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CHAPITRE XXIX GASTÉROPODES

Par L. BOUTAN,

Maître de conférences de zoologie à l'Université de P

LA PATELLE COMMUNE

Patella vulgata (Linn.).

Place de la Patelle dans la systématic^

Synonymie. — La Patelle est un Mollusque gast( qui se rapproche par son organisation des Prosobi Aspidohr anches^ chez lesquels les branchies sont dans rintérieur d'une cavité palléale dorsale.

La Patelle possède la cavité palléale^ mais pas a chies dans son intérieur. Ses organes respiratoii situés, en effet, entre le pied et le manteau (fig. 41

Cuvier rangeait les Patelles, pour cette raison, groupe des Cyclobranches, à côté des Chitons.

Cette division ne peut être conservée : On passe pai lions insensibles des Aspidobranches aux Patelles, dej Ton connaît le genre Scurria, qui présente à la fois L chies cervicales des Scutibranches et les branchies ma des Patelles.

— M. Bouvier classe les Patelles dans les Prosobra commissure labiale ou Aspidobranches, en conservant J (le Docoglosse, qui rappelle la disposition des donts v( de la langue remarquablement allongée.

— Pour M. R. Perrier, elles constituent la famille des Hétérocardes, placée entre les Diotocardes et les Monotocardes.

Synonymie, — La Patelle des côtes de TOcéan, appelée dès i553 Patella vulgaris par Bellon, a été décrite et figurée, sous le nom de Patella vulgata, par Linné, en 1757. Patella est la traduction du mot AsTia; d'Aristote.

Habitat. Mœurs. — La Patelle commune habite sur les rochers de nos côtes situés à la limite des marées ; sa nourriture est végétale . La place qu'elle occupe est d'ordinaire creusée assez profondément. C'est une demeure fixe, à laquelle elle revient après avoir brouté les algues dans les environs, ainsi que l'a établi M. J. R. Davis ^

Morgan ^ a repris plus récemment ces expériences et a constaté que les excursions de ces animaux ne dépassent guère 2 mètres, autour de leur demeure, il leur faut environ vingt minutes pour parcourir un mètre.

Revenue à son gîte, la Patelle tourne sur elle-même jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à faire coïncider le bord de sa coquille avec le support.

D'après les mêmes observations, la Patelle irait à la recherche de sa nourriture au moment de la marée basse ou au moment où la mer commence à remonter. Elle retourne à sa place de repos avant que celle-ci ne soit recouverte par la mer.

Pour la recueillir, il faut l'enlever d'un coup brusque, pour empêcher le muscle pédieux de faire ventouse. L'adhérence est plus forte que ne le comporte la pression

' Davis (J.-R.). The habits of the limpet. Nature, vol. XXXL * Morgan. The homing of limpets. Nature, vol. XLVL

atmosphérique, la sécrétion du mucus l'augmente en formant une sorte de colle *.

Description extérieure de ranimai. Principaux orifices. Méthode pour l'orienter. — La coquille

OTE UCHE

drculcare.

PORTION POSTERIEURE

Fig. 472.

Patelle vulgaire (face ventrale).

(La tête est tirée en avant et rabattue sur le pied de manière à laisser voir la cavité paliéale; les branchies sont schématisées pour laisser voir les muscles.)

de la Patelle adulte a une forme conique ; et quand l'animal contracté est placé sur la face ventrale, on ne distingue que le cône coquillier reposant sur sa base.

En renversant la coquille, on aperçoit un large disque charnu, le pied^ qui sert à la progression et fonctionne

* AuBix Pery. The limpets power of adhésion^ et Lauwrexce Hamiltox. The limpets Stenh. Idem, vol. XLV.

comme une ventouse lorsque Tanimal est au repos. Autour de lui, s'étale le manteau qui enveloppe les mêmes parties que la coquille ; et, dans l'état d'extension, déborde tout autour de la base du cône (fig. 472).

Entre le manteau et le pied, sur toute la périphérie, on distingue les branchies disposées en cercle complet.

Sur la ligne médiane et ventrale, s'ouvre la bouche entourée d'une lèvre, en forme de fer à cheval, portée par une tête munie latéralement de deux tentacules oculaires.

Enfin, toujours sur la ligne médiane entre la tête et le manteau, existe une cavité palléale dorsale homologue à celle des Prosobranches . Elle contient trois orifices (i\^, 472) : Torifice anal, l'orifice du rein gauche et Vot'u fice du rein droit (orifice génito-urinaire).

Orientation. — Pour orienter Tanimal, il suffît de le renverser sur le sommet de la coquille, la tête en haut et en avant, comme dans la figure 472.

On a ainsi de part et d'autre de la ligne médiane: à gauche, le côté droit du Mollusque ; à droite, son côté gauche. La face ventrale est située sur le plan supérieur, la face dorsale sur le plan inférieur. Enfin la partie antérieure correspond à la tête, et la partie postérieure à l'autre extrémité du corps.

Description des tégruments et du squelette. Particularités les plus saillantes. — La coquille et les cartilages du bulbe radulaire représentent les parties dures ou squelettiques de la Patelle.

La coquille est une production des couches superficielles et dorsales du manteau. Originairement formée par une invagination ectodermique de la larve (invagination

coquillière), elle résulte de r agrandissement progressif de la coquille lar\^aire enroulée, ainsi que j'ai pu m'en assurer par l'examen de très jeunes échantillons recueillis au laboratoire de Roscoff. La coquille larvaire enroulée peut, en effet, être observée dans certains cas au sommet de la coquille adulte.

La coquille de l'adulte est de forme conique, mais

Courhcs - Lcunelleiisej

Fig. 473.

A, coupe transversale de la coquille de la Patelle.

B, coupe selon A B, fortement grossie.

on constate de nombreuses variétés dans notre espèce. Dans les formes littorales, le cône est surbaissé. Il est allongé et comprimé latéralement, dans les formes vivant au-dessous de la limite des marées.

La coquille lamelleuse à l'extérieur est nacrée dans sa partie profonde (fig. 473).

Cartilages. — Il existe dans l'intérieur de la tête trois paires de cartilages *, réunis par des muscles intrinsèques et reliés aux téguments par de puissants muscles extrinsèques (fig. 474).

^ Geddes. Odontophore in certain Mollusca.

Les trois paires de cartilages forment la charpente solide du bulbe radulaire et servent de support à la partie antérieure de la langue (radula).

TÉGUMENTS. — Les téguments sont constitués par un épithélium cylindrique, reposant sur un substratum con-

Fig. 474.

Cartilages du bulbe radulaire de la Patelle. — Fibres musculaires lisses. — Coupe des téguments dans le voisinage du pied.

jonctif et par des couches musculaires plus ou moins épaisses (fig. 474).

Muscles. — Les principaux muscles * s'insèrent sur la coquille (muscle en fer à cheval, muscles de la périphérie du manteau) et sur les cartilages radulaires (muscles extrinsèques et muscles intrinsèques). Il existe cependant un certain nombre de muscles qui n'ont point de points d'attache fixes : les muscles de la sole pédieuse et de la tète par exemple (fig. 475).

' GiBSON, R. IIarvey. Anatomy and physiology of Patella vulgata. Trans.R. Soc. Edinburgh., 1887.

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Elle représente une forme intermédiaire entre les coquilles fibreuses et nacrées.

La coquille est sécrétée par toute la surface du manteau et la différence de structure de la coquille tient non pas à ce que les glandes sont de nature différente^ mais à ce qu'elles ont émis leur produit, au contact de Veau ou à Vahri de ce contact.

Cartilages. — Les cartilages sont constitués par des cellules arrondies, placées au milieu d'une substance fondamentale amorphe.

Téguments. — L'épi thélium de revêtement, cilié chez les jeunes, présente des cellules prismatiques, à fort plateau. Les éléments glandulaires, unicellulaires, sont rares et se rencontrent surtout à la périphérie du pied et du manteau sous forme de cellules allongées, renflées à leur base et remplies de granulations (lîg. 474).

Muscles. — Les muscles sont constitués par des fibres musculaires lisses, formées d'une seule cellule allongée avec noyau latéral (fig. 474) ou de faisceaux musculaires striés (muscle en fer à cheval).

Description de Tappareil digestif de la Patelle. Glandes annexes. — L'appareil digestif comprend : une cavité buccale, où fait saillie le bulbe radulaire; un œsophage muni de poches latérales ; un estomac ; un intestin et deux grosses masses glandulaires : les glandes salivaires et le foie.

Cavité buccale.— La cavité buccale est limitée : ventralement, par une lèvre en forme de fer à cheval; en avant

GASTEROPODES. — LA PATELLE COMMUNI

et sur les côtés, par la paroi de la tête ; dorsaleme l'œsophage et rextrémité du bulbe radulaire. On dans son intérieur, immédiatement au-dessus de ] supérieure, deux mâchoires cornées et cartilag unies par une pièce médiane.

Le bulbe radulaire est muni, en avant, de deux charnues qu on a improprement appelées des l Elles protègent l'extrémité du bulbe que termii papille saillante, molle et ridée transversalement.

La saillie du bulbe radulaire, dans rintérieur de la donne naissance à une poche ventrale, tapissée par un lium coloré en jaune. Elle contient, sur sa face dorsa masse épithéliale qui sécrète un mucus gluant.

Le bulbe, dont nous avons décrit plus haut les cai supporte la radula munie de dents dont la nomencla indiquée figure 476. La langue a une longueur tout à fai tionnelle (plus du double de celle de l'animal) ; elle s sur elle-même dans l'intérieur d'une gaine spéciale (gaii laire).

Œsophage et poches. — On peut se représenter phage comme un tube à parois molles, très j recouvrant non seulement la partie supérieure di radulaire, mais aussi les côtés de la tête.

Ce tube est divisé, dans le sens de la longueur, e parties : une médiane, l'œsophage proprement dit latérales, les deux poches œsophagiennes (fig. 476]

La séparation est obtenue par un simple plissen

* Wegmann {Organisation de la Patelle. Revue zoologiqu( t. IV) considère la lèvre en fer en cheval comme une et donne le nom de lèvres à ces deux saillies charnues.

Fij;. 476.

Tube digestif de la Patelle, déroulé et ouvert au niveau des poches œsophagiennes et de Testomac.

A gauche et en haut, coupe de l'œsophage. — 'A droite, une rangée de dents de la radula. '

la paroi de chaque côté de la ligne médiane, formant une paire deraphés longitudinaux (fig. 476, coupe).

Les poches inégales, par suite de la tension de Tœsophage, sont plissées. L'œsophage, au moins dans sa partie inférieure, présente de gros plis longitudinaux (fig. 476).

Estomac. — L'estomac n'est qu'une portion renflée de l'intestin ; on y remarque une valvule, placée en avant de l'orifice unique des canaux du foie et un raphé ventral et médian (fig. 476).

Intestin. — L'intestin est très long, et ses circonvolutions sont empâtées dans la masse du foie.

Il est lisse, sauf dans sa portion terminale (rectum) où l'on remarque une gouttière formée par deux replis (fi g. 478) .

Glandes salivaires. — Il existe une paire de grosses glandes salivaires de couleur orangée. Chacune d'elles doit représenter deux glandes intimement fusionnées, car il en sort une paire de canaux excréteurs (conduits externes et internes).

L'entrée des canaux dans la bouche est située dorsale ment, de part et d'autre de la ligne médiane, au-dessous du collier œsophagien, au milieu d'une masse jaune de granulations pigmentaires (fig. 476). Les deux canaux se soudent à leur entrée dans la bouche.

Foie. — Le foie, qui n'est nullement homologue à celui des Vertébrés et qui représente plutôt un hépato-pancréas, est de couleur jaunâtre et remplit en partie l'abdomen ; c'est une masse en apparence unique : Cependant, un peu au-dessus du point où le canal hépatique s'ouvre dans

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l'estomac, on constate qu'il est formé par la réunion de deux canaux qui se ramifient ensuite (fig. 476).

Préparation anatomique. — On fait mourir l'animal dans l'eau douce, on décolle la coquille; on ouvre ensuite les téguments, soit le long de la ligne médiane dorsale, soit latéralement du côté gauche, entre le pied et le manteau.

Il est ditlicile de préparer le tube digestif dans son intégrité.

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