois sous l’influence de la moindre gêne, telle qu’une très légère compression, parfois même sans cause appréciable on voit apparaître autour de chaque vésicule un système de canalicules rayonnants qui se dilatent graduellement aussitôt après la systole, vident leur contenu dans la vésicule pendant sa diastole et réapparaissent aussitôt après. Ces canalicules rayonnants sont les troncs afférents principaux du réseau vasculaire contractile. Le pore excréteur qu fait communiquer chaque vésicule avec l’extérieur est un petit canal creusé dans l’épaisseur de la couche à trichocystes et dont les parois, au moment de la diastole, sont hermétiquement accolées. Ces parois se dilatent sous la poussée du liquide des vésicules et reviennent ensuite sur elles-mêmes.

Réseau vasculaire contractile . — Très difficile à mettre en évidence, ce réseau ne s’aperçoit bien que sur les individus soumis à un jeûne prolongé, puis observés avec un bon objectif à immersion homogène sans la moindre compression. On voit alors, en mettant au point la couche excrétoire située au-dessous des trichocystes, de fins canalicules anastomosés qui apparaissent et disparaissent sans laisser de traces.

1 Ce phénomène se démontre d’une façon très nette et très élégante en plaçant les Paramœcies dans une goutte d’encre de Chine. A chaque systole des vésicules on aperçoit une sorte de fusée claire résultant de la poussée du liquide excrété sur les grains d'encre de Chine environnants.

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